‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 91 sur 304 · LIV. l · texte numérisé non relu

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Fig. 102.

est la meilleure, est ensuite jetée à part d'un côté du fossé afin de servir à le combler et à niveler le sol ; celle extraite du lond a été jetée de l'autre côté et sera replacée immédiatement après le gazon.

§ II. — Dessèchement des terrains inondés par des sources provenant de réservoirs souterrains d'eaux comprimées.

Sans chercher à développer ici la théorie des sources, je crois ne pouvoir me dispenser de présenter quelques considérations sur reflet aes glaises ou argiles dans la constitution des terres désignées sous le nom de terres froides, fortes, et sujettes à être inondées par des sources provenant de réservoirs souterrains d'eaux comprimées. La propriété essentielle des glaises ou argiles, et par conséquent des terrains argileux, est de fcnii-nir des réservoirs aux sources et aux fontaines. Les grandes formations argileuses ou les dépôts d'argile, présentent des séries de couches plus ou moins épaisses, séparées assez généralement par des lits de sable ou de gravier, qui contiennent toujours des nappes d'eau plus ou moins abondantes. Rarement ces couches sont parfaitement horizontales; elles sont communément inclinées sous divers angles et dans différentes directions. Quelquefois elles se montrent à la surface de la terre et vont plonger à une grande profondeur, pour Ml reliver et *e remontrer également plus loin

à la surface du sol. Souvent ces couches sont brisées, rompues et coupées par des fentes ou des l'clraites remplies de sable ou de gravier. De telles variations dans la manière d'être des dépôts de glaise en déterminent dans la ctuTipacité des terres argileuses, dans leur perméabilité, et par suite, dans le gisement des nappes d'eau plus ou moins nombreuses et plus ou moins abondantes entre chaque couche perméable et imperméable. Si les terrains argileux, de quelque espèce d'ailleurs qu'ils soient, s'enfoncent é;;alement dans tous les sens, de manière à revêtir de toutes parts le fond d'un bassin souterrain d'une couche de glaise imperméable, les eaux, après s'y être amassées, ne trouveront aucune issue : elles exerceront alors une sorte de réaction ou de pression contre les couches supérieures, et, c-mime elles continueront toujours d'aifluer dans le bassin, elles finiront par se faire jour dans la ligne de moindre résistance, en perçant ces couches, pour surgir à la surface du sol, qu'elles maintiendront constamment humide ou même marécageux, si celuici présente une dépression sans pente et sans écoulement. Et telle est, en eftét, très-souvent et beaucoup trop souvent, l'action des eaux comprimées des réservoirs souterrains sur nos grandes plaines de terres argileuses. Il existe en France d'immenses terrains incultes, inondés et submergés par des sources de réservoirs d'eau comprimée , et qu'il serait facile de rendre à la culture, au moyen du percement des glaises qui empêchent l'infiltration des eaux dans les terrains inférieurs. Ce percement peut se faire et se fait à peu de ferais, à l'aide de cette même sonde dont le fontainier se sert pour faire jaillir les eaux à la surface; enfin il se fait promptement et toujours avec certitude d'un plein succès.

Cette manière de dessécher les terrains inondés est depuis long -temps connue et pratiquée en Allemagne et en Angleterre; elle est également en usage en Italie, et c'est peut-être dece pays qu'elle s'est propagée dans les autres.

Dans son Rapport au Rureau d'agriculture du parlement d'Angleterre, M. Johi\ston en a attribué la découverte à Joseph Elkiivg- TOi\, du comté de Warwick ; mais, longtemps avant lui, les Allemands avaient appliqué la sonde au dessèchement des terres inondées : d'ailleurs, James Anderson, d'Aberdeen, avait publié, dès 1775, sur cette matière, un ouvrage élémentaire sous le titre de : Frais principe sur lesquels repose la théorie du dessèchement des terrains que des sources rendent marécageux : un heureux hasard, dit-il, lui ayant fait de^sécher un luarais par le creusement d'un puits dans une couche de glaise compacie, dont le percement fit jaillir avec impétuosité des eaux abondantes, et obtenir par suite le dessèchement de ce marais, dessèchement qu'il ne s'était point proposé. Pour opérer le dessèchement des terrains inondés par des sources provenant de réservoirs d'eaux comprimées, suivant le procédé d'Ei.KiNGTON (y?g'.104),onouvre, dans la partie la plus basse, des fossés de largeur suffisante pour recevoir toutes les eaux, et l'on perce, de distance e/i distance, dans le fond de ces fossés des coi'ps de sonde., pour donner UP

CIIAP. 5'.

DESSECHEMENT

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libre essor aux eaux comprimées et les faire écouler. S'il s'agil d'une surface d'une grande étendue, il faut ouvrir un ou plusieurs grands fossés d'écoulement dans toute la longueur du terrain à dessécher, et l'on y fait aboutir, comme autant de branches ou de ramifications, tous les lossés transver^^aux , dans lesquels sont jjercés les trous de sonde, que l'on multiplie suivant que le besoin l'exige. Si les bancs de pierre sous la terre végétale étaient inclinés, il faudrait que les coups de sonde fussent faits dans une direction perpendiculaire au plan de ces bancs de pierre, et tant qu'il ne sortira pas d'eau par les trous de sonde, ils devront ê!re approfondis. L'effet de ces coups de sonde et des fossés d'écoulement est de rendre solides en très-peu de teujps les terrains inondés et même les terrains tourbeux les plus humides. En desséchant, par ce procédé, des marais en plaine, Elkfivgton est parvenu à se procurer une grande masse d'eau, qu'il élevait au-dessus de son niveau précédent, au moyen d'une tour creuse, garnie de glaise, bâtie autour de l'endroit perfoié. L'eau parvenue au somjnet de la tour était ensuite conduite là où elle |)ouvait être nécessaire pour le service des usines ou des irrigations.

