CIRCONSTANCES FAVORABLES A L'ACTION DES ENGRAIS
GHAP.
prouve aucune division ultérieure; par cette cause, retenant donc à peine la sixième parlie de l'eau interposée que peut renfermer le plâtre bien cuit, il offre d'autant moins de prise à ''action dissolvante.
Ces phénomènes, que chacun peut à volonté reproduire, expliquent les anomalies apparentes observées dans les effets du plâtre cuit; anomalies qui ont porté quelques agronomes à penser que le plâtre cru agit aussi efficacement que le plâtre cuit. Cela est vrai si ce dernier a été mal divisé, soit par suite d'une trop forte calcinalion, soit par toute autre cause. En effet, le plâtre cru ' mis en poudre cède au moins autant à l'ac- ?.t tion dissolvante de l'eau, que le plâtre trop •vj calciné.
]' Ainsi, la seule utilité de lacuisson du plâtre pottr V agriculture étant dans la grande et facile division qui peut en résulter, on doit comprendre combien il importe d'éviter l'excès de température qui produirait l'effet contraire.
Si la meilleure pierre à plâtre pour les constructions est celle nui, calcinée à point, nécessite le moins d'eau pour se fâcher, et peut en absorber le plus par des prises successives (1), il n'en est pas de même pour l'agriculture; et cela se conçoit, puisque la divisibilité est la principale condition de son meilleur effet.
Il résulte évidemment de cette considéralion que les gypses lame lie ux , fibreux ou a grains très-fins t\\\i, calcinés à la température convenable, exigent beaucoup d'eau pour se gâcher et peuvent à peine faire une 2'^ prise avec un volume d'eau égal au premier, sont susceptibles de peu de solidité dans les constructions; mais que, se gonflant beaucoup immédiatement, et très-faciles à diriser, ils offrent les propriétés convenables pour l'agriculture.
En réunissant les conditions précitées dans l'emploi des pierres gypseuses dont on pourrait disposer, on obtiendra le maximum d'effet du plâtre ; et une dose de 250 kil. par hectare répandue chaque année, pourra quei- (jucfois produire plus d'effet qu'une quantité double ou triple de plâtre mal divisé.
Les plâtras de démolitions peuvent souvent être d'un emploi très-avantageux: non seulement leur forme spongieuse les rend faciles à diviser, mais encore les matières organiques et les nitrates qui s'y sont peu-àpeu introduits ajoutent aux engrais et aux stimulans du sol.
On peut encore obtenir économiquement des effets analogues de certains résidus composés de sulfate de chaux, et notamment du produit de la saturation de l'acide sulfurique par le carbonate de chaux, en excès dans la fabrication du sirop de fécule.
Nous avons cru devoir entrer dans beaucoup de détails sur cet important sujet, parce que nous pouvions donner des notions précises qui, récemment démontrées, ne se trou-
vent dans aucun ouvrage relatif à 1 agriculture publié jusqu'aujourd'hui.
On a reprocJié au plâtrage des lu/eriies d'avoir dorme lieu, en quelques endroits, à In météorisation des bestiaux. Cet effet, rarement observé, nous paraît tenir à nue végétation rapide sous les influences favorables réunies d'humidité, de tem[}érature, d'engrais et de stimulans: dans ce cas en effet la laxité du tissu des végétaux admettant une surabondance d'eau, doit produire les effets bien constatés des nourritures trop aqueuses. Un moyen de parer à cet inconvénient consiste à mélanger un peu de sel commun aux alimens.
Plusieurs agronomes ont observé le peu d'eflét du plâtre dans les sols qui déjà contieiment du sulfate de chaux en proportion notable; il est évident que ce sel étant assez abondant pour que l'eau puisse s'en saturer, un nouvel excès qu'on ajouterait serait inutile.
Noustraiterons dans un même article delà Division des Arts agricoles, des fours à cuire le plâtie, à calciner la pierre à chaux et l'argile.
