‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 74 sur 304 · MV. V · texte numérisé non relu

MV. V

de reJarilei" la décomposition du sang sec ainsi obtenu, «'l de l'assimiler presque, sous ce rapport, à la chair musculaire traitée de même à 100°, puis desséchée et mise en poudre.

Le sang et la chair musculaire ainsi obtenus à l'état sec suivent donc mieux et plus graduellement, dans leur altération spontanée, les progrès de la végétation, et sont bien préférables, comme engrais, au sang qui, desséché à une tempt'ratnre plus basse, a conservé sa dissolubilité dans l'eau. Ce dernier mode de dessiccation doit donc être rejeté, quoique plus économique quelquefois, "à moins que l'on ne destine le sang sec à la clarification des sirops de betteraves, de cannes, de fécule, etc.

L'expérience, en effet, a démontré que pour fumer un hectare de terre en culture, si l'on emploie 850 kilog. de sang sec soluhle, c'est-à-dire desséché à l'air ou à basse température, 750 de sang coagulé insoluble, ou seulement 6.50 kilog. de chair musculaire sufiironlencore;ces deuxderniers agcns iournii'ont plus aux derniers développenieus des plantes qu'il importe le plus de favoriser, c'est-à-dire aux époques de la floraison et de la fructification, et permettront d'obtenir la plus forte proportion des produits qui ont le plus de valeur.

Une autre circonstance vropre à retarder la décomposition des substances animales, molles ou liquides, et à augmenter considérablemeut ainsi leur effet réalisable comme engrais, résulte de leur mélange avec des charbons poreux en poudre. Nous donnerons dans le § VIII quelques détails sur cet important phénomène.

§ Yl. — Fabrication et emploi de la poudrette.

Parmi les substances liquides ou molles que l'on peut réduire par l'évaporation à un volume et un poids moindres, on doit comp- 1er la matière fécale , base de l'engrais flamand dont nous avons parlé. Voici comment on opère sa dessiccation depuis un terai)s fort reculé près des grandes villes : on construit dans un local voisin de la ville, et assez distant toutefois des habitations pour éviter d'y porter une trop forte odeur, des bassins d'une grande étendue et de peu de profondeur, soit eu maçonnerie, soit en terre glaisée. Leur capacité totale doit pouvoir contenir la vidange de 6 mois au moins; ils doivent être au nombre de 4 ou 5 et disposés par étage, de manière à pouvoir être vidés les uns dans les autres sans frais de main-d'œuvre. Le bassin le plus élevé reçoit chaque nuit toutes les vidanges opérées, "et lorsqu'il est rempli jusque près des bords, on lève une vanne qui fait écouler dans le deuxième bassin la partie la plus liquide surnageante. Plusieurs décantations ont lieu de même successivement, et le liquide écoulé laissr> déposer dans ce deuxième bassin une partie de la matière solide très-divisée qu'il tenait en suspension. Lorsque ce bassin est rempli, on décante de même le liauide surnageant à l'aide d'une vanne, dans le troisième bassin, ou un nouveau dépôt et une nouvelle décantaliuD s'opèrent encore de la même manière.

Enfin, à l'issuedu quatrième ou du cinquième bassin, le liquide surnageant s'écoule au fur et à mesure que les nouvelles matières arrivent, et va se perdre, soit dans un cours d'eau, soit dans des puisards, ou, comme on l'a pratiqué dernièrement, dans des puits artésiens.

Lorsque le dépôt est assez abondant dans le bassin supérieur, on le laisse égoutter le plus possible en abaissant la vanne, et pendant ce temps les vid:in;^es journalières sont versées tians une série de bassins disposés comme nous venons de le dire et latéralementaux premiers. La matière é^outtée garde fort long-temps une consistance pâteuse; on l'extrait en cet état, à l'aide de dragues, de louchets ou d'écopes en fer, et on l'étend sur un terrain battu, disposé en pente comme une chaussée bombée, de manière à ce que les eaux pluviales ne puissent s'y accumuler. De temps à autre, ou retourne cette matière, à l'aide de pelles, afin de changer la surface en contact avec l'air et de hâter la dessiccation. On continue cette manœuvre jusqu'au moment où la matière fécale a perdu assez d'eau par cette évaporation spontanée pour êti'(> devenue pulvérulente : c'est en cet état qu'on l'expédie sous le nom de poudrette.

On la conserve autant que possible sous des hangars à l'abri de 'a pluie, ou du moins on la relève en tas d'une forme pyramidale et bien battue, en sorte que les eaux pluviales pénètrent peu et s'écoulent rapidement.

L'opération que nous venons de décrire est fort smiple, mais elle entraîne de graves inconvéniens : la dessiccation, irrégulièrement opérée, dure de 4 à 6 années, suivant que les circonstances atmosphériques sont plus ou moins favorables; pendant un temps aussi long, le contact de l'air et riiumidilé euiretienuent une fermentation constante qui développe les émanations les plus infecti^s jusqu'à près d'une lieue de distance. Outre le dégoût profond que de telles émanations ré- |jandent aux alentours, elles ont encore le mauvais effet d'entraîner, en pure perte pour Tagriculture, la plus grande j)artie des gnz qui auraient dû concourir à la nutrition des plantes.

L'emploi de la poudrette en agriculture ne présente d'ailleurs aucune difficulté; elle est répandue sur les terres au moment des labours, dans la proportion de 20 à 30 hectolitres |)ar hectare : cette fumure active puissamment les premiers progrès de la végétation et développe beaucoup les parties vertes des plantes; mais, trop rapidement épuisée, on lui reproche de manquer au moment de la floraison et de la fructification des céréales.

Répandue sur les prairies, dans la proportion de 18 à 24 hectolitres par hectare, elle ranime souvent d'une manière remarquable leur végétation, mais occasioue un goût désavantageux à la vente des produits de la récolte, ainsi que plusieurs autres engrais infects dont nous allons parler.

Urate. — On a donné ce nom à dc^ mélanges d'urine avec du plâtre en poudre ou quelquefois de la craie, de la marne séchées. L'engrais pulvérulent qui en résultait pouvait offrir une certaine activité, mais tellemeul

passagère, que l'effet produit ne pouvait indemniser des moindres frais de transport. Il ne pouvait en être autrement, car l'uriue employée ne contenait guère plus de 3 à 4 centièmes de matière sèche réellemcsit active, les 96 à 97 centièmes restant n'étant que de l'eau; or, cette urine mêlée à la substance en poudre ne constituait que 40 à 50 centièmes au plus du mélange dit iirate ; ainsi donc, le produit ne contenait que 1, 5 à 2 p. % de matière utile, et quelquefois même moins lorsque l'action de l'air et de l'eau pluviale l'avaient encore appauvri. On explique clair-ement ainsi le discrédit dans lequel est bientôt tombé l'urate chez les agriculteurs; toutefois, la démonstration précédente aurait pu prévenir même l'essai en grand d'un engrais aussi peu chargé de principes organiques.

