‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 90 sur 304 · DESSÈCHEMENT J3ES MARAIS · texte numérisé non relu

DESSÈCHEMENT J3ES MARAIS

Pour arrivera ces résultats, il {^\x\ commen' cer par reconnaître , niveler et jauger les dif- Jérens cours d'eau dans toutes les saisons de l'année; il faut en étudieravec soin le régime, examiner les surfaces inondées et la nature du sol , et dresser un plan général de nivellement et de sondes de tout 1 ensemble des marais. Cela fait, il faut s'occuper d'écouler les af'fluens principaux en les isolant autant que possible des eaux locales, et en débouchant celles-ci dans les premières le plus en aval possible, ou assez loin pour que les accrues ou remous ne se fassent pas sentir jusque sur les parties basses à assainir. C'est par le même motif que l'on a éloigné , à Lyon , l'embouchure de la Saône dans le Rhône, à Grenoble, l'embouchure duDrac dans l'Isère, et à Avignon, l'embouchure de laDurance dans le Rhône,

On doit diriger les canaux des affluens le plus directement que faire se peut, vers le débouché général des marais, et éloigner ces aflluens des parties basses pour les établir au contraire sur les faîtes ou parties hautes. Par ces dispositions importantes , les canaux principaux ont une pente plus forte et mieux soutenue, les eaux ont plus de vitesse et moins de section, les déblais sont diminués et rendus plus faciles: on se crée la faculté de pouvoir le plus souvent établir des prises d'eau pour des usines, des arrosages , et des chasses sur les canaux secondaires; l'on évite enfin les changemens trop brusques dt^ pente où il se forme des attérissemens qui exigent des curages difficiles et continuels.

L'idée qui se présente d'abord d'ouvrir un canal principal à travers les parties les plus basses des marais à dessécher , est donc généralement la plus mauvaise, puisqu'elle aurait pour résultat de porter sur ces parties basses des eaux étrangères qu'il faut au contraire en éloigner, et que l'on ne pourrait ensuite évacuer convenablement qu en donnant au canal , ayant alors naturellement peu de pente, une grande section très-profonde , et en baissant considérablement le seuil du débouché des marais; ce qui amènerait des difficultés immenses en pure perte, puisqu'on peut les éviter en se pénétrant bien de l'idée principale, que nous avons exprimée ci-dessus, qui est d'isoler autant que possible des marais les eaux affluentes qui les inondent. Cette idée capitale, qui n'a pas malheureusement toujours été mise en pratique , a été très-bien sentie en 1642 par Jean de Van- Ens, Hollandais, conseiller de Louis XIII, et auteur du dessèchement des marais d'Arles. Il a conduit, à travers les marais, jusqu'à l'étang du Galéjon , communiquant avec la mer, le cours d'eau considérable appelé Vigueirat, débitant environ 25 mètres cubes d'eau par seconde dans le Cran, et a créé à cet effet un grand canal en remblai de 39,000 mètres de longueur , ayant 0"' 10 de pente par 1,000 mètres; il a fait passer sont ce canal , de la rive droite à la rive gauche , par des aqueducs à syphon appelés nocs en hollandais , et bottes en italien , différens

(^)On peut consulter, pour de plus amples détails sur les desséchemens qu'on vient de citer, ce qui est dit dans notre ouvrage sur les canaux na^igribleSy public en 1822, )n-4° de 600 pages, accompagne d'ua allas, clicz M™" Huzard.

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AGRICULTURE : OPERATIONS A(;R1(:0LES

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Ketits canaux d'écoulement qu'il a fait déoucher plus ou moius loiu, suivant les cas, dans un second grand canal nommé Vidange^ ayant 38,000 mètres de longueur, une penle beaucoup plus faible que celle du Vigueirat, «e développant sur la ligne du Thalweg, débouchant aussi dans l'étang du Oaléjon , et débitant dans les plus jurandes eaux juscju'à 35 mètres cubes par seconde à sa parlio inférieure. Il s'est aussi ménagé la faculté de jeter en plusieurs points à sa volonté, tout ou partie des eaux du Vigueirat dans le Rhône ou dans la Vidange, et celles de la Vidange dans le Rhône; enfin, pour mieux abaisser les eaux de plusieurs petits lacs el autres parties basses, il a ouvert difféi'<Mis petits canauxqu'il n'apointévacués immédiatement sur la Vidange, mais bien à qiialre ou cinq mille mètres en aval, en se réservant de les y verser à volonté en chemin au moyen de marteillères, ou petites écluses à vannes. Si tous ces travaux ne produisent plus aujourd'hui leur effet , il ne faut point en accuser le génie de Van-Ens , mais la négligence qu'on a mise à entretenir son œuvre ailmirable.

