‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 62 sur 304 · AMENDEMENS STIMULANS : SUBSTANCES SALINES · texte numérisé non relu

AMENDEMENS STIMULANS : SUBSTANCES SALINES

moins pendant toute la rotation de l'assolement. Dans tout ce pays, l'usage de la chaux est très-répandu, mais aussitôt qu'on approche assez des bords de la mer, et que les chemins permettent de se procurer la vase de mer, on n'emploie plus la chaux.

£n Brelaf^ne, l'usage du sable de mer, du côté de Saint-Brieuc et de Matignon, s'est aussi, depuis 30 ans, beaucoup répandu; il n'était connu qu'à Hilioo, où il s'était établi depuis moins de 50 ans ; mais depuis quelque temj)s, à l'exemple de M. Desmoland, tout le canton de Matignon l'emploie avec le plus grand profit, et son usage se serait encore beaucoup plus étendu si l'étatdes chemins vicinaux n'enchaînait cette importante amélioration. Le sable de mer convient à la culture du trèfle, de la luzerne, au lin, au chanvre, aux pommes-de-terre; sur les prairies, il détruit le jonc, augmente la quantité et la qualité des fourrages, convient enfin beaucoup aux terres argileuses qu'il ameublit et rend beaucoup plus pénétrables aux eaux.

On prend plus volontiers la vase à l'embouchure des ruisseaux ou des rivières, p-irce qu'alors elle contient plus de débris tant marins que fluviatiles, qui y sont amenés de la mer et des terres par le flux el le reflux; ailleurs le sable ne contient presque que des principes terreux, des débris de coquilles et du sol marin.

Dans les pays où le varech ou goémon ne convient pas au sol ou se recueille beaucoup au-delà du besoin, on le brûle pour avoir ses cendres; elles peuvent se vendre alors comme contenant un peu de soude de mauvaise qualité, mais elles sor)t encore plus profitables comme engrais. Des essais en ont été faits en Ecosse et ont très-bien réussi pour toutes sortes de cultures : cinq quintaux (250 kilog.) de f<elp (nom des cendres de varech) par acre d'Ecosse, ont donné une grande augmentation de produit. Elles sont em-

f)loyées depuis long-temps en Bretagne, et eur usage, depuis quelques années, s'est beaucoup étendu.

Uile de Noirmoutieret quelques points du littoral brûlent le varech qu'ils n'emploient

Eoiut, le mélangent avec de la terre, du sale, des dessous de monceaux de sel, du goémon frais, du fumier d'étable, des coquillages, et toute espèce de débris végétaux el animaux; on mouille, pendant l'année, le tas, de temps en temps, d'eau salée; on le remanie à cinq ou six reprises différentes ; alors le mélange ressemble à des cendres. Il y a quelques années, cinq à six petits bâtimens suffisaient pour conduire cet engrais dans les lieux où on l'emploie; en 1832, on a débarqué à Pornicl236 charges presque toutes de cendres, chaque charge contenant dix charretées de dix hectolitres chacune.

On emploie dix charretées ou cent hectolitres de ces cendres par hectare; elles s'appliquent à toute espèce de culture, mais particulièrement au blé noir ou aux légumes d'été ainsi qu'aux prés de hauteur; on les répandau moment de l'ensemencement: en les mélangeant avec une petite quantité de fumier, on diminuerait d'un tiers la quantité nécessaire et on aurait un engrais au moins aussi profitable.

L'amélioration par l'engrais de mer ne devrait pas se borner aux lieux voisins de ses bords : les chemins vicinaux sont trop mauvais pour qu'on le transporte facilement à distance, in.iis la navigation des rivières, des ruisseaux même à leur embouchure , au moyen de la marée, permet sans doute qu'on le conduise à peu de frais à une assez grande distance dans l'intérieur des terres. La (juantité nécessaire par hectare, 2 à 300 pieus cubes (6, "85 à 10, ""28) au plus, est relativement peu considérable; la durée de son effet sur le sol se prolonge donc beaucoup au-delà de celle du fumier auquel on l'allie; le flux et le reflux de la mer faciliteraient beaucoup la main-d'œuvre; le chargement se ferait à marée basse sur la vase découverte, el la marée haute emmènerait le navire et sou chargement {fig. 52).