Le docteur Anuersoa, qui a acquis en Angleterre une réputation justement méritée par le succès de ses opérations de dessèchement, \)Yéfi're\epercem('nt c/ei puct.y aux forages à la sonde. Quoique plus difficiles et plus dispendieux, les puits percés dans le voisinage des terrains inondés ou des marais produisent en effet un résultat prompt et infaillible; mais ce moyen présente plus de difficultés; il est plus dispendieux, je le répète, et souvent l'abondance des eaux ou les glaises coulantes rendent les percemens de puits très-difficiles.

La méthode que M. fFedge, de Bickenhill,

DES MARALS. 139

a mise en pratique dans le comté deWarwick et dans celui d'Aylesford, pour le dessèchement des terrains innndés , est une modification de celle d'EtRixoTois. Au lieu de fossés ouverts, il fait des coulisses ou rigoles souterraines, et avant de les fermer, il donne dans leur fond autant de conns desonde qu'il est nécessaire pour parvenir a l'enlier épuisement des réservoirs souterrains. Par ce procédé, M. fVed<(c a fait de très-grands et de très-beaux dessécheinens qui ont donné une haute valeur à des terres qui jusqu'alors n'eu avaient aucune.

En France, plusieurs desséchemens de ce genre pou riaient êlre mis en parallèle avec ceux de l'Angleterre et de l'Allemagne; il est même peu de départemens qui ne nous en offrent quelques exemples plus ou moins remarquables, et qui tous ont produit les résultats les plus avantageux. En Provence, en Dauphiné, en Languedoc, et en général dans tout le Midi, on trouve de ces desséchemens faits par rigoles souterraines à une époque inconnue. Les habitans les attribuent, les uns aux Romains, les autres aux Sarrasins. Ces rigoles ont généralement été faites avec soin, et, dans(|uelques localités, on voit que les Anciens avaient un d(Hible système de dessèchement et d'arroseuicnt, puisque souvent les eaux de ces rigoles, après avoir été recueillies dans des bassins, servent ensuite à l'irrigation des terrains inférieurs.

Enfin, c'est par de semblables opérations, suivant le rapport fait en 1808, par notre vénérable collègue, M. Tessieu, au ministre de l'intérieur, qui l'avait envoyé visiter l'établissement d'Hofwil; c'est, dis-je, par de semblables opérations que le célèbre M. de Fel- LE.'VBERG, que l'on ne saurait trop citer quand il s'agit d'un bon procédé ou d'une bonne méthode à indiquer, a commencé ses perfectionnemens et son excellent système de culture, qui a fait la réputation du bel établissement agricole d'Hofwil (1).

Plusieurs membres de la Société royale et centrale d'agriculture ont travaillé sur cette importante question. Ainsi Varennes de Fe- MLLE, auquel l'agriculture doit tant d'améliorations, a fait de très-grands travaux en ce genre. Cretté de Palllel, après avoir remporté en 1789 le prix proposé par la Société d'agriculture de La^n, sur le dessèchement des marais du Laonnois, examina l'utilité qu'on peut tirer des marais desséchés et la manière de les cultiver. Chassiron, qui s'était spécialement occupé de la législation des cours d'eau et des irrigations, se livra à l'étude des moyens d'opérer les desséchemens par des procédés simples et peu dispendieux, tels que ceux qui furent emplou's par les Hollandais, dans le seizième sii cle, pour le dessèchement des marais des anciennes provinces d'Aunis, Poitou, Saintinge, etc. De Perthuis, qui embrassait tout ce qui était

(1; M. DE Fellenberg avait à lutter contre les eaux, qui nuisaient à sa culture. Pour y remédier, il creusa une {grande galerie à l'effet de rassembler toutes les eaux pour les faire servir à l'irrigation des prés. I.;i longueur de cette galerie est de plus de trois cents mètres. Sans cette galerie, M. de Fkl- LENBËRG n'aurait pu exploiter sa propriété avec- le succès qui lui a ae<iuis une si haute réputation. Fn été, elle était noyée presque entièrement par les fontes de nei-je des montagnes de Cmnival. Otte propriété, .située à deux lieues et demie de licrne, est sur un monticule environné d'autres monticule* qui sont au pied de hautes montaguet» couvertes de neiges et de placiers toute l'^Biiée. ^iVo/» «*•

avantageux, pour l'appliquer au perfectionnement de 1 industrie et de l'agriculture, de Perlhiiis avait cherché à faire connaître et a répandu en France l'usage des kerises de la Perse, espèce de puits perdus ou puisards, communiquant avec des galeries ou rigoles souterraines, ouvertes dans le double motif du dessèchement des hautes plaines argileuses et de l'irrigation des terres qui manquaient d'eau. C'est par ces kerises, dont quelquesuns ont, dit-on, plus de 50 mètres de profondeur, que ces peuples avaient porté leur culture au plus haut point de prospérité.

§ III. — Dessèchement des plaines humides, sans pente, sans écoulement, et des marais plus bas que tout le pays environnant.

Il est facile de concevoir que des plaines sans pente et sans écoulement soient constamment humides, que, dans les années pluvieuses, elles soient imbibées profondément, et que les eaux, ne pouvant s'épancher d'aucun côté, restent stagnantes sur leur surface. Il existe dans beaucoup de pays, au milieu des grandes plaines, de vastes espaces noyés et inondés une partie de l'année, leur fond argileux y retenant les eaux, qui y forment même quelquefois des marais assez étendus.

^Allemagne et Y Angleterre offrent de nombreux exemples de plaines inondées et de marais plus bas que tout le pays environnant, autrefois incultes, aujourd'hui parfaitement desséchées, bien cultivées et donnant de belles et abondantes récoltes. Le docteur NuGENT paraît être le premier qui, dans la Relation de son Voyage d' Allemagne , publiée en 1768, ait fait connaître les procédés suivis par les Allemands pour le dessèchement de ces terrains, et l'on trouve dans l'Encyclopédie britannique ^ à l'article Dessèchement^ une description détaillée et comparée de la méthode des Allemands et de celle qui est suivie en Angleterre dans le comté de Roxburgh.

