FORMATION DU SOL
Les terres glaiseuses sont humides et froides pendant les trois quarts de l'ann<'e; elles procurent parfois d'assez ahondaiis produits, mais des produits tardifs et presque toujours de qualité médiocre. — Les arbres y donnent des bois moins durs, moins sains , conséquemment de moindre prix que partout ailleurs; ils y sont plus impressionnables aux fâcheux effets des fortes gelées et de diverses maladies ; — les fromens, dans les années favorables, peuvent y végéter; ils y présentent même parfois de belles apparences; mais ils j^rènent peu, et leurs grams, gonflés d'eau avant la maturité, diminuent considérablement de volume à cette époque. — Certains herbages y croissent assez bien , mais leurs foins sont peu succulens. — Enfin, les racines, les légumes et les fruits y acquièrent du volume, mais ils sont d'ordinaire peu savoureux et peu nourrissaus.
Les cultures qui conviennent le mieux aux sols argileux sont celles des grands végétaux ligneux, dont les racines, plus fortes que nombreuses, ont la propriété de s'étendre sans pousser, dans certains cas du moins, d'abondans chevelus; celles des plantes annuelles ou vivaces qui jouissent de la même propriété, comme les fèves de marais, les luzernes, etc.
Du reste, des terres de diverses natures dont nous allons nous occuper, celles qui contiennent de l'argile en excès, moins que toute autre peut-être, se prêtent à l'adoption d'un bon système d'assolement, et plus que toute autre se montrent rebelles à la culture. — Il est presque toujours fort difficile de trouver le moment de les labourer. — En hiver, elles forment une pâte tenaije, que la charrue soulève sans la diviser autrement (ju'en longues lanières. — Le même inconvénient se fait sentir ;!U printemps. — En été, elles deviennent d'une dureté souvent insurmontable , et lors même que les circonstances se montrent les plus favorables, les labours qu'elles exigent sont encore laborieux et très-coûteux.
Cependant un. des meilleurs moyens de rendre le.-> terres argileuses productives, c'est de les labourer.frâqaeniment et de les diviser par tous les moyens possibles.
Tous les amendemens susceptibles de concourir physiquement à ce but sont bons. Le sable, les graviers, les marnes calcaires, la chaux, l'argile elle-même amenée à un état voisin de la calcination, peuvent être employés avec succès.
Les marnes calcaires qu'on peut répandre sur ces sortes de terres, en proportions considérables, agissent mécaniquement sur elle en les divisant. Elles agissent de plus chimiquement, comme tous les calcaires, par leur propriété stimulante.
Quanta la chaux ^ dont les effets remarquables sur la végétation devront nous occuper plus tard, il faut avoir été témoin de ceux qu'elle produit sur les sols argileux, pour concevoir toute son importance. Plusieurs de nosdépartemens lui doivent en grande partie la prospérité croissante de leur agriculture.
Les récoltes enfouies produisent un excellent effet sur les terres trop tenaces , parce qu'elles sont à la fois des engrais cl des
amendemens. — Les fumiers longs de litière présentent le même avantage. Cependant, comme il n'y a i-icn d'absolu en agriculture, i! faut distinguer : lorsque les terres argileuses sont de nature humide et froide, ce qui arrive dans la plupart des cas pour peu qu'elles aient de la profondeur ou qu'elles soient situées dms les lieux bas, les engrais verts ou d'une décomposition peu avancée seraient insutfisans, parce qu'ils ne trouveraient pas dans le sol la chaleur nécessaire pour se transfoi'mer en humus. Ils agiraient à la vérité comme amendemens, mais fort peu comme alimens. Dans de telles circonstances, pour obtenir le double but qu'on se propose, on doit donc chercher à faciliter leur fermentation, en employant la chaux ou en les mêlant à d'autres engrais très-chauds, c'est-à-dire très-actifs, tels que celui de mouton, de cheval , le noir animal, etc. Lorsque les terrains argileux oflrenl au contraire peu de profondeur, qu'ils sont situés sur des hauteurs, l'emploi des engrais chauds pourrait devenir dangereux. Alors surtout les récoltes vertes, enfouies par un labour avant la floraison, sont particulièrement avantageuses.
