‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 94 sur 304 · C. Entretien et conservation des digues · texte numérisé non relu

C. Entretien et conservation des digues

Quand la terre des digues n'a pas une grande consistance, il convient d'empêcher les bestiaux de grande taille d'y passer jusqu'à ce qu'elles soient couvertes d'une végétation suffisante. On hâte ce moment par des ensemencemens et des plantations appropriées au terrain etau climat, quelquefois p>ir des amendemens et des engrais, surtout par le parcage des bêtes à laine en temps opportun. Outre l'engrais, le parcage donne au sol un tassement précieux.

Souvent on a été obligé de revêtir les digues, en les construisant, d'un gazonnement, d'un nattage , d'un fascinage et même d'un pierre; alors il importe plus que dans tout autre cas de veiller à ce que toutes les dégradations soient soigneusement réparées avant la saison des .sinistres. Il faut en outre, en temps opportun, mettre en magasin, à portée des endroits les plus exposés , tous les outils et approvisionneiisens qui peuvent être utiles au moment des accidens extraordinaires. Dans les polders des Pays-Bas , le long de l'Escaut, de la Meuse, du Rhin, du Zuiderzée, etc., on a toujours en réserve, auprès des digues, des niagasins abondamment pourvus d'instrumens de terrassiers , de brouettes, de brancards , de piquets, de fascines, de clayons de roseaux, de paille, d'osier, et surtout de claies en bois tontes faites, analogues à celles qui forment les parcs des bergeries des environs de Paris, mais plus légères. Ces claies sont extrêmement utiles lorsque surviennent les coups de mer. La digue est-elle entamée par le balillage.? on y applique une ou plusieurs claies que l'on fixe avec des piquets ou des clayons: c'est assez pour diminuer et souvent empêcher tout-à-fait les corrosions. Après la tem- Kêle,on enlève les claies et l'on fait un remlai recouvert d'un nattage ou d'un fascinage, selon l'opportunité. Se fait-il une rupture? avant qu'elle s'agrandisse on place verticalement une claie en dehors, une autre en dedans; l'on forme ainsi un encaissement qu'on remplit promptement en terre, et la rupture est fermée. Enfin, désire-t-on traverser un large fossé ou un canal pour aller chercher des matériaux ou pour tout autre besoin urgent ? on met deux on trois poutres en travers du fossé, et sur ces poutres des claii's qui font en quelques minutes un pont de service très-solide pour les

hommes, pour les animaux et même pour les petits chariots hollandais que j'ai vus y passer sans accident.

Ce qu'on ne saurait trop recommander, c'est de faire surveiller les digues par des gardes champêtres Cantonniers ^ chargés de rétablir les portions endommagées par le bétail, de boucher les trous de renard, de lapin, et même ceux de taupes et de rats; de réparer les moindres avaries; d'empêcher tout dommage de la part des malveillans ou des maraudeurs; d'avertirenfin les chefs de l'entreprise de tout ce qu'il leur importe desavoir pour la conservation, le perfectionnement ou la réparation des ouvrages confiés à leur surveillance.

Dans les Pays-Bas, on a de plus l'appui d'une législation sévère qui oblige tous les citoyens, sous les peines les plus graves, à se porter sur les points menacés au premier signal du danger.

D. Entretien et réparation des ouvrages d'art.

Dans un dessèchement, il faut que toutes les parties soient toujours prêtes à fonctionner ; aussi doit-on tenir en bon état les ponts, les écluses , les vannes , et réparer sans délai les dégradations qui s'y manifestent; faire remplacer soigneusement tontes les pièces qui dépérissent et qui ont éprouvé im dommage accidentel irréparable; boucher tous les trous , mastiquer tous les joints de la maçonnerie; repeindre à l'huile les bois et les fers; graisser les serrures, les gonds, les charnières. Tous ces soins, en apparence dispendieux , produisent au bout du compte une économie considérable et assurent le service. Le garde cantonnier, plus spécialement chargé d'ouvrir et de fermer les écluses et les vannes, peut faire la plupart de ces réparations d'entretien.

IL Moyen de pourvoir aux dépenses d'entretien.

A. Parti qu'on peut tirer des canaux pour l'irrigation, pour la navigation ou pour des usines.

Il peut se faire que les canaux creusés pour dessécher soient d'un niveau convenable pour arroser et convertir en prairies des propriétés inférieures; la vente de l'eau peat servir alors à payer une grande partie des frais de construction, à plus forte raison si ces propriétés inférieures appartiennent au dessiccateur. Il se peut aussi que ces eaux puissent servir à mettre en mouvement des usines. Le dessiccateur, avant de commencer, a dû calculer ces circonstances pour procéder de manière à en tirer le meilleur parti possible.

Le plus souvent l'eau a peu de pente; alors il a dû s'efforcer de tracer ses canaux de dessèchement de manière à ce qu'ils puissent servir à la navigation. Il est telle localité où cette combinaison peut rapporter l'intérêt de l'argent employé à leur construction. Si les canaux ne peuvent servir pour des étrangers, ils peuvent du moins être utilisés par le dessiccateur et faire nn service important, lors même qu'ils sont fort étroits, tels que celui de Charleroi à Bruxelles, où des ba-

CBAP 5'. DESSECHEMENT DES MARAIS

teauxlrès-loiigs, mais larges seulement de 2

mètres, portent une immense quantité de

marchandises. On connaît l'utilile des canaux

de petitr navigation dans certains comtés de

l'Angleterre.