Dans la recherche du volume des eaux h débiter par les différens canaux, et surtout par le canal principal, lorsque les localités le demandenl,il liutavoiraltenliouque lesgraiides eaux des aiflueus qui viennent de très-loin, n'arrivent dans les canaux de dessèchement que lorsque les crues des cours d'eau plus raj), /roches se sont écoulées, et qise, par couséquenl, le canal principal ne doit pas débitor toutes les eaux en masse , mais les évacuer successivement. Un fait qui vient à l'appui de noire observation , c'est qu'avant le dessèchement des marais de Bourgoin, les crues de la rivière de Bourbr , qui traverse ces ma rais, s'élevaient, en aval de leur débouché , considérablement plus haut qu'après l'exécution des travaux; ce que l'on explique en faisant remarquer qu'avant le dessèchement tous les petits aftluens s'accumulaient dans les marais, et n'arrivaient à l'issue générale qu'après avoir donné aux grands cours d'eau le temps de les y joindre, tandis que maintenant les eaux locales s'écoulent successivement et sont déjà évacuées lorsque les eaux éloignées arrivent. La Bourbre débile à son entrée dans les marais, lors des crues, 50 mètres cubes par seconde, et environ 60 mètres cubes à sa sortie. La pente du grand canal, réunissant toutes les eaux, est de 0" 45 par 1,000 mètres.

Tous les principes exposés ci-dessus ne sont pas également susceptibles d'application sur les différens marais; il suffit d'en avoir signalé l'esprit pour que l'on puisse en tirer le meilleur parti possible dans l'occasion.

Les canaux principaux doivent être ouverts les premiers, en tout ou en partie, suivant les cas. La marche des travaux n'est pas non plus indifférente : elle doit être étudiée et prescrite avec soin. Il ne faut s'occuper de?, canaux secondaires et autres que lorsque les eaux courantes sont dans les grands canaux, pour qu'elles puissent entraîner alors les vases qui saccunïwleraieut saus celte allenlion au débouché des canaux latéraux.

Pour activer aussi l'évacuation de ces vases,

il est important que le canal principal soit pi us profond sur son axe qu'au pied des berges. Cette disposition a encore l'avantage dépendre le curage plus facile. Il faut également se ménager la faculté, autant que faire se peut, de détourner les eaux d'un canal dans un autre , afin de faire des chasses dans ce dernier, et de pouvoir curer le premier plus comniodémenl. On doit enfin choisir, par motif de salubrité, l'hiver ou les temps pluvieux pour déboucher les eaux des plages inondées et marécageuses.

On doit '.'ucore éviter de faire passer les canaux sur les j)artics tremblantes ayant ime grande profondeur de vase: lorsqu'on ne peut faire mieux, il faut s'attendre a de grandes difficullés d'exécution , parce que les rives des tranchées se rapprochent, que la croûte tlottanle s'affaisse et se crevasse à une grande distance , et que l'on ne parvient à dessiner l'ouvrage qu'eu l'ouvrant à plusieurs reprises au milieu des éboulis, et à travers les remblais en bonne terre que l'on est obligé d'y faire. Le parti de rapporter aiiisi des terres dans les ouvertures des canaux éboulés, réussit aussi très-bien sur les marais qui sont formés d'une couche de gazon reposant sur un fond indéfini de sable. Si le terrain, sans être sablonneux, n'a cependant point assez de consistance pour résister au courant des eaux, on consolide les berges avec des fascines et clayons, en laissant libres et oscillantes du côté de l'eau les extrémités des branches, lesquelles divisent alors le courant, lui font abandonner les matières en suspension, et occasionent des dépôts là où il y aurait eu des affouillemens; si, enfin, le cours d'eau est Irop rapide, on diminue sa pente au moyen de chutes convenablement disposées. Au marais de Bourgoin, la rivière de Bourbre entrait dans les marais avec une penle de cinq mètres par 1,000 mètres. On a réduit cette penle à moitié au moyen de plusieurs chutes.

Les canaux de ceinture que l'on recommande ordinairement dans les projets, sont rarement exécutables, parce que le périmètre qu'ils devraient parcourir est presque toujours trop irrégulier, et com})osé de contre-pentes plus ou moins rapides. Il faut donc renoncera ces canaux et se contenter de ceindre les marais par de simples fossés.

