‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 296 sur 304 · DES MAMMIFIUFS NUISIBLES EN AGRICULTURE · texte numérisé non relu

DES MAMMIFIUFS NUISIBLES EN AGRICULTURE

calement et recouverts d'une r-laie, ou obli- ({uement dirigés et s'alTioiitanl par le haut |)our former une sorte de toit ; on place sous la galerie ainsi formée un chien ou un mouton, et le lou|), après avoir cherché en vain à les saisir du deliors, s'élance et tombe dans la fosse.

Renard {Felis vulpes, h.). Les cultivateurs voisins des bois ont beaucoup à redouter pour leurs basses-cours, leurs ruches et leurs vignes, le rusé et patient renard; mais les chasseurs riches ou de profession se chargent volontiers de les délivrer de cet ennemi, dont ils peuvent d'ailleurs se défaire par les moyens employés contre le loup, ou par des assommoirs, des 'lacets en fil de laiton, et des fumigations. Différentes compositions dans lesquelles entrent en général des chairs grillées, du galbanum et du camphre, sont indiquées comme propres à servir d'appâts pour le renard. Il faut prendre les plus grandes précautions pour que le piège ne conserve pas les marques de h présence de l'homme, et surtout l'odeur qui lui est propre. La personne qui dresse un piège, qui traîne un appât sur le terrain où elle veut attirer la bête, fera donc bien de frotter la semelle de ses souliers et le piège lui-même, avec les substances qui servent d'appâts ou avec de la graisse. Elle devia aussi laisser autant que possible à l'emplacement qu'elle a choisi, son apparence naturelle.

Famille des Insectivores. — On a dit que le Hérisson commun ( Erinaceus eiiropœus. Lin.) (^^.714), qui appartient à cette famille, allait

Fig.7l4.

à la maraude des pommes et d'autres fruits qu'il rapportait sur ses épines. Non seulement le fait n'est pas avéré, mais encore il est douteux que le hérisson touche jamais aux substancesvégétales; ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il a un grand appétit pour la chair; aussi fait-il sa pâture de taupes, de rats, de mulots, d'escargots, de limaces, de vers de terre, de larves de hannetons et en général de tous les insectes, c'est-à-dire d'animaux dont le cultivateur est bien aise de se débarrasser; et, comme d'ailleurs il est craintif, (ju'il ne cherche ni à mordre, ni à griffer, au lieu de le déiruire on devrait cherclier, pour l'avantage des jardins, à en propager l'espèce qui devient rare.

Ce carnassier insectivore écarté, il n'en reste qu'un qui soit préji'diciable aux cultures en France; c'est la Taupe {fi^.Tl S). Cei ■'nimal vit essentiellement, sinon exclusiven^cnt, de la chair des petits animaux, notammentdes grenouilles, des vers de terre, des vers-blancs et autres larves d'insectes. Sous ce rapport il est donc plus utile que nuisible au cultivateur, mais d'un autre

côté il lui cause beaucoup de dommage : 1° en bouleversant les semis; 2"en s'emparant, pour faire son nid, de tiges de diverses graminées qu'il saisitpar la racine et faitdescen-» dre sous terre; 3°eu creusant peu au-dessous de la surface de la terre de nombreuses galeries, qui dérobent aux plantes situées au-dessus l'appui et la nourriture, et qui devienuent des retraites pour d'autres animaux nuisibles, et des obstacles aux irrigations, ou qui, dans le voisinage des rivières, peuvent miner les dignes et fournir un passage aux eaux; 4° en coupant les racines qu"li rencontre; 5° enfin en élevant des monticules qui rendent la surface des prairies inégales et le fauchage difficile. Néanmoins, tout n'est pas perte pour le cultivateurdans cesopérations de la taupe ; il faut y voir aussi une sorte de labourage, et lorsqu'on étend les taupinières à mesure qu'elles se forment, la terre neuve qui est ainsi continuellemeut ramenée à la surface fait beaucoup de bien à la prairie; d'ailleurs, parmi les plantes dont la taupe entame les racines, il en est quelques-unes dont on est bien aise de se débarrasser, notamment le colchique d'automne,auquel elle a préférablement recours eu cas de famine.

Ce mammifère vit solitaire et vient rarement à la surface du sol. lise tient habituellement au pied d'un arbre, d'une haie ou d'un mur, dans un gite d'où il s'éloigne trois ou quatre fois par jour, principalement le matin et le soi r,pour chercher sa nourriture et construire ses galeries. Il habite préférablement dans les terres douces et meubles, àmoins (|u'elles ne soientsouvent labourées ou sujettes aux in!ilti-ationset aux inondations. Le mâle est plus fort que la femelle. Celle-ci met bas, au printemps,et peut-être uneseconde Ibis à une autre t'poque de l'année, 2 a 5 petits. Elle prépare en hiver, pour les y déposer, un nid souterrain couvert d'une voûte solide, dans un endroit élevé et ordinairement pi-olége par une haie ou un buisson ; on voit 4 ou ô grosses taupinières fort rapprochées au-dessus de celte demeure. De son gile la taupe creuse à peu près en ligne droite unefjalerie \)nncipale qu'elle prolonge quelquefois à plusieurs centaines de toises et d'où elle ouvre d'autres bo>aux accessoires ; de distance eu dislance elle rejette en dehors la terre et Ibrme ainsi les taupiu'ères. La profondeur de ces chemins souterrains, les dimensions des monticules varient suivant l'âge et le sexe de l'animal et suivant le degré dechaleurou de fi oid. La taupe travaille dans toutes les saisons, mais c'est au printemps qu'ellemonlre le plus d'ardeur à l'ouvrage.

