DESCRIPTION DES INSECTES LES PLUS NUISIBLES
lement le froment, mais aussi le seigle et l'avoine. Petites, elles creusent le grain et s'y cachent; firaiides, elles le rongent enlière- ))ienl. Dès l'épi, dans les chanjps, elles ont déjà parfois ravagé le grain, et ieseulseconcmenl des gerbes en fait tomber plubicurs, qui se déi-ubent aux intempéries et au froid sous les fumiers ou les mousses. Elles passent 1 hiver engourdies, se Iransformenl en nymphes au printemps, et restent environ 2 mois en cet élal avant de devenir papillonsteignes parfaites. Dans les greniers, la fausseteigne réunit plusieurs grains de froment au moyen d'un petit cocon de soie blanche; elle se blottit dans ce fourreau imparfait, en rongeant les grains de blé et rejetant ses excrémens sous forme de points ronds, blanchâtres.
Pour se former en chrysalides, ces vers du blé abandonnent leur coque ou fourreau, rampent le long des poutres ou des planches df-s greniers, s"y suspendent par la région postérieure du corps, et sans manger, dans cet état presque immobile, elles uarvieunent à se dt^velopper en papillons.
Il est plus facile, eu agilant souvent lestas de blé, de diviser les coques de ces faussesteignes et de froisser ou faire périr leurs larves, que pour celles de l'alucite. On peut aussi, lorsque ces vers montent hors des tas, les écraser ou balayer; ces soins répétés peuvent en détruire beaucoup; mais déjà à celte époque, leurs ravages sont terminés; à l'état de nymphe et de [lapillon, en effet, ni les alucites ni les fausses-teignes ne prennent aucune nourriture. Seulement, il importe beaucoup de détrnire toujours ces insectes, puisqu'ils multiplient si abondamment; ils se tiennent de préférence dans l'obscurité, et peuvent, d'après ce que Du-
HAMEL-DU-MONCEAU Ct TlLLET OUt obsCrvé,
avoir plusieurs générations chaque année. Les uns comme les autres déposent leurs œuls, lant sur les épis dans les champs, que sur les grains de blé entassés dans les greniers, en sorte qu'il n'y a guère d'interruption que pendant l'hiver. Cependant la fausseteigne se plaît davantage dans les greniers, à rétat de papillon, et s'en écarte moins que ne le l'ail l'aiucite.
Plusieurs Sociétés d'agriculture ont proposédesprix en faveur des meilleurs moyens pour détruire ces malfaisans insectes, soit qu'ils attaquent le blé en gerbes, soit qu'ils pénètrent dans les tas de blé des greniers. La chaleur d'une étuve ou d'un four avait paru, à Diihamel et Tillet, le plus sûr procédé pour faire périr ces insectes, et assurément il est efficace, nrais dispendieux et capable d'altérer le germe du blé. si la chaleur dépasse 60" R. ; quand il ne s'agit que du blé destiné à la consommation il n'en résulte aucun inconvénient. Cependant le prix du combustible nécessaire pour obtenir cette chaleur dans de grand<„s quantités de blé, doit être mis en comparaison avec les ravages causés parces teignes. MM. Marcellin Cadet DEVAUxetTERRASSEDESBiLLONSonî imaginé récemment deux sortes de brûloirs, plus grands que ceux pour rôtir le calé, et propres à chauffer les bléc attaqués. Ces sortes de moulins insecticides ( aiusi nommés ) exi-
gent aussi de la main-d'œuvre pour introduire et retirer les blés de ces machines et entretenir le feu. Les blés en gerbes ne peuvent être soumis à ces uianipulalions , il Idul les battre auparavant.
Quant à l'emploi d'un froid vif pour tuer ces insectes, M. Denarp, et Pe.>eau pharmacien ont constaté qu'une gelée de 6 degré» sOUs 0 pendant deux nuits a fait jjérir les alucites et les lausses-teignes, soit leurs œufs, soit leurs larves et leurs insectes parfaits. Mais celte méthode ne peut pas facilement s'obtenir à volonté, même dans des glacières. Cependant un froid moindre suffirait pour engourdir et paralyser ces insectes, et le moyen n'est point à dédaigner. Il prouve que les grandes ventilations ne sont pas non plus sans utilité.
Nous ne nous étendronspoint sur d'autres moyens illusoires, comme celui de placer des toisousou des peaux de moutons sur les tas de blé, dans l'espoir que les fausses teignes y accouiroiit depréfénnce pour les ronger et qu'on pourra les y tuer sans difficulté. En effet, il faut être peu instiuil en hisioire naturelle pour ne pas savoir que les mœurs des teignes du blé, aimant la substance farineuse, sonttoutaulres que celles des teignes des pelleteries qui préfèrent les substances animales, et qui apj)artienneul à des espèces fort différentes.
§ III — De la Cadelle ouTrogossite mauritanique.