Ties francs-bords éo'wnnX. accompagner tous les canaux; aux marais de B(»urgoin , déjà cilés, ils ont été fixés sur chaque rive, ainsi qu'il suit : une berme de deux mètres pour les grands canaux, une berme d'un mèlre et den-i pour tous les autres; et généralement pour tous une levée ayant à sa base la largeur du canal à sa superficie.

§ 111. — Obserïations sur les travaux d'art nécessaires dans les dessécheniens.

L'exécution d'un grand dessèchement exige souvent des ouvrages d'art assez difficiles, tels que digues', aqueducs, chutes, barrages, ponts, canaux d'irrigation, etc., etc., qui nécessitent presque toujours les connaissances de l'ingénieur, et sur lesquels par consécjuenl nous ne croyons pas devoir nous étendre dans cetouvrage'Cependant,à cette occasion, noys

cBAP. S" DESSECHEMEN

allons consigner ici quelques faits qui peuvent attirer l'attention des ingénieurs aussi bien que des agriculteurs.

Si l'on est dans le cas de battre des pieux dans des lits de rivière à fond de gravier, comme sont, par exemple, ceuv de l'Isère , du Drac et de la Durance, il est boa d'être prévenu qu'on ne peut les y faire entrer que d'environ 4 mètres, et que lorsqu'ils doivent

F rendre une fiche plus grande, il tViut draguer emplacement de manière à ce que les pieux n'aient plus à entrer dans le gravier que de 4 mètres en contre-bas du fond de la fouille. Pour n'avoir pas connu ce fait d'expérience, l'auteur du pont de Ron-Pas, sur la Durance, n'a pu donner aux pieux des palées une (iche suffisante en contre-bas de la superficie du gravier, en sorte que plusieurs de ces palées ont été emportées, et que l'on n'a sauvé les autres, déjà plus ou moins affaissées , qu'en défendant leur pied par de solides enrochemens en fortes dalles perdues d'environ 2 mètres de longueur, de 0"' G6 de largeur et de 0 " 33 d'épaisseur, qui sont capables de résister à une vitesse de 15 mètres ()ar seconde (voyez Gauthey^ page 272, tome II). Ainsi dans les enrochemens exposés à l'action d'un courant destructeur, il ne faut poinl employer des masses rondes et informes , mais des blocs minces et longs (1).

Quelquefois, sous le gravier, les pieux atteignent un banc de roche : si l'on continue alors à battre , le bout des pieux s'émousse , sort du sabot, se barbelle comme un champignon; l'on compte sur une fiche que l'on n'a pas, et l'ouvrage est emporté à la première grande crue qui remue le gravier jusqu'au fond solide. C'est ce qui est arrivé, le 26 mai 1818,"aupont deFuran,à peine terminé, dans le département de l'Isère.

Si les marais étaient longés par un cours d'eau contre lequel il fallût les défendre , comme les marais d'Arles qui sont voisins et en contre-bas du Rhône, ou s'ils étaient traversés par un torrent considérable ou une rivière torrentielle, il faudrait diluer ou encaisser ces cours d'eau. Le meilleur mode, selon nous, serait d'imiter en partie celui qui est en usage dans le Midi, sur la Durance et le Rhône, lequel consiste, suivant que les localités s'y présentent, à former un lit mineur propre à écouler les eaux ordinaires et les petites crues , au moyen de berges solides submersibles en enrochemens ou en fascinages; à border ce lit par deux ségonneaux ou bandes de terrain également submersibles, et à terminer le tout par deux fortes levées en terre surmontant les plus hautes eaux et formant le lit majeur. Les ségonneaux ne sont point pour cela enlevés à l'agriculture , ils sont seulement exposés aux inondations. Dans les ségonneaux de la Durance, il y a des terrains plantés en vignes et cultivés en céréales, et dans ceux du Rhône ou trouve même des bâtirnens d'exploitation.

L'aspect effrayant du lit dei torrens ne doit point faire préjuger un volume d'eau trop considérable en rapport avec la vaste étendue

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des terrains submergés; il faut jauger le volume d'eau aussi bien que possible, et ne pas craindre ensuite de réduire le nouveau lit, s'il doit être encaissé, à la faible largeur nécessaire pour le débit des plus grandes eaux. La détermination de cette largeur demande de longs détails que les bornes de cet article ne nous permettent pas de développer ici; il nous sufiira de dire, comme résultats d'une glande expérience, qu'une trop grande largeur a les plus graves inconvéniens, et que l'endiguement des torrens est soumis à de nombreuses considérations importantes et délicates qui méritent toute l'attention des ingénieurs.

