‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 73 sur 304 · II. Engrais produits par les plantes marines · texte numérisé non relu

II. Engrais produits par les plantes marines

Ces plantes, telles que le fucus, les algues les confer\'es, etc., sont encore plus recherchées que les autres, partout où l'on peut se les procurer sans trop de frais. — Elles contiennent en abondance une substance mu cilagineuse facilement séparable, et nue quantité de sel marin qui augmente sans nul doute leurs propriétés fécondantes.

Dans beaucoup «le cantons, c'est wne source très-importante de fertilité ; et lorsqu'on les rmploie judicieusement, elles ne manquent iainais d^enrichir les districts situés sur les

côtes de la mer, soit qu'on aille couper ces herbes sur les rochers, soit que la mer les jette sur le rivage.Cependant les effets qu'elles produisent sont loin d'être aussi durables que ceux du fumier, car ils ne se font sentir que sur une ou deux récoltes.

Les herbes marines, appliquées aux terres arables, ne peuvent pas être répandues et enterrées trop tôt après qu'elles ont été recueillies. Si on ne peut pas le faire immédiatement, à cause de la saison ou pour toute autre cause, on doit en faire des composts avec de la terre et du fumier long ou de la chaux.

En répandant ces herbes sur d'anciens pâturages, non seu\emen\.omn^men\e. la quantité, mais on améliore la qualité de l'herbe. Le bétail à cornes ainsi que les bêtes à laine la mangent avec plus d'avidité, prospèrent mieux et s'engraissent plus promptement. — Cette substance ne convient pas autant que le tum\er pour l'avoine on pour une récolte de turneps; mais elle réussit parfaitement hïen pour l'orge. Lorsqu'on l'applique sur les jeunes pousses du trèj/e, après la moisson, elle les détruit. On peut la mêler avantageusement avec le fumier de cour de ferme. On emploie par acre un tiers en plus, en poids, d'herbes marines que de fumier.

Cet engrais présente divers avantages particuliers: — il ne contient pas de semences de mauvaises herbes; — il se décompose rapidement; — il est immédiatement utile aux plantes, sans exiger un long procédé de préparation. Avec son secours, le cultivateur peut semer plus fréquemment des céréales ou des récoltes vertes, et augmenter ainsi la quantité de ses fumiers. On ne peut révoquer en doute ses bons effets, et on ne peut rien objecter à son emploi, si ce n'est qu'on prétend que les grains qu'il produit sont de qualité inférieure. ( agriculture pratique et raisonnée, par sir .fohn Sinclair. )

Dans la Normandie et la Bretagne, on fait usage des plantes marines depuis un temps immémorial; ou préfère Xesvarecs de rochers , c'est-à-dire ceux qu'on va arracher à marée basse, aux varecs d'échouage, qui cependant contiennent évidemment beaucoup plus de matières animales. — Les premiers, enterrés sur place au sortir même de la mer, se décomposent plus rapidement que les autres. On les emploie seuls, tandis que les fucus ramassés sur la plage ne sont ordinairement utilisés que comme litières.

Assez souvent on mêle les débris de plantes marines aux autres fumiers ; parfois on les laisse pourrir X'ioMvnenX on on\e?> stratifié avec de laterre, pour les transformer en compost. — Ces méthodes paraissent être préférées, en Italie, à l'enfouissement immédiat qui est au contraire oréféré, je crois avec raison, dans d'autres lieux. Aux environs d'Ancône, on ne connaît presque pas d'autres engrais que les algues et la zostera réduites en terreau par une fermentation naturelle dans un lieu couvert. — Sur d'autres points de la rive aciriatique, on les étend sur les chemins, et, lorsqu'elles vont été en partie triturées, mêlées aux urines, aux excrémens des animaux et à la poussière du sol, on les réunit à la masse commune des autres fumiers.

