I. Réparation et conservation des travaux
A. Envasement et attérissement des canaux.
Pour réduire au minimum les frais d'entretien des canaux d'écoulement, de navigation ou d'irrigation, il faut prévoir et empêcher autant qu'on le peut l'envasement de leur lit et l'éboulement de leurs talus.
\J envasemeiit a lieu par deux causes principales : le dépôt que laissent les eaux limoneuses affluentes, et le détritus des végétaux aquatiques. Pour atténuer l'effet de la première cause , il faut donner aux eaux la plus grande rapidité possible, si ce n'est constamment, au moins par intervalles, pour enlever par le courant les dépôts formés à eau dormante. Dans certainscas, on peut aussi ne laisser entrer dans les canaux que les eaux déjà clarifiées; lorsque, par exemple, on possède en amont des terrains tourbeux ou graveleux qui ont besoin pour être fertilisés d'être recouverts d'une couche de limon, il est alors doublement avantageux d'y faire séjourner les eaux avant de les laisser entrer dans les canaux d'écoulement. Si l'on n'a pu empêcher les envasemens limoneux, il faudra Jaire des curages, soit à bras d'homme en mettant les canaux à sec, soit, si l'assèchement est impossible, à l'aide des dragues mues à la main ou par un manège, ou même par une machine à vapeur, selon l'importance des repurgemens. Dans beaucoup de cas, la curure de ces canaux , employée comme engrais, indemnisera d'une partie notable des frais; mais, quoi qu'il en coûte, on ne doit jamais négliger cette opération pour les canaux non plus que pour les rigoles.
Lorsque Y attérissement a lieu j^ar la vcgé' tation des plantes aciuatiques, rien de plus facile que de l'empêclier; il suffit d'extirper ces plantes, une ou deux fois par an, à l'aide du râteau hollandais, dont nous donnons la figure (j%. 125), ou de toutinstrumentanalo-
FJg. 125 et 126.
guc. On fait précéder cette opération d'n a
ciiAP. ;»•. DESSÉCHEMEN
fauchage à rez du sol, s'il se trouve dans le canal des végétaux implantés dans le plafond ou sur le talus. Ou se sert pour ce fauchage dans l'eau d'une faucille emmanchée d'une peiche suffisamment longue, qui fait avec son croissant un angle d'environ 60 degrés (/?^.l 26). La litière que fournissent ces plantes extraites de l'eau paiera presque toujours les 2;;i de la dépense, qui, du reste, est bien peu de chose si l'on emploie des ouvriers ayant l'habitude de ce travail. Elle est d'autant moindre qu'elle est plus souvent répétée. Les autres insi ru mens le plus généralement employés pour les divers travaux d'entretien des dessécnemens sont les suivans: les écopes {fig. \Tl et 128), qui servent à nettoyer le fond des fossés des branchages, herbes, pierres, boues ou autres objets qui les obstruent; le coupe-gazon {fig. 129), très-commode pour tailler et couper le gazon dans la confection des fossés; différentes ééc/^ci- en fer [fig. 130) ou en ho\s{Jig. 131), pour travailler dans des terrains plus ou moins difficiles; la bêche ou louche des pionniers (y%-. 132), instrument un peu concave, que ces ouvriers préfèrent, en général, pour creuser les étangs et canaux, afin de jeter la terre à de grandes distances Fig. 130. 127. 131.128.129. 132.
T DES MARAIS
B. Conservation des talus'. Gazonnement.
La rapidité du courant que nous venons de recommander pour empêcher les envasemens a l'inconvénient datlaquer les talus, d'occasioner des é'ooulemens, et par suite, bien souvent, des en^orgemens qui empêchent la circulation de l'eau et causent des désastres.
Quand le sol a peu de consistance ou qu'il est très-sablonneux , les èboulemens ont lieu même à eau dormante. Si l'on n'a pas donné un talus très-doux aux berges, il faut le rendre tel, quand on peut, à l'aide d'un recoupement; sinon il faut gazonner ce talus, le complauter en osiers ou tamarix, et même le revêtir d'un pierre, si l'action du courant est trop forte.
