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CHAP. V. MOYENS D'APPRÉCIER LES QUALITÉS DES SOLS

solide qui la fasse résister aux efforts de l'air agil(' et de quelcpies autres agens extérieurs;

3° A conduire l'eau, les solutions alimentaires et stimulantes vers les extrémités spongieuses des racines qui les entraînent dans les conduits sévcux, au fur et à mesure que les feuilles et les parties herbacées exhalent dans l'atmosj)hère l'excès d'humidité;

4" Et réciproquement, le sol reçoit en réserve l'humidité atmosphérique condensée par les feuilles, et qui compense la déperdition trop considérable éprouvée durant les sécheresses ;

5'^ A emmagasiner, durant la journée , la chaleur des rayons solaires jjour rayonner la chaleur à son tour, pendant les nuits, en plus grande abondance qu'elle n'en reçoit ahjrs : c est ainsi que se forme un milieu tempéré, dans lequel les plantes sont soustraites à de trop brusques variations de température;

6" A entretenir l'excitation électrique qui contribue au développement des plantes;

7" k. fournir à l'eau de très-minimes parties de sa propre substance, et notamment de sels calcaires qui , ne pouvant suivre l'eau lor.s- ((u'elle se vt)latilise dans l'air, restent interposés dans le tissu des végétaux;

8° A offrir aux détritus végétaux, restés après les récoltes, et aux divers autres engrais organiques répandus à dessein, les circonstances d'humidité et de chaleur qui favorisent leur décomposition, en même temps que la porosiié du sol retient une partie des gaz nourriciers résultant de cette altération spontanée.

On voit par ces données, conformes à la théorie comme à la pratique, que l'épuisé njcntdu sol n'est jamais à craindre toutes les fois t|ue l'on peut lui rendre la làible nroportion d'amendemens, 'le stimnlans et d engrais <{ue les récolles lui enlèvent, et que lesy'wchêres peuvent être supprimées dans toutes les localités qui ne seront pas inaccessibles aux asiens de la fertilisation.

Le sol meuble et la terre bien amendée, contenant des débris organiques, offrent, dans les liiêmes circonstances, une forme moins pulvérulente; ses parties adhèrent légèreinententre elles, en sorte que lessiilonsy restent lai-gement tracés, comme on le voit dans \9ifig. 39.

Fig. 39

En décrivant plus haut les propriétés physiques les plus importantes, nous avons donn é les moyens de les constater.

A. Payen.

Par l'inspection des végétaux qui croissent spontanément sur le sol.

Cette partie de nos connaissances est encore fort peu avancée, et probablement elle parvieiidra difficilement au degré d'exactitude et de précision nécessaire pour qu'on puisse lui accorder la confiance que méritent les analyses. Depuis que Linaé en a réuni l'vs premières notions, plusieurs botanistes et agronomes y ont joint le fruit de leurs obsei'vations; mais, à mesure que Ton recueil- I lit des faits, les exceptions se présentaient en plus gr ind nombre.

La sécheresse, l'humidité, la hauteur des sols, les abris- et l'ombrage ont une si gi'aride influence sur la station \les plantes, que la naliu-e même de la terre semble per-dre loulii-lait la sienne vis-à-vis de beaucoup de végétaux. Ainsi, une terre peu élevée au-dessus (lu niveau de la mer produit des plantes fort diffcr-enti's de celles qui croissent sur- une terre de même nature, mais |)lacét! à quelques centaines de toises plus haut. Si ensable sec et aride, qui produit à peine (pii-lques l'ruyèi'cs, queUjues Véroniques et quelques Canches, vient à recevoir une humidité permanente, ces plantes disparaîtront pour faire place ;! des Laiches, à des Scirpes, des Scrophulaires, des Lysimachies, des Linaigreltcs,

luéine à des Saules et des Peupliers. Quand on abat une ibrol, non seulement les petites j)lantes qui croissaient sur ses lisières disparaissent, mais il en vient d'autres à la place de la forêt même, et qu'on n'y avait jamais vues.

D'un autre côté, il y a beaucoup de plantes qui, par la simplicité de leur organisation, .s'accommodent de terres Jvrt différentes. Ainsi ]\I. De Ca-ndulle observe que les montagnes granitique* des Vosges, et les montagnes calcaires du Jura, nourrissent presque toutes Jcs mêmes plantes. Ce célèbre botaniste dit même «qu'il ne saurait trouver un seul végétal qu'on puisse aflirmer n'avoir été trouvé «jue dans des terrains calcaires ou que dans «les terrains granitiques,» et déjà il avait reconnu que la nature de la terre n'a qu'une très-faible influence sur l'habilation générale des végétaux; mais il en accorde une trèsgrande : 1° à la température, qui est déterminée par la distance de l'équateur, la bautcur au-dessus de la mer, et l'exposition au sud (!t au nord ; 2" au mode d'arrosement, qui comprend la quantité plus ou moins considérable d'eau qui peut arriver à la plante, la manière plus ou moins rapide dont cette eau peut se filtrer au travers du sol, les matières utiles ou nuisibles à la végétation de telle ou telle plante, qui sont dissoutes dans l'eau ; 3° au degré de ténacité ou de mobilité du sol.