On empoisonne les taupes en imprégnant (le noix vomitiue, d'arsenic ou d'autres dro-

S-IS AGRICULTURE : A.NÎ

gués vénéneuses, les substances animales quelles recherchent pour leur pâture, et eu plaçant ces préparations clans leurs galeries. Ou a remarqué que des noix simplement bouillies dans la lessive leur sont funestes, et ce moyen de destruction serait économique si ellesconsommaient plus volontiers le fruit. Les odeurs fortes leur sont contraires; aussi a-t-on conseillé de les expulser de leur demeure en y introduisant de l'ail infusé dans Phuile de pétrole, préparation dont l'odeur seule parait leur causer des convulsions. On les prend aussi en leur donnant la chasse ou avec des pièges.

M. Dralet a fait de la chasse des taupes à ralfûtun art qui a ses principes et ses règles, fondés pi-esque tous sur un seul point de fait: savoir que la taupe \ient réparer les dommages faits à ses travaux dès qu'elle s'en i. perçoit et qu'elle se croit seule. On cherche d'abord les gîtes et les galeries, puis on opère suivant les cas qui se présentent:

1' Supposons celui d'une seule taupinière (a /?^. 7 16): on l'enlève d'abord avec la houe et

l'oii s'assure si elle n'a pas de communication avec d'autres.Pour y parvenir, on tousse dans l'ouverture qu'on a faite, c'est-à dire à l'entrée desgaleries, etl'on en approcheen même temps l'oreille. Si la taupinière n'a pas de communication avec d'auli-es, la taupe, peu éloignée, est effrayée par le bruit, et on l'entend s'agiter; alors on découvre avec la houe la galerie nb jusqu'en b, où l'on rencontre la taupe. Mais l'animal, connaissantle danger, a peut-être eu le temps de s'enfoncer verticalement en terre, suivant b c; alors on le prend en creusant jusqu'en c ou en versant de l'eau en b et le forçant ainsi à s'y présenter. Si au contraire, en toussant, on ne l'entend pas se remuer, c'est une preuve qu'il y a une communication de celte taupinière avec d'aulrt's, et alors ou opère comme dans les cas suivans;

2° Lorsque la taupe a élevé deux taupinières (aé,^^.716), on fait une brèche de longue de plus de 9 pouces, dans la galerie qui les joint, et l'on ferme avec un peu de terre )es deux orifices de la galerie d et e. La taupe ne tardera pas à venir réparer le dommage, et suivant le côté où elle se sera présentée, on découvrira la galerie de d en a ou de c en b. On peut aussi l'attendre au passage et la cerner entre le bout du manche de la houe qu'on aura posé derrière elle, et l'un des points <^/, e qui sont bouchés.

3' Si la taupe a fait 3 taupinières {cde,fig. 716), on pratique deux ouvert uresy^j ///cha-

MAtX NUISIBLES. L«v. V.

cune entre deux taupinières consécutives, ot. suivant le côté oîi l'animal se présente, on opère comme précédemment.

4" On peut toujours ramener au cas précédent ceux où le nombre des taupinières est supérieur à trois. Pour cela on ouvre toujours la première brèche au milieu de la chaîne que forment les taupinières et les galeries; si la portion où s'est montrée la taupe comprend trois taupinières, on agit comme dans le troisièuic cas; si elle en comprend un plus grand nombre, on la subdivise comme il vient d'être dit.

5° Si la taupe, ne venant pas^ouj^^^raux brèches, cesse aussi de souffler aux taupinières fraîches, c'est qu'elle s'est jetée dans la grande galerie pour regagner son gîte; on l'y attaque en pratiquant plusieurs ouvertures à proximité du gîte.

6° Se trouve-t-on près d'une taupinière extrême au moment où la taupe y souffle, on l'y retient prisonnière en donnant un grand coup de houe sur la galerie qui y aboutit.

7" Le cas le plus embarrassant pour le laupier est celui où de vieilles taupinières sont situées à proximité d'une des taupinières fraîches ou de plusieurs. Pour opérer avec sécurité, il faut commencer par intercepter toutes les communications entre celles-ci et celles-là, puis opérer comme dans les premiers cas.

Si l'on attaque plusieurs taupes à la fois, on doit être très-actif et très-vigilant, parce que, lorsqu'on est occupé à en guetter une, d'autres peuvent avoir le temps de traverser les parties des boyaux qu'on a mises à découvert. Pour s'apercevoir plus facilement de leurs mouvemens, on y plante de petits étendards de jiaille ou de papier dont l'agi* fation ou la chute in<lique la présence des taupes, auxquelles on rend encore le passage plus difficile, en plaçant dans la brèche une petite mol le de terre*. On reconnaîtra encore si une taupe vient souffler à une taupinière d'où l'on est obligé de s'éloigner, en l'aplatissant lé-èrement avec le pied.

Plusieurs pièges ont été inventés pour prendre les taupes. Le plus simple est un tube creux caus lequel elles entrent facilement en poussant une soupape, mais d'où elles ne peuvent sortir, parce qu'un rebord du tube ne permet pas à la soupape de s'ouvrir de dedans en dehors. Tantôt une seule extrémité est munie d'une soupape, l'autre restant fermée par un fond plein ou un grillage; tantôt chacune a la sienne. Le cylindre doit avoir un diamètre un peu plus grand que celui des galeries. Dans les environs de Paris, on emploie généralement pour la niêmi' fin une piucette élastique dont les extrémités sont maintenues écartées l'une de l'autre par une plaque de tôle percée et légèrement retenue sur leurs bords. On fait aussi des pièges du même genre en croix de S'. -André, au moyen d'un ressort placé dans l'angle supérieur. Le piège imaginé par le vicomte DEBEAULAi>couRT(^g^.717)eslunesorte de double collet : deux fils de laiton attachés en RRà la surface supérieure d'une planchette la traversent librement en UU, se courbent en cercle le long d'une rainure pratiquée dans deuxaiîses de bois tenant à la planchette, tra-

CHAP. 19% J)ES MAMMllŒilES NUISIBLES EN AGRICULTURE

i^'ig. 717.

