LIV
Dans le déparlement du Gers, on supplée à ces instriimens par un autre outil {fig. (38)
romposé de deux fortes dents de fer de 2 cenliiiiètres ou 6 lignes d'épaisseur, et de 5 centimètres ou 1 pouce de largeur, et d'une longueur de 20 ceniimètres ou 10 pouces; un manche en bois de 90 centimètres ou 3 pieds y est adapté ; il permet à l'ouvrier de travailler presque droil.Il peut enfoncer cet instrument dans le sol à une profondeur d'environ 20centim. ou 10 po., et le travail se fait plus rapidement qu'avec le pic; aussi, dans les terrains qui ont besoin d'un défonçage moins profond, peut-il être employé de préférence. Vdirio\s, pour déraciner des arbrisseaux, on se sert d'un levier armé à l'une de ses extrémités d'un très-fort trident de fer dont les pointe sont ordinairement 20 po.de longueur {fig- 72). Fig. 69.
« Comme elles doivent pouvoir supporter un grand effort, il faut que la partie de la fourche par laquelle elles tiennent à la douille, et cette douille elle-même , soient aussi trèssolides. C'est dans cette douille qu'on introduit la perche servant de levier, qui doit être épais, de bois dur, sLcela est possible de frêne, et avoir 15 à 20 pieds de long. A l'extrémité postérieure de ce manche on attache une corde longue de 8 à 10 pieds, à laquelle est suspendue une traverse, au moyen de laquelle plusieurs hommes peuvent employer à la fois leur force sur le levier. Après que' les plus l'oi'tes racines latérales ont été coupées, on chasse le trident sous la souche dans une position inclinée, puis on place au-dessous du manche ou levier, un bloc que l'on rapproche de la souche jusqu'à ce que l'extrémité postérieure de ce manche soit élevée de 10 ou Vl pieds; alors, par le moven de la traverse attachée à \\ corde, les ouvriers abaissent la partie postérieure du manche jus(ju'à ce que la souche cède à leurs efforts. A l'aide de cet instrument , tout simple qu'il soit, on peut souvent opérer des choses surprenanles, et lorsque ce moyen est insuffisant, des machines plus compli-
qnt'-es courraient grand risque de se rompre. » (TiiAER, Principes raisonnes d'agriculture. )
Enfin , lorsque ce sont des arbres qui occupent le terrain, on est bien obligé ou d'entourer chacun d'eux de tranchées profondes et de couper leurs principales racines. i\ mesure qu'on les découvre, pour ensuite entraîner l'arbre entier au moyen d'une corde attachée le plus près possible de la sommité, ou de les abattre rez terre, abandonnant comme salaire toute la partie qui reste dans le sol, et même les menus branchages, aux ouvriers chargés de l'extraction des racines.
La présence de grosses pierres rend souvent la mise en culture des friches beaucoup plus difficile. Dans quelques cas, on trouve économique de les enfouir dans le champ même, à une profondeur assez grande pour ne gêner en rien la marche de la charrue. En d'autres circonstances, si ce moyen n'est pas praticable, si l'on trouve à utiliser les pierres dans le voisinage pour l'entretien des chemins ou pour des constructions rurales, on peut recourir, selon îa nature du rocher, soit au pic et au coin du mineur, soit à la poudre à canon, dont l'emploi, qui exige d'ailleurs des frais assez considérables, n'est pas malheureusement sans danger en des mains inexpérimentées. Enfin , sans encourir le même inconvénient, on réussit encore parfois assez bien en faisant chauffer fortement la pierre sur un seul point, au moyen d'un feu aussi ardent que possible; et, lorsque cette vive chaleur a produit une dilatation inusitée, en arrosant subitement le bloc avec de l'eau froide, et en le frappant en même temps de lourds marteaux ou de maillets métalliques à manches de bois durs et élastiques comme le hotix.
Quant aux obstacles que peut présenter l'eau, en traiter ici serait faire double emploi avec l'article Dessèchement auquel nous devons renvoyer le' lecteur.
Vicomte Débonnaire de Gif.
Section ii. — De Vécohuage.
