‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 275 sur 304 · C.IV · texte numérisé non relu

C.IV

à ce sujet qne cette ressource n'est pas encore appréciée partout autant qu'elle devrait l'être {Foy. l'article Engrais végétaux). A la vérité, sur les bords des étangs et des marais, quelques graminées, dont il sera parlé, disputent le terrain aux plantes aquatiques. Presque toutes, en mûrissant, acquièrent une dureté telle que la faulx pourrait à peine les abattre, etqueles animaux les rejetteraient; mais il en est qui, coupées en vert, procurent un assez bon fourrage après qu'on les a laissées se dépouiller de leur surabondance deau en les exposant pendant une douzaine d'heiTres aux effets du soleil.

Lorsque les eaux ne sont stagnantes qu'une partie de l'année^ les végétaux marécageux qui ne pourraient supporter quelques mois de sécheresse, disparaissent pour faire place à d'antres plantes, sortes d'amphibies du règne végétal, qui peuvent vivre soivs Teau et dans l'air, et parmi lesquelles se rencontrent en plus ou moins grand nombre des herbes fourragères. La qirantité de celles-ci augmente à mesure que u durée de l*inonddtion est plus limitée, de sorte que toutes les fois qu'on peut entrer dans ces sortes de prairies pendaul la 2- partie de la belle saison, faucner à sec et faire sécher le foin, on peut être certain que ce foin, bien que tort médiocre, pourra en définitive être utilisé. Cependant il ne faut pas prendre en considération la seule durée de l'inondation. La nature des eaux est pour beaucoup dans les effets qu'elles produisent; an moins ai-je souvent remarqué que celles des rivières peu rapides qui favorisent surtout la propagatiort des joncs, des stipes, etc., nuisent infiniment plus promplement à la qualité des herbages que les eaux d'un cours plus vif.

Le Juin des prairies longtemps couvertes d' eaux s tagnantes e%iXow']our^ àwv et souvent fort mak-ain. Un de mes fermiers en récolte chaqueannéedesemblabies dans lacoinniune de Brisarlhe, non loin de la rivière. Lorsque la nécessité le force à l'employer autrement qu'en très-petite (Quantité, a la nourriture de ses bœufs, ces amniaux, bien que dans des étables fort saines, perdent en peu de jours leur énergie; leur poil cesse d'être lisse; ils se couvrentd'une multitudede poux qui disparaissent presque aussitôt qu'on leur donne une autre nourriture, et ils maigrissent à vue d'œil. — On conçoit qu'en pareil cas il faut être bien à court d'autres fourrages pour recourir à celui-là. Heureusement, dans les années où les prairies artificielles manquent par suitede l'aridité de la belle saison, le marais sedécouvre plus tôt que de coutume, et le foin qu'il produit est de meilleure qualité. Dans les années, au contraire, où les fourrages herbagers réussissent, ce foin nedoit servir en grande partie que de litière. — Cette destination dans une ferme où une portion du terrain reçoit du chanvre, où, par conséquent, les pailles sont moins abondantes que dans d'autres, ne laisse pas d'être importante.

En général, les foins des prawies marécageuses exigent plus de soin que d'autres à l'époque de la récolte. Il est bon, pour éviter leur complet endurcissement, de les faucher de bonne heure et de les faner avec une attention toute particulière, car, sans cette

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dernière précaiilion, îls noircissent et perdent ]e peu d'odeur qu'on doit chercUer?» leur conserver. J'ai été fort siu])ris de lire dans TiiAER que. dans quelques cantons d'Allemagr)e, on préfère h-s foins bruns aux foins verts. Là, au iicu d'éparpiller l'herbe fauchée, on la laisse en andains jusqu'à ce qu'on la mette d'abord en petites meules, puis en grosses meules qu'on piétine fortement, de manière que le tout s"'échauffe et se transforme pour ainsi dire en une masse tourbeuse, dont on détache ensuite les fraginens à l'aide d'une hache ou d'une bêche. — Les foins marécageux sont tout disposés à se décomposer de la même manière. Mais en France, on évite le plus possible que pareille chosearrive. — Lorsqu'ils sanVvaseax, proba» blementon pourrait les améliorera l'aide de la machine à batlre.« Quoique je n'aie pas encore en l'occasion d'exécuter ce travail, dit M. Mathieu de Dombasle, je suis convaincu qu'en faisant passer du foin de cette espèce dans la machine pourvue du râteau et du ventilateur, on trouverait le moyen le plus efficace qu'il soit possible d'imaginer pour le débarrasser de la poussière, par l'effet du battage énergique suivi d'une forte ventilation. »