versent de nouveau celle-ci par deux autres trous <z<2,et viennent, en se réunissant solidenentavecun bout de cordon 6 qui a passé par un irou central dont elle est pei'cée, s'engay;i.'v dans un anneau o suspendu à l'extrémité «l'nn ressort à boudin <^. Le piège est maintenu dans l'état de tension au moyen d'une petite toiiiche c dont la tête peut entrer légèrement dans le même trou que le cordon />, et dont les deux branches divergentes barrent jusqu'à un certain point la galerie où elles sont placées ; c'est en les dérangeant que la taupe fait partir le ressort et se trouve prise par un (ifS collets. Dans d'autres pièges du même gi'nre, les collets sont simplement attachés à des cerceaux, à des branches élastiques fichées en terre et courbées, et ils sout maintenus en place, soit par une motte de terre affleurant une planchette qui est suspendue elle-même à la branche élastique, et que la taupe doit déplacer, soit par quelque cheville qui se décroche aisément quand elle est remuée, commecela a lieu dans certaines souricières. Tous ces pièges sont d'un emploi avantageux, lorsque les taupes font des monticules fort éloignés les uns des autres, et surtout quand ils sont dressés sur la roule qui conduit au gîte de la t.Aupe. Les fumigations sulfureuse» ou autres ne réussissent qu'autant qu'on est parvenu à confiner la taupe dans une partie de sa demeure, qui n'a point d'autre issue que cel e où Ton opère.

Quand on ne veut pas se donner la peine de détruire les taupes dans les prairies, on se borne à étendre les taupinières le plus tard qu'on le peut, c'est-à-dire lorsffu.e l'herbe commence déjà à grandir, attenciu (|ue si l'on s'y prend trop tôt, il se forme hicuîôt un grand nombre de nouvelles taupinières.

§ II. — Mammifères rongeurs.

Genre rat (Mus). — Dans ce genre , tel que le circonscrivent le^ naturalistes modernes , Fig.718.

nous trouvons quatre ou cmq espèces (|ui font tort aux cultivateurs en France : l' Le Mat noir (/?(!,'. 718; ou commun [Mut ralus, L.j, qui vit dans les maisons, tue les poussins et les pigeonneaux, mange le grain, creuse les murs, ronge la paille et le foin, en im mol, qui causerait des dommages incalculables, s'il était aussi multiplié que la souris. Plus gros et moins rusé que celle-ci, il devient |)lus tacilemeni la proie du chat, qui cependant ne le mange pas volontiers. On l'empoisonne avec la mort aux rats, c'est-à-dire avec de la graisse mêlée avec du pain et de la graine de ménisperme (coque du Levant) en poudre, qu'on rem|)lace, quand on juge qu'il ne peut y avoir de danger pour les enfans ou pour d'autres animaux, par du verie pilé, du vert-de-gris ou de l'arsenic. On se sert aussi d'une éponge qu'on a fait griller avec du beurre salé ; celte préparation excite chez le rat qui l'a dévorét; une soif ardente, et l'eau qu'on met à sa disposiiion devient elle-même une cause de mort pour lui. On le prend aussi avec des pi('ges de diverses sortes, notamment avec de grandes souricières ou ratières, qu'on amorce avec du lard, du fromage, des noix, rôties, etc.— Deu\ méthodes pour le faire tomber dans un réservoir d'eau où il se noie, sont indiquées par M. Loudon. 1'* : On accoutume les rais à venir manger sur un tonneau peu élevé, mais large et couvert d'un plancher de bois ; au bout d'une semaine, ou le remplit d'eau à une hauteur de 6 pouces environ, on place au milieu un morceau de brique ou de pierre qui s'élève d"uu pouce ou deux au-dessus de la surface de l'eau, et l'on remplace le coiîvercle de bois par une peau de parchemin à laquelle on fait plusieurs incisions croisées au centre, et sur laquelle on place l'appât. Les rats qui tombent à travers ces ouvertures s'empressent de se réfugier vers la pierre, et leurs lamentations, qui ne tardent pas à être suivies de combats, attirent vers le lieu fatal tous les rats du voisinage.— 2* : La trappe inventée par M. Paul DE Stauton (^^.719 et 720) est très-

iiigenieusc.On l'établit sous quelque appentis iju'on sait êlic fréquenté par les rats, ou dans

AGRICULTURE : ANIMAUX NUISIBLES

LI\. l".

lequel on les a liabiliiés à se réunir, et l'on en rend les abords séduisansen l'entouranl de fagots, de menu bois, de paille, etc. Le piège se réduit essentiellement à une auge nni, à une trappe hc qui y est pratiquée, à une sorte de vase en cône renversé b sur lequel s'ouvre la trappe, à un petit conduit ce qui part du fond de ce vase, enfin à un tonneau où le conduit ce aboutitet qui est enfoncé en terre. Ce tonneau est en partie rempli d'eau; à sa paroi est adaptée une bascule qui, en s'abaissant momentanément, laisse glisser dans l'eau le rat qui a cru y trouver un refuge. La trappe est dans une sorte de défilé LT au-delà duquel est placé l'appât; elle ne doit pas céder à la première pression que fait la patte du rat; c'est pour cela que le bout opposé au contre-poids h est garni d'une lame de fer et appuie sur un petit rebord de forme courbe. Comme leurre, on emploie de la drèche peu colorée qu'on oint d'huile de carvi, et de la paille de froment.

1° Souris {Mus musculus, L.). Nous n'avons rien à dire de particulier de cette espèce ifig. 721), qui ne vit guère dans les champs et que

Fig. 721.

l'on combat avec les armes employées contre les rats.

3" Surmulot {Mus decumanus^ Pall.). Plus grand que le rat noir qu'il détruit partout où il pénètre. Vorace, hardi et recherchant moins les grains que la chair, il fait la guerre à tous les petits animaux et se bat contre les chats. Il est des lieux où l'on ne peut sauver de sa dent les couvées de toute espèce qu'avec des précautions sans nombre, car il perce les murs. Il habite volontiers dans le voisinage des cimetières, des voiries, des rivières et des grands établissemens; on le fait sortir de son trou en y versant de l'eau ou l'enfumant pour l'assommer à coups de bâton dans des sacs placés à l'entrée; on lui dresse des pièges de toute espèce, on le poursuit avec des chiens dressés à cette chasse, et on l'empoisonne. Il faut varier souvent les appâts.