Comme exemples frappans du peu de lari(eur que l'on peut donner aux lits encaissés des grands cours d'eau, nous citerons : 1° le Drac , torrent considérable qui a son embouchure dans l'Isère, un peu en aval de Grenoble, et débite jusqu'à 4,000 mètres cubes d'edu par seconde. En aval du pont de Claix, d'une seule ;.rche de 47 mètres d'ouverture, il a 3 mètres de pente par 1000 mètrcs , et un lit de 130 mètres de largeur entre les digues insubmersibles ; tandis qu'en amont dudit pont oii sa pente est de 4 à 5 mètres par 1000 mètres, il occupe une largeur de 2,000 à 3,000 mètres.

2° L'Isère, qm, avant d'entreren France, sillon.'ie et inonde ime grande surface, débite dans Grenoble 2,000 mètres cubes au moyen d'un lit de 90 mètres de largeur et d'une pente d'un mètre par 1,000 mètres, et avec la même penie, après avoir reçu le Drac, écoule ses eaux, ayant alors un débit de près de 6,000 mètres, au moyen d'un canal de 240 mètres de laigeiir , formé par des digues insubmersibles.

3" Le Rhône, dont le lit vague et très-large en amont de Lyon, débitant environ 4,000 mètres cubes, passe sous le pont Morand, de 200 mètres d'ouverture, conserve cette même largeur au pont de Sainte-Colombe, à Vienne, quoiqu'ayant reçu la Saône fournissant 2,000 mètres, et a encore la même largeur au pont de Valence, après avoir reçu l'Isère;

\''Y,n{\n, la Durance, k laquelle nous avons reconnu qu'en avant du pont de Bon-Pas, ayant 5 46 mètres d'ouverture, un lit encaissé de 300 mètres de largeur serait suffisant, avec une pente de 2 *" 50 par 1,000 mètres pour écouler les plus grandes eaux évaluées au maximum à 6,000 mètres cubes; tandis que le lit actuel entre Mirabeau et le Rhône a une largeur variable de 1,000 à 2,000 mètres.

Les digues doivent être assez larges à leur couronnement pour recevoir des approcisionnemens de prévoyance destinés à leur entretien et a la réparation des avaries ; pour permettre en outre le passage dune ou deux voitures, et pour recevoir sur le talus extérieur une ou deux lignes de plantations d'arbres qui sont d'un grand secours en cas de rupture des levées.

(1) Voir, pour plus de développement, l'ouvrage de M. DE Pboisy, sur les marais Ponfins; I extrait (^ui en a été fait par M. Navier dans les Annales de physique et de chimie, tome XI, an 1819 ; et 1« ç|ia])jtre Vlll dea canaux de dessèchement, tome des Principes hydrauliques, par Dubuaï

AGRICULTURE : OPÉRATIONS AGRICOLES

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Résultats généraux et vues sur l'exécution des dcsséchemens.

Nous avons tâché de donner une idée des principaux moyens qui sont employés avec le plus de succès pour le dessèchement des marais; mais ce que nous devons rappeler ici , comme un des objets les plus dignes des vœux de l'humanité , des méditations de nos publicistes, des efforts de l'émulation particulière, des soins et des encourageraens du gouvernement , c'est l'importance qu'on doit mettre à effectuer progressivement le dessèchement et l'assainissement des 600,000 hectares de marais qui existent encore en France, et qu'on peut considérer généralement comme des loyers d'insalubrité et des causes déplorables de dégénération physique et morale pour les populations limitrophes , tandis qu'elles trouveraient dans leur assainissement de nouvelles ressources pour le travail , de nouveaux moyens de bien -être, et feraient coopérer ainsi à la dignité, à la richesse du pays, les lieux même où la nature ne présente que des préjudices et des dommages afûigeans.