A ces considérations générales, j'ajouterai que, dans un ouvrage de la nature de celuici, il est bien plus question de chercher à donner aux végétaux une terre propre à leur faire prendre le plus de développement possible et toutes leurs qualités, que d'exammer celle où ils croissent spontanément; car un grand nombre de plantes sont plus parfaites dans nos cultures que dans leur station naturelle. Voyez 1-e Trèfle, la Chicorée sauvage, la Laitue vivace le long de nos chemms; la Carotte dans les clairières et dans les prés secs; le Houblon dans nos haies: et considérez ensuite ces mêmes plantes dans nos cultures! à peine pourrez-vous les reconnaître tant elles y gagnent en volume et en perfection. Le Tussilage {Tussilago Jarfa?-a), qu'on ne trouve à l'état sauvage que dans l'argile presque pure et noyée d'eau pendant l'hiver, prospère à merveille transplanté en terre calcaire dans nos jardins. Le Salsifis des prés humides, pressé de toulesparts par les herbes à foin, développe une végétation luxuriante cultivé en plante sarclée. Des végétaux même que la nature ne fait croître que dans des lentes de rocher, tels que le Figuier, le Rhododendron, deviennent vingt fois plus grands et plus fertiles en bonne terre dans «os cultures que dans leur station naturelle. Je n'ai jamais trouvé le Buis nain à l'état sauvage que dans des terres argilo-calcaires , et pourtant il prospève dans tous les jardins, quelle que soit la nature de la terre. Dans le Périgord, la terre où croissent les Châtaigniers ne ressemlile p ;s à celle où ils croissent dans la forêt de Montmorency ni dans le bois de Meudon. J ai trouvé eu Virginie plusieurs espèces d'Andromèdes en terre grouéleuse et granitique, que nous ne pouvons faire vivre ici qu'en terre dite de bruyèic

Des considérations d'un nutre ordre nous amènent encore à n'accorder qu'une faible importance à la connaissance de la nature de la terre où croissent spontanément les planlesque nous voulons introduire dans nos cultures. Dans les terres légères, les racines se multiplient aux dépens de leur grosseur et de leur longueur; dans les terres sul>staQtielles, mais perméables, elles grossissent et s'alongent aux dépens du nombre. C'est au cultivateur à savoir quelle est celle de ces deux modifications qui lui est le plus utile pour faire choix de la terre. C'est surtout à l'égard des racines alimentaires que nous devons donner, aux plantes qui les produisent, une terre plus riche en parties nutritives que celles où elles croissent naturellement, puisqu'il n'y a pas d'exemple que la nature nous les donne toute seule aussi grosses et aussi succulentes ([ue quand nous les cultivons dans une terre que l'expérience a appris leur convenir.

Les produits végétaux sont généralement de meilleure qualité dans une terre légère que dans une terre forte; mais on doit attribuer celte supériorité à la juste proportion d'humidité que retient la terre légère , et à la facilité qu'elle offre à l'air de la pénétrer. Si on la rend aquatique, ses produits perdent de leur qualité; si on la dessèche outre mesure, il n'y croît plus rien. Donc, la nature de la terre est tellement maîtrisée par la température, la sécheresse et l'humidité, que, quoique indispensable à la végétation, sou influence sur le développement d'un végétal plutôt que d'un autre n'est pas aussi grande qu'on se l'imagine généralement.

Je suis loin cependant de vouloir dire que l'étude des différentes sortes de terre que les plantes paraissent affecter dans leur station naturelle doive être négligée par le cultivateur; j'ai seulement voulu montrer que jusqu'ici cette étude n'a encore offert que peu de ressources à l'agricutlture. Pour en tirer tout le parti possible, il faudrait, je crois, la combiner avec la température et le degré d'humidité et de sécheresse dont elle est habituellement affectée chaque année. Alors celte étude deviendrait compliquée; on ne se lx)riierait plus à dirertelle plante croît spontanément dans telle terre, mais on ajouterait : sous l'influence de telle température, de telle lumière, à telle hauteur, à tel degré d'humidité ou de sécheresse. Ce travail u'étant pas fait et ne pouvant se faire que par l'observation durant une suite de plusieurs années, je suis obligé de suivre le sentier battu, et de me borner à présenter ici le tableau des plantes qui croissentspontanément dans chacune des principales sortes de terres sur le sol de la France. Si d'un côté j'en ajoute quelques-unes aux listes déjà publiées, de l'autre j'en élimine un certain nombre dont la station ne me parait pas aussi limitée à telle ou telle nature de terre que les collaborateurs du dernier Cours complet d'agriculture l'ont pensé.

La première ou les deux ou trois premières plantes de chaque section sont celles qui se montrent les premières de leur section dès que la terre qui leur est propre a subi assez I de mélai>ge pour que la végétation puisse

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commencera s'y élat)îir (car, tant que l'argilo, la silice et le calcaire restent purs, il n'y a guère de végélalion possible), et les deux ou trois dernières indiquent que la terre se trouve déjà assez mélangée pour que la plupart des cultures puissent y prospérer. Ainsi le Tussilage est donné comme exemple de la plante qui se motitre la première dans l'argile encore presque pure, et la Chicorée sauvage comme exemple de celles qui ne s'y rencontrent que lorsque l'argile est assez mélangée de silice, de calcaire, ou enfin de terreau, pour aue beaucoup d'autres plantes puissent y croître également.

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