DES DIFFÉRENS ENGRAIS

L'emploi des varecs ou fucus, sur les côles

de France, a été considéré comme ass<'Z important pour qu'une oniotinatice ait fixe L'époque, de leur récoite entre la pleine lune de mars et celle d'avril, parce (|u'ù cette époque ils onlrépandu leurs granules reproducteurs et ne sont point encore couverts du frai des poissons. Oscar Leclerc-Thouin.

Art. II. — Des engrais animaux.

Ce sont les animaux qui fournissent les engrais les plus puissans : la chair musculaire, le sang, la corne, les débris des peaux, des tendons, la laine, la soie, \^ matière fécale , leso.y et quelques préparations de ces substances, objets de grandes exploitations industrielles, telles que le noir aninialisé , tiennent à cet égard le 1*"^ rang; ils peuvent être expédiés à des distances considérables et offrir un compléujent indi5|)ensable aux engrais végétaux et aux fumiers des écuries. Ainsi, l'on peut dire que les débris des animaux et les déjections animales offrent les plus riches agens de la fertilisation des sols. — Nous croirons donc devoir exposer avec quelque étendue cette large base sur laquelle repose l'agriculture, la prospérité des peuples, et même, nous le verrons bientôt, la salubrité des grandes villes.

§ I". — De quelques substances peu employées.

Aucune expérience certaine n'autorise à considérer les matières grasses comme susceptibles de servir d'engrais directement.

Les tendons sont en général trop difficiles à diviser pour former des engrais pulvérulens ; il faudrait se borner à les trancher en menus morceaux.

Sabots, ergots, onglons, cornes. — Ces débris d'animaux constituent un des plus riches engrais azotés; mais leur lorte cohésion et la difficulté de les diviser, autant souvent que leurs prix élevés, précisément en raison de leur volume et de leur moindre coloration , en font réserver la plus grande partie pour les usages de la tabletterie. Ceux qui sont défectueux ou d'un petit volume, se vendent aux fabricans de bleu de Prusse ; enfin les rdpures de corne, déchets des labletiers, se présentent comme engrais dans lesconditions les plus favorables. Il convient de les couvrir de terre près des plantes, afin d'evi ter que lèvent ne les déplace. Cet engrais, d'un prix élevé, a été employé avec succès, de même que ceux indiqués ciaprès, pour les oliviers, les mûriers et les vignes.

Plumes, crins, poils, bourres de laine et de soie. — Les plumes défectueuses et toutes celles qui ne peuvent servir ni pour les lits, nipourécrire, ni pour les lubesaes pinceaux, ainsi que les crins, poils, bourres de laine et de soie, qui ne peuvent être employés plus avantageusement dans divers ouvrages de sellerie, bourrelerie, tissus, etc., seront aisément utilisés aussi comme un excellent engrais, en les mettant dans des sillons creusés près des plantes et les recouvrant de terre. Toutes ces substances, de même aue celles comprises dans le paragrapheprécédent,quelque divisées mécaniquement qu'elles soient, olfreut encore une trop grande résistance à

la décomposition pour suivre les progrès d»? la végélalion et réaliseï- leur maximum d'elfet ; nous verrons plus loin qu'il en est généralement de même pour une autre substance résistante, les os, tandis que la chair, le sang et la matière fécale, qui sont peut-être trop \Tte décomposables, peuvent être mises dans les conditions le plus favorables et réaliser la plus grande proportion de leur effet utile. La viande des animaux morts, cuite et di« visée comme il est dit dans le livre des Jrts agricoles, et que l'on ne se déciderait pas à donner aux bestiaux , formerait l'un des meilleurs engrais (et même le meilleur de tous préparée comme nous le dirons plus bas). Pour en faire usage, on la mélange le plus intimement possible avec environ six ibis son poids de terre du champ, afin de la répandre en petite quantité et bien également sur les terres emblavées. Cet en» grais, mis à la main près du pied de la plupart des plantes potagères et de grande culture, des vignes, pommes-de-terre, betteraves, etc., sans être en contact immédiat avec la tige, active la végétation d'une manière remarquable. On peut encore la semer comme du grain, à la volée, pour l'engrais des terres qu'elle fertilise extraordinaire ment. Mélangée avec deux fois son volume déterre pulvérulente, son dosage devient extrêmement facile, et 1500 kil. de ce mélange suffisent à la fumure d'im hectare de terre. Nous nous sommes assurés, par des essais comparatifs , que cette substance est sensiblement préférable comme engrais au sang sec en poudre.