4° Mulot {fig.l^^^ ou grand rat des champs

Fig. 722.

{Mus sylvaticus, L.). Un peu plus gros que la souris et le campagnol. Il vit dans le voisinage des forêlsetdans les pays de montagnes, d'où il se répand dans les champs à l'époque des semailles et des moissons pour y dévorer autant de grains qu'il le peut. Il fait de grandes provisions pour l'hiver. Il est très-commun dans certains cantons, et sa multiplication, habituellement nioindieque celle du campagnol, est parfois étonnante; elle devient alors un fléau. Il est moins nuisible aux plantes cultivées dans les champs qu'aux arbres dont il ronge l'écorce et endommage les racines. Il ne fouit pas volontiers et se réfugie dans les trous pratiqués par d'autres animaux. Mêmes moyens de destruction que pour le campagnol.

Vraisemblablement cette espèce est souvent confondue avec le Rat champêtre {Mus campestris, Fr. Cuv.) et le Rat des moisson-^ {Mus messorius).

Genre Campagnol {Jn>icola).'Le Campagnol ou petit ratdes champs (^^.723), vit principa-

Fig. T23.

lement de grains qu'il sait mettre à sa portée en sapant les tiges; il se tient donc surtout dans les champs; mais il se jette aussi dans les prairies hautes où il rori^re des racines, ainsi que dans les jardins et dans les bois, où il consomme des fruits. Il fait de grandes excursions pour se procurer sa nourriture, mais il revient toujours à sa première demeure. Au rebours des mulots, il creuse sans cesse de nouveaux trous et ne fait pas de provisions. Les oiseaux de proie, les nocturnes surtout, les petits mammifères carnassiers, les chats , détruisent beaucoup de campagnols; quelques chiens les chassent avec fureur. Ils périssent aussi par milliers dans les inondations et après les grandes pluies ; néanmoins leur nombre est toujours trop considérable pour le cultivateur. On les combat donc par différens procédés : dans les terrains forts, par l'ouverture de fosses profondes de 18 à 20 pouces, plus larges en bas qu'en haut, et dont on aplanit bien les parois; par le forage, c'est-à-dire, en pratiquant des trous dans le sol au moyen de tarières; par les fumigations sulfureuses répétées sur les trous ouverts dans l'intervalle d'une nuit, après qu'on a bouché tous ceux qu'on avait trouvés ouverts la veille; dans tous les terrains, en inondant leurs demeures, en y introduisant des bâtons ferrés, en faisant fouiller le teriain par les cochons, ou suivre la charrue par des enfans qui tuent tous les animaux que le soc amène au jour, en dressant des chiens pour les chasser, en recourant aux préparations empoisonnées, etc.

CHAP. l'J'.

DES OISEAUX INIJISIBLES EiN A(;]llCl;M LRE.

Lrrot (ifyoxitsNctela, Gm.). Nos vergers, el siirloiil nos espaliei-s de pêchers ou d'abricolirrs, soiii quelquefois dévastés par le Lérot, espèce qui appartient ;in même genre que le I.oii'. mais qui n'est pas de la même espèce, quoiqu'on lui donne souvent ce nom. On le chasse la nuit pendant (ju'il mange, en portant devant soi une lumière artificielle, et à coups de bà' )n. On lui tend des pièges lorsqu'il sort de son sommeil d'hiver, parce qu'alors il est affamé; on l'attire avec des fruits huileux, ou de la viande. Son habitation se fait reconnaître à la mauvaise odeur qui en sort, et aux excrémens qui sont à l'entrée.

Hamster [Cricetus). Le Hamster commun, qu'on appelle aussi cochon de seigle, marmotte de Strasbourg^ n'habite en France que l'Alsace; il creuse en terre des trous qui ont jusqu'à 5 ou G pieds de profondiur, et il les remplit de grains dont il peut à chaque voyage apporter jus(|u'à 3 onces dan,s ses abajoues. On n'indique pas de méthode particulière pour sa destruction.

îVous croyons inutile de parler ici du lièvre, du <laim , du cerf, du chevreuil et du sanglier, animaux qui sont l'objet de la chasse pr<q>'emet)t dite, et qui ne peuvent pas causer de grands dommages au cultivateur.

Comme moyen de destruction pour tous les aniuiaux qui se cachen'. dans des trous ou des terriers, M. TnÉNARDa indiqué l'emploi del'hyd! ogène sulluré : on mêle exactement dans un morfjer ou un poêlon 4 onces (en général 4 parties en poids) de limaille de fer et 3 de fleur de soufre ; on place ensuite le mélange dans un autre vase et on l'humecte partout d'eau bouillante en le remuant ; il se forme presque aussitôt du sulfure noir; (luand l'action ^commence à s'affaiblir, on ajoute 4 nouvelles j)arties d'eau en 2 fois, à 7 minutes d'intervalle, et quand la matière couverte d'une couche du liquide n'est plus qu'à la température de la main, on l'introduit dans des flacons au moyen d'un entonnoir et d'une cuiller de fer. Ces flacons doivent avoir 2 tubulures, l'une pour l'introduction de l'acide snlluricjue, l'autre pour donner issue au gaz hydrogène sulfuré. On ajoute l'acide par [)ortions, après avoir engagé l'extrémité du tubt; qui passe par la2'^ tabulaire dans le trou qu'on veut infecter, et en l'assujettissant par du plaire ou delà terre glaise. Si quelque fenie du sol ou du mur laisse éch;ipper du gaz,oii y versera queliju«s gouttes d'acide sulfurique faible sur une Irès-pelile quantité de chlorure de chaux. J. Y.