Cendres noires, terres noires de Picardie, cendres pyriteuses. — On peut encore regarder comme un puissant auxiliaire des engrais ce stimulant, dont l'usage se répand de plus en plus.
Son efficacité nous paraît tenir à trois causes principales : 1° la couleur noire terne dont nous avons démontré l'heureuse influence comme moyen d'échauffer lesol(^oj. chap. II, p. 46) ; 2° le sulfure de fer, dont la combustion lente augmente réchauffement de la terre et l'excitation électrique; 3° les sulfates acides de fer et d'alumine. L'action de ces deux sels solubles sur le carbonate de chaux que renferme le sol donne lieu à la formation du sulfate de chaux, qui agit sur les plantes comme nous venons de le dire, et au dégagement d'acide carboniaue, qui offre un aliment aux parties vertes des végétaux. Ainsi donc la présence du carbonate de chaux dans le sol est ici fort utile, et on doit en remplacer la déperdition par des marnages ou des chaulages bien entendus.
Sans doute t addition d'un engrais azoté est indispensable, après cette réaction, pour assurer la récolte des graines, tandis qu'il est moins nécessaire pour obtenir le produit des prairies, surtout dans les terres en bon état de culture.
Quant aux mêmes matières qu'on a lessivées pour en extraire les sulfates solubles dans la labrication des magmas {sulfates d'alumine et de fer)., et préparer l'alun, elles agissent de même, mais plus faiblement; car elles retiennent toujours des mêmes sels, mais en moindres proportions.
Enfin les mêmes terres calcinées en tas , à l'aide d'une petite quantité de combustible, peuvent être tellement brûlées par suite du charbon ou du sulfate de fer qu'elles renfer-
(1) De cette propriété, et de plusieurs autres que j'ai observées, j'ai déduit cette théorie de la soli- (lificatioD du plâtre : les premières parties unies avec l'eau dans le gâchage se solidifiant les premières, forment une sorte de scellement qui retient celles hydratées plus tard, s'oppo.ient à leur écartement, donnent une masse plus serrée, plus solide ; les medleurs plâtres sont donc ceux dont les par» ticules s'hydratent le plus lentement. 1 .
ment, qu'alors elles prennent une couleur rou?,eâire due au peroxide de fer, et qu'elles ne coutieiiuent presque plus rien de soluble. Les sulfates de fer et d'alumine décomposés n'ayant laissé que de l'oxide de fer et de l'alumine, en cet état elles n'offrent plus qu'un amendement sableux, analogue à l'argile calcinée propre à l'amélioration des sols trop compacts.
L'argite calcinée, mise en poudre , est en effet un excellent amendement des sols argileux, froids, ou terres trop fortes ; elle les rend plus perméables à l'eau et aux solutions nutritives ou stimulantes. Son mélange augmentant la porosité du sol, le rend capable d'absorber et de retenir beaucoup mieux les gaz utiles à la nutrition des plantes.
C'est encore par la même influence que la cendre de houille est très-utilement employée pour diviser les terres fortes humides, en Belgique, tandis que, essayée sur les terrains légers et secs, elle n'a produit que de mauvais résultats.
Nous avons vu que les cendres de bois ont, en outre, l'avantage d'introduire des bases alcalines, des sels stimulans, et une grande proportion de carbonate de chaux, si utile dans les sols privés oi peu pourvus de calcaire.
Les cendres de mer, ou résidus de la combustion des plantes marines, contiennent, en outre, une plus forte proportion de chlorure de sodium (sel marin), et de sulfate de soude et de potasse, que toutes les autres; aussi leur action stimulante est - elle bien plus énergique.
L'action stimulante des sels, si spéciale à certaines plantes, et si bien constatée pour le sulfate de chaux (plâtre) sur toutes les légumineuses, peut être nuisible sur d'autres plantes, du moins à égales proportions. C'est ainsi qu'un terrain trop salé, par suite de l'évaporation de l'eau de mer, pour donner d'abondantes récoltes en céréales, produit un développement très-remarquable sur les Salsola, au point que, passé en grande partie dans ces plantes, le sol peut être par suite assez dessalé "çowv f\}XQ les blés y viennent bien.