Lorsque le terrain à dessécher est plus bas que tout le pays environnant, de manière que, pour parvenir à son dessèchement, on serait obligé de creuser un grand nombre de tranchées profondes qui coûteraient plus que le terrain ne vaudrait après son dessèchement, on commence par déterminer le point le plus bas de la plaine ou du marais à dessécher, et on le prend comme centre de l'opération, qui doit se faire dans la belle saison, et surtout dans une année de sécheresse. On s'établit le plus économiquement que l'on peut sur cet endroit avec des fascines et des planches, et l'on perce au centre avec des bêches , des louchets ou des dragues , suivant la nature du terrain, un puits ou puisard que l'on descend aussi profondément qu'd est possible de le faire à travers les terres, les slaises ou les tourbes, en les soutenant avec des branches d'arbrt^s et des planches. On remplit ensuite le puits avec des pierres brutes irrégulières, jetées pêle-mêle et amoncelées sans aucun ordre les unes audessus des autres, autour d'un tube ou coffre de bois placé verticalement dans le i;entre ou puits et dfistiné à la manœuvre de la sonde. Lorsque le remblais est fait, on descend la

OPÉRATIONS AGRICOLES. liv. i".

sonde dans le coffre et l'on perce jusqu'à ce que la tarière atteigne quelque terrain perméable qui absorbe toutes les eaux de la surface. Enfin, lorsque la sonde a fait connaître un de ces terrains perméables, on fait, sur toute la surface du terrain à dessécher, des fossés ou des coulisses qui aboutissent au puisard comme à un centre commun. Si le terrain présente une grande étendue, on perce plusieurs de ces puits, et souvent, pour éprouver moins de difficulté dans leur percement, on les ouvre, non dans le terram à dessécher, mais dans son pourtour, et l'on dirige les fossés, du centre du terrain ou du marais, vers les puits percés en dehors. Lorsqu'on est assuré que les sondages produisent tout leur effet, on remplit les fossés avec des pierres ou des fascines, et on les recouvre de gazon et de terre, en nivelant ensuite toute la surface.

§ IV. — Des puits perdus et puisards naturels, de leurs effets en agriculture, et du dessèchement des terrains inondés, au n.oyen des puits perdus ou puisards artificiels et de sondages.

On désigne communément sous les noms de hoitouts,hètoirs ow hoitardsyàt?> puits perdus y ou puisards naturels plus ou moms profonds, de diamètres très-variés, le plus souvent verticaux, et cependant quelquefois obliques sous différentes inclinaisons. Les gouffres ^ entonnoirs, ou engoultouts ne diffèrent de ces puits que par leurs plus grandes dimensions. Ces puits et ces gouffres sont d'une grande utilité pour l'agriculture dans les pays argileux et de terres fortes et humides, pour absorber les eaux abondantes que la compacité de ces terres retient" à la surface, et qui porteraient le plus grand préjudice aux récoltes. C'est à cette propriété d'absorber les eaux que sont dues les dénominations sous lesquelles les babitans des campagnes désignent ces gouffres et ces puits.

Des affaissemens d'anciennes exploitations de marnières ou de carrières, vers lesquels se rendaient naturellement les eaux pluviales et celles des fontes de neige, pour y disparaître et s'y perdre entièrement, ont dû, il y a long-temps, donner l'idée de creuser des puisards ou boitouts artificiels pour dessécher les terres que la charrue ne pouvait cultiver.

Il existe des terrains perméables presque généralement sous les argiles : ainsi, dans quelques endroits, sous les glaises ou les masses argileuses, on trouve des sables, des graviers , ou des couches de galets ; ailleurs ce sont des calcaires lacustres ou des calcaires siliceux, caverneux et chambrés, ou fendus et lézardés dans toute leur épaisseur; ici, ce sont de grands dépôts de gypse ou de calcaire marin, dont les couches, rompues et bouleversées, présentent de longues et larges fentes qui se croisent dans tous les sens ; là, c'est la grande masse de craie, qui, fendillée par une sorte de retrait qu'elle a probablement éprouvé lors de sa dessiccation, forme un filtre toujours prêt à absorber les eaux lorsque les argiles de la surface ne s'opposent pas à leur infiltration; au-delà, ce sont les calcairi-^ oolithiques, coralliques, jurassiques, etc., qui tantôt sont divisés en lames minces ou feuillettes, tantôt sont caverneux,

f^^nxp. 5. DESSÉCriEMENT DES MARAIS,

et tantôt rompus OU bouleversés, de manière à donner un libre accès aux eaux de la surface ; plus loin, ce sont des terrains schisteux, qui alternent avec des çrès, des psammites, aes phyllades, des pouddmgues et des brèches plus ou moins perméables-, et plus loin, enfin, sont les terres argileuses des pays primitifs, des schistes micacés, alternant avec des gneiss, des porphyres et des granits, qui laissent encore filtrer les eaux entre leurs lits de super- Îiosition, ou dans les fissures et les fentes qui es coupent et les recoupent en diverses clir rections. D'où l'on voit: 1° que presque généralement partout, en perçant les glaises et les argiles, dont la compacité s'oppose à l'infiltration des eaux pluviales, on trouve audessous des terrains perméables, dans lesaiiels il y a certitude de les faire perdre ou isparaître plus ou moins promptement; et 2° que parmi les moyens de dessèchement des terres cultivables sujettes aux inondations, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause, on ne saurait trop recommander aux propriétaires et cultivateurs l'établissement de puits perdus, boitouts ou hétoirs artificiels , puisqu'une fois bien établis ils n'exigent plus aucuns frais, et qu'ils remplissent constamment le but proposé sans qu'il y ait jamais aucune réparation, aucun entretien à y faire, comme aux autres modes de dessèchement.