Cet insecte, causant, parmi nos départemens méridionaux, de grands dégâts, surtout à Nîues, à Montpellier, et à tout le commerce des grains de l'ancien Languedoc, il mérite une attention spéciale. Sa larve blanchâtre, longue d'environ 8 lignes, a une tète écailleuse brune et une tache sur chacun des trois premiers anneaux. L'abdomen est terminé par deux crochets bruns. Celte larve, analogue à celle des boulangers, qui lui est congénère, ou du Tt-nèbnon de ta Jannt {Ten. r?iolitor) dont on nourrit les rossij;nols, est plus petite. La Cadelle ou Cenegra |)a— rail avoir été apportée d'Alger, avec les blés de Barbarie, car Linné dit avoir reçu de ces pays l'insecte parlait, |)ar son disciple E.Bran- DER ; c'est pourquoi il lui donna le nom de Tenebrio mauritaniens. Ce ténébriou , qu'on nomme panetière dans le Midi, entre quelquefois dans le pain et en dévore la mie jus qu'à la croûte, sans qu'on aperçoive par où il y a pénétré. Pour s'assurer que les larves dites eadelles viennent bien du même insecte, DouTiiÊs en renlerma dans une bouteille avec du blé; elles vécurent jusqu'à l'hiver, mais ne purent s'y transibrmer en chrysalide et en insecte. Il s'aperçut que ces larves avaient besoin, pour leur métamorphose, de s'enfermer dans la terre. Alors elles y ont donné le Ténébrion ailé, noir en dessus, brun en dessous du corps, lequel est lisse et plat. Sa tète, année de fortes mà- (-hoires, est finement pointillêe, ainsi que son corselet: celui ci est échancré en croissant pour s'adaptei- à la tète, avec tles pointes aiguës de chaque coté. Les élytres ou étuis de ses ailes, brunes, sont stries et arrondis. L'insecle porte environ quatre lignes de Ion-
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gueiir sur une et demie de largeur. Il se pose sur les grains de blé pour y pondre, mais il ne les rongeaucunementen sonétatcoraplel; il dévorerait plutôt alors ses semblables que d'y loucher, et luême il attaque en cet état les teignes du blé devenues papillons ; cependant ce léuébrion est vorace de mie de pain.
Si Ton empêchait la Cadelle en larve de s'atlacber aux murs et aux planchers des greniers, elle ne pourrait trouver les localités propres à sa transformation et périrai!, selon la remarque du même naturaliste. Les poules sont si friandes de ces bestooles, disait Olivier de Serres, qu'elles mangent ces animaux-là jusqu'au dernier, ne touchant au blé tant qu'ils durent.
Parme.ntier, qui avait observé la cadelle, mais non l'insecte parfait, a vu qu'elle se sert de ses deux crochets abdominaux pour s'accrocher et se suspendre, ou pour se défendre contre d'autres cadelles; c'est donc une espèce insociable; on croit même qu'elle attaque les fausses-teignes et les larves des alucites ou celles des charançons du blé; en ce sens, elle serait moins à ledouter (1).
On s'est aperçu que cette larve et l'insecle cherchant la chaleur, viennent jusque dans le lit des personnes qui couchent près des greniers à blé, et qu'ils mordent même vivement le corps de l'homme; toutefois il n'en résulte aucun accident.
§ IV — Hannetons, Vers-Blancs ou Mans.
L'abondance, malheureusement trop commune, de ces scarabéides, nous dispense de les décrire. De tous les insectes herbivores, ce sont peut-être les plus funestes par leur voracité. A l'état de larves, ce sont ces j^ros vers-blancs souterrains qui rongent pendant deux, ou même jusqu'à quatre années consécuiives, les plus tendres racines des plantes et les plus dures des arbres. Pendant l'hiver, ces larves, ramassées et s'enfonçant profondément ensemble, vivent à demi engourdies et sans manger, mais, remontant au printemps, elles dévorent tout sous terre dans les temps chauds; puis, se transformant en nuées immenses, ces coléoptères, après leur noviciat inférieur, viennent ravager le feuillage de tous les véf^étaux.
Les espèces diverses de hannetons, outre le vulgaire, sont aussi nombreuses que dévastatrices. Engourdis, pendant le jour, dans la chaleur et la sécheresse, à peine le soir arrive qu'ils s'élancent étourdiment (leur nom vient, dit-on, de ala et tonus , aie-ton, à cause du bruit de leurs ailes) et s'entre-heurtant, se culbutant, mâles et femelles, vont rongeant et s'accouplant lourdement, inconsidérément; leur accouplement dure vingt-quatre heures environ ; le mâle est plus petit que la femelle, et il succombe bientôt sans manger et traînant après cet effort. La femelle dépose ses œufs, d'un jaune clair et un peu alongés, dans La terre qu'elle creuse en la fouillant de ses pattes de devant, jusqu'à un ueaa-pied de profondeur ; elle périt ensuite. Six semaines après, il