§ VII. — Inconvéniens des engrais infects.

{Sang- putréfié, urine, poudrette , marcs de colle, larves de ver-à-soie, boues des villes.)

Dans les engrais liquides usités, la matière utile agit en sens inverse des progrès de la végétation, puisque, rapidement décomposée, ses ém;inations diminuent au fur et à mesuicque les surfaces absorbantes des végétaux s'étendent de plus en plus. La forme, le |)oids el l'inaltérabilité de ces engrais li- (|uides rendant leur transport pénible, ils restent généralement en excès inutile au point même de leur production.

Enfin, l'abondance de leurs produits gazeux ou solubles en contact à la fois avec toutes les surfaces absorbantes des végétaux, peut être telle que ces produits j restent en partie interposés, sans décomposition, avec leurs propriétés et notamment leur odeur spéciale repoussante. Parmi les faits nombreux qui depuis long-temps ont démontré ces phénomènes,nouschoisirons trois exemples :

Si l'on déposîî trois ou quatre fois pendant la végétation, pi'ès de diverses plantes sar- (;lécs, de la matière fécale délayée dans de l'eau ou de l'urine {engrais flamand)^ le suc de ces plantes sera fortement imprégné de l'odeur infecte particulière à cet engrais.

La saveur dégoûtuite due à la fumure en question, est encore transmise par les boues des villes, le sangputréfié, et elle est d'autant plus sensible que les parties vertes des diverses plantes comestiblessont plus développées.

Si l'on essaie de soutenir la végétation d'une piairie à l'aide de la poudrette, le fourrage obtenu pourra contracter une odeur désai;réable, et par suite être déprécié, comparativement avec le produitdes prairies voisines.

On observerait sans doute des effets analogues dans remploi des marcs de colle-forte el (les larves de vers-à-soie, dont la putréfaction rapide développe l'odeur la plus repoussante. Toutefois, chacun de ces engrais donn>- lieu à une végétation active, en les divisant, par leui' mélange avec leur volume de terre du champ, et les répandant avant les premiers labours.

Nous verrons dans le pai'agraphe suivant combien il est facile aujourd'hui d'éviter les graves inconvéniens précités, en employant [

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même les matières le plus fortement putrides.

§ VIII. — Du noir animal et du noir animalise.

J'avais observé depuis 1 820 et fait connaître en 1822, dans un Mémoire sur les charbons,

a ni fut couronné par la Société de pharmacie e Paris, les effets remarquables d'un mélange {résidu des raffineries) dans lequel le sang coagulé formait au plus 0,10 à 0,15 du poids tolal. Cependant la putréfaction n'avait préalablement rien enlevé à ce produit dont j'avais essayé l'emploi comme engrais : la présence même de 0,85 à 0,90 de produits inorganiques carbonisés retardait encore avec énergie la décomposition de la substance azotée.

Par suite de la publication de ce fait nouveau, tous les résidus des raffineries, qui étaient alors jetés aux décharges publiques, furent peu-à-peu entièrement utilisés; bientôt après, tirés de toutes nos usines, importés même de diverses contrées européennes, ils ont ajouté annuellement la masse énorme de 20 millions de kilogrammes du nouvel engrais aux moyens de fertilisation de nos terres. Il constitue aujourd'hui avec le noir animalisé la plus grande masse des engrais transporlables.

Ce sont surtout les départemens de l'Ouest, approvisionnés de Nantes par mer et en suivant le cours de la Loire, qui, manquant d'ailleurs le plus d'engrais, ont consommé la plus forte quantité de charbon ou noir animal. Des sols naguère eu jachère une année sur deux et même deux années sur trois, par suite de son emploi, sont emblavés tous les ans, et ont doublé et triplé la valeur de leurs produits nets.

La mesure de l'énergie acquise à ce mélaijge offre ce résultat étonnant au l**" abord, mais constaté expérimentalement dans de grandes cultures : les 15 parties de sang sec qu'il renferme agissent comme engrais d'une manière plus utile que 400 parties liquides, représentant environ 100 parties de sang à l'état sec.

Ainsi, la matière organique réunie au charbon agit six fois plus qu'employée seule; ce fait explique la consommation énorme des résidus de raffineries, et leur prix bien plus élevé que celui de leur équivalent en sang desséché. On le répand d'ailleurs avec la plus grande facilité et une économie de maind'œuvre très-remarquable; car il suffit de le semer après la graine, et de le recouvrir avec elle par la herse.

Son action fertilisante est constante sous les conditions favorables ordinaires.

Cependant j'ai reconnu directement que le charbon ne perd rien de son poids, soumis pendant 3 mois aux mêmes influences atmosphériques, à l'action de l'eau distillée et des racines des plantes, lors même que le développement de ces dernières était a dessein favorisé par des émanations gazeuses de substances azotées en putréfaction.

Une autre anomalie apparente curieuse s'est bientôt offerte à nos méditations; ou verra qu'elle présente une preuve nouvelle à l'appui de la théorie généraleque nous avons exposée. Des résidus de raffineries contenant dts proportions variables entre 5 et ISceutiè-