Fig. 52.

Art. lli. — Des substances salines.

§ I". — Du sel marin ou liydrochlorate de soude.

La grande question est ici le sel marin , les autres sels ne sont au'accessoires. Le sel marin est l'une des substances qui pourra être fournie par le commerce au moindre prix, "lorsque l'impôt qui pèse sur cet objet de première nécessité aura été aboli. Sur les bords de lu mer et dans les mines de sel gemme, le quintal ne coûterait que 50 c. Les mines qui peuvent le fournir, dont les filons paraissent d'une épaisseur indéfinie, semblent presque inépuisables; si donc le sel peut être d'une grande utilité en agriculture, avec la facilité des communications qui s'organisent en France , il y aurait plus de la moitié de la surface de notre pays où le prix du sel serait à peine à un franc le ouintal; et, comme ses effets sur le sol se produisent à petites doses et que néanmoins ils paraissent très-grands , les résultats seraient d'une bien grande importance.

Voyons les faits qui appuient sa grande influence sur la fécondité du sol. L'usage du sel en agriculture est bien ancien : les Hindous elles Chinois en fécondent, depuis la plus haute antiquité, leurs champs et leurs jardins; les Assyriens, nous dit Pline, le mettaient à quelque distance autour de la tige de leurs palmiers: toutefois on savait qu'eu

quantité notable ii stérilisait le sol; ainsi, j nous dit la Bible, Abimelech s'étant rendu mailre de Siceui, détruisit cette ville de fond en comble et sema du sel sur l'emplacement qu'elle occupait.

Dans les temps modernes , les anglais ont beaucoup plus étudié celle question que nous ; le chancelier Bacon a constaté, par ses expériences, l'emploi avantageux de l'eau salée en agriculture : plus tard Bro\visrigg , WatsoN et Cartwright ont confirmé par leurs expériences l'efficacité du sel sur la végétation ; les Sociétés d'agriculture ont ouvert des concours, et Daw, Sinclair, JonxsoN et Daore eu ont vérifié, approuvé et conseillé l'emploi. — Dans le comté de Cornwail, les composts du sel impur des séclieries avec le sable de mer, la terre, le terreau ou des débris de poissons,sont fréquemment employés, et les fermiers du Cheshire, nous dit Davy, leur attribuent l'abondance de leurs l'écoltes. Dans l'Ile de Maim, l'emploi du sel sur le sol détruit la mousse des prairies. La composition ordinaire des composts pour les prairies est de 20 voitures de terre et 14 hectolitres de sel par hectare.

Dans plusieurs cantons de pays à cidre, on rend plus ï'obustes et plus fertiles les pommiers en enfouissant autour et à quelque distance de la lige une petite dose de sel marin; les greffes et boutures qu'on expédie au loin, trempées dans l'eau salée, reprennent plus facilement à leur arrivée.

Le gouvernement anglais, à la demande de l'agriculture, fait mêler avec de la suie et vend à plus bas prix les sels qu'on lui demande pour employer sur le sol. En Allemagne, oii il y a moins de littoral , et où le sel est plus rare et plus cher, cette cjuestion a moins occupé; cependant en Bavière, le roi a ordonné qu'on vendit à bas prix tout le sel employé en agriculture,soi t pour les bestiaux, soit comme amendement.