Les emhughs des anciens marais de la plaine des Palans, près de Marseille, aujourd'hui couverts de vignes, sont peut-être le plus bel exemple que l'on puisse citer en France d'uu grand dessèchement au moyen de boitouts artificiels, et, en Angleterre, ceux du comté de Roxburg.

V établissement d'un puits perdu ou boitout est facile et peu dispendieux lorsque le terrain à dessécher est plat ; mais lorsqu'il y a des fondrières ou des parties profondes et marécageuses {fi^. 105), il exige plus de temps et plus de frais.

Fig, 105.

Avant d'entreprendre une opération de ce genre, on doit se pourvoir d une sonde de

fontainier-mineur, de 25 à 80 mètres ^ longueur, avec ses principaux instrumens. La dépense peut en être évaluée de 300 à 500 fr., suivant le nombre des instrumens que l'on prend (1). Celte dépense première ne peut ni ne doit arrêter ; cette sonde, qu'on peut d'ailleurs louer, si on ne veut pas 1 acheter, devant également servir, d'une part, pour dessécher un terrain inondé, comme pour se procurer des eaux jaillissantes, et, d'autre part, pour rechercher des marnes, des plâtres, des terres pyriteuses, etc. ; enfin, la sonde peut être successivement louée à tous ceux qui voudront s'en servir pour faire des dessechemeus ou faire des recherches.

La première condition pour assurer le succès d'un dessèchement, au moyen des puits perdus ou boitouts artificiels, est la levce du plan et le nivellement exact de tout le terrain à dessécher, pour connaître l'endroit ou les endroits les plus bas, parce que, s'ils sont éloignés des uns des autres, ils détermineront l'ouverture d'autant de boitouts qu'il y a de fondrières , afin d'éviter le creusement de grandes tranchées pour l'établissement de coulisses ou rigoles souterraines, qui doivent recueillir toutes les eaux de la surface.

On devra profiter d'une année de sécheresse et de la belle saison, pour ne pas s'exposer à être obligé de suspendre les travaux pendant plusieui's mois.

Les emplacemens des boitouts ayant été déterminés par le nivellement, on fera, sur l'un d'eux, un sondage d'exploration, si on ne connaît pas encore la nature ou la composition du fond du sol, ce dont on peut communément s'assurer dans les ravins, les escarpemens, ou les marnières et carrières ouvertes dans les environs. Lorsqu'on a acquis la connaissance exacte de la nature du sol, on commence l'ouverture du boitout sur un diamètre de cinq à six mètres, suivant l'étendue du terrain à dessécher ou la distance d'un boitout

un autre, et l'on pousse rapidement son

creusement par banquettes en spirale, autour du cône ou de l'entonnoir, en soutenant les terres avec des pieux et des branches d'arbres ou des palplanches. Si, malgré ces moyens, on craint, ou si l'on éprouve des glissemens et des éboulemens de terre, on donne au talus ou à l'évasement du cône un angle de cinquante à soixante de^és.

La nature du terrain détermine la prof ondeur du puisard. Elle peut n'être que de 3 à 4 mètres, comme elle peut l'être de 5 à 6 et audelà, ainsi qu'on l'a vu plus haut. Quelquefois, sous les glaises, on trouve, à un ou deux mètres, des couches dures et pierreuses, sur lesquelles on s'arrête, mais le plus souvent les glaises et argiles ont plusieurs mètres d'épaisseur, et alors il faut les creuser entièrement pour former le cône tronqué, au fond duquel on place de grosses pierres brutes en cercles, en laissant entre elles des intervalles, dans lesquels on fait entrer de force d'autres pierres irrégulières, qui doivent les serrer, tout en laissant cependant des vides ou des interstices pour l'arrivée des eaux. A défaut de pierres, on jette dans le fond du puisard

(1) On trouvera des sondes de fontainier-sondeur chez M. Degousée, ingénieur civil, rue de Chabrol, D° 13 ; et M. Mullot, serrurier>mécanicien à Épinay, près Saint-Denis.

AGRICULTURE : OPERATIONS AGRICOLES

quelques yieux arbres, tels que des chênes, des ormes, des aunes, des saules ou autres, avec des fascines ou des bourrées.

Au centre du cône, on fait un sondage de 5 à 6 mètres de profondeur, juscju'à ce qu'on atteigne quelque terrain perméable, et l'on place dans le tiou du sondage un lube ou coffre de bois d'aune, ou id'orme, ou de chêne, dont l'ouverture dépasse le cercle de pierres ou les troncs d'arbres de quelques décimètres, l'our prévenir l'engori^ement du tube, on met dessus quelques épines, et sur celles-ci une pierre plate dont les extrémités portent sur trois ou quatre pierres placées autour du tube. On remplit ensuite tout le cône du boitout soit avec des pierres entassées irrégulièrement les unes sur les autres, soit avec des fascines, jusqu'à un mètre environ de la surface de la terre.

Si, lorsqu'on est arrivé à quelques mètres de profondeur dans le creusement des ghiises, l'abondance des eaux ne permettait pas d'approfondir le cône, ou devrait se hâter de placer au centre le tube de sondage, puis, comme ou l'a vu précédemment, on remplirait immédiatement, soit en pierres brutes et irrégulières, jetées pêle-mêle les unes sur les autres , soit en fascines, le cône du puisard, et l'on procéderait au sondage au moyen du tube.

Dans la circonférence, on ouvre 4, 6, 8 /ojscs, ou un plus grand nombre, suivant le terrain à dessécher. Ces fossés ont d'un à deux mètres de profondeur; on les garnit, à leur embouchure dans le puisard, de pierres brutes, ou de branchages et fascines, que l'on recouvre de tuiles ou de pierres plates.

Enfin, et avant de fermer les tranchées, lorsqu'on n'a pas de pierres à sa disposition, on met des fascines, des branches, ou des gazons, et l'on recouvre le tout en nivelant les terres, pour que la charrue et les voitures puissent passer partout et dans tous les sens.