Les travaux d'écoulement des eaux sont souvent indispensables dans les argiles. Malheureusement, s'ils donnent les moyens d'éviter une humidité excessive , ils ne peuvent remédier qu'à ce seul inconvénient. — Les pluies d'averse ne battent pas moins le sol de manière à le couvrir d'une croûte épaisse, compacte, imperméable aux gaz atmosphériques et à l'eau elle même, lorsqu'elle tombe momentanément ou en faible quantité. — La chaleur solaire ne lui fait pas moins éprouver un reirait qui met à nu dans de larges crevasses ou qui comprime les racines outre mesure.
A ces graves inconvéniens, le jardinier trouve jusqu'à un certain point remède, par des paillages et de Iréqueua binages; l'agriculteur, moins heureux, ne peut recourir qu'à de coûteux amendemens destines à changer la natui'e même du sol. Encore ne le peut-il pas toujours avec profit.
Mais tous les terrains dans lesquels l'argile domine sont loin d'être aussi homogènes dans leur compositon que nous les avons jusqu'ici supposés; lorsqu'ils contiennent de l'oxide de fer en surabondance, du sable et de la chaux carbonatée en proportions plus appréciables, leurs propriétés se modifient. — De là ces diverses sortes de terres auxquelles on a donné les noms (.Vargilo-ferrugineuses, — argilo-calcaires, — argilo-sableuses, — argilo -Jerrugino -calcaires , — argiloferrugino-siliceuscs ou sableuses, — argilo-calcaro- sableuses, — argilo- sablo-calcaircs, etc.
L Terres argilo-Jcrrugincuses. Quelquelbis les argiles contiennent une quantité si grande d'oxide de fer, qu'elles ressemblent à de véritables ocres rouges. — Dans cet étal, à tous les défauts des argiles plus ou moins compactes, elles en joignent d'autres qui sont dus à la présence du métal. — Lorsqu'il surabonde, il les rend complètement impropres à la végétation.— Lorsqu'il est moins abondant et mêlé à du sable ou des graviers, il ne produit pas des effets si fâcheux. — On a cru même remarqu(n' (qu'une petite quan-
tité d'oxide de fer favorise le développemeut des plantes, et on en découvre en effet, par l'analyse, quelque peu dans leurs divers tissus; mais il n'en est pas moins vrai que les argiles ferrugineuses sonl généralement très-peux favor-tbies à la culture; — à peine pourrail-on citer quelques végétaux qui puissent y croître médiocrement, à moins qu'elles n'aient été préalablement amendées avec des marnes ou toute autre substance calcaire, et richement fumées.
J'aurai occasion un peu plus loin de parler des lerres sablo-ferrugineuses.
II. Les terres argilo- calcaires sont de plusieurs sortes, et peuvent présenter divers degrés de fertilité.
Lorsque le carbonate de chaux qu'elles contiennent se présente à l'état de sable ou de petits graviers, elles ue diftèrent pas beaucoup, sous le point de vue de la culture, des terres argilo-sableuses qui devront bientôt nous occuper; — lorsque, par une combinaison plus intime, l'argile et le calcaire forment une masse en apparence homogène, comme on peut le remarquer dans certaines marnes, elles offrent des particularités remarquables.