Art. il — Des oiseaux nuisibles.

C'est surtout à l'égard de cette classe d'animaux qu'il comient d'agir avec précaution dans les attaques qu'on doit lui porter, et même, en France où il existe nue ciins|)iration permanente contre la ge;i! volatile, nous avons peut-être plus besoin lie faire valoir les services qu'elle rend, que d'inditpu-r les inoyeos de la combattre. On connaît ce fait arrivé dans le Palatinat, oii, une prime ayant cle offerte par tète de moineaux dont le.s'cul-

tivaleursse plaignaient beaucoup, après !eur destruction, les dégâts bien plus redoutables causés par les insectes devinrent tels, qu'on se hâta d'offrir une prime pour l'importation des oiseauxqu'on avait considéiéscommedes ennemis, tandis qu'ils n'étaient que des serviteurs un peu dispendieux.

Les oiseaux ne sont guère nuisibles à l'agriculture que par la consommation qu'ils font des graines et fruits pendans par racines ou confiés à la terre pour semences. Quelques-uns cependant arrachent les jeunes plants en cherchant leur nourriture dans les terres fraîchement remuées, et d'autres coupent ou déchiquètent le^ jeunes bourgeons naissans; mais ces dégâts sont peu graves et ne méritent point à leurs auteurs une guerre à mort.

Quant aux oiseaux granivores, on range parmi eux les Corbeaux, les Corneilles, les Freux, lesPies, les Geais, lesGrives, les Merles, les Etourneaux, les Alouettes, et bien d'autres; mais c'est à tort, car tous sont omnivores, c'est-à-dire qu'ils se nourrissent de substances animales et végétales: en sorte que, s'ils sont nuisibles au cultivateur en été eten automne, parce qu'ils déciment les graines qu'il était sur le point de récolter, ou lui ravissent une partie de celles déposées dans le sol pour la germination, ils lui rendent en compensation, pendant toutes les saisons, de signalés services en détruisant partout d'immenses quantités d'insectes. Faisons remaraner que plusieurs semblent préférer cette ernière nourriture, et qu'en tous cas, les insectes, par la destruction desquels ces oiseaux sont utiles au cultivateur, deviennent leur seule nourriture pendant la saison où les provisions sont rares, tandis que nos grains ne sont à leur portée (ju'a des époques où les vivres de tout genre abondent. Depuis quelques années, les cultivateurs semblent élever plus de plaintes sur les ravages que leur causent les insectes, et beaucoup de personnes pensent qu'on peut attribuer leur multiplication à la destruction irréfléchie des (-iseaux. M. Loldon, la Société d'horticulture de Berlin, celle d'histoire naturelle de Gorlitz qui soutient que la diminution des fruits est en raison de celle des oiseaux; les Sociétés de Metz el de Màcon, ont publié des Mémoires sur l'utilité des oiseaux. « Delaolrecôlé de la Manche, dit un de ces écrits, non ne détruisons pas ces oiseaux en loinovores,aucon traire nous lesprotégeons; le paysan même les respecte et ne permet l)ointà ses enfansde s'en emparer. Nos campagnes en sont plus vivantes; en hiver nos bois el nos bosquets sont peuplés de ces animaux, et en été les insectes ne pullulent pas au poinl d'être nuisibles. On voit, pendant les travaux des champs, des volées de corneilles s'abatlre sur les sillons, fouiller la terre fiMÎchement remuée et se repaître des larves d'insectes qu'elle renferme; lorsqu'on tue ces oiseaux, l'ouve-ture du gosier prouve qu'ils ne m (ng<nt pas de blé, mais seulement les insectes. »

Au reste, ces oiseaux sont utiles ou nuisibles au cullisateur i des degrés fort divers. Les Perdrix ( Perdix cinerea et rufa ), les Cailles {Perdix cothurnix), les Bruans {JEni-

AGRICULTURE : ANIMAUX NUISIBLES

herisa^ LiD.)î les Alouettes {Alaiula)^ vivent bien un peu aux dépens denos récoltes, mais elles consomment une bien plus 8;rande quantité de fourmis si funestes aux chanijjs et aux jardins, et de grainesdes plantes agiestes qui, sans les oiseaux, couvriraient bientôt le sol de leurs produits inutiles ou nuisibles. Ces oiseaux nous rendent donc des services, et, dans notre pays où la chasse est libre, ce moyen suffit grandement pour en limiter la reproduction.

Il n'en est pas de même des Pigeons ( Columba), qui vivent en très-grande partie aux dépens du cultivateur. Mais ]es Pigeons ramiers ( Columha palumbus, Lin. ) sont peu nombreux, et les Pigeons de nos colombiers ( Columba Lùna ^ Lin. ) sont des oiseauxdomestiques dontlamultiplication peut convenir dans la basse-cour, devant toutefois être limitée dans de justes proportions par le cultivateur et réglée par la loi dans l'intérêt général. Pour éviter leurs déprédations dans les champs récemmentensemencés, on doit y poster des enfans ou des chiens comme gardiens, et n'ensemencer que la portion de terre qu'on peut presque immédiatement recouvrir.

Le Corbeau commun ( Con'us corax^ Lin. ), le Corbeau corbine ( C. corrone ^ Lin.), le Freux, la Corneille ( C. cornix^ Lin.), vivent de tout, même des petits animaux vivans, des charognes, insectes, graines, etc., etc.; mais ils paraissent préférer les vers de terre, les larves de hannetons (vers-blancs), les mulots, les crapauds, tous les animaux nuisibles à l'agriculture; ce sont eux qui suivent souvent le laboureur pour profiter de ce qu'il met à découvert. C'est dans les terres ensemencées qu'ils causent des dégâts, soit en fouillant le sol meuble, soit en déterrant les graines de pois, de haricots, de vesces, et même le blé. Il en est de même des Pies ( Pica) et des Geais ( Corvus glandarius, Lin.), qui mangent cependant davantage les fruils des vergers.