Nous ne dirons rien ici des recoupemens non plus que des pierres, il en est question autre part. Nous renverrons aussi au Tome IV ce qui concerne les plantations. Nous allons seulement dire deux mois sur le gazonnement. La première chose à faire , c'est df; chercher un tapis de verdure formé
f)ar des espèces de plantes en harmonie iivec e sol oii l'on veut établir son gazonnement, de manière à ne pas placer des végétaux (jui exigent un luod sablonneux sur - • ter-
rain argileux, ceux qui redoutent l'humidité' dans l'eau, etc. On sent par conséquent qu'il faudra en outre, pour réussir complètement , considérer dans ce talus trois zones, chacune demandant trois espèces de gazon diflérentes. La première, constamment sous l'eau, ne devra être garnie que de joncs ou autres plantes aquatiques ; la seconde, tantôt sous l'eau , tantôt à sec, comportera des plantes analogues et, de plus, quelques graminées, quelques légumineuses; la troisième enfin ne devra être gazonnée qu'avec des végétaux qui ne craignent pas trop la sécheresse tels que ceux qui croissent le long de» fossés qui longent les routes dans les prairies sèches, etc. — Le choix des gazons fait, il faudra commencer par régaler parfaitement les talus, afin de pouvoir y placer régulièrement les mottes par assises parallèles, comme un maçon place les pierres de taille ; on coupera ensuite des gazons égaux en longueur, largeur et épaisseur; on les placera de manière que le supérieur porte sur deux inférieurs, et qu'il y ail le moins d'intervalle possible entre les joints; on garnira même ces joints avec de la terre meuble, on battra le tout et l'on arrosera , si l'on peut. (On sent combien il importe de placer les gazons aussi fraîchement arrachés que possible, et point endommagés par le transport.) — D'habiles ouvriers acquièrent promptement l'habitude défaire des mottes sensiblement égales, à l'aide des instrumens ordinaires des terrassiers, mais il serait bien plus avantageux d'employer le double instrument inventé pour cet usage dans les Pays-Bas nommé zoden-mes. L'instrument ( fig. 133 ) a la forme d'une lame courbe munie d'un anneau pour attacher une corde ; il est emmanché dans un bâton : il tranche par sa partie convexe; l'instrument {Jîg. 134) est en forme de croissant, muni comme l'autre d'un anneau, mais emmanché dans une douille. Ce croissant a de 28 à 30 centimètres de largeur.
Fig. 134. Fig. 133.
Avec le premier instrument, on divise en petits carrés égaux d'environ 30 centimètres le terrain à dégazonner; avec l'autre on détache ces carrés du sol en leur donnant l'épaisseur qu'on juge convenable (ordinairement de7 à 8centim.).Un homme tire l'instrument yîg'. 133, tandis qu'un autre le dirige , le maintient en terre et le fait trancher.Un au Ire homme vient ensuite, tirant par saccades l'instrument Jig. 134; à chaque saccade il détache un gazon (comme on le voit en action dans la (ig. 70, T. L P- 117), que l'ouvrier placé par -derrière soulève et riiet de côte pour recommencer. J'ignore si cet instrument est connu en France; il mériterait d'é-
AGRICULTURE : OPÉRATIONS AGRICOLES
tre propagé partout. Deux hommes coupent ainsi 400 mètres carrés de gazon par jour.
Un moyen qui me parait avantageux pour conserver les digues dans les canaux à large dimension et à eau dormante, c'est celui quia été employé sur le canal du Languedoc: une sorte de brise-lame en mottes de jonc {Juncus acu(us)j placé de 50 centimètres à I mètre en avant du talus. On dirait une bordure de jardin, tant elle est régulière et bien entretenue dans ce beau canal.
Nous ne parlerons pas ici des clayonnages et autres ouvrages analogues, quoique Ion soit obligé quelquefois d'y recoiu'ir pour la conservation des talus. Il en a été traité dans la section des Endiguages.