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i.iv. I-',

mes de sang sec ont eu plusieurs fois une infliuMicp (It'favorable sur la véL;élation, et cepiMulant ils augmentèrent sans addition d'engrais les produits d'une récolte suivante. Ces observations ontdéterniiné quelques agriculteurs à laisser une V j'ernie/ilation s'établir dans ces résidus avant de les répandre sur leurs terres. En cherchant quels pouvaient être les effetsde cette 1" réaction spontanée pour ceux de ces résidus que l'on disait être lropr/irtw«',s-, j'yrccotuins la présence de 5 à 10 centièmes de sucre altéré, cpii donnait lieu à une abondante production dalcool et d'acide carbonique, puis d'acide acétique et hydro- "ndlurique; à ces l*^^"^' produits succédèrent, bien plus lentement dégagés, du carbonate, deracétalcdammoniaque,ettouslesrésultals de la décomposition des substances azotées : à dater de cette époque, rinflnence de reiigrais dins diverses expériences a constamment été évidemment très-l'avorabie sur la végétation. Dèslors il me |)ariit probable que les altérations du sucre pouvaient seules exercer l'influence défavorable observée. En elïet, dans une série de faits spéciaux, tous les mélanges, en diverses proportions, d'alcool et d'acide acétique avec le charbon, ont toujours été nuisibles aux progrès de la végétation, et d'autant plus que la proportion dacide fut plus forte. Voulant savoir si ces phénomènes étaient indépendans de l'iniluence du charbon, et s'ils auraient lieu en présence des produits liquides azotés comme des débris solides des animaux, j'abandonnai en vase clos et en vases ouverts des mélanges de sucre : 1° jusqu'à saturation dans de l'albumine battue; 2° dans l'albumine étendue de parties égales d'eau: 3° dans des œufs divisés, sans en rien séparer, tels qu'on les emploie dans les clarifications; 4° dans du suc exprimé de la chair musculaire, et enfin dans le même liquide contenant des lambeaux de chair. —Tous ces mélanges, pendant 2 ans, éprouvèrent plus ou moins lentement des réactions aui produisirent de l'alcool, de l'acide cartonique, puis de l'acide acétique et des traces d'hydrogène sulfuré. Les morceaux de chair bien lavés n'avaient sensiblement rien perdu de leurs principes constiluans ni de leurs propriétés. Il était donc évident que la présence du sucre dans les résidus employés avait occasioné les réactions défavorables; que celles-ci devaient avoir lieu en quelque état que fût la substance azotée, et qu'il était utile d'éliminer le sucre, soit par des lavages, soit par une légère fermentation, en ne laissant ainsi au sang coagulé interposé dans la matière charbonneuse que son action utile; qu'enfin un essai préliminaire très-facile, consistant dans \\n sinip!e lavage du noir sur un petit filtre, permeltraitde reconnaître la présencedusucre, et en conséquence l'utilité des précautions précitées, ou enfin l'inopportunité de cellesci lorsque les lavages ont été convenablement opérés dans les raffineries (1).

D'autres essais démontrent que le charbon peut être utile non seulement pour faii-e durer plus long-temps et augmenter ainsi l'effel

du sang, mais encore qu'il peut servir d'agent mtermédiaire en absorbant les gaz et la chaleur, et les transmettant ensuite aux plantes. En effet, si l'on fait germer et végéter plusieurs plantes, comparativement, dans deux vases contenant du eharbon en poudre épuré, arrosé chaque jour avec de l'eau pure, que l'on ajoute à l'un tous les jours 1/100 de ce charbon, et à l'autre autant du même charbon imprégné des gaz qui se dégagent par la iermentation spontanée des matières animales; dans ce dernier vase la végétation sera très-belle, tandis que dans l'autre elle restera faible et languissante.

§ IX. — Fabrication des engrais désinfectés.

Une des découvertes les plus impoi'tantes dans les annales industrielles offrit alors à l'agriculture, à la salubrité publique, de nouveaux faits à enregistrer, vint affermir le système des engrais non altérés, et ajouter une démonstration directe de l'utilité de la désinfection, au lieu de la putréfaction préalable.

Le résidu charbonneux, sorti des raffineries, ne suffisait déjà plus aux besoins de l'agriculture, lorsque M. Salmon imagina de fabriquer de toutes pièces un engrais analogue plus efficace encore, et surtout plus constant dans ses effets. Il y parvint en mélangeant divers détritus organiques azotés, dans un grand état de division , avec une terre rendue éminemment poreuse, charbonneuse et absorbante, par une calcination en vase clos.

Pour faire bien apprécier l'immense avantage de conserver ainsi, par ce moyen breveté , aux détritus organiques employés comme engrais, toutes leurs parties altérables, loin d'en laisser préalablement dissiper la plus grande partie dans l'atmosphère, il suKira de faire remarquer que le nouvel engrais, connu sous le nom de noir animalisé, représente un effet utile au moins décuple de celui que l'on obtiendrait d'une masse égale de matière fécale, par exemple, lentement desséchée selon les procédés usuels. Les résultats discutés d'une fabrication journalière d'environ 300 hectolitres près de Paris, et les données l'ecueiilies par nos agronomes les plus distingués sur de vastes étendues de terres en culture, ne peuvent laisser aucun doute à cet égai'd ; déjà des traités conclus dans des villes populeuses assurent l'extension de cette production d'engrais non consommés.

?(OUs avons vu que la dessiccation de la matière fécale donne lieu depuis des temps reculés à de grandes exploitations près des villes; que cette dessiccation s'effectue par intervalles irréguliers entre les saisons pluvieuses ou humides. La poudrette obtenue en définitive est donc le résidu d'une altération de plusieurs années, durant lesquelles la plus grande partie des principes assimilables exhalés dans l'atmosphère, ont laissé en excès toutes les matières terreuses inertes et celles qui sont le moins altérables.

(1) M. DuTROCHET a observé que le sucre même dissous dans l'eau, mis en contact avec les spongiolcs des racinci, tait périr les i>Iautes très-pruniptcmcnt.

A ce procédé goiiéraloinent iisifé encore aujonrcl"liui,et(iiii répand au loin l'infection, succède déjiv pL-ii-à-peu le mode bieti plus rationnel que nous avons indicjué ci-dessus. Celte application importante promet d'assainir par degrés tous les centres de fortes populations ; applicable d'ailleurs à convertir immédiatement en engrais tous les fluides suffisamment chargés de matière organique azotée et tous les débris des animaux convenablement divisés, il constitue le procédé le plus général de la fertilisation des terres, et doit graduellement suppléer partout à l'insuffisance Ae^ fumiers.

Ce procédé consiste à mélanger le plus intimement possible les parli(!s molles, divisées ou fluides des animaux, fraîches ou même <iéjà putréfiées, avec environ la moitié de leur poids d'une substance poreuse, charl)orinée, réduite en poudre fine absorbante, et présentant à peu près sous ce rapport les propriétés du charbon d'os fin.

A l'instant où le mélange est opéré, la décomposition spontanée est dès-lors pour ton ■ jours ralentie, presque au même degré que dans les substances dures, les os, la corne, mises en poudre. L'acide hjdro-sulfurique qui se dégageait, uni avec l'ammoniaque avant l'opération, est si rapidement absorîaé, qu'une lame d'argent plongée dans le produit, même encore très-humide, conserve sa couleur et son éclat métallique, tandis que, dans la matière organique employée, elle serait on quelques secondes irisée ou noircie sur toute sa surface.

Efjéts et modes d'emploi du noir animalisé. — La fabrication de l'engrais nouveau, le noir animalisé, est alors finie; il réunit toutes les conditions utiles de la division et d'une décomposition lente. On peut immédiatement en faire usage, le mettre en contact avec les graines ensemencées, les radicules, les plumules, les tiges et les feuilles les j)Ius délicates; il ne cède que très-lentement, aux influences atmosphériques et à l'action des extrémités spongieuses des racines, les produits gazeux ou solubles assimilables qu'il renferme. Il fournit graduellement ainsi, sans être même complètement épuisé, à tous les développemens des plantes annuelles.