Ces puisards ou boitouts peuvent resterouverts, mais les accidens qui en résultent souvent pour les hommes et pour les bestiaux qui s'y précipitent, doivent en décider la fermeture. A cet effet, sur les pierres qu'on y a entassées, on met des fascines ou bourrées, de la paille, des feuilles, de la mousse, du gazon et de la terre. Ainsi recouverts ou fermés, ils produisent leurs effets aussi bien que les boitouts ouverts et ils n'en présentent point les inconvéniens.

Ce mode de dessèchement une fois bien établi, l'est pour toujours. Il est infaillible, il est peu dispendieux, il n'est sujet à aucun entretien. Knfin, il n'est point subordonné, comme celui de Patersox, à l'assentiment de tous les propriétaires ou cultivateurs d'une commune ou d'un canton, assentiment si difficile et malheureusement presque toujours impossible à obtenir, indépendamment de l'inconvénient qu'il présente encore de couper tout un pays de fossés dans toutes les directions, outre celui de l'entretien annuel.

On pourra objecter que cette méthode exige des frais et des dépenses plus élevés que la valeur du terrain à dessécher; aussi ne la conseillera-t-on que lorsque l'étendue du terrain et la certitude d'en recueillir des récoltes abondantes pourront dédommager de ces premières avances, comme on l'a fait avec

tant de succès en Allemagne et en Angleterre. Quant à l'acquisition de la sonde, on ne doit pas hésiter, puisque cet instrument peut servir à tout autre usage, el que, d'ailleurs, on peut louer une sonde pour la durée des opérations du sondage, ou les faire faire par un sondeur.— Une autre objection mieux fondée est la crainte que le sondage, au lieu de produire le dessèchement par la perte des eaux dans le terrain perméable, ne ramenât au contraire des eaux ascendantes à la surface de la terre. Il est bien vrai que des sondages profonds pourraient produire ce résultat ; mais ce ne sont pas des coups de sonde aussi peu profonds que ceux dont il est question qui doivent ramener des sources jaillissantes : d'ailleurs, le remède serait encore dans la cause même du mal. La sonde offre en effet le moyen de se débarrasser des eaux jaillissantes lorsqu'on ne veut pas les employer, puisqu'elle fait connaître a toute profondeur des terrains perméables dans lesquels on peut replonger et faire perdre les eaux ascendantes. Ainsi, dans le grand sondage que M. MuLLOT d'Epinay a fait sur la place aux Gueldres,à Saint-Denis, après avoir, par deux tubes placés l'un dans l'autre , ramené de deux profondeurs différentes ( de 5.3 mètres et de 66 mètres ) deux sources jaillissantes l'une à 1 mètre et l'autre à 2 mètres au-dessus du pavé de cette place, cet habile mécanicien a établi un troisième tube d'un plus grand diamètre et contenant les deux premiers, au moyen duquel il fait perdre à volonté l'une de ces deux sources, ou même toutes les deux ensemble par leurs infiltrations dans un terrain perméable, lorsqu'on ne veut pas les laisser couler à la surface de la terre.

Enfin, lorsqu'on veut éviter la dépense des boitouts que ne comportent point de pelites surfaces qu'il est cependant important de dessécher, on peut se borner à ouvrir des coulisses ou rigoles souterraines, dans lesquelles on donne de distance en distance quelques coups de sonde. De tels sondages ont été faits en France avec le plus gi'and succès dans plusieurs endroits, pour faire perdre les eaux pluviales sur des terrains dont la di'pre'ision causait annuellement l'inondation. L'ingénieur Degolsée a fait plusieurs sondages de ce genre, et je citerai entre autres celui qu'il a exécuté aux Thermes, près Paris, parce qu'il prouve la facilité avec laquelle, dans tout établissement, usine ou manufacture, on peut, à peu de frais, perdre les eauxmères et infectes que, trop souvent dans les villes ou faubourgs, on laisse couler sur k voie publique, à son détriment et au préjudice de tous les voisins.

Le Codecivil li' assujettit les fonds in Jér leurs à recevoir les eaux des fonds supérieurs, que lorsqu'elles en découlent naturellement et sans que la main de l'homme y ait contribué ; le moyen de dessèchement que nous venons d'indiquer évitera donc encore les difficultés sur l'interprétation de cette disposition, et permettra de ne plus jeter sur les fonds inférieurs les eaux que la main de l'homme aur-ait rassemblées dans les fossés du champ supérieur pour le dessécher.

En rédigeant cette instruction sur le dessèchement des terres cultivables sujettes à être

PF-SSÉCnEMENT HF-S MARA.ÎS.

CBAP. 5*.

inondées, je n'ai point oublié que la |)raliciue éclaire bien phis que la théoi-ie. Je me suis donc attaché à décrire des méthodes connues et pratiquées avec succès. J'ai voulu parler aux aj^ronomes et aux cultivateurs de toutes les classes. J'ai voulu les faire participer aux avantages que les nouvelles méthodes ont procurés à ceux qui les ont adoptées en Flandre, en Hollande, en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, etc. Heuretix si, par le dessèchement de nos terres inondées et de nos marais inl'ects et pestilentiels, nous pouvons enfin parvenir à en faire des campagnes fertiles comme on l'a fait dans ces différens pays! Voilà le vrai point de grandeur et de prospérité; voilà les hautes destinées auxquelles la France est appelée et qu'il faut sans cesse avoir devant les yeux, disait, il y a trente ans, l'un de nos collègues, le bon et estimable Chassirox, en nous exposant son grand système de dessèchement!

Paris, 4 juillet 18>4. — L. Héricart de Thury.

-De la confection des fossés ouverts et couverts.

chécs ouvertes sont dont alors préférables, et lorsqu'on y a recours, on leur donne la direction où la penteestla plus sensible, c'est-à-dire celle qui conduit plus proniptcment l'eau dans le lieu où elle doit arriver.

