‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 99 sur 304 · C. Salans, salobres ou sansouires · texte numérisé non relu

C. Salans, salobres ou sansouires

Nous ne pouvons ici qu'effleurer les questions au risque d'omettre souvent des choses essentielles; nous ikjus bornerons en conséquence à due i\\.\K lorsqu'ondispose, avunoms \)av\nlev\a\\es,d'un cours d'eausupérieur aux terrains salat)S, ce qu'il y a de mieux pour leur amélioration, c'est de les submeiger et arroser le plus souvent qu'on peut, jusqu'à ce que la végétation, triomphant de la salure, ait converti ces sansouires en s chore^' artificiels qu'on traite ensuite comme les schores ordinaires, sauf l'attention de ne donner qu'avec précaution des cultures profondes, de crainte d'amener au-dessus la terre infertile.

D'autres personnes conseillent de cultiver ces sols, puis de les submerger; aussitôt après d'évacuer les eaux chargées de sels qu'elles auront dissous puis de les cultiver de nouveau; de les submeiger encore, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'on puisse les semer avec confiance. Cette méthode, peut-être plus expéditive, n'est pas aussi siire que la première, car l'humus se dissout et s'en va avec l'eau, tandis que par le premier procédé il s'accroît sans cesse.

Bien souvent après l'endiguement des salans on n'a pus d'eau fluviale ou torrentielle à portée pour faire cette opération. Alors on a encore le choix entre deux des méthodes analogues. La première consiste à diviser la surface en petits carrés par de petits fossés ou de forts sillons de chairue , dont les déblais retiennent l'eau pluviale et l'obligent à séjourner à l'endroit même où elle est tombé-. Elle y fait croître peu à- peu des végétaux qui à la longue forment une couche d'humus superposée au salant susceptible de donner d'abondantes récoltes. Par la seconde on cultive la terre à grosses glèbes^ qu'on laisse ainsi sans les briser pour faciliter le lavage de la couche superficielle où doit s'établir la culture; on ne permet jamais à la terre de se tasser, tant qu'elle nest pas couverte par une végétation suffisante; car le soleil, eu pompant l'humidité supérieure, ferait remonter avec l'eau, par l'effet de l'at- Iraclioii capillaire, les sels qu'on s'etart efforcé de faire descendre par l'infiltration de l'eau fluviale à travers la terre ameublie.

CALCULS QUI DOIVENT PRF.CÉDEK LES OPERATIONS AdRirùI ES.

Les plantes cultivées ou non, qui croissent dans les salans, donnent des produits moins abondans , mais de bi«-n meilleure qualité que ceux des autres natures de terrains. Les animaux qui s'y nourrissent (ttls que les moutons de prés salés) y sont de bien meilleur goût, la race ovine n'y est pas sujette à la pourriture, elle est plus robuste, sa laine est plus nerveuse.

Je devrais peut-être parlericide la culture de quelques plantes particulières aux terrains salés, les SaLicornla^ les SaLsola, etc.; mais la valeur de ces produits est descendue si bas depuis qu'on fabrique de la soude avec le sel marin, qu'on ne peut conseiller de les ensemencer, quoique ce soit le genre de plante qui s'accommode le mieux, de la salure du sol.

Nous avons déjà parlé du tamarix; on ne saurait trop multiplier les arbres de celle espèce; ils amendent peu-à-peu le sol, donnent un combustible d'autant plus précieux que ce sont les seuls qui y croissent, et leurs cendres contiennent une telle quantité de sulfate de soude et autres sels, qu'on les lessiverait avec avantage si l'on en brûlait une assea grande quantité. D'ailleurs, il suffit, pour avoir un tamarin, d'enfoncer en terre, en temps opportun, une cheville de ce bois.

Les parties indesséchnhles peuvent devenir de bonnes pêcheries si on leur a ménagé une communication facile avec un fleuve ou avec la mer. Dans le premier cas, elles sont en même temps converties en>excellentes rose- //èr^j,dans le second on pourrait essayer avec profit d'y nourrir des huîtres et autres testacés. Mais il serait plus profitable d'y faire des salines^ si la nature du sol le comportait et si l'on avait un débouché assuré pour le sel.

Il a élé question dans le chap. des ainendemens d^^s tangues ou a/luvions des bords de la mer {Tome 1", page 7G). On a vu que sur les côtes de l'ouest, oii il y a beaucoup de lais de mer de celte nature, elles sont d'une prodigieuse fertilité, et qu'on transporte avec succès cette substance pour l'amendement des terres voisines

Conclusion.