\Jun des effets les plus utiles et les plus remarquable^ de celte décomposition lente €t progressive, que l'accroissement de la tcmpératureet de l'humidité accélère comme la végétation, est signalé dans un développement plus soutenu des céréales à l'époque de la floraison, et dans une production de grain plus abondante que sous l'influence d'engrais contenant une proportion doitbie de matière organique, mais qui , trop rapidement décomposée, exhale en pure perte des gaz dont l'excès, nuisible d'ailleurs, est décelé par une odeur plus ou moins forte et l'epoussante.

L'engrais nouveau, employé même en grand excès, ne change en rien la saveur agréable la plus légère des racines, des feuilles ni des fruils comestibles, et contribue, au contraire, par une assnnilalion complète, au dcveioppement de tous les i)rincipes aromatiques.

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Les prairies naturelles ou artificielles dont on a ranimé la végétation en y semant (autant que possible, pai" un temps humide ou lors d'ime 1" pluie du printemps) 12 à l.j hectolitres de cet engrais bien émotlé, donnent des produits plus abondans et d'un goût plus agréable. Ces faits sont constans aujourd'hui pour les nombreux agriculteurs qui continuent l'usage de cet engrais.

Quoique 15 hect. suffisent à la fumure d'un hectare de terre, on en a quelquefois employé des proportions décuples dans les jardins, et toujours avec succès , notamment pour aider à la reprise des jeunes arbres à fruits, ranimer les orangers transplantés, remplacer le terreau sur tous les massifs, activer la végétation des pelouses ensemencées vers l'arrière-saison.

On doit émotter ci la pelle le noir animalisé au moment de l'employer; quelquefois même, afin de le mieux diviser et de le répartir plus également, on le mêle avec son volume de terre du champ.

On le sème sur la terre après la graine et avant le hersage pour les blés, orges, avoines, betteraves, rabettes, navets, colzas, maïs, le chanvre, le lin, etc.

On le dépose par petites poignées dans les fossettes ou les sillons avec lea pommes-deterre, les haricots, \espois, les fèves.

Pour les divers plants repiqués, un enfant, suivant le planteur, le dépose dans le Irou du plantoir sur la racine, que l'on recouvre immédiatement de terre. On opère de même pour les boutures, les marcottes elles plants provignés.

Un ou deux hectolitres sur les plates-bandes d'un jardin remplacent un tombereau de terreau ordinaire. Mélangé avec dix fois son volume d'un terreau épuisé, il ranime son action d'une manière très remarquable. Ce méiançe est très-utile pour alléger et fumer à la fois les terres des jardins.

Le noir mélangé avec la terre des trous, dans la proportion d'un à deux litres pour chaque arbre transplanté, assure la reprise et soutient la végétation de la manière la plus graduée ; 1/2 à 1/4 de litre employés de même pour les ceps de vigne, les touffes de dahlias, les rosiers, les mûriers, et diverses autres plantes, activent constamment la végétation sans altérer le goût des fruits, ni des feuilles, ni la coloration des fleurs.

On en répand une couche de 4 à 6 lignes d'épaisseur à la surface des fosses d'asperges : il hâte la pousse en échauffant le sol , et augmcjile le volume en alimentant la plante.

Dans toutes ces applications, on n'a jamais éprouvé ces accidens que déterminent tous les engrais trop actifs, ceux-là mèmequi renferment à peine 0,1 des principes utiles contenus dans le noir animalisé.

Il est d'ailleurs évident : 1° qu'on ne pourrait craindre dans l'emploi de cet agent les inconvéniens de ces myriades d'insectes parasites importés avec les fumiers, les engrais végétaux et le terreau ordinaire ; et 2° que la présence et le mélange intime du charbon ofi'rent, en outre, un obstacle aux attaques des petits animaux qui, parfois, ont dévasté les champs fumés avec le sang et la chair musculaire.

Entre autres exemptes curieux de ce dernier genre de danger, dans l'usage des débris animaux purs, nous citerons ce qui est arrivé lors d'un \" essai du sang sec aux colonies: un champ de cannes h sucre venait de recevoir, au pied de chacune des touffes, une petite poignée de l'engrais pulvérnlenl déposé à la surface du sol; des milliers de rats arrivèrent de toutes parts, et fouillant eiilre les racines, afin d'y rechercher le sang sec, ils détruisirent toute espérance de récolte pour cette fois.

L'un des moyens de multiplier les bons effets de la poudre charbonneuse, hase du noir animalisé, consisterait à l'expédier pour être employée partout où se rencontrent abondamment des détritus riches en matières animales, et dont on perd la plus grande partie de l'action trop vive, en même temps que l'on altère le goût des produits de la culture -et que l'on infecte l'air des alentours. C'est ainsi qu'un simple mélange, en proportion suffisante pour désinfecter ces matières ( et qui varierait entre un dixième et un quart de leur volume), pourrait tripler au moins et souvent sextupler leur effet utile, en faisant disparaître tous les inconvéniens inséparables de la putridité. Enfin, ne fût-ce que pour éviter que les engrais de chair musculaire el de sang desséchés ne fussent enlevés par les rats et divers petits animaux, il conviendrait même, pour ces derniers engrais riches, d'avoir recours au mélange avec 10 à 15 p. 0/0 de poudre charbonneuse.

§ X. — Imitations diverses et falsifications du noir aaimalisé ; moyens de les reconnaître.

( Cendres animalisées , tourbe minimalisée , cendres noires , poussiers de charbon et de houille, fraziers de forge, résidus de bleus de Prusse, noir en grains. )

Depuis que l'usage du noir animalisé s'est tellement répandu en France que l'on s'occupe d'en établir des centres de fabrication dans les principales villes du royaume, on a cherché les moyens d'imiter ce produit par des mélanges moins coûteux, qui eussent une action analogue ; nous dirons un mot des résultats auxquels on est ainsi parvenu en animalisanl les cendres et la tourbe.

Cendres animalisées. — 'En substituant des cendres, résidus de la combustion des bois, houille, tourbe, à la substance charbonneuse calcinée exprès en vases clos, on conçoit qu'il a été facile de réaliser une économie notable, mais qu'aussi l'on a perdu les avantages qui permettent de faire supporter au noir animalisé, comme aux aulï'es engrais riches, des frais de transport à une assez grande distance.

En effet, la propriété désinfectante des cendres étant considérablement moindre que celle de la substance charbonneuse dont nous avons parlé, on n'y peut mélanger qu'une proportion bien moindre de matière animale putrescible ; et encore, celle-ci , trop rapidement décomposée, agit-elle moins long-temps et j moins utilement, puisqu'elle devance, dans ]

sa décomposition, le développement des i re plantes. Elle peut même nuire par le ! n'

ENGRA.IS. tnr. i".

goût désagréable qu'elle leur communique. Un autre motif d'infériorité résulte encore des variations inévitables dans la nature des diverses cendres qu'on peut se procurer : ainsi, les cendres des divers bois diffèrent entre elles suivant que ceux-ci ont été brûlés neufs ou flottés, et suivant encore que l'incinération a été poussée plus ou moins loin. Les mêmes causes produisent des effets plus marqués encore dans les résidus de la combustion des tourbes plus ou moins terreuses, et des houilles dont la composition est extrêmement variable. Ces dernières présentent toujours d'ailleurs une multitude de petits grains en scories, en partie vitrifiés, très-rudes et peu propres à être mis en contact avec les racines des plantes.