Les argiles marneuses , autant au inoins et plus peut-èlre que les sols glaiseux, conservent les eaux des pluies. Elles s'en pénètrent si facilement et à des profondeurs telles, qu'il n'est pas rare de les voirréduitesen une sorte de bouillie, jusqu'au-delà de la portée des plus longues racines des plantes qui les couvrent. C'est assez dire que dans les années oluvieuses on ne peut guère compter sur leurs produits. — Les semis de printemps y sont le ()lussouvent impossibles ; — ceuxd'automnedoiventêtre faits de très-bonne heure; malgré cette précaution, ils n'en sont pas moins trop fréquemment détruits, soit par l'humidité conslanteet surabondante de l'hiver, soit par l'effet des gelées qui se font sentir sur ces sortes de terres plus que sur d'autres. - Toutefois, après la mauvaise saison, lorsqu'elles ont été égoutlées et (juelles sont assez saines pour être travaillées, on peut encore, si les autres récoltes ont manqué, leur Confier quelques plantes d'une végétation rapide ou susceptible de se prolonger après l'été, telles que le sarrasin, les pommes-de-tei re, et parmi les fourrages, les navets, les vesces, etc., etc.
Dans certaines localités, les argiles marneuses servent de sous-sol à des sables presque purs. De deux terres à peu près improductives, il est alors possible, sans de grands frais, de composer un excellent sol, puis qu'il suffit de les mêler et d'attendre un ou deux ans les effets quelquefois prodigieux d'un tel amendement.
Depuis les argiles qui contiennent une faible quantité de carbonate de chaux, jusqu'à celles qui perdent ce non) pour prendre celui de lerres calcaires proprement dites, il existe une foule de nuances impossibles à décrire utilement. — J'ai dû choisir les plus tranchées. J'ajouterai cependant, d'après Tili.KT et Rf'^omamv, que deux sols d'iiiK^ fertilité remarquable, l'un pour le climat de Paris, l'autre pour celui de la Suède, étaient composés ;
AGRICULTURE : SOL. liv, i":
Le l'"" : de 37,5 d'argile ;
37,5 pierre à chaux pulvérisée :
25 sable quarlzeux, Le 2'': de 40 argile;
30 calcaire , 30 sable quartzeux.
III. Les terres argilo-sableuses, dans leurs rapports avec l'agriculture, ont pu être divisées assez bien en terres fortes et terres franches qvn correspondent à peu près, les unes : aux glaises grasses de Schubler; c'est-à-dire qu'on peut en séparer jusqu'à un tiers environ et même plus de sable fin par l'ébuUition et le lavage; les autres aux glaises maigres du même auteur qui en abandonnent du tiers à la moitié el au-delà,
\o Terres fortes. Elles tiennent le milieu entre les terres vulgairement Ailes glaiseuses et les terres franches. — Elles partagent à un moindre degré les inconveniens dont je viens de parler pour les premières, et les avantages que nous reconnaîtrons bientôt aux secondes.—Un sol de semblable nature susceptible de produire, année commune, d'assez beaux froniens, a donné ;
Argile 50
Sable quartzeux. . 29
Calcaire dû en partie à l'usage fréquent de la chaux. ... 16
Perte et humus. . . 5 et sur une autre partie du même champ :
Argile 49,5
Sable 24
Calcaire 18
Perte et humus. . . 8,5 Dans l'un et l'autre cas l'argile ne m'a paru qu'assez imparfaitement dépouillée du sable qu'elle contenait. Au reste, la moindre erreur en de semblables opérations peut changer tellement les résultats, les erreurs sont si faciles hors des laboratoires d'habiles chimistes, et tant decauses peuvent d'ailleurs changer les propriétés physiques de sols composés à peu près des mêmes élémens, que sans prétendre que les analyses ne puissent être parfois d'un grand intérêt, je les regarde en partie comme plus satisfaisantes pour l'esprit qu'utiles à la pratique. — TJn réactif qui ne trompe jamais le laboureur, c'est sa charrue et le nombre d'animaux de labour qu'il est obligé d'employer pour U mouvoir.
