‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 69 sur 304 · I. Engrais produits par les parties vertes · texte numérisé non relu

I. Engrais produits par les parties vertes

Dans tous les temps sans doute on a su utiliser les végétaux comme engrais. Zej Grecs, au dire de Théophraste; les Romains, d'après Pline , Columelle et presque tous les auteurs qui nous restent del'antiquité, recouraient fréquemment à ce moyen pour leur grande culture. « Quelquefois, dit Varron, on sème diverses plantes non pour ellesmêmes, mais pour améliorer la récolte suivante en procurant par leurs fanes aux terres maigres une fertilité plus grande. C'est ainsi qu'on est dans l'habitude d'eufouir, au lieu d'engrais, des lupins avant que leur gousse commence à se former, et d'autres lois, àe?, fèves dont la maturité n'est point assez avancée pour qu'on puisse les récolter. » — Columelle recommande d'une n}anière plus explicite encore d'employer le même moyen. Il veut que dans les terrains sablonneux on enterre ces végétaux lorsqu'ils sont tendres encore, afin qu'ils pourrissent promptement, et dans les sols plus tenaces, qu'on les laisse devenir durs et roides pour qu'ils puissent soutenir plus long-temps les mottes dans un état de division.

La pratique des engrais vfrts est encore générale en Italie; Philippo Re et son excellent traducteur M. Dupont nous en offrent des preuves nombreuses. — Dans toute la Toscane on sème du maïs au mois d'août pour l'enterrera la charrue vers le commencement d'octobre. — Les Bressans emploient une méthode analogue sur les terrains légers qu'ils se proposent de cultiver en froment. Ils sèment les lupins sur un second labour, à l'époque précitée , dans la proportion d'un hectolitre environ par hectare. — Dans le Bolonais et le territoire de Cesène, dès que

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I) Ainsi le charbon animal, contenant 0,15 de sang sec soloble, agit mieux À poids égal que 1«

g nolul)lc; c'est à -dire que la putréfaction ralentie sextuple l'effet utihsé.

]a moisson est faite, on profite de la première pluie poil!" semer des/ei'es sur les ados de chaque sillon daiis la proportion de près de 2 hectolitres par hectai-e; à l'automne, lorsqu'elles sont en fleur, on les enterre à la bêche pour préparer le sol à recevoir, en mars suivant, une récolte de chanvre. — Dans le Vicentin, on coupe les fèves en janvier et on les enfouit peu de temps avant de semer la plante qu'elles sont destinées à alimenter. — Les loscans les coupent à la fin d'août ou au commencement de septembre, et les fontsei'vir à l'amélioration des fonds légers dans lesquels ils les enterrent au moment des semailles. — La roquette { Sisynibrium) ^ quoique les cultivateurs éclairés ne la regar- <ient pas comme une des plantes qui présentent le plusd'avantages pour ce genre d'amélioration du sol, est cependant employée assez en grand dans la campagne Bolonaise et dans quelques parties de l'ancienne Romagne. Semée à la fin d'août à raison de 4 à 5 kilogrammes par hectare, elle est en étal d'être enfouie de la mi-novembre à la fin de ce mois. — Au\ alentours de Côme ce sont les haricots qu'on préfère. — Sur quelques points du Milanais, depuis un temps immémorial on enfouit le navet en vert, malgré les utiles produits qu'on pourrait en tirer pour la nourriture des bestiaux. — Enfin, dans le val d'Arno, le pays de Reggio, la Caiabre, etc. , etc. , on sème encore, selon les localités, pour le même usage, le galega ou rue-chèvre , Mers, la vesce, le sainfoin commun et celui d'Espagne, le millet et le maïs.

La pratique des récoltes enfouies est aussi assez générale dans quelques-uns de nos départemens méridionaux. Le lupin et le sarrasin y sont cultivés communément dans l'unique but de suppléer à l'insuffisance des engrais. Ces deux plantes, d'une croissance rapide, peu difficiles sur le choix du terrain, riches en parties foliacées et d'une végétation à l'épreuve des sécheresses, peuvent être semées à l'aide d'un seul labour, sur un chaume retourné immédiatement après la moisson, et enfouies au moment de l'épanouissement de leurs fleurs, de manière à ne retarder aucunement les semailles d'automne. — Le sarrasin, dont on peut partout se procurer les graines à bas prix et dont un hectolitre environ suffit -pour ensemencer un hectare dans le cas dont il s'agit, offre particulièrement de grandes ressources pour les pays pauvres : mieux que le lupin, il réussit dans nos contrées septentrionales, ainsi que le trèfle, la spergule et les raves qu'on y cultive dans le même but sur les terrains secs et légers.— \,ç,% fèves, les/JO^y et les vesces sont préférés pour les terres argileuses.

C'est une coutume déjà fort ancienne sur divers points des bords du Rliône, et notamment aux environs de Bescenay, de semer des vesces ou du sarrasin aussitôt après la récolte du froment et de les enterrer à la fin de septembre pour semer du seigle. — Après la récolte du seigle, la même culture recommence pour préparer la terre à recevoir du froment en octobre.