Il arrivera donc rarement que ces diverses cendres, pinson moinschargees des matières animales, pourront améliorer le fond du sol, et surtout offrir assez d'avantage aux agriculteurs pour être transportées a de grandes distances. Cependant, dans certaines terres fortes que la plupart dt;, cendres peuvent amender, on trouvera presque toujours du profil à les mélanger avec des déjections ani maies qu'elles rendront plus faciles à répandre.

La dose de cendres le plus animalisées , employée comme engrais, pourra être de 2.5 à 30 hectolitres par hectare : il conviendra d'éviter de les mettre en contact immédiat avec les graines ou les racines des plantes repiquées. On devra en conséquence les répandre à la surface du champ, après avoir recouvert la semence par le rouleau ou la herse, ou encore enterrer préalablement cet engrais à l'aide d'un hersage avant de semer, ou enfin les répandre entre les rangées des jeunes plantes sarclées, ou près des touffes, sans être en contact avec les tiges.

Tourbe animalisée. — La tourbe non incinérée, mêlée avec un tiers ou un quart de son poids de matière fécale, a été essayée comme engrais. Il est probable que dans les localités où on l'obtiendrait à très-bas prix et presque sans frais de transport, eile serait utilement employée, répandue sur les terres, comme {ç?, fumiers d'étable{Voy. plus loin;; elle pourrait cependant trop alléger certains sols : pour éviter cet inconvénient, on devrait la mélanger avec un engrais plus riche qui permit de diminuer le volume totnl employé : nous ne pouvons d'ailleurs avoir de certitude à cet égard avant que l'expérience en grand soit venue vérifier ces conjectures.

Cendres noires, poussiers de charbon , fraziers de forge. — Plusieurs autres imitations des résidus de raffineries ou du noir animalisé peuvent être considérées comme de véritables falsifications. C'est ainsi que des spéculateurs se sont proposé d'augmenter la quantité de ces engrais, par des mélanges de matières semblables en apparence, mais d'une bien moindre valeur, et ne contenant ni le sang ni les autres matières animales qui font la base de la principale action de ces deux engrais à l'état de pureté.

Il importe beaucoup aux agriculteurs de

reconnaître ces mélanges frauduleux, et rien est plus facile, surtout relativement à la

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DES DIFFERENS ENGRAIS

terre noire de Picardie (1), qui est le plus géiuîralemint employée dans ces falsifications, et que l'on Iransporte à cet effet par foris chargeuiens dans la P>relagne.

Pour constater cette Jraiule, il suffit d'étendre une pincée dei'engrais à essayer sur une pelle, et de le chauffer au rouge pendant quelques minutes , puis de le laisser refroidir.

Alors, si l'engrais éiait pur, la cendre restée sur la pelle formerait une poudre fine offrant une couleur grisâtre uniforme. S'il contenait de la terre noire, la cendre serait graveleuse et présenterait des parties rougeàtres ou couleur de rouille d'autant plus noiDbreuses que la quantité de terre noire mélangée aurait été plus grande. Nous ne saurions trop engager les agriculteurs à faire cet essai si facile, ou à le confiera un pharmacien de la localité.

On falsifie encore les mêmes engrais, en y mélangeant du frazier de Jorge et des poussiers terreux qu'on trouve au fond des magasins de charbon de bois et de houille: en général, ces divers mélanges se décèlent à la simple inspection; ils présentent des [)arties inégalement nuancées de couleur brune, jaunâtre ou blanchâtre, surtout dans la plupart des grains les plus volumineux que l'on écrase. Enfin, serres entre les doii^ts, ils sont plus ou moins graveleux ou rudes au toucher, et grenus, tandis que les résidus de raffineries et le noir animalisé exempts de ces mélanges, sont d'une nuance brune, foncée, très-régulière et d'une grande finesse ; ivresses entre les doigts, ils ne présentent aucune partiegrossièreœent pulvérisée, n moins qu'il ne s'en soit joint quelques- unes accidentellement; mais alors elles doivent être en très-petit nombre.

Résidus de bleu de Prusse. — On nomme ainsi le résidu épuisé, grisâtre, pulvérulent, de la fabrication du bleu de Prusse ; il ne contient aucune trace de matière organique, et ne pourrait être utilement employé que comme amendement capable d'alléger la terre et de stimuler les forces végétatives par suite de la faible proportion de carbonate et de sels de potasse qu'il retient. Sous ce rapport, l'emploi des résidus précités serait utile, si leur transport était peu dispendieux et leur prix d'achat presque nul.

11 n'en a pas été souvent ainsi : cette substance, évidemment inerte comme engrais, a été mélangée frauduleusement avec les charbons de raffineries et le noir animalisé.

Voici les moyens de reconnaître cette fraude : d'abord une ténuité en général moindre, et une moindre proportion de substances organiques rendent le mélange plus rude au toucher; quelquefois même on y aperçoit des grumeaux charbonneux, durs, qui ne se rencontrent pas dans les deux engrais non altérés.

Si l'on fait brûler, sur une pelle fouge, ce mélange, la cendre obtenue, délayée dans l'eau ('tjetéesuruny?/;/-e(^or. ci-devant, p. 42, fig. .32), donneunliquidesale,assez fortement alcalin. Enfin, en calcinant dans une cornue (page 59,y?£'. 44j le même mélange, et recev:int, dans l'acide sulfurique étendu, les gaz d'igagés, on obtient moins d'ammoniaque daiis la projjortion de 30 à 50 et même 80 poiircent. Ce dernier moyen, que nous avons mdiqué ci-devant plus en détail, serait applicable à déceler tous les genres de fraude qui précèdent ; mais les procédés plus simples décrits ci -dessus suffisent pour ceux-ci.

Noir en grains. — Depuis quelques années seulement on emploie dans les raffineries une sorte de charbon animal grenu comme de la poudre de guerre, et sur lequel le sirop clarifié filtre aisément sans addition de sang; on le nomme noir en grains : il ne retient pas de sang ni d'autres matières organiques azotées, mais seulement des traces de sucre. Ce n'est donc point un engrais, et son mébmge avec les résidus de raffinei-ies ordinaires est une véritable sophistication; heureusement il est très-facile de le reconnaître à la grosseur de ses grains: il suffit de le faire glisser entre les doigts.