J'ai dû abréger ce chapitre, parce que le temps el l'espace me manquaient. Il n'est pas de paragraphe qui n'eût comporté de plus longs développemens, et cependant j'ai omis plusieurs objets importans qui eussent pu faire la matière d'autres paragraphes: tels que les précautions sanitaires à prendre pendant et après l'opération du dessèchement, la manière d'attirer la population nécessaire à la culture des terrains desséchés; la division en fermes, la colonisation, l'amodiation, et enfin les ventes pour réaliser des bénéfices. La plupart de ces sujets seront traités dans le livre consacré à Y Administration rurale.

Je crois cependant m'être assez étendu pour engager les bonsesprits à étudier à fond celle matière, et pour montrer aux personnes prévenues contre les travaux de dessèchement , qu'il est peu d'entreprises présentant autant de chances de succès à ceux qui

savent les diriger convenablement, |>uisqu'il n'est point de terrain submergé, si mauvai*. qu'il soit, dfîsséfhable ou non. dont l'indiiStrie éclairée d'un habile entrepreneur ne puisse lirer des produits impoilans ; encore n'ai-je fouillé qu'avec réserve dans mes notes, et surtoutdans celles que j'ai recueillies pour le Foya^^e en Hollande que je me propose de publier. Baion de Riviéue.

Section v. — Des calculs qui doivent précéder les opérations agricoles.

Quelle que soit l'étendue des opérations auxquelles on se livre pour améliorer l'état des terres et les rendre cultivables, qu'on les limite à des portions restreintes de ses propriétés, ou qu'on en lasse l'objet de vastes entreprises, il esl très-essentiel, avant de s'y engager, d'en calculer approximativement les résultats., afin de constater dabord si Topération sera définitivement profitable, et ensuite de s'assurer de la somme nécessaire pour la mener à bonne fin.

D'accord en cela avec la marche tracée par !a loi du 16 septempre 1807, qui régit cette matière pour les entreprises faites sur les terrains qui sont la propriété d'autrui, nous dirons que la première chose à faire est de fixer exactement la valeur du sol avant l'opération : la cote des contributions, l'estimation cadastrale, l'enquête faite auprès des habitans du lieu, l'examen du sol et de ses produits, permettront d'assigner sa véritable valeur à chaque parcelle dont l'état doit être modifié par suite de l'opération projetée.

Lorsqu'on n'est pas propriétaire et maître du terrain, c-„tte estimation primitive, base des opérations, doit être rendue publique avec le plan parcellaire et les projets d'exécution, afin d'être contrôlée et contestée, s'il y a lieu, par les intéressés, et enfin arrêtée après cet examen par des experts. Dans le cas contraire elle n'est pas moins indispensable, puisque c'est elle qui doit décider l'exécution ou l'abandon de l'entreprise.

Le 2" pointa considérer est le montant des dépenses de l'opération, ce qui suppose l'exacte connaissance des travaux à exécuter, et par conséquent un plan préliminaire bien arrêté et un devis détaillé de ces travaux. Il a déjà été dit que, relativement aux travaux d'art, il est le plus souvent nécessaire, pources plans et devis, comme pour la surveillance de l'exécution, d'avoir recours aux ingénieurs et architectes. Presque tous les autres travaux se résolvent en maind'œuvre, qu'il est assez facile de calculer à l'avance. Ainsi, lorsqu'on a déterminé si un défrichement s'opérera à bras d'hommes ou à la charrue, et qu'on s'est bien rendu compte des obstacles; lorsque dans un écobuage on a fixé l'épaisseur des couches do gazon à enlever, la forme des foursà incinérer. etc.; quand, pour un endiguement ou un desséchen)ent, on sait quels canaux, quels fossés ouverts ou couverts, quels sondages il faut ouvrir, ou bien à quelle élévation, à quelle distance il faut conduire les eaux aiflueutes ou surabondantes, etc., on doit, avant de mettre la main à l'œuvre, réduire toutes ces opéralion.s en iournéesde travail, et, d'après le prix de

IJ8 AGRICULTURE : OPÉR

C'-tle journée dans le pays, calculer la somme lolale qu'il faudra débourser pour terminer l'opération. Au moyen de quelques mesures ou même d'opérations partielles faites çà et là à titre d'essais, il sera facile de trouver le cube des terres à déblayer ou remblayer, et de mesurer également chacune des autres opérations; on pourra dès-lors les adjugera de sous-entrepreneurs ou à des maîtres ouvriers, moyennant un prix à forfait ou par tàcbesà tant du mètre cube, ou du mètre coul'ant, modes qui sont ordinairement trèspréférables à l'emploi d'ouvriers à la journée. En raison des difficultés du travail, on sait bien ce que peut faire par jour un ouvrier ordinaire :on calcule d'après cela combien il faudra de journées pour l'exécution de tous les travaux, et l'on a ainsi le montant total des dépenses.