Dans- les pentes fies montaç^nes on rencontre quelque fois des portion-, de terrains marécageuses, superposées les unes aux autres, parce que les inflexions ou concavités des roches ou des couches dari^ile retiennentlescauxà dilférentes hauteurs. Dans ces situations, lorsque quelques coupures dans le sol {fig. 106) sembleraient devoir dé-

Le succès des opérations de dessèchement des terrains marécageux dépend en grande partie des soins qu'on apporte dans l'établissement des fossés ouverts ou couverts ; il est donc utile d'entrer à cet égard dans quelques détails particuliers de pratique.

Dans la confection des fossés ouverts il est très-essentiel d'enjeter la terre assez loin, non seulement pour qu'elle n'exerce pas sur les bords de ce fossé une pression nuisible, mais encore pour que, dans le cas assez fréquent où l'on serait obli;;é de rélargir ce fossé , la terre enlevée la première fois n'y apporte pas d'empêchement. Pour ces sortes de fossés, il ne suffit pas de les tracer et les creuser, il faut encore avoir soin de les curer et entretenir. Par conséquent il faut prévoir et calculer non seulement les fraisd'établissement,mais encore ceux d'entretien, lesquels varient suivant les localités et les circonstances.

Dans les terres composées de chaux ou de

glaise tenace . les labours n'ont ordinairement eu que très-superficiellement à cause de la difficulté du travail dans les sols de ce genre; il en résulte que la couche inférieure se dur- ■cit (brtement, de sorte qu'elle ne laisse jx)int écouler l'eau de la couche supérieure, et que lorsque les pluies viennent en ajouter une nouvelle quantité, la terre se trouve transformée •en une espèce de bouillie, état très-nuisible aux plantes, qui occasione la putréfaction de leurs racines, et par conséquent leur mort. — Dans ces cas on ne doit pas pratiquer de fossés couverts, car ces tranchées étant recouvertes de 9 à 10 pouces de terre au moins, celte couche de terre est trop épaisse pour que l'eau puisse passer au travers et pénétrer dans la coulisse. C'est pour ne pas avoir tenu compte de ces circonstances qu'on a quelquefois accusé les tranchées souterraines de ne pas produire d'effets ou de n'avoir qu'une très-courte durée , parce que la terre dont on les avait reèouvertes , quoique meuble alors, n'avait pas tardé à se durcir et à former au-dessus de la tranchée une masse imperméable. Les tran-

barrasser facilement des eaux, il peut arriver qu'on ne fasse que les reporter un peu plus bas; il est donc préférable de faire courir les eaux à la surface ou de les faire plonger par un trou de sonde au-dessous du banc d'argile le plus inférieur.

Les tranchées souterraines , pour produire leur effet, ne doivent jamais être disposées dans le sens de la pente du terrain , parce qu'elles ne rassembleraient pas toutes les eaux qui d»^couleraient du sol ; elles doivent au contraire couper cette pente transversalement. Cependant elles doivent, dans cette direction, avoir une légère inclinaison vers le point où l'eau a son écoulement; mais cette inclinaison ne doit pas aller au-delà d'un pouce sur 10 mètres, autrement elles pourraient facilement se combler.—La meilleure issue à donner à ces tranchées souterraines, c'est dans un fossé ou canal d'écoulement qu'on garnit de pieux afin qu'il ne s'éboule pas. Quelquefois on réiinii plusieurs coulisses dans une seule ; mais cette pratique est à éviter autant que possible, parce qu'il n'est pas rare que les rigoles se bouchent et qu'alors on ne découvre pas facilement où est le mal.

On donne aux tranchées souterraines des profondeurs variées : si, sous une couche de terrain poreux, il s'en trouve une imperméable, il faut pénétrer jusqu'à celle-ci et y creuser le canal dans lequel l'eau doit couler; si au contraire la couche de terre argileuse a peu d'épaisseur, il suffit que la tranchée soit recouverte d'un pied de terre ou même seulement de 10 pouces, lorsque la terre qui esta la surface du sol est passablement tenace; bien entendu, cependant, que le labour ne doive pas excéder (> pouces de profondeur. Dans les terres légères et meubles, il faut quelquefois

aue la tranchée soit recouverte de 18 et même e 24 pouces de terre. — Quant à la partie de la tranchée qui est destinée au passage de leau, il suffit qu'elle ait de 0 à 10 pouces de hauteur et une largeur souvent fort peu considérable. Cela dépend au reste de la nature des matériaux: si la tranchée doit être garnie avec des pierres brutes, on peut lui donner jusqu'à I 16 pouces à sa sommité et 10 au bas; si on aoit

AGRICULTURE : OPÉRATIONS AGRICOLES

tiv. i*%

la remplir avec des branchages , il ne faut pas dépasser 12 pouces et même 9 dans la partie supérieure, et 2 ou 3 dans l'inférieure. Quant à l'ouverture à la superficie du sol, on lui donne assez de largeur pour qu'on puisse travailler commodément dans le fossé et creuser à la profondeur nécessaire. (Thaeu.)

Une précaution qu'il ne faut pas omettre dans les champs assainis par des coulisses, rigoles ou tranchées souterraines, c'est de ne pas laisser passer des voitures fortement chargées précisément dans le sens de leur direction longitudinale.

Dans tous les cas où cela est possible, et ils sont fort nombreux, on doit Jaire usage de la charrue pour commencer l'ouverture des fossés et même pour en remuer la terre à une certaine profondeur, de manière à ce que les ouvriers n'auront plus qu'à la ramasser et la jeter à la pelle. Le travail s'exécutera de cette manière beaucoup plus promptement et plus économiquement ; au premier trait de charrue on l'introduit à environ un pied de profondeur et on éloigne le plus possible la terre du bord: au second trait on s'efforce de fouiller le sol à 6 ou 8 pouces plus bas. On accomplit alors le creusement avec des instrumens à main , soil la louche ou bêche ordinaire (voir à l'art. Labours), soit plutôt avec deux ou trois instrumens analogues dont le premier est très-large et les suivans vont toujours se rétrécissant, comme le représente layfg-. 107. En disposant

Fig. 107.