Dans les années favorables, c'est-à-dire ni trop sèches, ni trop humides , lorsque les labouis ont pu être* convenablement effectués,que le terrain est suffisamment é^outlé et ameubli à l'époque des semis; que les pluies de printemps et d'été se succèflent à de courts intervalles sans tomber p^ir averses avant que la végétation couvre complètement lo sol, les terres fortes scnit très-pioduclives. Pendant les étés peu pluvieux, elles conservent même plus long-temps que d'autres une humidité favorable qui se fait remarquer de la manière la plus heureuse sur leurs produits. Mais le concours d'un si grand nombre de circonstances favorables est rare. Aussi peut-on dire, d'une manière générale, queces terres, années communes,sont non seulement moins faciles et plus coùteiisesà cultiver, iDais d'im produi t moins assuré que'oeaucoupd'au- I très. —Elles conviennent aussi à un moindre
SOLS SABLf:UX.
nombre de plantes ; toutefois, il en est quelques-unes qui ont la propriété de les améliorer, et qu'il est toujours facile de faire entrer dans un bon système d'assolenutil. La luzerne et le trèfle sont dans ce cas. Toules deux, parleur racines, pénètrent et divisent le sol à diverses profondeurs, et le rendent plus léger pendant les années suivantes.
Parmi les céréales, le froment et l'avoine conviennent particulièrement aux terres fortes. — Pour peu qu'elles soient plus humides que sèches, ce qui est le cas le plus ordinaire, les graminées vivaces y forment de bonnes praii'ies naturelles. — Les fèves y réussissent de préférence. — Les pois, les vesces et les gesses, la chicorée, les choux y peuvent donner des fourrages foliacés; — les rutabagas, les choux-raves, et même les betteraves , des racines alimentaires dont chacun connaît les divers usages; — enfin, quelques plantes, teilesque le colza, le pavot, la moutarde, des produits économiques ou industriels.
Quand les terres fortes sont situées dans des localités basses, elles deviennent excessivement humides, surtout si elles sont abritées du soleil du midi et des venis absorbans, par des montagnes ou des forêts ; elles prennent alors plus particulièrement le nom de terres froides. Lorsqu'on ne peut les débarrasser des eaux surabondantes de l'hiver, la chaleur les pénètre si lentement qu«; la végétation n'y fait presque aucuns progr-ès.— Dans les climats chauds elles offrent à la vérité quelques chances favorables; mais, dans le nord et le centre de la France, elles donnent des produits sans saveur, qui ne parviennent pas toujours à leur complète maturité^ et qui sont fréquemment détruits parles gelées. — Le meilleur, parfois le seul moyen d'utiliser ces sortes de sols, c'est de les planter en arbres. Les bois blancs y réussissent généralement: conduits en taillis ou en têtard s, comme cela se |)ratique pour les oseraies, ils rapportent beaucoup.
Les schistes argileux, très-abondans à la surface du globe , donnent naissance , par leur décomposition successive, à des sols d'une ténacité d'autant plus grande qu'ils contiennent moins de silice. — Ce sont de véritables terres fortes, mais qui, dans certains cas, avant d'arriver à cet état, présentent des particularités remarquables. Dans une partie de la Vendée, les métayers achetaient et achètent encore fort cher, malgré l'emploi du noir animal et de la chaux, les terres de jardin prod ui tes par la décomposition de ces schistes, dès qu'elles ont été améliorées par un certain nombre d'années de cuilure et des engrais sulfisans. — Les vendeurs, ayant ainsi mis à nu le sous-sol, s'empressentaussitôt de le défoncer à une profondeur proportionnée aux cultures dontilsveulentle cc-uvrir.— Le schiste se lève par pla(|ues lamellaires, [)his ou moins volumineuses, qu'ils concassent, sans beaucoupde soin, en très-grossiers fraginens; de sorte qu'après cette opération, le sol présente plutôt l'aspect d'un résidu dt- carrière que cl'iin(; terre labourable. — Cependant, à peine les pluies et lesgeh'cs d'une seule année ont-elles fait effeuiller à leur surface celles de '.es piei'res (jui se trouvent <'n contact avec
I ratmosphère,qn'on recommence à cultiver. — I On conçoit que ces rocailles soient pendant ! quelque temps peu propres à la culture des légumes et des plantes à racines chevelues; mais, pour peu qu'elles soient mêlées à un reste de terre végétale, les arbres y prennent un développement remarquable. — En Maineet-Loire, les schistes dont je parle, sous le nom de roc, sont habituellement employés pour l'amendement des vignes. Tant qu'ils ne sont pas complètement décomposés, ils divisent la terre, empêchent qu'elle ne se durcisse à sa surface par l'effet des pluies, et qu'elle nesoit trop promptement privée d'eau par les effets de l'évaporation. — Ils augmentent plus tard la couche de terre végétale. A la vérité, leur nature argileuse les rend peu propres alors à l'améliorer, et nécessite l'emploi de nouveau roc.