§ II. — Du sang desséché.

Sang. — Ce liquide, cependant ( surtout lorsqu'il a été soumis à la coction qui , le coagulant, retarde sa décomposition dans la terre), est reconnu si utile à la végétation des cannes à sucre, que depuis peu, on l'expédie de Paris , avec une valeur de 20 fr. les 100 kilogrammes, aux colonies, où il arrive coûtant 40 fr. Le sang, en quelque état qu'il se trouve et de quelciue animal qu'il provienne, offre donc aux nabitans des campagnes une précieuse ressource comme engrais , et déjà, sous ce rapport, il a formé la base d'une spéculation importante à Paris.

Voici un des procédés les plus simples pour l'utiliser : On fait dessécher au four, immédiatement après la cuisson du pain, de la terre exempte de mottes , que l'on a soin de remuer de temps à autre au moyen du râble; il en faut environ quatre à cinq fois plus que l'on n'a de sang liquide; on tire sur le devant du four cette terre chaude , et on l'arrose , en la retournant à la pelle, avec le sang à conserver; on renfourne de nouveau le mélange , et on l'agite avec le rable , jusqu'à ce que la dessiccation soit complète. On peut alors remettre le tout dans de vieux barils ou caisses, à l'abri de la pluie pour s'en servir au besoin. La terre, dans cette préparation , est utile surtout pour présenter le sang dans un état de division convenable, et rendre sa décomposition dans les champs plus régulière et plus lente. On saura d'ailleurs quelle surface ces mé-

langes pourront couvrir comme engrais , en se rappelant que 3,000 kil. de sang liquide donnent 750 kil. de sang coaguléet séchéqni suffit à la fumure d'un hectare. 100 kiloi;r. de sang en cet état équivalent, comme engrais, à SOOkilog. d'os concassés,ou six voies de bon fumier de cheval, pesant ensemble 7,200 kil. C'est un engrais de beaucoup supérieur à tous ceux connus et désignés sous les noms de poudretle, tourteaux, etc.; il ne le cède qu'à la viande séchée mise en poudre.

§ m. — Issues, vidanges et déchets des boyaux.

Toutes les parties internes des animaux, telles que le foie, les poumons, la cervelle, le C(rur,ainsi que lesdéchetsdebo.vaux, doivent être hachées le plus menu possible, puis mêla nj;ées, ainsi quela vidange des intestins, avec de la terre fortement séchée, celle-ci dans la proiiortion de six fois le volume des matières animales. Lorsque celle composition est bien malaxée à la pelle, on la répand sur les sols à fumer, dans la proportion d'unkilogramme par mètre de superficie ou 10,000 kilog. par hectare.

Cet engrais donne de très-bons résultats: il est notamment très-favorable à la végétation du blé. Si Ton ne pou\ait pas le répandre immédiatement après la préparation, il faudrait !e conserver dans une fosse ou tout autre endroit frais, et, dans tous les cas, à l'abri ou recouvert de terre,

§ IV. — Os : explication des divers résultats de îeur emploi dans l'agriculture.

Aucune des substances dures, débris de l'organisation animale, n'offre de |>lus remarquables exemples d'effets variés dans son action comme engrais que les os sous différens états. On trouve dans les nombreux mémoires agricoles y relatifs les plus singulières questions que la pratique puisse laisser à résoudre.