On sait que, dans divers pays, on mêle le regain avec de la paille au moment où on Tentasse api es la fauchaison. On a remarqué que cette pratique facilite la dessiccation coiiipUte dvî la masse du regain ; il est probable que si l'on avait (pielques restes d'une seuiblnbie mêlée ou de vieille paille, on en tirerait bon parti en les faisant entrer dans un second molaiige avec le foin des prairies très-humides. —Pour le rendre plus appétissant, il serait souvent assez facile d'y joindre une petite quaatité de mélilot. — Kiifin,il est encore un moyen que la cherté du sel rend înalheureusement impraticable dans nos campagnes, malgré son efficacité reconnue: îl consiste à saupoudrer légèremcnl. de cette substance chaque couche des foins dont on craint que la dessiccation ne soit pas assez complète au moment où on les élève en meuie. Le sel prévient leur ferment^ation future, ajoute à leur qualité, et les rend plus agréables aux bestiaux.

Jl est aussi d'autres méthodes purement mécaniques de hâter et de compléter la dessiccation des foins, dont il a été parlé dans le XI" chapitre de ce livre, auquel je renvoie le iecleur. — Je n'ai rien à ajouter non plus aux moyens précédemment indiciues de changer la nature des terrains marécageux et d'améliorer leurs produits.

§ II. — Des prairies basses.

Le passage des prairies marécageuses aux prairies basses n'est pas toujours sensible. Cependant les dernières, telles que je les ai définies, se distinguent essentiellement par la qualité de leurs herbages. Elles occupent souvent de larges vallées sur les bords des fleuves ou des rivières qui les couvrent de temps en temps, sans nuiie autrement à leurs foins que lorsque les débordemens vaseux, source de fécondité en automne, après les coupes, surviennent accidentellement

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dans le cours de la belle saison. Quelqtie

piolongée que soit la submersion en hiver, elle n'offre aucun inconvénient pour la qualitédes herbes,— Lorsque ces prairies s'égoutlenl facilement, leur sol, recouvert par des alluvions continuelles, est d'une richesse plus (pi'ordinaire, et donne par conséquent naissance à des herbages d'une abondance remarquable; mais, lorsque le fond en est pi us bas que le lit de la rivière, il se forme alors une couche végétale semi-tourbeuse, dont les produits sont de qualité fort inférieure.

A côté de ces prairies, il faut classer celles qui longent les cours d'eau moins considérables, et sur lesquelles diverses constructions, propres à élever le niveau du liquide, le font refluer à volonté. Tantôt ces constructions ont pour but principal de faciliter les irrigations; — tantôt, elles sont au contraire destinées à faire marcher des moulins ou d'autres usines. Alors, quoique la question d'arrosage devienne très-secondaire, il n'est pas impossible, en combinant convenablement l'époque des barrages, de tirer parti d'une telle position, pour obtenir |)lusieurs coupes d'un tort bon loin.

On trouve aussi dans les vallées, au pied des montagnes et des collines, des terrains à la superficie desquels l'eau coule sans y séjourner. Ils donnent assez souvent, pendant toute la belle saison, une grande quantité d'herbes de bonne qualité, qu'on a soin de faucher dès que l'état du fonds le permet, et dont on emporte le foin immédiatement, soit pour le faire consommer en vert à l'étable, soit pour le sécher. Si, au lieu de s'étendre à la surface, l'eau pénétrait jusqu'au sous-sol et y séjournait, ces mêmes terrains rentreraient encore dans la classe des prairies marécageuses; mais, comme ils offr.'nt ordinairement de la pente, les travaux d'amélioration sont faciles.

Dans toutes ces localités, le peu de fermeté du sol rend le pâturage à peu près impossible. La fauchaison est alors bien plus profitable sous ce rapport et sous plusieurs autres.

§ m. — Des prairies hautes et moyennes.

Selon la position qu'elles occupent, elles peuvent être e-xcellentes ou très-rAédioc;ei. Leur qualité dépend de la nature et de la fertilité du terrain qu'elles recouvrent, ainsi que de celles des collines environnantes que les cours d'eau pluviale dépouillent à leur profit, et surtout de l'abondance de ces mêmes cours d'eau dont lexcedanl doit pouvoir s'échapper à travers le sous-sol dans les saisons pluvieuses à l'excès, sans cependant s'écouler à d'autres époques avec une trop grande rapidité — En pareil cas, il serait possible do citer plusieurs exemples d'une 1ertililé prodigieuse; mais des circonstances si liouitHisement combinées sont rares. Beaucouj) de prairies hautes sont trop sèches pour donner du regain; — beaucoup même ne donnent pas toujours une herbe fauchable. Il en est dont le sous-sol retient les eaux au point qu'elles sont marécageuses une partie de l'année, quoiqu'elles deviennent brûlantes dans l'autre. Aussi, à mesure que

AGRICULTURE : DES PLA.NTES FOURRAGÈRES

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