2° Les terres franches font le passage insaisissable en pratique, des sols argileux aux sols sableux, et semblent faire allernativement partie des uns et des autres. Les proportions desable qu'elles contiennentvarlent, ainsi cju'il a déjà été dit, du tiers envii on à la moitié et quelquefois au-delà. — J'en ai vu dont on pouvait extraire de 25 jusqu'à près de 40 pour cent de calcaire, d'autres qui, sans être sensiblement moins fertiles, en donnaient à peine 10.
Les terres franches conviennent au plus grand nombre de végétaux usuels. — Toutes les céréales y |)rospèrent ainsi que la plupart des plantes économiques. — Rarement elles ont besoin d'amendemens. — Elles s'accommodent de tous les engrais. — Elles partagent enfin presque tous les avantages des meilleures terres sablo-argileuses.
§ II. — Des Sols sableux.
Les terraijNS sableux offrent des inconvéniens et des av.'ntages diamétralement opposés à ceux des argiles. — Ils ne peuvent retenir l'eau au profit de la végétation; celle des pluies ou des arrosemens les traverse comme elle ferait d'un crible. — Ils s'échauffent à la vérité facilement au printemps, mais, par la même raison, ils se dessèchent promptement et deviennent brùlans eu été. — Dans les contrées fi-oides et phnieuses ils sont parfois fertiles alors que les terres argileuses cessent de l'être; dans les pays chauds ou tempérés sujets à des sécheresses de quelque durée, ils se dépouillent au contraire de toute végétation pendant le cours de la belle saison, tandis que les terres fortes sont encore couvertes de verdure.
Les terres sableuses changent d'aspect selon la nature du .sable ou du sablon qui domine dans leur composition. — Leur couleur est ordinairement jaunâtre ou brunâtre; parfois d'un blanc pins ou moins pur qui leur donne au premier aspect une apparence crétacée.
Leur culture est peu coûteuse. Il est toujours facile de trouver le moment de les lab(>uier;car, quelque humides quelles soient, elles ne forment jamais pâte Ci nune les argiles, et quand elles sont sèches elles n'offrent pas une grai'de résistance.
Elles n'exigent pas d'ailleurs des labours aussi l'rcqu< n>-. parce <pi'rlles se laissent dans
i.iv. i".
Ions les cas facilement pénclrer par les gaz atmosphéri(fues et par les racines ; mais aussi leur mobilité les rend peu propres à offrir à ces dernières un point iKappui de solidité convenable. — On peut presque toujours ne pas leur donner les hersages (Ui émottages qui doivent rigoureusement précéder les semis sur les terres fortes. Pour celles qui nous occupent maiulenant la herse n'a d'autre usage que de recouvrir les seuiences; encore lui subslilue-f-on parfois assez maladroitement, pour cette opération, un simple fagot chargé de quelques pierres.
Lcf! plovihai:;es sont plus nécessaires et doivent être plus pesaiis, en raison de la plus grande légèreté du sol. A la herse retournée les bons cultivateurs préféreront toujo\irs, dans ce cas, des rouleaux d'un bois lourd, de pierre et même de fonte.