Les coquilles d'huître, les bancs coquitlers dits faluns, exploités notamment en Touraine, et les varechs, ramassés sur les côtes de la Bretagne, contiennent, outre les sels stimulans et le carbonate de chaux, des substances animales qui constituent les engrais azotés. Nous y reviendrons plus loin en traitant de ces derniers.
Les nitrates de chaux, de potasse et de soude, qui forment une partie active des matériaux salpêtres, des plâtras tirés des murs de caves, des écuries, etc., sont aussi Irès-favorablesau développement de diverses plantes; quelques-unes en peuvent abs'.rber d'énormes quantités : c'est ainsi que des betteraves cultivées dans un sol fumé avec des boues de Paris mêlées de plâtras salpêtres, m'ont donné, en les analysant, une quantité de nitrates presque égale à la quantité de sucre qu'elles contenaient pour un même poids. Ces racines, ayant d'ailleurs renconlré dans le sol unt; proportion convenal)le dhuniidité et d engrais, avaient acfîiiis un très-
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La culture d'une année en betteraves offri
rait donc un des bons moyens de dessaler
un sol trop salpêtre.
Section ii. — Action des divers engrais.
Les difféi'ens débris de végétaux et d'animaux qui ont été doués de la vie sont destinés à servir d'alimens aux plantes; c'est en se désorganisant de plus en plus qu'ils fournissent les produits solubles ou volatils assimilables. Ainsi, lorsque des plantes arrachées sont mises en tas, une fermentation s'établit, échauffe la masse, dégage de la vapeur d'eau et des gaz que décèle leur odeur plus ou moins forte; des sucs altéiés, n'étant plus contenus par les tissus organisés qui se déchirent peu-à-peu, s'écoulent ou se dissolvent dans les eaux pluviales : ce sont ces gaz dégagés avec la vapeur d'eau, et ces substances dissoutes, qui peuvent servir d'engrais.
Les débris des animaux morts présentent des phénomènes analogues : les produits de leur décomposition, f-olubles ou gazeux, développent une odeur plus forte; ils diffèrent notamment parla présence d'une beaucoup plus abondaute production d'ammoniaque et par une action plus vive et plus grande, qui doit en faire réduire la quantité relativement à d'égales superficies de terres en culture.
Enfin, les déjections animales donnent directement des produits liquides et gazeux assimilables par les plantes, et qui constituent la partie la plus active de tous les fu miers.
Ces décompositions spontanées, que favori sent l'oxgiène de l'air et sa température plus élevée, exhalent notamment l'acide carbonique librn ou combiné dont les piaules peuvent extraire le carbone qui accroît leurs parties solides.
Plusieurs savans avaient dit, sans toutefois être d'accord avec tous leurs confrères, que dans la fermentation des engrais le dégagement d'une grande partie des produits volatils constituait une importante déperdition des principes utiles à la végétation. Cependant presque tous les agriculteursavaient observé une influence défavorable plus ou moins foi'tement marcpiée de la part des fumiers non consommés, et surtout de diverses manières animales, telles que la cha'r, le sang, les viscères, etc. Ainsi donc la science indiquait tous les principes utiles, et la pratique semblait avoir appris combien il en fallait perdre pour assui i r au résidu une incontestable efficacité.