Les os, qui se trouvent en masses assez importantes à la disposition des agronomes et des spéculateurs, se présentent sous les différentes formes suivantes :F/ai.y, tels qu'ils ont été extraits des animaux récemment abattus, plus ou moins divisés , et entiers : ^oxxs chacun de ces trois états, leur décomposition est presque toujours trop lenle, activée d'ailleurs par les influences bien connues de l'air, de la température et de Ihumidité; mais, toutes choses égales d'ailleurs, on avait observé des différences énormes et qui semblaient inexplicables dans la durée de la décomposition, et par conséquent dans l'effet utile produit en un temps donné.

Des expériences spéciales m'ont conduit à démontrer la cause de ces anomalies apparentes. Les os contiennent, dans leurs parties celluleuses et dans diverses cavités, une substance grasse, sécrétée à part, plus ou moins consistante. Cette substance est libre dans le tissu adipeux de toutes les anfracluosités qui la recèlent, car il suffit de lui ouvrir un passage, en les tranchant, et de plonger les os ainsi coupés dans l'eau bouillante, pour la faire sortir et la voir aussitôt nager à la superficie du liquide. La proportion moyenne que l'on p«ut obtenir des divers os de bou-

ENGRAIS. Liv. I".

chérie est d'environ 0,1, bien que les parties très-spongieuses, qui en renferment le plus, en contiennent jusqu'à 0,5.

La proportion de la matière grasse extraite par ce procédé diminue graduellement au fur et à mesure que les os se dessèchent. Elle devient presque nulle lors(iue la dessiccation a lieu sous une température élevée, soit au soleil, soit à l'étuvo. On conçoit, en effet, qu'au fur et à mesure de l'évaporation de l'eau qui remplissait les interstices de la substance des os, la graisse liquéfiée par la ch;ileura pu graduellement prendre sa place. Un des effets de cette pénétration a élé d'imprégner le réseau organique qui renferme le phosphate et le carbonate de chaux. Ce réseau, déjà difficilement attaqual)le par suite de sa cohésion et de son insolubilité, défendu, d'ailleurs, par les substances inorganicpies interposées, est devenu bien moins altérable encore lorsque la matière grasse, non seulement l'imprègne et le défend de la pénétration de l'eau, mais encore lorsque, peu-à-peu acidifiée, elle forme avec la chaux un savon calcaire, dont M. d'Arcet a démontré l'inaltérabilité sous les influences atmosphériques.

Les os, dans cet état si difficilement altérables, ne doivent donc exercer qu'une action insensible comme engrais, à moins qu'ils ne soient excessivement divisés. Ce qui confirme et explique encore l'observation pratique qui semblait anomale, c'est que, mis pendant quatre années dans la terre, ces os ont à peine perdu 0,08 de leur poids, landisque tout récemment extraits <les animaux et privés par l'eau bouillante de la presque totalité de la graisse, ils laissent facileiiient altérer leur réseau organique et perdent dans le même temps de 26 à 30 centièmes de leur poids.

Voici trois autres résultats curieux et singuliers en apparence, de l'emploi des os traités à la vapeur.

Les os concassés dont on a obtenu de la gélatine par l'action de l'eau et de la température dans divers appareils, forment un résidu dont l'application comme engrais a élé maintes fois essayée. Dans quelques expériences, plusieurs agriculteurs ont obtenu de ces résidus, la première année, plus d'effet utile que des os eux-mêmes. Dans d'autres, une action à peu près égale à celle des os, mais peu durable, fut observée. Enfin, plus généralement on obtint très-peu ou point d'influence favorable sur la végétation. Des analyses multipliées et leur discussion attentive m'ont permis d'apercevoir l'état différent sous lequel ce résidu, en apparence le même, produisait trois sortes de phénomènes si tranchés.

