AMENDEMENS STIMULANS : CENDRES
après des plâtrages répétés, le produit du pré descendrait plus bas qu'auparavant.
Ou accroît, par le plâtrage, la qualité dixtinctwe des légumineuses :\e^ feuilles, qui sont leurs organes absorbans dans ratrnosphère, prennent plus de vigueur, sont doublées, triplées peut-être en surface, et par conséquent en puissance, tandis que les racines n'ont pris qu'ua tiers d'accroissement, et par conséquent, pourrait-on dire, n'empruntent qu'un tiers de plus au sol. C'est ce vide néanmoins qu'il faut remplir dans les sols médiocres où il devient sensible.
Le plâtrage est donc une excellente méthode, mais dont il faut user avec réserve et circonspection ; par cette raison, dans des pays on a réduit les doses du plâtrage, dans d'autres on l'a divisé avec succès en deux saisons, moitié après la récolte de la céréale qui couvre le fourrage, et l'autre moitié au printemps suivant.
Akt. h. — Des diverses sortes de cendres.
§ V*. — Des cendres de bol».
Ces centres, qu'on néglige encore dans beaucoup de lieux, se vendent fort cher dans un grand nombre de localités, après qu'elles ont été lessivées, sous le nom de charrée.
Les effets des cendres sur la végétation et sur le sol sont très-remarquables ; elles ameublissent les sols argileux, et donnent de la consistance aux sols légers; elles détruisent les mauvaises herbes ; elles conviennent plutôt aux sols humides qu'aux secs, mais il est nécessaire qu'ils soient bien égouttés ; la dose doit s'accroître avec l'humidité du sol.
Elles demandent à être répandues sèches par un temps non pluvieux et sur un sol non mouillé; elles favorisent la végétation de tontes les récoltes, des récoltes d'hiver et de printemps, des céréales et des légumineuses.
Elles donnent une couleur vert-foncé aux végétaux qu'elles font croître; elles favorisent plus encore la production du grain que celle de la paille : le grain produit ressemble à celui des fonds chaulés; il est peut-être encore plus fin et à écorce plus mince, et comme tel il a plus de prix sur les marchés. On emploie les cendres avec grand avantage sur les prés et les pâturages, et leurs effets sont surtout remarquables sur le blé noir, la navette et le chanvre. Leur effet, à petite dose, est peu durable; au bout de deux ans il est peu sensible, et cependant, dans les terres qu'on a cendrées à plusieurs reprises, dix ans après qu'on a cessé, l'amélioration s'aperçoit encore.
L'emploi des cendres est très-répandu sur le grand plateau de terrain argilo-siliceux qui appartient aux bassins du Rhôue el de la Saône, et qui se prolonge depuis les portes de Lyon jusque dans les départ, de l'Ain, de Saône-et-Loire,du Jura et delà Haute-Saône.
Lyon, après avoir fourni des cendres lessivées à l'agriculture de ses environs, qui les emploie en grande abondance, les envoie par les rivières à une grande partie de leurs rives et des pays voisins, qui les paient de 1 fr. 50 c. à 3 fr. l'hectolitre. La dose ordinaire est moins forte que dans les environs de Lyon ; elle eslcepcudaut de 20 à 30 hectolitres par
hectare. On les sème sur le sol avant le labour de semaille ; la terre et les cendres doivent être sèches, et on les laisse s'essorer 24 heures sur le sol si le temps est bien disposé; on jette ensuite la semence, et on recouvre le tout d'un léger trait de charrue. On les emploie très-souvent aussi pour la semaille de blé noir sur jachère, au mois de juin; elles en assurent le produit, ainsi que celui du froment ou du seigle qui succède. L'effet des cendres est peu sensible au bout de deux ans ; on les alterne alors avec du fumier, parce qu'elles sont encore plus profitables au sol si on ne les emploie que tous les quatre ans. Dans les environs de Lyon on les jette avec beaucoup d'avantage sûr les prés sains, à la cjuantité de 50 hectolitres par hectare ; aussi leur effet se prolonge très-longtemps : leurs doses sur le sol labourable sont aussi assez fortes, et semblent plutôt en rapport avec leur prix peu élevé, qui, sur les lieux , est de 1 fr. à 1 fr. 50 c. l'hectolitre, qu'avec les besoins du sol.