Nous dirons en terminant que le plus sur moyen de se mettre à l'abri de toute fraude, consiste à recevoir directement des fabvi- (jues ou entrepôts garantis le noir animalisé comme les résidus de raffineries.

Art. III. — Des engrais mixtes, plus particulière' ment désignés sous la dénomination ae fumiers-

Nous avons vu combien est préjudiciable la méthode ancienne des engrais consommés, relativement aux débris des animaux et à la matière fécale, si l'on compare celte méthode avec l'emploi des mêmes débris sans déperdition. Nous allons voir que les mêmes aonnées s'appliquent aux divers fumiers, et nous montrerons que l'on confond a tort, pour ceux-ci, nwQ Jérmentation préalable toujours nuisible par le dégagement de gaz qui eussent été assiiiulables, avec une macération quelquefois utile.

C'est généralement à une désagrégation des parties solides que se borne l'utilité des réactions préalables dans les fumiers et com- [)osts mis en las et abandonnés à dessein pendant un temps plus ou moins long.

Ici, la macération spontanée produit un des effets précités de la chaux, en favorisant la dissolution des matières organiques; mais presque toujours la déperdition des substances les plus altérables, dans ces mélanges, est loin d'être compensée par l'effet obtenu ainsi des parties résistantes.

Nous allons démontrer encore celte asser-

(1) Cette matière, désignéeaussi sous les noms de cendres noiresnxidt cendres pyriteuses, se rencontre très-abondamment en plusieurs localités , notamment dans le département de l'Aisne ; elle se compose d'argile, de sulfure de fer, de sulfate de fer et d'alumine, de sub.stances organiques charbonnées et bitumineuses : délayée dans l'eau, elle donne une solution acide rougissant fortement le papier de tournesol.

Nous avons indiqué plus haut l'application qu'on en peut faire en agriculture, non comme engrais, mais bien comme stimulant propre à utiliser le carbonate de chaux et les restes des fumures anciennes. {, y. ci-devant, page 7j.',

lion par des fails dans l'application la plus générale. Si l'on opère un n)élan<:;e aussi réi^ulier que possible des fumiers Irais d'écui'ies et délahles, réunis en uue masse de 10 voilures, ou environ 12,000 kii.; (jue l'on réj>ande et qu'on recouvre immédiatement par ûiî léger labour et le rouleau, la f du tas ou 6,000 kil. sur 10 ares (1,000 met.) de terre meuble, le plus possible épuisée d'engrais et de débris organiques; que, d'un autre côté, on laisse en las à l'air les 6,000 kil. restans pendant 4 mois, puis qu'on les répande sur une surface moitié moindre (600 met. ou 5 ares) d'un même sol; qu'enfin, on cultive comparativement par bandes des céréales et diverses plantes sarclées et repiquées sur les deux terrains ainsi fumés, en rendant le plus possible toutes les circonstances égales d'ailleurs; d'après les fails nombreux recueillis en opérant de celte manière, les récoltes mesurées, puis estimées par leur équivalent en poids de la substance sèche contenue, seront à peu près égales. V effet utile du fumier frais aura donc évidemment été double.

Elle pourra ètreplus que triple de celle du fumier mis en las, si les alternatives d'une haute température el d'une humidité suffisante ont, pour ce dernier, favorisé l'action de l'air, la fermentation et le dégagement des produits gazeux.

Sur certaines cultures dont l'allégement de la terre favorise le développement des produits, comme cela se remarque surtout dans la production des tubercules de la pomme-de-terre, l'effet réelpourra être quadruplé.

Il paraîtra peut-être également bien démontré qu'en faisant le plus promptement possible usage des fumiers, on aura souvent l'occasion de mieux distribuer le travail des champs; de réserver aux fumiers des étables toute leur utilité, non seulement comme engrais, mais encore comme agens physiques de division; de ménager ainsi aux engrais pulvérulens leur maximum d'effets complémentaires; enfin de permettre leurs transports à de plus grandes distances, par suite des produits mieux assurés et plus économiques de leur application (I).

§ 1".— Mode général d'emploi de tous les fumiers frais et de tous les eugrais infects ou rapidement décomposables.

Les engrais les plus actifs, qui par un contact immédiat nuiraient aux graines et aux racines des plantes, peuvent tous, sans exception, être directement appliqués à l'agriculture, pourvu qu'une masse suffisante de terre les sépare des graines et des extrémités spongieuses des racines, pendant les premiers temps de la végétation ; les gaz pro-

AGRICITLTURE : ENGRAIS. liv. i".

duits rapidement peuvent alors être disséniinés et en grande partie retenus dans les intei'sUces du sol, puis fournis plus lentement ensuite à la végétation,

Un exemple remarquable de cette méthode a été donné dans les environs d'une grande boyauderie à Grenelle, il y a près de 20 ans.On ouvrit une tranchée de 18 pouces de profondeur, dans loute la largeur d'une pièce de terre, puis on y déposa sur toute la surface du sol une couche de 3 pouces d'épaisseur d'//?/<Tj-imjen putréfaction; ceux-ci furent immédiatement recouverts de 6 à 8 pouces de terrele lendemain on acheva de creuser en avant une 2" tranchée égale et parallèle, dont on rejeta la terre sur la 1'-% puis on déposa, comme la veille, des intestins surtout le fond de la tranchée ouverte. En continuant chaque jour de la même manière, on obtint en définitive une fumure sous-jacente au fond de toutes les tranchées et sous toute la surface du champ [fg. 60), où les parties om-

Fig. 60

brées indiquent la place de l'engrais putride, et les lignes ponctuées la terre relevée chaque jour par dessus).Des blés, semés sur cette terre, y prirent un développement énorme, et donnèrent une quantité de grain quadruple de celle récoltée, à surface égale, sur la même terre contenant les proportions usuelles de fumiers d'étable. La même fumure prolongea, à l'aide de labours superficiels, son action durant 8 années pour des cultures en blé, seigle, choux, etc.; les deux dernières, en racines pivotantes et tuberculeuses (betteraves et pommes-de-terre), offrirent des résultats non moins remarquables, et profitèrent encore de la couche inférieure de l'engrais consommé.

Les labours en ados ou billons (2)^ qui se pratiquent avec tant d'avantage aux Etats-Unis et en Angleterre, pour les navets, rutabagas, choux, mais, betteraves et toutes les plantes sarclées, permettent de donner aux racines le double de profondeur en terre meuble, et de maintenir sous cette couche épaisse la totalité de la fumure. On ne saurait douter qu'à l'aide de cette méthode il ne fût tresavnntageux d'employer directement les engrais les plus actifs, et cela sans leur faire éprouver aucune déperdition préalable.

§ II. — Des fumiers d'étable on litières.