B. Pêcherie.

Il sera aisé de disposer les canaux de manière à former une pêcherie plus ou moins lucrative , selon la masse plus ou moins grande et la qualité des eaux. Si elles ont beaucoup de rapidité, les truites, les écrevisses, etc., s'y multiplironti si elles sont moins rapides et plus abondantes, les carpes, les anguilles, les brochets, les tanches, etc.; si elles sont tout-à-fait stagnantes, les mêmes espèces, mais bien moins bonnes. Enfin il n'est pas jusqu'aux eaux croupissantes et aux cloaques dont on ne puisse tirer parti en y faisant multiplier les sangsues, genre d'industrie gue la médecine moderne a créé, mais qui n'est pas encore assez connu, quoiqu'on assure qu'il existe des personnes qui ont fait des bénéfices considérables en s'y adonnant. On cite entre autres les sœurs hospitalières d'une ville importante dont le nom m'échappe.

Je n'ai pas parlé des oies, des canards qui peuvent trouver une partie de leur nourriture dans l'eau; c'est un objet peu important, mais qui mérite considération.

CVégétation dans les canaux et sur les francsbords.

Quand les canaux ont peu de profondeur et que l'eau y reste stagnante , les poissons n'y réussissent pas très-bien, mais la végétation des plantes marécageuses qui s'y établit, fournit un produit assez important. Si ce sont des roseaux {Arundo phragmites), ils peuvent être fanés et servir à l'alimentation du gros bétail en hiver, ou bien être conservés pour couvrir les habitations, pour natter les digues , etc. Si ce sont des carex , des souchets, des joncs, etc., ils peuvent être mangés en vert par les bêtes à cornes, ou plutôt être fauchés pour litière. Il est même quelques espèces de joncs qu'on peut employer à faire des natles d'un effet très-agréable. On en voit de telles dans les salles à majiger des Hollandais qui servent de tapis de pied.

Les talus et les francs-bords du canal se garniront aussi d'une végétation plus ou moins abondante, selon la plus ou moins grande fertilité du sol. Dans les Pays-Bas on fauche presque tous ces talus; on en retire ainsi un revenu assez considérable. Si on ne pouvait les faucher, on aurait du moins un pâturage abondant; mais il faudrait prendre garde que le piétinement du bétail n'occasionât des dégradations à ces talus et aux francs-bords.

D. Plantations.

Les francs-bords, les banquettes et les talus des canaux peuvent être rendus productifs par des plantations appropriées au terrain ; mais, avant d'y procéder, il convient de bien reconnaître la qualité du sol, sa consislance, son niveau, son exposition; d'étudier le climat, les besoins locaux, l'emploi

qu'on pourra trouver des produits; en un mot, de prendre note de toutes les circonstances dans lesquelles on va a;<ir.

Si le canal doit servir à la navigation, il ne faut planter entre le chemin de halage et l'eau que des osiers coupés rez de terre, qui sont taillés tous les ans pour des liens de cercle, pour des paniers ou pour tout autre usage analogue. Encore risque-t-on de nuire à cette navigation quand le bief du canal est très-étroit, et de voir ces plantations dépérir si le halage a lieu fréquemment.

Si l'on n'est pas gêné par cette considération, jeconseille de placer un rang d'osierau rez de l'eau, puis un second rang à un pied au-dessus, mais alternant avec celui d'audessous, de manière que la plante supérieure se trouve entre deux inférieures. Si l'on a un espace suffisant, on plantera au haut des talus un rang de saule , de peuplier^ d^aune, ou de frêne, selon qu'on le jugera convenable et selon l'emploi qu'on en prévoira. On pourra ensuite coinplanter les francs-bords, par-delà des banquettes, avec les espèces susceptibles d'y ci'oltre le mieux.

Je n'entrerai pas à cet égard dans des développemens plus étendus, on les trouvera dans d'autres parties de cet ouvrage. Seule- ).;ent je ferai observer que, pour épargner la bourse desdessiccateurs,qui ont déjà tant de dépenses à supporter, on peut se borner à planter des pourrcttes d'ormes et autres arbres analogues, au lieu de sujets tirés des pépinières , en supposant toutefois qu'il soit facile de les garantir de la dent du bétail. Un homme plantera, dans une terre meuble comme l'est celle des francs-bords dun canal nouvellement creusé, jusqu'à cinq cents pourrettes par jour, et si les dessiccateurs ont semé eux-mêmes ces pourrettes , elles nereviendrontpasàplusde2 ou3 fr. le mille, de sorte qu'on peut à très-bon marché garnir ses canaux d'une multitude d'arbres. Je conseillerais de les mettre d'abord très-épais; on les éclaircit ensuite facilement et avec bénéfice en vendant les plants qu'on a de trop.

Avant de terminer ce paragraphe, je recommanderai la culture du chêne en têtard comme dans la Belgique. Il fournit un bois de chauffage de fort bonne qualité.

Je dois observer que, dans tout ce qui précède, j'ai supposé que le terrain n'était pas salé et l'eau non plus. Dans le cas contraire, il faudrait substituer à la plantation des arbres ci-dessus, celle des tamarix; aux gazonnemens eu graminées, l'ensemencement et la transplantation des plantes alcalines, telles que le Chenopodium fruticosum, VAtriplex portalocoides, etc.; aux cypéracés enfin, les plantations du Juncus acutus, le seul qui résiste bien, sinon à l'eau salée, du moins à l'eau saumâlre.

Il est entendu aussi qu'on choisira entre les diverses variétés d'o.«er et de tamarix celles (jui réussissent le mieux et ont un meilleur débit. Parmi les osiers il y en a de plus propres aux cours d'eau rapides, d'autres aux cours paisibles, d'autres aux marais, d'autres aux lais de mer; il yen a qui sout préférés pour les corbeilles , d'autres pour la tonneleiie, d'autres pour le fagologe. Parmi les

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