Une condition première de fertilité des argiles, c'est, en général, ([u'elles soient débarrassées de leur numidité surabondante. 11 est indispensable de procurer ou de conserver aux sables cellequi leur manque,ou qu'ils sont toujours prédisposés à perdre trop rapidement. — Avec des irrigations, la plupart des inconvéniens de ces sortes de terres disparaissent; l'eau est pour elles plus que les engrais; mais il faut pouvoir en donner d'autant plus souvent, qu'elles sont plus exposées aux effets de l'évaporalion. De là. les soins qu'on doit prendre pour les abriter, par tous les moyens possibles, des rayons trop directs du soleil de l'été. — Les jardiniers font usage de paillis. Les agriculteurs ne peuvent malheureusement que bien rarement les imiter. Cependant, dans quelques parties du département du Gard, et notamment aux environs d'Aiguës -IVIortes, ils couvrent leurs champs de jonc qu'ils font piétiner par les moutons, de manière à le fixer sur le sol après l'époque des semailles, afin d'éviter en même temps le veut qui entraîne une partie du sable, et la sécheresse qui s'oppose à la germination des graines. — En Toscane, la culture des plantes économiques se fait pour ainsi dire à l'ombre des grands arbres, auxquels on marie la vigne. Pour les terrains sablonneux du midi de la France, la position est presque la même. Pourquoi ne pas recourir à des moyens analogues.' — Des palissades, des haies de végétaux à racines peu traçantes, devraient être multipliées parallèlenîent entre elles, et en regard du midi sur toute la surface du sol. — Les plantes cultivées devraient, autant que possible, être choisies parmi celles dont la végétation rapide s'achève avant les fortes chaleurs, ou dont les feuillages épais couvrent la terre complètement. — Enfin, des plantations par rangées, dirigées du levant au couchant, d' vraient être faites à des distances plus ou moins rapprochées, au moyen de \égélaux annuels ou vivaces, dont les tiges parviennent aune certaine hauteur, et |jeiivent procurer un ombrage saluta.re, tout en donnant d'utiles produits, tels que le maïs, le sorgho, le millet, le topinambour, etc., etc.
Dans certaines localités, l'eau se trouve à une petite dislance de la surface du sol. Ou peuL aloi's, comme cela se pratique sur quelques points de l'Egypte, de l'Espagne, de l'I-
talie {fig. 21), abaisser le niveau du terrain de Fig. 21.
manière à lui communiquer le degré d'humidité convenable à chaque localité, et même à chaque culture. — Par nn semblable moyen mieux encore peut-être qrie par des irrigations, on peut quintupler les récoltes et couvrir des sables peu fertiles, des cultures propres aux meilleures terres.
La chaleur n'est pas seule à redouter dans ces sortes de sols; par suite du peu de consistaîice de leurs parties, ils présentent quelquefois à la suite des gelées de graves inconvéniens : je veux parler du déchaussement des blés. — La glace qui s'y forme en longs filets perpendiculaires, d'autant plus fréquens et plus rapprochés que la terre est plus riche en terreau ou plus pulvérulente, la soulèvent parfois de plusieurs pouces, et mettent ainsi à nu les racines, ce qui entraine habituellement la mort des tiges.
Il est dans certains cas assez facile d'amender les terrains sableux; car fréquemment ils reposent, à une faible profondeur, sur une couche d'argile dont on peut ramener une partie à la surface, en donnant un second trait de charrue au fond de chaque sillon.— A la vérité, l'effet d'un pareil défoncement est ordinairement de rendre les terres moins productives, parfois même à peu près improductives, pendant un certain temps, jusqu'à ce que le sol nouvellement remue se soit pénétré des gaz atmosphériques et convenablement incorporé avec le sable; maisl'aveniiindemniseraamplement de cette courte non-valeur. — Si le sous-sol est à une plus grande profondeur, l'opération devient plus coûteuse; car alors il faut extraire et transporter les amendemens, et-il peut arriver que les fi-ais s'élèvent au-delà de l'augmentation de produit qu'on est raisonnablement en droit d'attendre.