On peut diviser en deux classes tous les fumiers : 1° les fumiers chauds ; 2" \e?, fumiers frais. Ces derniers résultent surtout de la

(1) Diverses communications accueillies et vérifiées par les Sociétés d'agriculture de Paris et des Hî^partcmens , ainsi que les récentes publications ducs à plusieurs de nos notabilités afijricoles, et noidmment à MM. Bella, de Grignon , 7>villy, le fjénéral Bugeaud , le comte de Raineville ; entir, les faits nombreux constatés par MM. de Silvestre, Biot, Becquerel, Dcmas, Dutrochet, XI cmbres de l'Institut, et par MM. Briaune, le colonel Blrgraff , le vicomte Emmanuel d'Har- <XjL'rt, Montgolfier, Delaville-Leroux, Camille Beauvais, le comte d'Angeville, le comte de MCNTLOSiER, HuzARD fds, Delamarre, DELA Chauviniére, DuTFoy, Deby, ctc, ne laissent plus aucun doute à cet égard.

(9 On trouve dans le dernier numéro ( avril 1834) du Cultivateur, un excellent article de M- DE Val- COUET sur les moyens les plus économiques de pratiquer ces labours.

ciiAr. 4.

nourriture aqueuse, consommée abondam- «lenl par les vaches. En effet, même après la saison des herbages, on donne à ces animaux (les betteraves ou leur pulpe provenant des fabriques de sucre indigène, des pomnies-delerre ou les marcs de ces tubercules dans les féculeries. Les excrémens contiennent par suite une grande proportion d'eau qui les distend et les rend plus spongieux, plus capables de retenir l'humidité ambiante et d'entretenir ainsi \d^ fraîcheur près des racines.

La plupart des autres fumiers résultant d'une alimentation en fourrages ou grains secs, et notamment ceux des chevaux, poules, dindons, etc., sont considérés comme /«w/tv.v chauds : ils se dessèchent plus rapidement et absorbent moins d'eau sous les mêmes influences atmosphériques que les ftimiers frais.

Il est facile de comprendre que les fumiers chauds conviennent mi tux aux terres /^w/w«V/e.f et froides, et que les fumiers frais sont préférables pour les sols secs, sableux et chauds.

Comme engrais, ils peuvent d'ailleurs, les uns et les autres, être utilisés dans tous les sols, sauf l'addition préalable des amendemens spéciaux. Ils se trouvent souvent mélangésen proportions variables, et les moyens de les conserver et d'en faire usage sont les mêmes.

Ou peut encore diviser les fumiers en deux espèces très-distinctes et dont les usages ne sont pas les mêmes : les fumiers longs, qui n'ont éprouvé qu'un léger commencement de fermentation, qui occupent beaucoup d'es-

f)ace, font beaucoup de volume et durent ong-temps ; \q?, fumiers courts ou gras, dont la décomposition est très-avancée, qui sont très-lourds, se coupent souvent à la bêche, et dont l'action est instantanée, mais de peu de durée. Les premiers conviennent particulièrement aux terres grasses, tenaces, argileuses et froides; les seconds, aux sols maigres, légers, sablonneux, chauds; pour obtenir ceux-ci, il a fallu que les pailles éprouvassent dans la fosse une décomposition presque co!nplète, et en arrivant à cet état, l'engrais a perdu une grande partie de ses gaz nourriciers; afin d'en tirer des résultats prompts et plusgrands,onrenonceà des effets durables, et on sacrifie une grande, partie des sucs que la lente décomposition des fumiers longs dans le sol lui-même, v dépose successivement au profit de plusieurs récoltes. En résumé, et c'est l'avis des plus savans aut(Mirs de chimie agricole, l'emploi des fumiers longs est en général préférable ; mais, pour qu'il soit adopté dans tous les cas où le fumier est acheté, il faudrait que la fourniture en fût faite au poids et non à la mesure.

Récolte et conservation des fumiers des ttables. — En général, les fumiers d'étable ^oni réunis au milieu de la cour de la ferme, enceinte par les bàtimens d'habitation, les granges et les écuries, et quelquefois ombragée par des ormes élevés ou des mûriers qui maintiennent une température uniforme, et retardent la dessiccation et l'évaporation du fumier.

Cette cour est creuse, l'eau des toits s'y réunit, et h- fumierest constamment mouillé. Il est bien que l'eau qui le baij^ne ne puisse

DES DIFFÉRENS ENGRAIS

s'en échapper, le fumier étant dans un fond de terre alumineuse ou garni d'une couche de glaise qui empêche les infiltrations et la perte des substances organiques solubles.

Le fumier est ainsi tenu à l'ombre la plus grande partie de la journée, toujours humide, sans être lavédans les temps de pluie, mais, du reste, il est jeté sans soin : les bestiaux qui le piétinent, les poules et les pigeons qui le grattent, occasionent une plus forte déperditionen multipliant les surfaces en contact avec l'air et suspendant la macération.

Sous le point de vue de la salubrité, cette pratique parait essentiellement -vicieuse.l^^ayx du fumier arrive souvent jusqu'aux portes (le l'habitation et des écuries; elle attire, en été, un grand nombre d'insectes qui tourmentent les bestiaux; l'atmosphère est humide et remplie de gaz mal faisans ou du moins fort incommodes, qui s'en dégagent, quelque lente que soit la putréfaction.

Afin d'éviter les inconvéniens précités, il faudrait creuser derrière les écuries de chaque ferme de larges fosses, à l'ombre et au nord, où ils seraient rangés avec soin et tenus en contact avec les liquides écoulés des étables et même les urines des habitans.

Alors on pourrait même séparer en des cases particulières les fumiers frais et les fumiers chauds, ou même ceux de porc, de vache ou de bœuf, de cheval, de moutons, etc., et ne plus les confondre, comme la plupart des cultivateurs en ont à tort l'habitude.

Cette séparation des fumiers est au reste moins nécessaire dans certaines localités où, comme en Flandre, les chevaux et les vaches ont la même nourriture la plus grande partie de l'année, c'est-à-dire du trèfle et de l'orge en vert en été, et en hiver de la paille hachée, de la drêche ou résidu lavé de l'orge et autres céréales germées des brasseries. Il résulte de ce système de nourriture des bestiaux, que le fimiier de vache est rcioxns frais , et celui des chevaux moins chaud (\\.\e dans les pays où la nourriture des vaches et des chevaux est très-ditïérenle.

Cependant, en général les déjections animales, mêlées aux litières et aux débris de la nourriture des bestiaux, ou les fumiers de basse-cour, ont des propriétés différentes : le fumier de porc est le moins chaud et le moins concentré; vient ensuite celui des vaches et des bœufs : il convient donc de les employer spécialement dans les sols maigres, légers et secs. Le degré de force des fumiers place eusuite celui composé des déjections des chevaux, puis celui des moutons, et enfin des volailles et colombiers, dont nous parlerons tout-à-l'heure.