Dans la Sarthe, elles sont très-chères et très-estimées; on les emploie concurremment avec la chaux, à laquelle on les préfère beaucoup pour les terres légères; leur dose est de 12 hectolitres par hectare, et leur effet est grand sur le blé noir et le froment qui lui succède.
Dans l'Indre, on les emploie, surtout pour la navette, à la quantité de 20 hectolitres par hectare; avec ce seul engrais, on recueille 20 à 30 hectolitres de navette.
On emploie les cendres plus souvent seules et sans fumier; cependant, dans les pays où l'on en connaît mieux le prix et l'usage, on est resté convaincu que, comme pour l'emploi delà marne et de la chaux, l'union du fumier avec les cendres double réciproquement leur action, et que ce mélange accroît beaucoup la fécondité naturelle du sol. Dans une commune des environs de Louhans (Saône-et-Loire), on emploie les cendres plus volontiers pour le froment; ils joignent moitié de la dose ordinaire de fumier à 8 à 10 hectolitres de cendres par hectare, et cette demi-dose de l'une et de l'autre substance })roduit plus que leur dose entière séparée. Dans la commune de Saint-Etienne, près de Bourg, on joint aussi l'emploi du fumier à celui des cendres; le fumier leur offre l'avantage de tenir un terrain froid et compacte un peu soulevé et plus accessible aux agens atmosphériques.
Dans les sols humides, la dose doit s'augmenter en raison de Thumidité du sol ; mais si les eaux y stagnent, leur effet est nul jusqu'à ce qu'on parvienne à l'égoutter complètement; on conçoit alors que dans les années pluvieuses l'effet est peu sensible sur les sols humides.
Les cendres, comme nous l'avons dit, s'emploient dans toutes les saisons, à l'exception de l'hiver : au printemps on les emploie de bonne heure sur les prés et pâturages, puis à la semaille des orges, des a\oines, du mais; dans le cours de l'été elles fécondent les navettes et les blés noirs, et enfin, en automne, on l«s emploie pour la semaille des fromens et des seigles.
On enterre les cendres ])ar un léger labour
dans le sol, ou on les jette sans les couvrir sur les récolttsenvégétatioii. Jetées, au printemps, sur les orges et les fromens, elles les améliorent sensiblement ; cependant cet emploi est assez rare. Des expériences faites sur les mêmes récoltes, dans un même sol, de cendres enterrées à la semaille, ou répandues à la surface sur les plantes en végétation, m'ont donné un produit plus utile dans le sol "u'à la surface, et ont démontré la justesse e la pratique qui préfère les enterrer. La pratique préfère aussi les cendres lessivées aux cendres vives : le raisonnement n'appuie pas ces faits; mais, en agriculture plus encore qu'ailleurs, « experientia rerum magi<;tra;» je m'en suis moi-même assuré par des essais comparés. Nous n'en conclurons pas néanmoins que ce résultat doit toujours avoir lieu : sur le sol que les substances salines féconderaient, je pense que les cendres vives produiraient plus d'effet; mais sur ceux auxquels suftit le phosphate de chaux, on conçoit que les cendres lessivées, qui ont perdu leurs parties solubles, en contiennent davantage, et doivent par conséquent produire plus d'effet sous un même volume.
Prix de revient et produit net des cendres. L'emploi des cendres lessivées fait produire au sol 2 semences de plus en froment et moitié en sus du produit ordinaire en menus grains; c'est un surplus de produit par hectare de 4 hectolitres en froment, soit 70 à 80 ir. la première année, et en menus grains, la seconde année, d'une valeur moyenne de 50 à 60 fr., en tout 130 fr. en deux années ; mais les dépenses, frais de transport compris, de cet engrais, à la dose, pour les sols humides, de 30 hectolitres, au prix de 3 Ir., sont de 90 fr.; ce qui donne 40 fr. de bénéfice, non compris les pailles et les lurniers qu'on a portes à d'autres ionds, qui, pour les deux années, valent au moins le double de celte somme, soit en argent, soit en surplus de denrées produites pai' ce surplus d'engrais. Les cendres, en les comptant à un prix élevé, sont donc un prêt usuraire fait au soi, et qui double son capital en deux années.
l^Si production des cendres t'^X. bien considérable; car, snr 8 millions de feux qu'enlreticnt la population française, 7 millions au moins sont alimentés exclusivement par le bois; les f qui se perdent peut-être en très-grande partie, appelleraient la prospérité et la richesse sur de grandes étendues de sol médiocre, ferai- ut croître de moitié en sus les produits sur plusieurs centaines (le milliers d'hectares, et seraient un bienfait de plus qu'on devrait à nos six millions d'hectares de buis, qui se trouveraient ainsi féconder un 10*^ au inoins de leur étendue en sol labourable.