Les Grives ( Turdur, mus i eus ^ Lin. ), les Etourneaux {Sturnus vulgaris. Lin. ), ne sont guère nuisibles qu'au jardinier et au vigneron, par la grande consommation de fruits rouges et de raisins qu'ils font; car, en général, ils vivent d'insectes et rendent ainsi à l'agriculture un grand seivice. Les etourneaux suivent même les troupeaux pour les délivrer des taons, des asiles, des stomoxes, «les mouches et autres insectes qui les tourmentent.

Les Picj et notamment le P/per« ou Pic- Vert { Picus viridis ), creusent des trous profonds dans les troncs des arbres pour y faire leurs nids; ils causent ainsi un tort assez grand aux forestiers; mais, en compensation, combien ils détrnibent d'insectes qu'ils vont chercher jusque sous les écorces les plus dures ! Et les fourmis, combien ils en avalent en leur tendant pour appât leur longue langue rétractile et gluante qu'elles prennent ))our un ver et à laquelle elles viennent s'atiacher!

Les Gros-Becs [Loxia coccothraustes, Gm.), et les Bouvreuils { Pyrrliula vulgaris^ Briss. ), sont généralement nuisibles, et les cultivateurs peuvent leur faire la chassi", parce que, pendant l'iiiver et surtout au printemps, ils

vivent de boutons et font ainsi quelquefois beaucoup de tortaux arbres fruitiers; ils sont au reste assez rares. Il n'en est pas ainsi des Pinsons {Fringilla cœlebs, Lin.), des Chardonnerets {F. carduelis. Lin.), des Linotes {F. cannabina)^ des Verdie r s {F. chloris, Gm.), etc. qui vivent bien principalement de graines, mais recherchent surtoutcelles peu volumineuses des plantes sauvages.

Le Moineau ( Fringilla dômes tica ), le plus commun de tous nos oiseaux, semble frappé de réprobation. On regarde comme certain qu'il mange annuellement plus d'un demiboisseau de blé; mais, en compensation, Richard Bradley a calculé qu'il détruit dans une semaine 3,c!60 bruches ou autres insectes. On peut donc considérer comme douteux s'il est plus nuisible qu'utile. Néanmoins, comme sa hardiesse est extrême et qu'il vient piller nos produits avant la récolte, dans les granges, les greniers, les cours et jusque dans les habitations; comme sa multiplication est très-rapide, il semble convenable de laisser à son égard aux chats et aux enfans toute latitude de destruction. Ce moyen suffit le plus souvent, mais il en existe un grand nombre d'autres plus prompts et plus efficaces encore. Ainsi, comme les moineaux se couchent ordinairement dans les haies, un homme se place, lorsque la nuit est cluse, à une des extrémités de cette haie, tenant étendu un Ra//e ou Jîlet contremaillé, composé de trois rets les uns sur les autres, de 6 pieds de large, attaché à 2 bâtons; un autre homme se place derrière avec une lumière, et un .3* va attaquer la haie à l'extrémité opposée et revient doucement retrouver les.TUtresen frappant légèrementla haie avec un bâton; les moineaux effrayés se sauvent du côlédela lumière et s'embarrassent dans le filet où on les prend ; cette chasse, surtout à certaines époques, est extrêmement destrucli\e. — On peut aussi disposer un grenier de manière qu'il n'y ait quedeux/eneires,ûout l'une est garnie dun filet contremaillé fixé à demeure, et l'autre de volets croisés qu'on puisse fermer à volonté de la cour ou de l'iniérieur, à l'aide d'une poulie de renvoi et d'une corde; on attire les moineaux dans ce grenier par de mauvaises graines, et lorsqu'ils y sont entrés en foule, on ferme la fenêtre a volets; tous les moineaux se jettent aussitôt vers celle fermée du filet et s'y prennent.—Les potv, que dans beaucoup de lieux on présente aux moineaux pour faire leur nids, permettent la destruction d'un grand nombre; on peut disposer ces pots sur les branches d'un arbre sec,ou le longdes murailles.— Du reste, les fantômes et divers épouvantails sont d'une faible défense contre les moineaux, qui s'y accoutument et les bravent très- promptement. Plusieurs enfans ne suffisent pas toujours pour les empêcher de marauder dans leschenevières etautres récoltes dont ils sont très-avides. Les moineaux attaquent moins les seigles et les fromens barbus que les autres espèces.

Qua n t aux oiseaux entièrement insectivores, tels que le Martinet ( Hirundo apus, Gm. ), V Hirondelle ( Hirundo ruslica, Lin. ), les Fauvettes, Pouillots, etc. {Sylvia hortensis et orphea, S> Piotonotarius^ Lin.), les Roitelets

AiiT. iiF. — Dex Mollusques nuisibles.

CHAP. in«. DES MOLLUSQUES NUISIBLES EN AGRICULTURE.

( S. re^ulus, et .S', troglodytes, Lath. ). le BoS' sigiiol {Motacilla luscirna. Gin. ), le Rouge- Gorge ( Motacilla rubecula ), la Mésange ( Parus major. Lin. ), el nnc Ibiile cl'aulres à becs elfilés on très-larges, non .seulement on ne doit pas chercher à les détruire, mais an contraire le cultivateur doit les protéger; il serait même à désirer que le gouvernement pro|)Osât des mesures législatives qui missent un terme à la destruction que les petites chasses et les enlans font de ces serviteurs tout-à-fait désintéressés, qui ne cessent de travailler pour nous sans rétribution.