Le mode le plus général d'emploi desfumiers consiste à les porter sur les champs à l'aide de voitures. Celles-ci sont vidées en 4 ou 6 tas, que des hommes étalent ensuite à la fourche en une couche continue et régulière; un labour sert ensuite à recouvrir le fumier de terre, puis le rouleau et la herse à diviser celle-ci convenablement.

En Flandre, les fumiers ne sont conduits sur les champs que le jour même où la terre est labourée; ainsi, en un jour, on transporte le fumier, on le répand sur la terre et on le recouvre par le labourage. Quaud la pièce

est grande, on la divise en plusieurs parties, et on exécute en un jour sur chacune un travail complet. Les cultivateurs de ce pays pensent, avec raison, que le fumier perd la plus grande parlie de sa valeur lorsqu'il est exposé quelque temps à la pluie et surtout au soleil, et lorsqu'il est employé long-temps avant les semailles. Aussi ensemencent-ils la terre le jour même qu'elle est fumée.

On pourrait, au reste, différer l'ensemencement de quelques jours, pourvu toutefois que l'engrais fût, immédiatement après qu'il est répandu, recouvert de terre, qu'on doit même tasser plus ou moins à l'aide du rouleau:en opérant ainsi, on retiendraitdans le sol la plus grande partie des gaz et des liquides utiles, dont la végétation profiterait ultérieurement; enfin on retarderait la décompositioîi par l'interposition des substances terreuses. A. Payen.

§ ni. — De l'engrais produit par le parcage.

Le fumier des bestiaux est employé de deux manières : d'abord mêlé avec la litière de l'étable. puis par le mo}en à\\ parcas^e des animaux sur le sol, dans les pays et les saisons où cette pratique a lieu. Elle est principalement usitée pour les moutons, et quoique combattue par de fort habiles agronomes, notamment par M. le vicomte de MoREL ViNDÉ, les fermiers d'un grand nombre de contrées y attachent une haute importance. Ce mode dengrais. évitant des transports, convient d'abord aux champs éloignés ou d'un abord difficile. Ensuite, s'il est moins abondant que le fumier qu'on pourrait obtenir à l'étable d'un nombre égal de bêtes, il ménage les fourrages et litières, et fait profiter le terrain, non seulement de toutes les déjections solides et liquide-, mais encore du suint de la toison dont les molécules terreuses s'imprègnent.

Dans la division des Animaux domestiques on fera connaître les modes, les saisons et les diverses particularités du parcage des moutons : ici nous devons seulement noter ses effets comme engrais sur les terres et les récolles.

Avant de commencer à parquer une pièce déterre, on doit la labourer deux fois, afin de la mettre en éta* de recevoir les urines et la fiente des animaux. — On proportionne l'étendue du parc, d'abord an nombre des bêtes, mais aussi en raison de leur taille, de leur nourriture plus ou moins aqueuse, de l'état plus lui moins amendé du sol. — Après le parcage, on donne un labour qui ne doit pas renverser la terre entièrement, mais la remuer seulement (Voy. Labours). — Le parcage a été employé avec avantage .cMrfey /?/•««ries naturelles et artificielles; mais il faut qu'elles soient sèches, afin de ne pas exposer les bêtes à laine à la pourriture (cachexie aqueuse). — Bosc dit que c'est une assez bonne méthode que de faire parquer ^«r des champs de froment ensemencés et levés, mais dans les terres légères, auxquelles on ne saurait donner tiop de compacité; les moutons mangent les feuilles du froment, et tassent le terrain en l'imprégnant de leur fiente et de leur urine.

L'engrais du parcage est sensible pendant 2 années; et le froment qu'on met d'abord, puis la récolte qui lui succède, viennent mieux que s'ils avaient été engraissés par tout autre fumier. Dans les pays de grandes exploitations, comme on ne peut parquer qu'une petite portion des terres chaque année, afin que toutes puissent en profiter successivement, les cultivateurs se gardentbien de mettre le parc 2 fois de suite sur le même champ. — Des observations répétées établissent, en moyenne, que 200 moutons ne peuvent fumer, par le parcage d'un été, plus de 10 arpens «^le terre de moyenne qualité.

Dans cei'taines contrées de l'Angleterre, d'après Home, les cultivateurs font des parcs permanens ou bergeries temporaires pour l'été, en élevant des murs de 3 pieds de haut; ces murs sont détruits à la fin de l'automne, et on les répand, ainsi que la terre du sol de ces parcs, sur les champs voisins. On pourrait adopter ce mode pour l'hiver, où le parcage à l'air libre aurait des inconvéniens pour la plupart des races de moutons.

Dans le même pays, on lient, en automne, sur les chaumes, les bœufs à l'engrais dans des parcs où on leur donne chaque jour l'excédant de leur nourriture, comme turneps, betteraves, pommes-de-terre, etc., qu'on répand sur le sol. Lorsqu'ils ont consommé l'herbe du parc, on les conduit dans un autre, el on les remplace dans le premier, d'abord par des vaches, ensuite par des brebis, et enfin par des cochons; de sorte que rien de mangeable n'est perdu et que le terrain est engraissé autant que possible. L'avantage de cette pratique économique est très-grand sur les sols légers, et devrait déterminer à l'employer plus généralement en France.

Dans une partie de V Auvergne., on fait parquer pêle-mêle les chevaux, les ânes, les bœufs, les cochons, les moutons, et on se trouve fort bien de cet usage qu'on pourrait imiter dans beaucoup d'autres localités, principalement celles où les champs sont clos. C. B. DE 31.

§ IV. — Excrémens des oiseaux.

Fiente des Pigeons. — Cette sorte de fumier, exempt presque entièrement de paille, offre la déjection presque pure ou mêlée de débris de plumes, très-riches eux-mêmes en substance azotée , dans l'état de division le plus convenable. Conservé et desséché d'ailleurs à l'abri, cet engrais est sans contredit le plus riche parmi ceux qu'on nomme /i/miers ; mais il a beaucoup moins d'action que les engrais pulvérulens obtenus des débris d'animaux.

Les agriculteurs intelligens connaissent les excellens effets de la fiente des pigeons; ils vont au loin en chercher. Dans les grandes fermes du Pas-de-Calais, les pigeonniers sont nombreux et très-peuplés : ils se louent pour un an, ou par bail ae plusieurs années, à raison de 100 francs pour la fiente à récolter annuellement de 600 à 650 pigeons. Un colombier de cette importance donne une forte voiture de fiente, qui coûte ainsi 100 francs.

Une voiture de ce fumier peut servir pour féconder 80 ares; par conséquent la

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