Que si dans une si vaste étendue de marais Il s'en trouve, qui, soit par le degré de leur insalubrité , soit par la nature et la difficulté des travaux jugés nécessaires pour les assainir, feraient regretter à l'humanité d'employer à ces travaux l'ouvrier honnête et laborieux , dont elle doit chérir et protéger l'existence; pourquoi cette même humanité, contrainte ainsi à des réflexions douloureuses, ne les étendrait-elle pas à ce que lui présente de déplorable pour elle le sort actuel des criminels; pourquoi, dans le désir de le rendre moins affligeant, ne considérerait-elle pas alors ce que réclame d'une part la justice pour leur intimidation et leur punition, et d'autre part, l'ordre social et la religion pour leur amélioration et l'expiation de leurs crimes? car le concours de ces réflexions devient plus que jamais important dans un pays où les progrès de la civilisation tendent a y supprimer de fait la peine capitale, quand bien même on la laisserait encore subsister dans le Code pénal , puisqu'il est reconnu maintenant que la majorité d'un jury préfère presque toujours proclamer la non-culpabilité , c'est-à-dire l'impunité, qui remet le coupable dans la société, quand une déclaration contraire livrerait le coupable à la mort; pourquoi, en présence de considérations si puissantes, ne regarderait-on pas comme punition expiatoire pour la conscience même et la réhabilitation du criminel, ainsi que pour l'ordre social , les travaux qu'exigeraient les marais dont il serait trop pénible d'effectuer le dessèchement en n'y employant que des ouvriers dont l'honnêteté et la bonne conduite doivent faire diriger les travaux vers des buts encourageans pour eux, pour leur famille, et propres à conserver à l'Etat une utile et estimable existence (i) ?

HUERNE DE POMMEUSE.

Art. II. — Travaux particuliers pour le dessèchement des terrains inondés.

Il ne s'agit point dans cet article du dessèchement des grands marais, mais seulement des terres cultivées ou cultivables sujettes à être annuellement inondées par la stagnation des eaux pluviales ou des fontes de neige.

L'humidité de la terre est utile, elle est nécessaire à la végétation; mais sa surabondance est nuisible et pernicieuse à la plupart des plantes, et particulièrement à toute bonne culture. Lorsque l'eau séjourne en hiver dans un champ, la terre y devient stérile le reste de l'année; souvent on ne peut la labourer en temps convenable ou lorsqu'il le faudrait, et, dans les années pluvieuses, une terre ainsi retardée ne peut plus rien rapporter. Bans les prairies, la stagnation des eaux fait périr les meilleures plantes; les mauvaises ou les moins précieuses y résistent ; elles s'y multiplient; elles altèrent, elles détériorent peu-à-peu toute l'étendue de la prairie. Le dessèchement des champs et des prairies est donc également nécessaire. Lorsqu'un dessèchement a lieu sur de gi*ands espaces de pays, l'air en devient plus sain en été et moins froid en hiver; l'époque des récoltes est plus hâtive et leur succès plus grand et plus assuré. Ces principes posés, je passe à leur application.

Les terrains sont inondés : 1° par la stagnation des eaux pluviales et de celles des fontes de neige; 2" par des eaux provenant de réservoirs souterrains, dans lesquels elles s'accumulent et d'où elles s'élèvent à la surface par l'effet de leur propre pression; et 3" parce que les terrains inondés sont plus bas que tout le pays environnant. J'examinerai successivement les moyens employés pour parvenir au dessèchement de ces ti'ois espèces de terrains inondés, et, dans un dernier § , je parlerai des puits perdus ou puisards naturels, de leurs effets en agriculture, et, par suite, du dessèchement au moyen de puisards artificiels, de coulisses ou rigoles souterraines et de sondages.

§ l". — Dessèchement des terrains inondés par la stagnation des eaux pluviales ou celle des fontes de neige.

Le dessèchement des terres cultivables sujettes à être inondées par la stagnation des eaux pluviales ou par celles des fontes de neige, s'opère de deux manières : ou par des rigoles, espèces de fossés ouverts, ou par des fossés fermés ou couverts, communément appelés coulisses ou rigoles souterraines. Il ne sera pas ici traité des rigoles dont l'explication se confond avec ce que l'on aura à dire des raies d'écoulement et du hillonnage dont il sera question à l'article Labours.

Le dessèchement des terres cultivables par fossés ouverts ayant le grand inconvénient d'interrompre la libre circulation des voitures ou d^ la charrue, et d'exiger la con-

(1) Voir, pour le moyen d'exécution des mesures convenables et nécessaires, ce qui en est dit à ce sujet dans l'ouvrage sur les Colonies agricoles et leurs avantages, etc., par M. Huerne de POMMEUêE, ouvrage que la Société centrale d'agriculture a fait publier à ses frais et que l'Académie française a fait participer au prix fondé par M. de Montbyon pour 1 ouvrage le plus utile aux mœurs. ( In-S" de 900 pages, chez M"' Huzard.)