Les os, traités par le procédé en question, laissent un résidu variable; je l'ai rencontré tantôt contenant de 80 à 95 centièmes de la matière organique azotée altérable des os, tantôt en renfermant seulement 25 à 33, plus ordinairement 1 à 2 p. "/„; enfin, quelquefois à peine quelques millièmes. Voici les causes et les effets de ces proportions variées : La température est presque toujours élevée dans ces opérations, au point de rendre la plus grande partie du réseau soluble, et, par coq*

CIIAl*. 4.

séquent, les os sont désagrégés et faciles à rompre. Mais, bien que soluble, la substance organique ;iltéralile peut être encore engagée dans les interstices, soit que les lavages propres à l'entraîner aient été opérés en proportions insuffisantes ou dirigés par dt^Jaussex voies , ou encore que la vapeur ait a peine saturé l'espace ou se soit presque exclusivement condensée sur les parois des digesteurs. Cette matière, soluble dans la proportion de 0,8 à 0,9de celles que renferment les os, agira plus rapidement comme engrais, puisque sa dissolution et son altération seront plus ra-

fùdes sous les mêmes influences; mais, au ien de se prolonger 4 à 5 années, son action sera presque épuisée en une saison; la pratique a toujours confirmé cette déduction rationnelle. Un lavage mieux opéré, mais incomplet, rend facilement compte de la présence et de la solubilité de 0,25 à 0,33 de matière gélatineuse dans le résidu : on en déduit de même la démonstration de l'action prompte, mais moindre et moins durable encore que dans l'exemple précédent. Quant à la réduction à 0,01 ou à 0,02 au plus dans la proportion de la substance azotée altérable (1), elle amène évidemment l'inefficacité comme engrais organique d'un tel résidu. Mais cet état résulte, je l'ai constaté, de l'une des deux circonstances principales suivantes ou de leurs concours:

Lorsque l'on traite en grand les os dont on a tranché les parties celluleuses seulement et extrait la matière grasse, la division n'étant pas poussée assez loin, les lavages sont insuffisans et on n'obtient que 13 à 15 centièmes de gélatine sèche ; il devrait donc rester environ 15 centièmes de tissu fibreux, ou des produits de son altération; mais à peine ces marcs sont-ils mis en tas, qu'une vive fei-mentation s'y développe et dégage d'abondantes vapeurs ammoniacales ; la plus grande partie de la matière organique disparaît ainsi graduellement.

La deuxième circonstance qui produit également un résidu fort pauvre résidte d'un traitement bien dirigé s'appliquant l\ des os sulfisamnient divisés, et enfin épuisés par des lavages méthodiques, comme cela se pratique habituellement dans les appareils des hôpitaux.

On doit donc généralement s'attendre à ne trouver dans les fabriques de colle d'os que des résidus ti ès-appauvris et sans valeur comme engrais.

Aussi l'usage en a-t-il été abandonné par les agriculteurs même qui d'abord en avaient obtenu des résultats avantageux; ces différences sont donc maintenant très-facilement expliquées, et une simple analyse consistant dans l'épuisement à leau bouillante d'une partie de ces résidus séchés et mis en poudre, suffirait pour les indiquer, à priori , puisqu'en desséchant et pesant de nouveau la substance pulvérulente épuisée, on constaterait la quantité dont l'eau bouillante aurait

DES DIFFÉRENS ENGRAIS

diminué le poids total, el, pai- conséquent, la proportion de matière organirpie soluble, tout le reste étant presque entièrement inerte comme engrais et ne |JOUvanl agir que comme amendement calcaire.

A]>pliration des os à l'agriculture. — Dans leur état naturel , les os réduits en poudre forment un excellent engrais que l'on répand dans la proportion moyenne de 1500 kilogrammes par hectare, et dont l'influence remarquable se fait sentir en décroissant pendant trois à cinq années successives, suivant le sol et les saisons; tous les os sont, au reste, propres à cette application, lorsque l'éloignement ou le manque de communications ne permet pas d'en tirer un meilleur parti pour les industries que nous ferons connaître dans la Div. des Arts agricoles (2), et lorsque d'ailleurs on peut se procurer la machine assez dispendieuse de premier établissement, et coûteuse de force motrice, pour les broj'er.