§ H. — Des cendres de tourbes et de houille.
Ces cendres sont regardées en Flandre, dans le dép. du Nord et en Belgique, comme l'un des grands agens de la végétation. On distingue les cendres de tourbe de ce.ies de houille.
I. Cendres de Hollande. — On donne particulièrement le nom de cendres de Hollande aux cendres de mer, ou aux cendres de tourbe du pays; les l^'sont beaucoup plus estimées que les secondes; il en faut 4 fois moins pour
AMENDEMENS. liv. i".
produire autant d'effet: elles sont le produit de la combustion de la tourbe de Hollande. Cette tourbe, quia été formée ou qui, du moins, a séjourné long-temps sous les eaux de la mer, est un meilleur combustible, et surtout donne des cendres blanches de meilleure qualité; ces cendres contiennent sans doute une plus grande proportion de principes salins et de principes calcaires.
On les emploie , ainsi que les cendres de tourbe et de houille, sur les fourrages artificiels, sur les lins, sur les récolles de prmtemps, et sur les prairies non arrosées. Elles sont devenues indispensables à la culture dans l'arrondissement de Lille, où l'on emploie peu les amendemens calcaires; dans lesautres arrondissemenset particulièrement dans celui d'Avesnes, on les mêle très-souvent à la chaux depuis moitié jusqu'à un quart du volume total.
Les composts de cendres et de chaux sont particulièrement employés sur les prairies et les grains de mars, à la même dose que si c'était de la chaux pun-, c'est-à-dire 4 mètres cubes ou 40 hectolitres par hectare tous les 10 ou 12 ans.
Les cendres de mer s'emploient volontiers sur les trèlles; on y en met de 6 à 10 hectolitres par hectare, et le trèfle donne un superbe produit qui ne manque presijue jamais en Flandre ; le blé qui succède se ressent de la fécondité du fourrage.
Le haut prix auquel les Flamands étaient obligés d'acheter les cendres de mer, leur a fait chercher et trouver un amendement moins cher; ils vont prendre eu Picardie et sur leur propre sol un produit minéral extrait (lu sol, auquel on donne le nom de cendres noires , cendres rouges, i\\i\ suppléent les cendres de mer, vendues trop chèrement par leurs voisins les Hollandais; nous en traiterons dans le § suivant.
IL Cendres de houille. — Elles s'emploient au défaut de toutes les ressources qui précèdent; cependant elles sont encore irès-actives, et elles composent en partie les boues de rue qu'on achète chèrement dans toutes les villes et bourgs. Nous avons à regretter que ce produit soit généralement perdu en France : c'est presque à leur insu que ceux qui recueillent les boues à Lyon en rama.ssent une (|uaiitité consitlérable dont ils éprouvent les bous effets sans savoir qu'ils les leur doivent.
III. Cendres de tourbe en gênerai. — En Picardie, on les emploie en ;^rande abondance; les vallées de la Somme et de ses aflhi' us renferment de grandes masses lourbeuses qu'on exploite avec grand profit pour faire lies bri(|ues, de la tuile , et pour le chaulfage d(.mestique : en outre, on en brûle encore beaucoup pour se procurer de l'engrais. On y emploie les cendres de tourbe pour les prairies naturelles et artificielles et pour les blés d'automne; on y en met 40 hectolitres par hectare; leur prix est peu élevé, c'est-à-dire de 40 c. l'hect. pris sur les lieux. En Angleterre on en emploie beaucoup aussi, mais les règles de leur emploi et leurs doses varient avec chaque pays. Leur composition est tellement variable, qu'on ne peut guère donner de directions précises ; cepen-
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