Suivant M. Sutières, la/eVe est le meilleur dos engrais verts pour le froment et les ,

prés. Cette plante peut, avec le temps, fertiliser les terrains les plus médiocres. On la fauche pendant le cours de la floraison ou peu de temps après, puis on l'enterre à la charrue au fond des sillons.

Les beaux chanvres du Bolonais sont dus à l'enfouissement du seigle en fleur, et les habitans de Turin utilisent la même céréale comme engrais, entre la culture du maïs et celle du froment.

Je ne chercherai pas à citer unpiusgrand nombre d'exemples, parce que nous aurons nécessairement à nous occu|)er encore de la pratique des récoltes enfouies, en traitant avec détiiil des assolemens.

A mesure qu'on remonte du midi vers le nord, les avantages des engrais verts sont moins grands; aussi , malgré quelques expériences heureuses faites en Angleterre et en Irlande, les cultivateurs de ce pays ont-ils pour la plupart renoncé à ce mode de fumure, regai'dant comme beaucoup plus avantageux de convertir les récoltes vertes eu fumier, en les faisant consommer par les bestiaux, que de les en'errer.

On ne trouve pas toujours et partout assez de temps, ou un temps assez favorable entre la moisson etles semailles, pour obtenir une récolte propre à être enfouie aux approches de cette seconde époque. En pareil cas, les cultures-engrais ne peuvent être utilisées que sur jachère. Elles liennentlieu d'une semence de printemps, mais elles préparent infiniment mieux le sol appauvri pour celle d'automne qu'une jachère d'été, lorsque celle-ci eût été nécessaire, puisqu'elles équivalent à une fumure, et cela sans surcroît bien sensible de travail et de dépense, attendu que les labours ne sont guère plus et souvent pas plus nombreux, et qu'avec un peu de soin, il est toujours facile de se procurer, sur la propriété même, les gi'aines nécessaires.

Il est des circonstances dans lesquelles l'enfouissement des plantes vertes précède les semis de mars. Cela arrive, assez rarement, lorsque dans des terrains de mauvaise qualité on enterre successivement plusieurs récoltes différentes dont la dernière ne peut se commencer qu'aux approches des froids, et lorsqu'on a intérêt à ne retourner qu'au printemps un vieux trèfle ou toute autre prairie artificielle. — D'autres fois, après une ou plusieurs coupes pendant le cours de la belle saison, on en réserve une dernière pour être enterrée enautomne. — Plus communément, on n'enterre que les racines; mais une pareille pratique sort du sujet qui nous occupe en ce moment.

Les végétaux herbacés ne sont pas les seuls qu'on utilise comme engrais verts. On emploie au même usage des arbustes et même des arbrisseaux. Lors du défoncement des friches couvertes de genêts, à'ajoncs ou de bruyères, au lieu de brûler, ou tout en brûlant une partie de ces végétaux sur le sol , on enfouit quelquefois les rameaux au fond de la jauge de labour pourenobtenir un engrais durable et un excellent amendement des terres forles.

Il arrive aussi qu'on les réunit par bottes et qu'o/^ les transporte dans les vignes cpuibées par une longue production, pour leur

caAP. 4.

DES DIFFÉRENS ENGRAIS

rendre la fécondité sans nuire à la qualité de leurs produits. En pareil cas, entre chaque rang de ceps, ou creuse une rigole de 8 à 10 po.(Om. 217 àOni.270) de large, sans trop craindre de couper quelques chevelus, et, après l'avoir remplie de branchages, on recouvre au moj'en de la terre enlevée de la rigole suivante. L'effet de cette opération, applicable surtout aux terres un peu fortes, se fait sentir pendant un grand nombre d'années.

Les engrais tirés du règne végétal ayant moins que ceux qui proviennent du règne animal l'inconvénient de changer la saveur des fruits, les rameaux d'if, les tontures de buis, etc., etc., sont recherchés presque partout pour ajouter à la vigueur des arbres fruitiers. — Divers cistes, des gnaphalium et autres plantes qui abondent dans les lieux les plus arides des contrées méridionales de l'Europe, sont soigneusement réunis en Toscane sous le nom de tignamiche, et placés au pied des oliviers après avoir séjourné en las assez long-temps pour éprouver un commencement de fermentation. J'ai vu celle méthode reproduite sur Quelques points àc^ garrigues du département e l'Hérault. — Du reste, toutes les tiges herbacées ou sous-ligneuses et toutes les

f orties vertes des végétaux, lorsqu'on ne eur trouve pas un meilleur emploi , peuvent être transformées immédiatement en engrais.— Elles lermeuteot d'autant plus promplenient qu'elles contiennent davantage de substance parenchymateuse et moins de parties ligneuses, et que la décomposition de leur libre est rendue plus facile par l'abondance des matières saccharines et mucilagineuses.