Fig. 108.

les ouvriers à la suite les uns des autres pour enlever la terre remuée par la charrue, donner le premier, le second et enfin le troisième coup de bêche , la besogne marche très-vite et la tranchée est immédiatement achevée.

Charrues-taupes. — On a proposé divers appareils sous le nom de charrues-taupes, pour établir des rigoles souterraines, sans être obligé d'ouvrir des tranchées, ni d'employer des matériaux étrangers au sol. Ces appareils sont très-compliqués, et par conséquent difficiles à manœuvrer et dispendieux, notamment celui de William Robinson , décrit par M. Byerley et figuré dans les Mémoires de la Société royale d' Agriculture ( tome 1, de 1827), ce qui nous porte à ne pas le représenter ; on peut en dire autant de ceux indiqués dans l'ouvrage de M. Loudon. La charrue-taupe dont nous donnons le de>sin (fg. 108) nous semble.

après quelques tentatives, devoir remplir son objet; nous n'avons encore pu la faire construire d'après ce dernier modèle ni la livrer à l'essai dans des terrains difficiles. On conçoit que les tiges dr; support qui remplacent le contre et s'attachent au coulissoir M, L qui tient lieu de soc, doivent être minces et tranchantes, afin d'occasioner moins de résistance et de couper le terrain sans y laisser de traces ; le coulissoir doit être long et très-pointu afin d'agir à la manière d'un coin et de laisser derrière lui une rigole parfaitement cylindrique. Il serait facile d'ajouter à cet appareil un système de leviers analogues à ceux de plusieui's nouvelles charrues, et au moyen duquel on pourrait toujours donner aux rigoles un tracé horizontal, malgré les légères inflexions de la surface du sol. Du reste, ces appareils ne peuvent avoir plein succès que dans les terrains un peu ou très-leuaces, et surtout dans les prairies. C. B. DE M.

§ VI. — Des machines à épuiser l'eau.

Lorsque les terrains sont inondés parce qu'ils forment des bas-fonds moins élevés que le lit des cours d'eau; que par conséquent ils ne peuvent se débarrasser des eaux surabondantes qui arrivent des hauteurs environnantes, ou qui suintent et transsudent dans les terres en y formant des marais, des eaux croupissantes'ou des mares; si l'on ne peut avoir recours aux boitouts ou percemens à la sonde f)our leur donner écoulement , et qu'il soit égaement impossible de couper les eaux qui descendent des collines au moyen d'un canal, dan» une position assez haute, quelque éloignée qu'elle soit, pour les conduire dans le cou; ant qui doit les emmener : il ne reste plus qu'à avoir recours à des machines pour puiser les eaux dans les bas-fonds et les élever dans un canal de transport dont le niveau soit supérieur à celui de la rivière. Ce sont les Hollandais qui ont devancé tous les habitans des contrées basses, par leurs inventions et leurs modèles en ce genre. Généralement leurs machines à épuiser sont mises en mouvement par le vent* les qualités qu'on doit le plus rechercher dans ces machines, sont de n'avoir pas besoin de beaucoup de vent pour être mises en mouvement, et d'être d'une construction qui les mette à l'abri de fractures ou de dérangemens

DESSKCHKMF.IVT i)K.S MARAIS.

fréqucus: s.mscela elleS sp trouveraient souvent hors (le service au moment où elles seraient le plus nécessaires. — On est quelquefois obligé de mettre en œuvre à la fois plusieurs

de ces machines pour pouvoir ëlever l'eau a la hauteur convenable, notamment avec les moulins hollandais; il en existe un grand nrmhre de variétés : celui à palettes {fig. 109 ),

donne par MooLENBOOK, n'élève guère Toqu, en la poussant, à plus d'un pied et demi ou deux pieds.

On peut encore employer comme machines à épuisement la plupart des machines qui servent à éle^^^ l'eau pour les irrigations (voir

4Gnicûi.TiinE.

cet art.), et notamment la pompe à chapelet

ifig. 110), le noria à godets de cuir coniques (fig. 111), et la vis d'Archimède{fig. 112), qui n'ont pas besoin de description, et qu'on met en mouvement soit a ce un manège auquel ou atlèle un mauvais cheval , im àne ou une va-

TOMS J. ï(^

AGRICUfTIIRR : OPÉRATIONS AGRICOLES.

Fiiï. 110. Fig. 111.

r,iv r

Fig. 112

che, soit avec une manivelle à main, soit avee les ailes d'un moulin à vent. Le Mémorial encyclopédique di décrit, dans le n° de juin 1834, une nouvelle machine pour élever l'eau, de l'invention de M.Edwards Lucas, de Birniin- <Tham ; on doit aussi à M. Laperelle une machine à épuiseuient, simple et puissante, qui sera décrite et figurée à l'article irrigations.

Dans les contrées entrecoupées de nombreux cours d'eau, il n'esl pas rare de trouver auprès des rivières des bas-fonds plus profonds que le lit de celles ci, en sorte qu'il e>t impossible de procuier par le moyen de la rivière aucun écoulement aux eaux qui refluent dans ces bas-fonds. Dans ce cas, pour opérer l'assainissement, qui semble impraticable autrement que pardes machines à épuiser, on peut encore, après avoir encaissé par le moyen de digues le cours plus élevé de la rivière, faire passer l'e-vi sous les digue» et sous le lit de la rivière,

soit parle moyen de tuyaux ou de conduits en bois, soit par celui de canaux, aqueducs ou tunnels en maçonnerie et couverts, à l'aide desquels on conduit l'eau dans quelques ruisseaux inférieurs. Cretté de Paluel a mis celte méthode en pratique dans plusieurs circonstances avec un plein succès. C. B. de M.

§ VII. — Des outils et instruraens de sondage.

