DE L'ÉTABLISSEMENT DES ÉTANGS
ces alluvions sont les derniers phénomènes du grand cataclysme oui a produit l'alluvion générale, et dans la débâcle qui a balayé le fond des bassins, et en a entraîné le dépôt argilo-siliceux, quelques parties en sont restées , et ont été recouvertes des débris des lieux environnans ; cette grande formation recouvre la plupart des plateaux élevés des plaines de France. Lorsque les bassins des rivières ne sont pas séparés par des montagnes, ils le sont presque toujours par des plateaux de terrain blanc ; on le voit s'étendre sur la naissance des croupes des montagnes primitives comme des montagnes calcaires; les portions qu'on en rencontre sur les premiers échelons doivent faire penser qu'il s'était établi sur leur surface , mais que les eaux , en raison de leur pente rapide , l'ont presque tout entraîné.
Il forme , disons-nous , la plupart des plus grandes plaines de France; il recouvre presque partout une formation calcaire marneuse.
Lorsque la marne est terreuse, ou que la couche du dépôt est épaisse , on a alors les terres humides froides, et on peut y pratiquer des étangs. Lorsque la couche inférieure est une marne pierreuse , le sol est alors moins humide, d'une culture plus facile, et les étangs s'y établiraient avec peu d'avantage.
En Normandie on trouve ces deux sortes de terrains ; les plateaux du département de l'Eure s'égouttent facilement, sont productifs, recouvrent presque toujours la marne pierreuse ; ceux de l'arrondissement de Bernay sont plus humides et recouvrent la marne terreuse. Le grand plateau du bassin du Rhône, qui se prolonge à plus de 30 lieues du midi au nord dans les départements de l'Ain , Saôneet-Loire et Jura, recouvre partout la marne terreuse; aussi est-ce le plateau le plus humide et le plus froid de la France. La Puisaye, dans l'Yonne, est assise presque tout entière sur la marne pierreuse ; aussi les étangs y sont-ils plutôt un moyen de navigation qu'un moyen de produit agricole.
L'alluvion du terrain blanc se voit le long de l'Océan, en suivant la côte du nord-est, dans les départemens du Nord , du Pas-de-Calais , de la Manche, du Calvados; elle forme les landes de Bretagne ; elle se couvre de bois en descendant sur Nantes , et forme les plaines de Maine-et-Loire , de la Loire-Inférieure , se lie ensuite avec les landes de Bordeaux qui lui appartiennent. Dans cet immense développement , l'alluvion présente toutes les nuances de ténacité dans le sol depuis le plus léger jusqu'au plus argileux.
Le plus grand plateau que présente ce sol, dans l'intérieur des terres, accompagne le bassin de la Loire ; tous les pays que traverse ce fleuve jusqu'à la mer sont en grande partie formés de plateaux argilo-siliceux ; quelques parties montagneuses et les bassins des rivières affluentes les interrompent seulement pour les voir se reformer au-delà. Après la Haute-Loire et ses terres argileuses on trouve le plateau du Forez et ses étangs ; en continuant , le bassin de l'Allier est séparé de celui de la Loire par le terrain blanc qui se montre là où s'arrête le granit et le sol formé de ses débris ; on y trouve des étangs assez nombreux, comme encore sur les terres froides , terres
blanches des plateaux de la Nièvre, puis on arrive à la Puisaye, qui sépare l'Yonne de la Loire , et n'est séparée de la Sologne que par le cours du fleuve et les alluvions de ses bords.
La Sologne étend son plateau argilo- siliceux stérile et ses étangs sur le Loiret, le Loir-et-Cher et une partie du Cher; les étangs de la Brenne occupent une partie de l'Indre ; de l'autre côté , dans la Sarthe , les étangs n'occupent qu'un petite partie de ses terres blanches, placées souvent sur le schiste de la roche calcaire , à peu de profondeur ; enfin on retrouve l'alluvion occupant de grandes surfaces et sortant des étangs nombreux, dans les deux derniers départemens qu'arrose la Loire, Maine-et-Loire et la Loire-Inférieure.