Tous les amtndemens qui peuvent augmenter la consistance des sols sableux leur sont favorables. Il en est cependant qui conviennent plus (jue d'autres. Parmi ceux-ci, il faut citer les argiles marneuses, dont les effets dépassent pour ainsi dire toute croyance, .l'ai vu par leur moyen de misérables cultures de sarrasin se transformer en peu d'années en de bonnes cultures de froment.
Les alluvions boueuses de la mer, dont les Hollandais savent depuis des sièch's tirer un si bon paiti, et que les habitans de certains comtés d'Angleterre recherchent à l'égal des engrais à la lois les plus actifs et les plus durables, pourraient à coup sûr être euiployées avec un égal succès sur queUjues-uues de nos côtes et dans le voisinage des marais sa-
lans, comme amendement et comme fumure
clos terres trop légères.
Lesjum'icrs qui conviennent le mieux dans ces sortes de terres sont en effet ceux qui contiennent et qui conservent le plus d'humidité. — C'est pour cela qu'on préfère à tous autres celui des bêles à cornes, et qu'on a préconisé avec autant de raison, au moins, que pour les terres argileuses, l'enfouissement des récolles vertes. — Les engrais très-actifs ont, en général, sur les sables une action d'autant moins favorable, que ces derniers sont plus secs et plus chauds. L'expérience de tous les temps est à cet égard d'accord avec la pratique de tous les lieux.
I. Terres sahlo - argileuses. Elles viennent naturellement se placer à côté des terres franches, dont elles ne diffèrent que parce que la proportion du sable siliceux qu'elles contiennent l'emporte sur celle de l'argile.
En pratique, le passage des unes aux autres est inappréciable, et ce que j'ai dit des premières se rapporte encore aux secondes. Tant que le sable ne domine que faiblement, le mélange change à peine d'aspect; mais, à mesure qu'on s'éloigne du point moyen, où les sols argilo-sableux se confondent avec les terres sablo-argilenses, il devient assez facile de distinguer ces dernières. Humides , elles sont moinsboueuses;— sèches, elles offrent moins d'adhérence. La simple pression des doigts peut les réduire en une poussière grenue et rude au toucher.
Tantôt, quelle que soit leur origine, elles sont éloignées des grands cours d'eau^ ou, ce qui revient au même, insubmersibles \)»v eux; — tantôt elles proviennent d'alluvions récentes des rivières et des fleuves, et sont sujettes aux inondations.
Dans l'un et l'autre cas, elles doivent à leur légèreté plus grande quelques avantages de plus que les terres franches; également favorables à toutes les cultures qui réussissent sur ces dernières, elles peuvent l'être encore à celles des chanvres, des lins, et de divers végétaux qui aiment comme eux les sois légers et pourtant substantiels. L'analyse d'un sol de cette nature qui venait de produire en Touraine un beau chanvre a donné :
Sable grossier. . . 49
Argile 26
Calcaire 25
Ni trop comi)acles, ni trop meubles, ces terres sont également perméables aux pluies, à l'air atmosphérique et aux faibles chevelus des plantes délicates. — Elles absorbent l'eau, s'en pénètrent, sans jamais s'en imbiberoutre mesure ou la retenir en nappes comme les argiles. — Elles s'échauffent au printemps moins promptement que les terres purement sableuses, mais plus facilement que les sols argileux, et, presqu'autant que ces derniers, elles conservent leur humidité à l'époque des chaleurs. — Enfin, pour citer encore un seul de leurs autres avantages, elles sont, par suite des propriétés que nous venons de leur reconnaître, dans l'état le plus favorable à la décomposition des engrais, puisqu'elles les entourent presque constamment pendant l'époque de la végétation, d'une humidité chaude et modérée, et qu'elles laissent l'oxigène de l'air pénétrer facilement