En France, une foule de faits appuient aussi l'efficacité , sur certains sols , du sel comme amendement. La grande fécondité produite j)ar les engrais de mer est sans doute souvent due aux sels qu'ils contiennent, et cela est encore plus évident pour les cendres de Pornic, dans la composition desquelles on fait entrer les dessus des monceaux de sel, et qu'on arrose soigneusement pendant tout l'été avec de l'eau salée. L'usage du Morbihan d'arroser le fun)ier avec l'eau de mer ne s'est sans doute établi que sur la preuve donnée par l'expérience de l'efficacité du sel allié au fumier. Enfin le grand effet du varech, du goémon et de leurs cendres qui contiennent peut-être moitié de leur poids de muriate de soude ou de soude, vient encore à l'appui. Dans quelques cantons du littoral, on sème à la fois la soude {Salsola soda) et le froment dans des terrains salés envahis quelquefois par les eaux de la mer. Lorsque des pluies viennent diminuer la quantité de sel, le froment devient trèsbeau et la soude reste faible ; lorsque les pluies sont peu abondantes, la soude grandit alors aux dépens du fro.nenl.

Lorsque le sel n'est pas très-abondant , il favorise la végétation et donne des produits d'excelleole qualité; les prés salés sont en

: AMENDEMENS. mv. i«.

réputation pour la quantité, la qualité de leurs fourrages et l'engrais de leurs moutons. J'ai habité quelque temps en Picardie près des pâtures souvent envahies par les grandes marées : lorsque les pluies viennent laver la surface et entraîner la trop grande portion de sel, leur produit fournit un pâturage abondant et d'excellente qualité.

Expériences sur l'action des sels sur lavégétation.—Kucxxn écrit ne démontre mieux cette action, ne précise mieux la quantité des doses nécessaires et la plupart des circonstances de leur emploi que les expériences de M. Le- COQ de Clermont; il a fait faire un grand pas à la question générale et particulière de l'emploi des diverses substances salines que la nature et l'industrie offrent à l'agriculture. Nous allons donc faire connaître les résultats de ces expériences, en nous bornant toutefois aux faits spéciaux et précis qui intéressent le plus la pratique agricole.

Sur un champ d'orge , en bonne terre fi'anche, fumée l'année précédente, il a divisé un espace de 8 ares en huit lots égaux ; sur les six premiers il a répandu, à la fin d'avril, des doses progressives de sel marin, et il n'a rien mis sur les n"' 7 et 8.

Tableau des opérations et des résultats.

Numéros.

Dosns de seL

Produit eo graioi.

Le n° 1^% qui n'avait reçu qu'une livre et demie, a différé peu de ceux qui n'ont rien reçu; le n° 2 avait la paille plus longue, l'orge plus touffue; le n° 3 devenait encore meilleur; n" 4, végétation très- vigoureuse, paille surpassant de 10 pouces les n"* non salés , et de 4 pouces ceux plus ou moins salés que lui: les épis étaient en outre plus gros, plus longs et plus fournis que lui; n^ .5, inférieur au n''4, se rapprochant du n° 2, mais plus élevé que lui; n° 6, la plus forte dose, semble malade malgré son produit en grains assez fort; sa paille n'est pas plus grande que celle des n°' non salés.

Il résulte de ces expériences que la dose la plus productive pi'>ur l'orge serait de 6 liv. (3kil.)par are, ou de 6 quintaux (300 kil.) par hectare; l'are qui a reçu 6 liv, a produit de plus que les n"' 7 et S, qui n'avaient rien reçu, 11 liv. de grains ou 11 quintaux par hectare , ou plus de trois fois et demie la semence, qui est en moyenne de trois quintaux par hectare.

Cette expérience , avec les mêmes données, a été faite eu même temps sur un champ de froment en sol un peu maigre, léger et élevé ; les résultats se sont montrés presque les mêmes, malgré les différences de sol, de position et de plantes; cependant il y avait peu de différence entre lesn°'3 et 4, dont le premier avait reçu 4 livres et demie, et le second 6 liv. de sel p'ar are.

La dose la plus convenable pour le froment

CHAP. y. AMENDEMENS STIMULANS

serait donc au-dessous de 6 liv. par are, ou de 5 quintaux |)ar hectare.

Sur un champ de luzerne divisé, de même, avec les mi'îuies doses et la même étendue, on a eu les résultats suivans.

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