Ce grand plateau du bassin de la Loire et d'une partie de ses affluens, dans lequel nous venons de désigner Une douzaine de départemens , contient plus de moitié des étangs de France , et les 2/5c de leur contenance totale. Placé à d'assez grandes hauteurs au-dessus du cours du fleuve , il est sans doute la plaine la plus élevée de l'intérieur de la France ,
f>arce que la Loire est celui des fleuves dont e cours est le plus long , et que ce cours est très rapide dans sa première moitié. Nous ne pousserons pas plus loin nos remarques sur cette nature de sol; nous leur avons donné ailleurs toute l'étendue que méritait leur importance (1).
On n'a de bons étangs que sur cette nature de sol, et les autres terrains n'offrant pas la même imperméabilité, ne conservent pas leur volume d'eau pendant les chaleurs , défaut essentiel qui diminue beaucoup les produits.
Les étangs des pays calcaires ont presque tous été desséchés , parce que le sol en était de bonne qualité , que les chaussées sont d'un plus grand entretien, que le sol de la surface, au moyen du principe calcaire qu'il contient, se délite, se laisse imbiber et pénétrer d'eau qu'il transmet aux couches inférieures , et par conséquent consomme toujours ainsi une partie de celle qu'on lui confie. Dans leBerry, pays calcaire , on a défriché aussi une partie des étangs avec de très grands profits , parce que toujours couverts d'eau sans être cultivés, ils avaient accumulé une immense quantité de vase très fertile dont les produits ont été et continuent d'être très grands.
Cependant, lorsque le sol calcaire se trouve avoir pour sous-sol une couche épaisse d'une marne terreuse , homogène et à grains fins , le sous-sol est alors imperméable , et on peut y établir des étangs. lien reste quelques-uns sur cette nature de sol en Bresse , qui , au moyen de la culture alterne en eau et en poissons, sont des fonds précieux et qui se louent à un prix encore plus élevé que les fonds en corps de domaine ; deux années d'empoissonnage mettent ce sol engraissé par le séjour des eaux et les déjections des poissons en état de produire sans engrais quatre récoltes successives et alternes de maïs et de froment. Pendant que les étangs argilo-siliceux , lors même qu'ils sont en bon sol , ne peuvent produire
(i) Agriculture du Galinais, de la Sologne e( du pcrry. Paris, madame Huzard.
qu'use réeolte d'avoine, de seigle ou de froment, suivant leur nature, le sol calcaire en produit quatre successives; ce qui prouve d'une manière bien précise le fait important que nous avons établi ailleurs, que la même quantité et nature d'engrais donne beaucoup plus de produit sur les sols calcaires que sur les sols siliceux. Dans l'un de ces étangs, après deux ans d'empoissonnage , dont le produit n'a cependant pas été plus avantageux que celui des étangs de bonne qualité du plateau , la première année , sur un seul labour , huit jours après la pêche de la fin de septembre , on a semé du froment qui a produit 24 hectolitres par hectare; l'année d'après, le cultivateur a désiré encore semer du froment qui a produit 18 hectolitres. En 1835, une portion de l'étang qui se trouve en terre blanche porte de la navette très belle ; et le reste, en sol calcaire , recevra un fort labour de la charrue Dombasle pour être semé , sans engrais , en maïs qui produira sûrement autant q;ue les bons fonds bien fumés ; enfin la quatrième année , dernière de l'assolement , au moyen du fort labour qui a été donné et de la fécondité
aui reste , on recueillera sans engrais, comme ans les rqtations précédentes , six à huit fois la semence en froment , puis viendra l'empoissonnement pour rendre à ce sol de nouvelles forces productives.
$ VI. — De l'abondance des eaux de pluie.
Nous donnerons comme sixième condition importante au succès des étangs dans un pays, que les pluies y soient abondantes. Les plateaux argilo-siliceux, comme nous l'avons montré dans l'ouvrage cité, contiennent peu de sources et de cours d'eau ; les 19/20es des étangs ne s'établissent donc qu'avec les eaux des pluies; on conçoit que là ou elles sont peu abondantes , les étangs doivent être beaucoup plus rares. Cette circonstance explique , à ce qu'il nous semble , le nombre plus grand qu'ailleurs des étangs sur les plateaux de Dombes et de Bresse. Dans ce pays, d'après les observations que nous avons continuées pendant plusieurs années, il tombe par an, en moyenne, 45 pouces d'eau ; à Paris et dans les environs la moyenne est de 19; il n'en tombe peut-être pas plus en Sologne; les pluies de l'Ain fournissent donc unvolumed'eau 2 1/3 fois plus considérable que sur une partie des plateaux de même nature : il s'ensuit qu'on a pu y établir avec succès un nombre d'étangs neaucoup plus considérable.