L'échenillage exécuté avec soin pourrait détruire un grand nombre de chenilles sans doute, mais pas assez pour faire disparaître leurs rava^-es; il ne détruit guère que les œufs déposés avant l'hiver. Mais les chenilles des pontes printanières qui naissent peu après ces pontes, et dont le nombre est immense, lui échappent ; à côté de ces chenilles marchent les innombrables cohortes des insectes de toutes les classes et de leurs larves, qui dévorent le bois, l'écorce, les racines, détruisent les fleurs, les embrjonsdes fruits et s'établissent à demeure dans le fruit même. Quelles mesures de police rurale, quelles lois pourraient être efficaces contre de tels ennemis? Les lois de la nature qui, toujours bonne, toujours prévoyante, a placé le remède à côté du mal ; ce remède, nous le trouvons dans les oiseaux que nous venons <le citer, qui vivent presque exclusivement d'insectes, et ne peuvent se nourrir de graines. A côté d'eux il en est d'autres, tels que les Vies ( Pici ), les Torcols ( Yunx torquilla. Lin. ), les Grimpereaux ( Certhia familiaris. Lin. ) etc., qui, doués d'un instinct partilier, s'attachent de préiérence aux larves cachées dans les écorces et dans l'intérieur même des arb"es: ils enfoncent leurs becs effilés dans ces galeries pour surprendre le mineur, ou frappent sur l'arbre à coups redoublés pour le faire sortir.

Et c'est à ces petits êtres si industrieux, si iuoffensifs, si utiles, destinés par le Créateur à conserver, à animer nos forêts silencieuses, nos bosquets, nos plantations, qui récréent à la fois la vue parla vivacité de leurs couleurs et l'ouïe par l'agrément de leurs chants; c'est à ces petits êtres, disons-nous, que nous permettons à une jeunesse imprévoyante et inconsidérée de déclarer une guerre cruelle, acharnée, constante, capable enfin d'anéantir les espèces si l'on ne se hâle d'y mettre un terme! Déjà l'Ecosse tout entière n'entend plus le chant du rossignol! Mais un mal beaucoup plus grave qui nous menace, c'est la multiplication excessive des insectes mallaisans. Pouvons-nous ne pas le craindre lorsque nous voyons nos enfans fureter sans obstacles jusqu'au moindre buis.^on pour découvrir les nids, déranger les couvées, prendre à pure perte les jeunes à peine éclos, attendre ceux qui échappent, secondés alors par une foule de chasseurs, à l'abreuvoir, à la pipée, à la tenduf, kur ilresser enfin des pièges de toute sorte ? C. B. de M.

Parmi les mollusques, deux genres seulement sont sensiblement nuisibles aux intérêts de l'agiicullure : ce sont les Hdices ou Limaçons (Hélix), et les Limât es {Limax) appelées loches dans diverses contrées.

Le genre Limaçon, tmp connu ties cultivateurs pour que nous cherchions à le décrire, appartient aux coquillages de la classe des univalves; il comprend r.n grand nombre d'espèces qui toutes vivent aux dépens des végétaux et dont quelques-unes sont tellement multipliées qu'elles causent de grands désastres dans les champs et surtout les jardins. Le grand escargot, connu vulgairement sous le nom A'Esca'^got des vignes (Helix i>omatia. Lin.), est de ce nombre; sa couuille, ordinairement de plus d'un pouce de diamètre, est d'un gris fauve avec des bandes plus pâles et des stries. L'animal est gris. \JHelice chagrinée ou la jardinière [Helix adspera, Mull.) est de toutes peut être la pluscommu ne; sa coquille, moins volumineuse que celle de l'espèce précédente, est jaunâtre, rugueuse, avec des bandes brunes; elle a Touverlure blanche; l'animal estverdâtre.L'^f'^ce /àvfc {Helix ncmoralis. Lin.) est encore plus petite ; sa coquille est jaune, unie, rayée de bandes brunes, ou brunâtres, plus ou moins nombreuses, avec le bord interne de son ou\erture de couleur foncée. Enfin, dans le midi on cite également, parmi les espèces les plus répandues et les plus dévastatrices, malgré leur petite taille, VHélix rodostome {Helix pisana, Mnll.), dont la coquille est globuleuse, blanche, rayée et tachetée de bandes et de points jaunes.

Tous les limaçons restent cachés, soit dans le sol même, soit aux pieds des n)urs de clôture ou dans les a nfractuosités des rochers, pendant la partie la plus chaude des journées de la belle saison. C'est la nuit, ou lorsque le teiDps est doux et sombre, qu'ils sortent de leurs retraites et qu'ils se jettent avec avidité sur les jeunes végétaux. C'est donc le soir, un peu fard, le matin de bonne heure, ou après la pluie, qu'il faut leur faire la chasse. Pendant l'hiver ils se retirent également dans les trous les mieux garantis des gelées, ils ferment l'ouverture de leur coquille par une substance d'un aspect cartilagineux, et passent ainsi jusqu'à 5 e! 6 mois sans manger. Cette époque est celle oii il est le plus facile de les détruire, jiarce qu'on les trouve en grand nombre dans les mêmes cavités. C'est aussi celle où les limaçons sont le [ilus recherchés des personnes qui les aiment. Il paraît que les Grecs et les Romains en faisaient beaucoup d'usage comme aliment. On retrouve dans leurs auteurs qu'ils construisaient des es|)èces de garennes où ils les engraissaient. Ils estimaient surtout ceux qui venaient des îles de Sardaigne et de Chio, de la i>icile, des Alpes, de la Ligurie et de l'Afrique. En Silésie, aux environs de Riiinsvvick, et dans d'autrescontrees, on est encore dans l'usage de garder les limaçons qu'on a ramassés penciant l'été, dans des fosses faites exprès, recouvertes en treillage, et dans lesquelles on les nourrit avec des herbes parti-