La question en était à ce point lorsque, dans un concours ouvert par la Soci<'té centrale d'agriculture, le mémoire qui obtint le 1" prix démontra qiu; l'on pr)«<'a/V appliquer sans aucune déperdition toutes les matières organiques, même les plus putrescitiles, à fertiliser les terres, ei doubler, tripler, quelquefois même décupler ainsi leur e!fet utile. Depuis je reconnus encore que dans les sols fertiles une faible réaction alcaline, due, soit h la chaux, soit au carbonate de soude ou de potasse (\\.\'\s^ trouvent dans les cendres, «le., soit au carbonate d'aninioniaquc dégagé par les matières animales, peut activer beaucoup (a végétation ;
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Que la plupart des acides ou des sels acides sont, en général, nuisibles à la germination et au développement des plantes, mais qu'ils peuvent, au contraire, indirectement les favoriser lorsque, sans être en contact avec les extrémités des racines, ils réagissent sur le carbonate de chaux, le décomposent lentement, et dégagent l'acide carbonique, véritable aliment de la végétation.
Voici d'autres déductions non moins importantes de la pratique mise d'accord avec la théorie par une discussion grave de tous les faits naguère souvent contradictoires, et que nous nous sommes empressés de soumettre aux savans comme aux praticiens éclairés.
Déjà nous avons dit que les engrais de matières o!"gani(|ues agissent d'autant plus uti- Iciuenl que leur décomposition spontanée est lente et mieux proportionnée au développement (les végétaux ; les résultats suivaus ne sont pas moins constans.
Les engrais les plus actifs, de même que ceux qu'une forte résistance à la décomposition rend trop lents à réagir et presque merles, peuvent être mis dans les conditions J'avorables précitées.
En rapprochant de l'état le plus convenable les engrais dont la dissolution et la décomposition spontanée sont le plus rapides, on parvient à quadrupler et même à sextupler VeJJet réalisable (1).
La chair musculaire, le sang, divers détritus des animaux, ainsi que les fumiers, qu'on laissait autre-fois s'altérer au point de perdre des 0,5 aux 0,9 de leurs produits, pourront être utilisés aujourd'hui sans éprouver aucune déperdition préalablement.
L'action énergique desséchante et désinfectante des substances charbonneuses ou des charbons ternes très-poreux, peut être appliquée à la conservation des engrais très-altérables et à la solution de problèmes du plus haut Intérêt pour la salubrité publique.
Diverses matières organiques, dissoutes ou en suspension, en très -faibles proportions, dans l'eau, emplojées en irrigations abondantes, peuvent assurer les plus remarquables ejfets d'une belle végétation.
Les engrais doiit les émanations putrides ne sont pas con\eijablement modérées peuvent passer en partie sans assimilation dans les plantes, au point d'y maintenir l'odeur forle qui les caractérise. Par la désinfection préalable, on peut prévenir cet inconvénient grave. Lne expérience directe démontre, eu ouli'e, que certains principes odorans peuvent être sécrétés de même dans la chair des animaux, et notamment des poissons.
Les anomalies les plus frappantes dans l'action des os employés comme engrais sont rationnellement expliquées, rentrent dans la théorie générale, et peuventêtre évitées dans la pratique ou reproduites à volonté.
Les charbons ternes, en poudre très-poreuse, imprégnés de subNtances organiques très-divisées ou solubles, agissent utilement: 1° par Va J acuité spéciale de ralentir la décomposition spontanée, de mieux DroDortion-
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ner ainsi les émananations assimilables au pouvoir absorbant des plantes (car le charbon seul ne cède sensiblement rien de sa propre substance à l'action des extrémités spongieuses des racines) ; 2° et encore comme agent intermédiaire capable de condenser les gaJ et de les céder aux plantes, sous les influences de température, dépression et d'humidité qui (bi)t varier ce pouvoir de condensatnm ; 3° enfin en absorbant la chaleur des rayons solaires etla transmettant au sol, et durant la nuit aux parties des plantes hors de Iimtc, compensant ainsi les causes d'un tiop subit et trop grand refroidissement momentané
A. Payen.
Section m. — Des différens engrais.
Après avoir résumé le? principes généraux relatifs aux engrais organiques sousdiffért-ns états, nous allons les appliquer aux Iraitemens et à l'emploi des substances spécialement destinées à servir d'engrais en agriculture.
Art. i*'. — Engrais tirés du règne végétal.
§ 1". — Des ptantes terrestres.