Mais cet avantage, si c'en est un, est chèrement acheté. La culture, dans cette nature de sol qui craint l'humidité, et avec cette masse de pluies, offre beaucoup plus de difficultés que sur les autres plateaux de même formation, et peut-être l'insalubrité naturelle à celte sorte de terrain s'en trouve-t-elle augmentée.
Section IV.
— De l'établissement et de la construction des étangs.
§ Ier — Des travaux préliminaires.
La première condition à remplir pour l'établissement d'un étang est l'évaluation de la quantité d'eau dont on pourrait disposer pour le remplir. Il faut s'assurer de l'étendue de
coap. 9*. DE L'ÉTABLISSEMENT ET DE sol qui verse ses eaux superflues dans le bassin ou l'on veut placer son étang; voir s'il ne sérail pas possible d'y amener quelques eaux de source ou de pluie des ondulations voisines du terrain. Il faut alors que le sol qui doit fournir l'eau à l'étang ait au moins six ou huit fois plus d'étendue qu'on ne veut en donner à celui-ci ; et cette proportion doit être en rapport constant avec la quantité de pluie qui tombe dans le pays.
Lorsque le sol qui verse à l'étang est en terre labourable, dans les années ordinaires et le climat pluvieux, l/8e à peu près de l'eau pluviale peut arriver à l'étang. Le sol en bois en fournit moins parce que les grands végétaux en absorbent davantage, et que la culture ne l'a pas travaillé pour évacuer les eaux surabondantes. Dans les pays où il tombe plus de 40 p. d'eau, 1 étangreeevradoncune couched'eaude 5 p. d'épaisseur sur six à huit fois son étendue : ce serait donc dans l'étang une hauteur moyenne d'eau de plus de trois pi., quantité suffisante pour remplir l'étang et lui donner ses 8 pi. de hauteur d'eau à la chaussée. Les 40 pou. qui tombent sur la surface de l'étang pourront suffire, nous le pensons, à l'évaporation, aux infiltrations dans le sous-sol et à travers la chaussée pendant l'année. Mais les circonstances sont bien différentes lorsque la pluie n'est que moitié de celle que nous venons d'indiquer; le sol alors, qui a les mêmes besoins que dans les pays pluvieux , ne laisse peut-être pas aller à l'étang l/20e de l'eau qu'il reçoit. Il faut donc au moins une surface affluente deux ou trois fois plus considérable pour remplir l'étang. Ces considérations sont de la plus haute importance. Sur le plateau de Dombes, il est des étangs qui ont besoin de 9 ans pour se remplir, et qui, dans les 3 dernières années, ont toujours manqué d'eau; et à plus forte raison cela arriverait-il dans les pays moins pluvieux.
Lorsqu'on a des étangs dans le voisinage, il est très important de pouvoir profiter de leur vidange. Mais il faut en être le maître pour pouvoir disposer de leurs eaux au moment du besoin.
Lorsqu'après avoir étudié lanature de ce sol, on s'est assuré qu'il est imperméable, soit en y essayant de petites retenues d'eau, soit par l'analogie qu'on lui trouve avec d'autres sols sur lesquels on a observé des étangs, ou lorsqu'en sondant son terrain on a trouvé que la couche imperméable a une épaisseur suffisante pour empêcher l'infiltration des eaux, alors si le terrain a une pente suffisante, s'il forme un petit bassin naturel qui puisse se fermer par une chaussée d'une médiocre longueur; alors, disons-nous, on peut raisonnablement espérer de pouvoir réussir à construire un étang.
Toutefois avant de l'entreprendre, il faut qu'un nivellement fait avec soin assure de la hauteur et de la longueur de la chaussée, de l'étendue du terrain qu'on couvrira d'eau, et donne les contours de l'étang. Un grand nombre de personnes, pour n'avoir pas pris ce soin préliminaire, ont été entraînées à de grandes dépenses et n'ont eu que des étangs fort peu étendus pour de très longues chaussées. Bailleurs il assurera de la profondeur des eaux dans les diverses parties de l'étang, dirigera
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