Au reste, à défaut de cette machine, on emploiera souvent avec avantage, surtout dans les intervalles que laissent les travaux des champs, les procédés d'écrasement à la main., en coupant d'abord les os avec une hachette, et les écrasant ensuite à l'aide d'un gros marteau.

J'ai remarqué qu'«7 est beaucoup plus facile de concasser les os fortement desséchés et chauffés qu'à l'état frais ; il conviendrait donc de les enfermer dans un four aussitôt après la cuisson du pain, et de les écraser ensuite tout chauds.

En France, dans le département du Puy-de- Dôme, on emploie les os concassés comme engrais; en Allemagne, cette pratique est plus répandue : 10 hectolitres y remplacent 80 voitures de fumier pour un hectare. Mais ce sont les Anglais qui ont le plus en grand appliqué ce mode de fumure; ils tirent de Russie et des Indes des chargemens considérables d'os, outre une grande partie de ceux qui résultent de leur forte consommation ec viandes. L'hectolitre de poudre grossière d'os coûte aux agriculteurs environ 15 francs; ils en emploient de 15 à 40 hectolitres pour un hectare; cette funiure produit des efiéls durant 10 à 25 ans et accroît énormément toutes les récoltes, notamment celles des prairies et des turneps. On a remarqué qu'un mélange de cendres de bois à volume égal ou de2 à 3 p.7o de salpêtre, rendait plus efficace encore cet engrais.

! es os en poudre peuvent être déposes dans les fossettes avec les pommes-de-terre, ou semés sur les graines avant de passer la herse ou le rouleau qui les recouvrent de terre.

On préfère quelquefois les mélanger avec la terre préalablement labourée et hersée en repassant la herse et le rouleau à deux reprises.

Si les os étaient en poudre fine, on pourrait avec avantage les déposer sur les plants

\i) 11 reste en outre toujours une proportion variable entre 0,03 et 0,08 d'un savon calcaire, mais qui est sans influence sur la végétation.

(2 Les os employés à la fabrication du noir animal ne sont pas perdus pour l'acriculturc , car nous verrons qu'ij rès avoir à l'état du charbon en poudre, servi à rafliner le sucre, ils recèlent du »aii^ coagulé doDt lis concourent À rendre l'effet comme engrais très-reraarquable.

repiqués et les recouvrir en refermant le

trou du plantoir.

§ V. — Des engrais liquides.

Le sang et l'urine des divers animaux, la gélatine en solution visqueuse, les oléates, stéarates et autres sels gras dissous et accompagnés de uialières orgauiques en solution ou suspension éniulsive, les matières plus ou moins fluides extraites des intestins, et en général tous les liquides chargés de substances organiques, mis dans les circonstances atmosphériques où leur décomposition s'opère rapidement et en contact avec les jeunes plantes, iatiguent d'abord ou altèrent leurs faibles organes, puis bientôt, presque complètement dissipés, ne sauraient plus contribuer au développement ultérieur des végétaux échappés à l'énergie trop forte de leur première action.

Cependant, tous ces liquides, sans exception, ceux mêmes qui sont le plus chargés des substances le plus rapidement altérables, peuvent, dans des circonstances données, constituer d'excellens engrais; nous allons en citer quelques exemples frappans.

Etendus d'eau au point de contenir seulement 4 à 6 millièmes du poids total de substances organiques sèches, puis employés en abondantes irrigations, tous peuvent déterminer des effets extraordinaires sur la rapidité des progrès de la végétation; mais, à défaut d'irrigations économiquement pratiquables, ils exigeraient souvent des arrosages trop dispendieux.