La facilité ou la difficulté de ces opérations, le nombre d'ouvriers dont on peut disposer, et diverses autres considérations, règlent la durée du t^mps dans lequel on présume pouvoirachever l'entreprise. Ce temps, qu'il est en soi-même intéressant de connaître, importe aussi pour le calcul des dépenses; car on ne peut négliger, dans ces opérations qui ont souvent une longue durée, de tenir compte des intérêts des capitaux employés à l'exécution des travaux des premières années, et même quelquefois des iravaux préliminaires. — On pourra souvent d'un autre côté en défalquer, ou porter en ligne décompte, les recettes présumées à provenir des produits qu'on pourra obtenir des terrains soumis les premiers à l'amélioration projetée.

Lorsqu'on a les connaissances agricoles nécessaires, on jugera fort bien d'avance quels seront sur le terrain les effets de l'opération, et à quelles cultures productives il sera devenu propre après leur achèvement. On fixera d'après cela quelle valeur nouvelle sera donnée au sol, et on verra si cette nouvelle valeur est supérieure à la valeur primitive du sol, augmentée du coût de tous les travaux, des intérêts des capitaux, en un mot des frais de tout genre de l'opération, et enfin d'un légitime bénéfice, sans l'espérance duquel il serait imprudent de tenter une entreprise quelconque. — L'estimation des terrains avant et après l'opération, détermine donc la plus-value définitive qui est le résultat des travaux entrepris. C'est cette plusvalue dont le partage «itre les propriétaires du sol et les entrepreneurs est fixé dans l'acte de concession pour les opérations dans lesquelles intervient l'autorité publique; c'est pour la débattrequelesunset les autres

ATIONS AGRICOLES. Liv. i".

son (presque toujours en désaccord. et que chacun, dans l'espoir de faire prévaloir ses prétentions, engage souvent des procès qui causent la ruine des meilleures entreprises. C'est pour cette raison que les entrepreneurs de ces grands et utiles travaux reculent quelquefois devant ceux qui doivent être les plus fructueux, lorsqu'ils ne peuvent pas, par des transactions préliminaires, statuer d'avance et invariablement sur les droits et les prétentions de tous les intéressés, de manière à éviter les embarras, les ennuis et les pertes que des contestations sans nombre viennent souvent leur apporter en récompense de leurs soins et de leurs risques.

Quoi qu'il en soit, faisons remarquer, particulièrement pour les propriétaires qui exécutent les opérations d'amélioration qui nous occupent, sur leur propre terrain, que, pour bien apprécier la plus-value d'un terrain amélioré, il ne faut pas seulement considérer sa valeur vénale nouvelle après l'opération, valeur qui souveiit, par suite des préjugés ou de l'ignorance des habitans, par suite de l'étendue des terrains améliorés et du défaut d'acheteurs, serait fort peu considérable; mais qu'il faut prendre en principale considération la capacité acquise au sol pour des cultures productives. — D'où l'on voit que dans les grandes entreprises de ce genre, la mise en culture est une conséquence presque toujours nécessaire de l'opération qui a pour but de rendre les terrains cultivables, et que sans elle le succès définitif pourrait souvent être gravement compromis.

Ici se présente donc une nouvelle série de calculs purement agricoles, dont les résultats devront aussi puissamment influer sur la détermination à prendre pour entreprendre une opération de ce genre. Quels produits le sol pourra-t-il donner, et quels travaux seront nécessaires pour les obtenir? par quelles mains l'exploitation pourra-t-elle en être faite? quels débouchés trouveront ces produits souvent nouveaux dans la contrée où l'on va les faire naître? quelle sera leur valeur en raison de ces circonstances et des moyens de transport? Toutes ces questions et beaucoup d'autres, lorsqu'on leur aura d'avance préparé des solutions, feront juger si l'amélioration projetée, profitable dans tel lieu et telles circonstances, ne peut pas être nulle ou onéreuse dans la position où l'on se trouve placé, et par conséquent elles la feront embrasser avec ardeur ou rejeter pour des temps où les circonstances seront devenues plus favorables.

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