D'après l'étymologie que M. Desvaux donne du mot écobuage, ce mot dérive du latin scopula, petit balai, ou du celtique scod, bâton, morceau de bois, dont on a fait plus tard écot, eVo^wc^. Ecobuer ne s'appliquerait ainsi proprement qu'à l'extraction des fragmens de végétaux qui se trouvent à la surface et dans l'épaisseur des friches qu'on veut mettre en culture. Cependant, on réunit sous la même dénomination non seulement l'iucinération de ces fragmens, tiges et racines, encore adhérens à une partie de la terre qui les portait, mais aussi le brûlis de la terre dépouillée de toute végétation.
Cette pratique, dans le sens général que nous devons lui donner ici, comprend donc trois opérations distinctes dont nous nous occuperons séparément, et dont \d. figure 70 représente l'ensemble.
Le but de l'écobuage., but dont nous verrons plus loin qu'il approche évidemment, dans beaucoup de cas, sans cependant l'atteindre complètement ou toujours, est de débarrasser la couche labourable des plantes
GDAP. 5.
DE L'ECOBUAGE.
Fig. 70.
qui en sont en possession; de dëtrnire, autant que possible, Jusqu'à leurs germes par l'action du feu; de diminuer directement, en détruisant leurs larves, ou indirectement, en les éloignant par une odeur particulière, la multiplication ou les ravages des insectes nuisibles; de modifier favorablement la disposition moléculaire et les propriétés physiques du sol ; d'ajouter enfin à la puissance fécondante des engrais, de les suppléer même parfois presque entièrement en pratique.
L'usage de V écobuage est fort ancien. On peut juger, d'après les écrits de Virgile, que les bons effets qu'il produit étaient connus et justement appréciés des Romains du lenifs d'Auguste. Il s'est conservé en Italie, particulièrement sur les Apennins, d'où il se répandit de proche en proche, d'abord en France, vers le commencement du 17* siècle, et, une 50* d'années plus tard, en Angleterre. De nos jours il n'est pas une contrée d'Europe où il ne soit plus ou moins connu.
On écohue principalement les friches couvertes d'arbrisseaux et d'arbustes ligneux ou sous-ligneux, tels que les genêts, les ajoncs, les bruyères; les terres depuis plus ou moins long-temps cultivées en fourrages artificiels vivaces, comme la luzerne, le sainfoin; les vieilles prairies, les pâtures, les tourbières et les marais nouvellement desséchés.
Eu égard à ces diverses circonstances, les moyens d'opérer ne sont pas tout-à-fait les mêmes.
Art. 1'
Du découpage du sol.
Si ce sont des végétaux de consistance ligneuse qui occupent le sol, quels que soient les moyens dont on aura fait choix pour les déraciner (voy. la secl. Dcfrichcmens)., si l'on ne juge pas plus profitable de les utiliser conmie chauflage, on les laisse sécher en partie,et on le.s réunit ensuite en petits tas équidislans sur toute la surface du champ, pour
les brûler en place, ainsi que je le dirai plus
Si l'on doit opérer sur des friches en pâture ou sur de vieilles prairies, la première chose à faire est de détacher le gazon en plaques aussi régulières que possible.— Dans beaucoup de localités on emploie exclusivement pour cela une simple bêche acérée et terminée en pointe triangulaire {fig. 71).
En Angle- pj^^ 73. Fig. 71.
terre, on iait
fréquemment usage d'un instrument à peu près semblable, auquel on donne le nomdeère<2J?
spade , et ,
assez improprement,
celui de breastplough (/^. 72), dont le manche est
légèrement convexe , et
dont un des côtés du fer est parfois relevé m lame tranchante pour couper le gaziui latéralement. Après avoir lait pénétrer cette bêche à la profondeur de 1 à 2 po. (Oui. 0,27 à 0 m. 0,54), l'ouvrier la dirige avec force devant lui, et soulève ainsi des espèces de lanières plus ou moins longues, qu'il retoui-nt; ensuite sens-dessus-dessous.
D'antres fois, comme un pareil travail est excessif pour un seul homme, on divise d'abord régulièrement le terrain au nioven du tranc/ie-gazon (^/ig.73), i^t on détache l'es plaques avec le lèi'e- gazon {fig. 74), soit qu'un ouvrier seul le fasse njouvoir, soit que, au nuneu d'un anneau fixé près de la base du manche et d'une corde qu'on y attache, un
lis AGRICULTURE
second ouvrier puisse le tirer, ainsi que nous l'avons représenté {Jîg. 70 et 75), tandis que le premier le dirige à peu près à la manière d'une charme.
Fig. 75.