J'ai dit que les plantes enfouies comme engrais conviennent mieux aux climats chauds qu'aux autres. Par la même raison elles conviennent mie ujc aussi aux terres sèches qu'aux terres humides. — L'eau qu'elles abandonnent progressivement en se décomposant produit une humidité éj^ale et constante on ne peut plus favorable au développenienL de toute végétation, lorsqu'elle est accompagnée de chaleur et qu'elle se trouve, comme dans le cas dont il s'agit, en contact avec de» matières solubles.— Plus une plante sera riche en parties herbacées et charnues, mieux elle remplira donc son but coumie eu; lais vert, non seulement par la i-aison que je viens de uoaner, mais parce qu on peut induire du nombre et de l'épaisseur de ses feuilles qu'elle aura [)uisé dans l'atmosphère une plus grande quantité de principes uutriliis.

Four les localités argileuses et humides, il faudrait au contraire choisir des tiges rameuses, coriaces et d'une ienle décomposition, afin d'obtenir aussi un amendement. Celte vérité n'est pas neuve; on a vu qu'elle était parfaitement connue des Romains.

Le meilleur moment d'enfouir les récoltes rwrtes est celui de la floraison. A.lors, surtout, elles sont goulloes de sucs sans avoir pres- <|ue rien enlevé à la terre, car il a éle démontré qu'elles ne commencent généralement à épuiser, ou, pour uie servir de l'expression consacrée, à effriter celle-ci, que

depuis le moment où les graines se forment jusqu'à celui de la maturation.

Les engrais verts sont loin d'être suffisamment appréciés partout oii ils pourraient être employés avec avantage.

IL Engrais produits par les parties mortes ou desséchées.

Les plantes, en séchant, ont perdu de leur qualité nutritive. Aussi ne les emploie-t-on guère en cet état à l'amélioration des terres, qu'après les avoir transformées en litière.El les fontalors le plus souvent partie des engrais mixtes dont il sera parlé ci après. Les tiges de maïs, de seigle , les chaumes des céréales, les pailles, les Joins avariés sont particulièrement dans ce cas.

Les feuilles qui puisent une grande partie de leur nourriture dans 1 atmosphère, fertilisent à la longue de leursdépouilîes les fonds les plus ingrats S'il est impossible d'imiter avec avantage dans la jjratique de la grande culture, en couvrant de feuilles des champs entiers, les procédés que la nature emploie dans les bois, il est au moins fort ordinaire d'utiliser, dans les jardins, ces précieux produits des arbres, — On les transforme de diverses manières en terreaux légers favorables à la végétation de plantes délicates. — On les mêle aussi aux autres fumiers pour en augmenter et en»améliorer la masse, et je connais telles localités voisines de vastes plantations de conifères, où cet usage n'est pas un des moindres avantages de pareilles cultures.

Les fougères dans les terrains où elles abondent; — les fanes de toutes les mauvaises herbes détruites dans les champs ou sur les bords des chemins avant la maturité de leurs graines qui saliraient le sol en se développant; — les mousses; — les feuilles qu'on peut se procurer en abondance et à si peu de frais en employant des enfans à les ramasser dans les taillis «m les futaies, procurent dans quelques lieux et pourraient fournir dans beaucoup d'autres, par les mêmes moyens, d'importantes ressources.

Malgré la fécondité du terreamyégétalqn'oix trouve dans les vieux troncs pourris, je ne ferai que l'indiquer ici parce que sou emploi ne se rattache pas à l'agriculture. — Il en est de même de la sciure de bois que sa lente décomposition rend très-propre à entrer dans la formation des terres de bruyères artificielU~s.

Quant aux écorces extraites des fosses des tanneurs où elles ontperdu, en grande partie du moins, leurs principes aslringens, il est reconnu qu'elles sont néanmoins, par ellesmêmes dans cet état, peu favorables a la végélalion. Parfois on les mêleà la poudretle,mais c'est une fraude doublement condamnable; car en augmentant la masse elles diminuent la qualité. — Comme la tannée est presque entièrement composée de fibre ligneuse, pour la faire entrer plus facilement en fermentation, Davy a recommandé l'usage de la chaux.

Les balles qui se détachent des épis pendant le battage, les chenevottcs, résidus de la préparation des chanvres ou du lin, peu-

vent aussi, quoiqu'elles contiennent peu de substances nutritives, être converties en engrais. Dans presque toutes nos campagnes on les jette sans précaution sur les l'uniiers. Il parait qu'on n'est pas partout aussi insouciant. — Duni le Frinul oa les tait ramollir quelque temps dans l'eau avant de les réunir en tas. Elles fermentent ainsi beaucoup plus promptement. — Dans le Bressan on les lépand sur les praii'ies naturelles dans la proportion de 15 à 30 charretées par hectare. — Ailleurs on s'en sert pour tumer les viijnes et les arbres fruitiers.

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