AGRICULTURE : AMMAUX NUISIBLES

cnlières doni (ont partie le thym et le serpolet, pour lesm<tuii,er à l'époque des froids. On Nait que les Brabançons et les Liégeois en furnienl une espèce de hachis dont ils sont trèsfriands; quelfsSuisses,lesBourguign()ns,etc., les fontcuireavecleurs coquilles dansde l'eau de fontaine à laquelle on ajoute parfois du \in, et qu'on les assaisonne ensuite après les avoir extraits de leur coquille, avec du bouillon, des épices, quelques tranches d'oransi;e ou de citron et du beurre frais. «On eu fait aussi, ditVALMONTDEBoMARE, de petits pâtés ti'ès-estiniés des gourmands. Nous avons vu, ajoute-t-il, aux environs de La Rochelle, des paysans occupés dans les campagnes à ramasser une très-grande quantité de petits limaçons à coque bigarrée de jaune et de noir, 3ue l'on mettait dans des barricjues remplies e branches croisées çà et là, ahn que les limaçons pussent s'y disperser sur des surfaces multipliées. Cette récoite de limaçons était destinée pour l'Amérique, et il y a des années où les négociaus du pays forit commerce de ces animaux vivans. Ces limaçons se collent contre les branches ou les parois de la futaille, et de cette manière ils peuvent faire le voyage sans périr de faim, parce qu'ils ne dissipent que peu de leur humeur visqueuse. Il y a des pays où on les fait cuire dans leur coquilles, sur la braise, et on les man^e ainsi. »

Nous avons cru devoir entrer dans ces courts détails, pour faire voir que si la chasse aux hélices est accompagnée de quelque ennui, et exige, par sa lenteur, un certain emploi de temps, elle ne laisse pas, d'un autre côté, d'être assez fructueuse. Il y a donc une double raison pour ne pas la négliger. Ajoutons que de tous les moyens proposés pour détruire ces animaux, c'est aussi le plus sûr. Malheureusement, ce qui est praticable en jardinage et sur de petits enclos, cesse de lëtri' en giand. Dans les champs et les bois, les blaiiL-aux et surtout les hérissons suppléent à l'homme; la multiplication de ce dernier animal complètement inoffensif pourrait devenir un bienfait dans un grand nombre de localités, car les hérissons non seulement détruisent les escargots, les limaces, les \ers de terre, et en général tous les insectes, mais on les a vus se nourrir de taupes, de mulots et même déjeunes rats.

Les Limaces (Limax) sont des mollusques nus dont l'organisation, à la coquille près, puisqu'elles n'en ont pas, se rapproche beaucoup de celle des limaçons. Les espèces les plus destructives sont la Limace rouge, les Limaces noire et cendrée, et la Limace agreste, qui est d'un blanc sale.

Co.iime on l'a fort bien dit dans tous les livres : «Les limaces mangent la plupart des plantes (jue l'homme cultive, presque tous les fruits qu'il préfère. C'est principalement dans les semis qu'elles font de grands ravages, parce que les herbes tendres leur plaisent davantage, et que chaque coup de dent est la perte d'un pied. Dans certains cantons et dans certaines années elles sont un véritable fléau. »

C'est la Limace agreste qui, par sa désolante multiplicité, cause, malgré sa petite taille, le plus de dommages aux cultures

champêtres et jardinières. Presque toutes les plantes cultivées conviennent dans leur jeunesse à sa voracité. Cachée pendant le jour près des racines ou sous les petites mottes

aui lui procurent de l'ombre, et ainsi à l'abri es recherches de ses enneuiis, elle se répand le soir à la surface du sol, et, d'un semis qui donnait la veille les plus riches espérances, il ne reste souvent lelendemainmatinaucune trace.

On connaît et on met en usage plusieurs moyens pour détruire les limaces. Comme il serait difficile de faire la chasse aux petites espèces autrement qu'en leur tendant des pièges, dans les jardins on dispose çà et là des planches, des ardoises ou toutes autres pierres plates qui laissent entre elles et le sol un léger intervalle; dans les champs on répand sur le terrain infesté un grand nombre de feuilles de choux sous lesquelles ces animaux se retirent et s'attachent de préférence. Le lendemain dans le courant du jour, on enlève ces feuilles pour les donner aux cochons qui les mangent avec d'autant plus d'avidité que le nombre des limaces est plus considérable, ou aux volailles qui les recherchent et les détruisent en tort peu de temps jusqu'à la dernière. Dans certains cantons on regarde comme le meilleur n)oyen à employer pour se débarrasser de ces mollusques, de laisser les dindes parcourir dès le matin les champs de blé, de colza, de navette, de carottes, etc., etc., qu'ils commencent à dévaster. « Je les ai vus, dit Bosc, disparaître en peu de iours d'une ferme qui en était infestée, par l'acquisition que fit le propriétaire d'un troupeau de ces animaux. Les poules, les canards, rendent le même service, mais il est plus difficile de les conduire. Au reste, il est rare que les limaces (je veux dire les jeunes, car les vieilles ne sont jamais très-nombreuses) soient communes deux années de suite. Un été sec et chaud, un hiver très-froid, leur sont également funestes; elles périssent alors par millions. Un hiver très-doux ne leur est guère plus avantageux, parce qu'alors elles sortent de leurs retraites, et que les corbeaux, les plus dangereux de tous leurs ennemis, en font une grande déconfiture. » Il est vrai que ces animaux redoutent beaucoup les intempéries des saisons ; cependant nous connaissons des localités où tous les ans ils sont plus ou moins à craindre.

Plusieurs substances minérales qu'il est ordinairement assez facile de se procurer, font périr les limaces ou tout au moins les éloignent efficacement des terrains sur lesquels on les répand. Tels sont la chaux, les cendres, le sable très-fin, etc. l>orsqu'on les met en contact avec la première de ces substances, on l«s voit immédiatement se contracter, rejeter en abondance une matière visqueuse qui entraîne avec elle les molécules alcalines, et si l'effet se prolonge, elles changent de couleur, se raidissent et meurent. Les cendres non lessivées produisent à un moindre degré des effets analogues ; aussi partout où l'on peut saupoudrer la surface del a terre de l'une ou des autres, n'a-t-on à peu près rien à craindre des limaces tant qu'une pluie ou un arrosement n'a pas éteint la chaux ou

CHAI'. If)''.

Page 1