Nous ne devons pas entrer ici dans le délai! des grandes opérations de sondage, ni dans la description des moyens et appareils que nous avons souvent employés pour vaincre les diificultés qu'on rencontre dans ces travaux. Parmi les sondages difficiles que nous avons dirigés, nous pourrions citer celui exécuté à Cornieilles en Parisis, où j'ai traversé 230 pieds de gypse crevassé, mêlé de grès et de sables coulans ; plusieurs fois mes tiges se sont rompues. J'ai eu à vaincre à Chartres une agglomération de silex de 90 pieds : c'est avec la pointe et la boucharde que j'y suis parvenu. A la Brosse-Monceau, près Montereau, pour traverser 300 pieds de craie mêlée de silex, le trépan m'a souvent servi. A Riocouvt, près Chaumont, j'ai traverse 250 pieds de calcaire jurassique avec des ciseaux plats dentelés de diamètres suc; cessifs. Au Luard (Sarthe), 240 pieds de sable et de pyrites ont été traversés avec la tarière à clapet, le tire-bourre et la pointe. Aux Batignoles, près Paris, j'ai rencontré souvent le sable coulant alternant avec les grès, et je suis parvenu à 221 pieds, malgré une multitude de difficultés. Avec la boucharde et le ciseau carré, j'ai percé , chez M. le comte de Gonteau, à Mongermont, une masse de calcaire siliceux de plus de 100 pieds d'épaisseur. Avec la tarière ouverte et la pcrinte, j'ai fait»

CHAP. 5'. DÈSSÉCHF.MEN

dans la vallée de Montmorency, trois sondages qui donnent des eaux jaillissantes au-dessus du sol ; le premier de ces sondages a duré sept jours, le second quatre, et le troisième dix. Ils donnent ensemble près de 800,000 lilrt-s d'eau par vingt-quatre neifres. — Les pevcomens opérés à Tours ont été jugés par la Société royale et centrale d'agriculture avoir fait surmonter deux des principales difficultés, savoir: le percement de la craie et la traversée du sable coulant; ils m'ont valu son grand prix en 1831 , et une médaille de rappel en 1833. Ces puits forés ont donné pour cette ville des résultats d'un immense intérêt.

Dans les sondages qui intéressent spécial > ment l'agriculture et qui ont pour objet les opérations de dessèchement, il ne faut ordinairement que des instrumens simples, d'un

Fig. 113. 114. 115. 116. 117.

T DES MARAIS

lésoir à glaises (/"^.l 18), ou bien celui pour les roches {jfig. 119). le tire-bourre {^g. 120), ou l'entonnoir à sal)le (^g. 121); on, pour briser des roches plus activement que ne peut le faire un ciseau, j'emploie la pointe de diamant (^g. 122), ou la boucharde {^g. 123). On a souvent aussi besoin de la chèvre simple (^^. 124).

Pour ce qui est du procédé chinois, dont on s'occupe beaiicoup en ce moment, il semble être plutôt avantageux pour les sondages à de grandes profondeurs, et je ne le crois applicable que dans des terrains constamment uniformes; l'application n'en est pas nouvelle en France et en Allemagne; les mines de Rouchamp, dans les Vosges , ont plusieurs fois employé ce moyen dans des sondages de 8 à 900 pieds. Mais ce mode est impraticable lorsque le terrain ne fait pas masse compacte et continue; il est également inapplicable dans les sables et les argiles; en un mot, il ne me paraît bon que dans une roche plus ou moins compacte , mais surtout constamment continue. M. Héricart de Thury partage, je crois, mon sentiment à ce sujet.

Je me suis plusieurs fois occupé de desséchemens : pour employer la sonde avec avantage il faut que la partie argileuse qui s'op-

prix peu élevé et qui n'atteignent pas a une grande profondeur. Il suffit d'une sonde de 50 pieds, de 3 pouces de diamètre, et à emmanchement à vis, qui coûte 350 T., ou celle à emmanchement à enfourchement, qui coûte 450 £ Elle se compose d'un manche , de cinq tiges^ d'une tarière, d'un ciseau plat, d'un tourneà-gauche.

Tous les instrumens que nousavonsdécrits et figurés dans notre notice spéciale (1) sont loin d'être nécessaires pour faire un sondage La tarière à clapet (Jig. 113), la tarière ouverte ijig. 114), et la tarière américaine ou celle rubanée (/g'. 115 et 116 ), ainsi que des ciseaux (Jig. 117), peuvent souvent suffire, mais, suivant les localités, pour activer le travail et atteindre en un jour une profondeur qui nécessiterait une semaine, j'emploie l'a-

(1) Entreprise de sondages et fabrication de sondes, de J. DÉGOVSÉE. Broch. in-S» et 3 plaoch A Paris rue de Chabrol, qo t3. *

poso h récoulement des eaux n'ait pas plus (le 8 à 10 mètres de puissance. Alors, avec une tarière ouverte (//>. 114), ou une tarière rubanée {fig. 116 ), 3 nommes peuvent faire 2 à 3 puisards par jour. Le mieux est de se servir d'un instrument de 24 à 30 cent. (9à 1 1 pouces ) de diamètre. Lorsque le trou de sonde est fnit, l'on a un saucisson en épines ou autres menues branches , que l'on introduit pour empêcher le resserrement des argiles, et l'on donne ensuite les pentes nécessaires pour amener les eaux au boitout; 3 ou 4 m'ont .suffi pour assainir un hectare, surtout lorsque l'arsile traversée repose sur du jarre ou gros sable. J. Degousée.

OPÉRATIONS AGRICOLES. i.iv. i".

dessèchement et celles qui seront complètementabandonneesauxeaux.il a dû calculer ensuite la manière la plus économique d'exécuter les travaux, les moyens de pourvoir à leur entretien, et le parti le plus convenable à tirer du sol après l'opération. L'exécution des travaux de dessèchement étant l'objet des articles qui précèdent, nous allons nous occuper des deux autres points.

Art.

III. — Entretien des travaux et emploi du sol après le dessèchement.

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