DESSECHEMENT DES MARAIS.

slriiclion d'un grand nombre de ponts, on a cherché à y remédier par le dessèchement au moyen des rigoles souterraines ou fossés couverts.

Les rigoles souterraines, communément désignées sous le nom de coulisses , sont des fosses garnis de pierres ou d'autres matières qui ont assez de solidité ou de durée pour maintenir les vides par lesquels l'eau doit s'écouler. On recouvre le tout de mousse, de gazon et de terre, de manière que la charrue ou la voiture passent par-dessus les coulisses sans jamais être arrêtées, comme elles le sont par les fossés ouverts.

L'usage de ces petits aqueducs pour le dessèchement des terres remonte à l'antiquité la plus reculée. Les Perses recueillent encore aujourd'hui les fruits et les avantages d'un grand nombre de ces canaux, construits, à une époque inconnue, dans des terrains humides et inondés, dont les eaux servent à arroser et enrichir d'autres terrains qui étaient trop secs. Caton, Palladhjs, Columelle, Pline , etc., parlent de ces aqueducs souterrains employés de leur temps pour le dessèchement des terres cultivables inondées et dont la culture était gênée par la stagnation des eaux. Après avoir ouvert les fossés, on les remplissait en pierres sèches, ou en branches tressées grossièrement, puis on les couvrait en pierres plates ou en gazon. Les coulisses des anciens avaient de 0'" 90 à 1"" et 1" 20 de profondeur. On ne leur donne plus que 0'" 60 à O"" 70; mais les grandes coulisses qui doivent recevoir les eaux des coulisses transversales sont plus larges et plus profondes.

Aujourd'hui, les coulisses se font, comme chez les anciens, en pierres, et, à défaut de

Kierres, en fascines ou en branchages, et dans eaucoup de pays tout simplement en gazon. Pour faire les coulisses en fascines {fig. 99),

Fig. 99.

on place, de distance en distance, dans le fond du fossé, deux pieux croisés en chevalet ou en croix de Saint- André, destinés à porter les fascines, au-dessus desquelles on met de la paille, de la mousse ou des feuilles, que l'on recouvre ensuite de terre. Suivant les localités, en emploie indistinctement les fascines de chêne, d'épines noires, de saule, d'orme, d'aune, de peupliers, etc., etc. Ces coulisses durent 30 à 40 ans et au-delà, suivant l'essence du bois des fascines, et la grosseur des branches.

Dans le Lancashire et dans le Buckinghamshire, on dessèche les prairies par des coulisses étroites {fi^. 100), pratiquées avec un fort louchet ; mais dans beaucoup d'endroits, on se sert avec plus de succès de la charruetaupe.

Fig. 100.

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Les coulisses en pierre {Jig. 101) durent plu- Fig. 101.

sieurs siècles. Ainsi, celles qui ont été faites par les anciens en Grèce, en Asie, en Perse, en Syrie, etc., sont encore bien conservées et remplissent parfaitement leurs fonctions sans que jamais on soit obligé d'y travailler. La figure en présente de plusieurs genres de coustruction , qui n'ont pas besom de description spéciale, et entre lesquelleson peut choisir selon les besoins des localités et les matériaux disponibles.

L'argile cuile ou terre à briques et à poteries peut aussi servir à établir des coulisses très-durables, très- faciles à poser, et qui, pour certains pays, seront très-peu dispendieuses. La fig. 102 en offre de plusieurs formes. Il serait à désirer qu'on se mit à eu fabriquer dans un grand nombre de nos déparlcmens; en attendant M. Gourlier a établi à Vaugirard, près Paris, une manufacture où l'on trouve des caniveaux de dilïéi entes sortes qui rempliront très-bien l'usage que nous indiquons.

Les coulisses isLKies en gazon {/tg. 103) durent 10, 12, lôansetquelqueloisplus.On donne en général à ces fossés un mètre de profondeur et un demi-mètre de largeur. Lorsque le terrain où on les ouvre est gazonné,on mot d'abord à part les gazons que l'on coupe on cou)parlimens égaux et convenables pour être placés renversés au fond du fosse; ce fond ne doit avoir que de 3 à 6 pouces de largeur. La première terre extraite, comme elk

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