C'est ainsi que les eaux savonneuses et ménagères, mêlées aux liquides écoulés de plusieurs boucheries, des étables très-nombreuses et des lessives d'une foule de buanderies dans deux villages populeux près de Paris, entraînées d'abord par une faible source dans les rigoles d'un vaste jardin maraîcher, y produisent des récoltes plus que doubles de celles obtenues ordinairement dans celte petite culture; dirigées ensuite dans une prairie naturelle, dont elles recouvrent à volonté successivement toutes les parties, elles donnent lieu à 5 coupes des plus abondantes, dans un sol qui n'en permettait qu'une autrefois.

J'ajouterai que la plupart des eaux naturelles contenant des proportions notables de matière organique, comme celles que j'ai rencontrées en analysant l'eau d'un puits foré rue de la Roquette, et comme le démontre encore la composition reconnue par M. Chevreul de l'eau des puits forés à Tours; ces eaux, dis-je, employées en irrigations, offriraient elles-mêmes un aliment à l'accroissement des plantes.

Si l'on se rappelle, en effet, que diverses

Fiantes peuvent exhaler chaque jour dans atmosphère plusieurs fois leur poids de vapeur d'eau, retenant dans leurs tissus, soit assimilées, soit interposées, presque toutes les matières non volatiles qui y étaient dissoutes, on concevra l'influence notable de quelques 10 millièmes de ces substances se*

AGRICULTURE : ENGRAIS. uv. i*'.

lubies sur leur poids après une végétation de plusieurs mois.

Les riches cultures des Flamands et des Belges démontrent le parti avantageux que l'on peut tirer des engrais azotés fluides plus ou moins étendus d'eau (1). Voici comment on les obtient et on les emploie dans cette contrée :

Des réservoirs en maçonnerie citernes [fig. 55), sont construits le plus à portée possible pour recueillir les

Fig. 55.

urines des étables, les

vidanges des latrines,et,d'un antre côté, près des

chemins quicondui-

sent aux champs en culture. Ces matières mélangées ainsi et conservées dans ces sortes de vases clos, enterrés sous le soi, sont à l'abri des plus fortes causes de leur fermentation, c'est-à-dire de l'accès de l'air et de l'élévation de la température.

Lorsque l'on vent s'en servir en arrosages, on en tii'e une portion que l'on étend de 5 à 6 fois son volume d'eau, puis on emplit des tonneaux avec ce mélange que l'on répand sur les terres en le laissant couler, soit par un tube percé de trous, si le liquide est déposé, soit sur une planche loi'squ'il est trèstrouble {fig. 56 et 57).

Fig. 56.

Fik^ 57.

On arrose ainsi les champs ensemencés et les prairies récemment fauchées. La force végétative imprimée par cet engrais aqueux, bien que de peu de durée, peut avoir une grande influence; car la terre, une fois re-

(1) On trouve dans l'excellent ouvrage : l'y4griculture de la Flandre, par M. CORDIEB, tous les détails de ces pratic^ucs agricoles perfectionnées.

CHAP. 4. DES DIFFËRENS ENGRAIS

couverte déjeunes plantes vertes, est défendue d'une dessiccation accidentelle; et, d'ailleurs, les plantes elles-mêmes acquièrent rapidement ainsi la force nécessaire pour

résister à diverses influences, et pour puiser

irali

ultérieiwe.

dans l'atmosphère et le sol leur alimentation

Le deuxième mode pour répandre l'engrais flamand consiste à le prendre dans la citerne sans rétendre d'eau, puis à le porter dans des tonneaux (^^'■. 58), et à le verser dans

Fi g. 58.

des baquets. On peut encore employer à cet usage la petite charrette (y%. 59), en usage dans l'Allemagne.— Comme cet engrais est alors trop actif ou trop rapidement altérable pour être mis en contact avec les plantes ou leurs racines, on en dépose , sans toucher les tiges , une cuillerée au

Fig. 59.

pied de chaque touffe, ou encore on le fait couler dans les sillons entre les rangées de plantes alignées.

L'arrosage , soit avec des urines ou eaux surnageant les vidanges, soit avec les matières pâteuses mélangées avec ces liquides, soit enfin en ajoutant encore des tourteaux ( marcs de graines oléagineuses ) divisés, exige les précautions suivantes :

Si l'on répand ces engrais sur la terre déjà labourée et hersée avant la semence, on doit choisir un temps humide ou légèrement pluvieux, et herser avant l'ensemencement, afin de mélanger l'engrais avec le plus de terre

f>ossible, et éviter son contact immédiat avec es graines.

Dans le même but , lorsque l'on veut arroser après avoir hersé et répandu la semence, il faut encore préalablement recouvrir la graine et entasser légèrement, à deux reprises, la terre au rouleau : le plus grand nombre des graines sont ainsi défendues, par une couche de terre comprimée, du contact de l'engrais trop actif qui ferait périr les

radicules et les plumuios, ou même empêcherait la germination.

Pour les plants espacés, on isole encore l'engrais flamand des tiges, feuilles et racines, en versant celui-ci dans des trous de plantoirs pratiqués entre les pieds de colza, œillettes, tabacs, et sur la même ligne. Cette méthode permet de herseï- ou biner entre les rangées sans déranger la l'umure ; on choisit, d'ailleurs, les soirées et les tem|)s humides, afin d'éviter que la décomposition trop lapide par la chaleur du jour, ne brûie lus feuilles.

Aux environs de Lille, 1 tonneau d'engrais flamand coûte environ 30 c. d'achat, plus 30 c. de transport et 60 c. d'emploi ; il contient 125 kil. de matière el cou\ic (répandu à l'écope ou au tonneau d'arrosement ) un cercle de 7 mètres de ravon. Une cave ordinaire de ce pays coûte à emplir 154 fr. et contient 32 mètres cubes ou 250 tonneaux.

Lorsque l'engrais flamand vient d'être répandu à l'aide de l'un des moyens précédens, une forte odeur putride s'en exhale aux alentours. Ce phénomène indique ua dégagement rapide, hors de proportion avec la faculté d'absorption des plantes; il donne lieu à un goût désagréable dans les produits comestibles de la culUire, el nuit quelquefois momentanément au développement de la végétation.

En Suisse, on prépare avec beaucoup de soin un engrais liquide connu sous le nom de lizier. Voici la description relative à cet engrais, donnée par M. De Candolle, dans sa notice sur les engrais en usage dans ce pays : on établit dans les écuries, derrière la place occupée par les bestiaux, une rigole profonde qui reçoit leurs urines; on y mélange leurs excrémens, et cette rigole peut aussi recevoir l'eau d'un réservoir; plusieurs fois par jour, après avoir opéré ce mélange avec soin, on vide la rigole dans le creux à lizier, fosse avec laquelle elle communique, et qui doit avoir assez de capacité pour contenir l'engrais produit en une semaine. Cet engrais doit alors rester tranquille dans la fosse pendant un mois, ce qui oblige par conséquent à avoir 5 de ces trous à lizier, que l'on emplit ainsi successivement chaque semaine, jusqu'à ce que le premier aitété vidé, puis le second, et ainsi de suite. M. Bei.t.a a fait établir, à la ferme modèle de Grignon, des fosses à engrais d'une disposition analogue.

Mais les engrais liquides ou très-étendus d'eau ne peuvent pas être dans toutes les localités employés économiquement en arrosages assez fréquens ou en irrigation; ils ont, d'ailleurs, quelques inconvéniens réels

aue des améliorations récentes permettent 'éviter, comme nous le verrons plus loin. Au lieu de les étendre d'eau, on peut quelquefois avec profit réduire par l'évaporation les engrais à un poids moins considérable. h\x\s\^\)0\xvle sangdes animaux ,^\ws\iè\\vs procédés de dessiccation peuvent être employés et offrir sous des poids égaux des différences remarquables dans les propriétés des produits obtenus.

La cohésion, l'insolubilité acquises aux produits, ont alors évidemment pour effet

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AC. RI CULTURE : ENGRAIS

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