‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 119 sur 369 · LIV. V · texte numérisé non relu

LIV. V

culièrement pour le département de l'Ain. Il était essentiel d'en prouver ici le peu de fondement, parce que ce rapport est devenu historique dans la question des étangs, qu'il consacre des idées fausses sur l'état naturel du sol d'une partie de la France, et que tôt ou tard il sera consulté comme pièce authentique lorsque, dans l'établissement d'un code rural, on voudra traiter la question générale des étangs.

§ III. — Du groupement des étangs et de leur situation.

Une troisième condition nécessaire à l'établissement des étangs dans un pays, c'est qu'ils puissent y être nombreux, rapprochés les uns des autres et à portée des villes.

Le poisson est une denrée de luxe qui ne trouve de débouché abondant que dans la ville, et pour qu'elle devienne un genre de commerce productif, il faut qu'elle puisse être fournie régulièrement, et par conséquent que les moyens delà produire ou les étangs soient assez nombreux pour en fournir constamment et à mesure du besoin.

Dans tous les pays d'étangs, les moyens d'avoir du 'poisson sont nécessairement les mêmes ; partout on a besoin de 3 espèces d'étangs : ceux pour faire naître la pose ou feuille, ceux pour faire grandir la feuille et la faire arriver à donner l'empoissonnage ou nourrain, et enfin ceux où l'empoissonnage grandit pour la consommation. Si les étangs dans un pays sont peu nombreux, isolés ou seulement éloignés, leur exploitation exige des transports à distance et par conséquent dangereux pour la feuille, l'empoissonnage ou le poisson; ils donnent donc alors beaucoup d'embarras qui ne s'évitent que lorsqu'ils peuvent être groupés en nombre dans une même localité. Cette condition sera encore plus nécessaire si, comme en Dombes, ils sont cultivés en assec tous les 2 ou 3 ans.

Lorsque les étangs sont un peu nombreux, l'eau de ceux qu'on évacue peut servir à remplir les étangs inférieurs du même bassin, ou ceux des autres bassins voisins avec lesquels on établit des communications.ee voisinage et cette communication des étangs entre eux sont une circonstance très importante pour rendre leur économie profitable.

§ IV. — Des pays propres à l'établissement des étangs.

Les pays d'étangs se trouvent nécessairement placés sur des plateaux assez élevés , audessus du fond du Dassin des rivières auxquelles ils appartiennent. Lorsque les étangs se succèdent en suivant la pente générale du plateau, sans verser dans les rivières, il faut que le pays ait au moins de pente la somme des hauteurs de toutes les chaussées des étangs . successifs, ce qui, pour une vingtaine seulement d'étants indépendans qui se suivront , donnera déjà 150 à 200 pieds de pente; mais il est assez peu d'étangs placés de cette manière , et leur nombre alors se trouverait toujours très circonscrit, si le plateau n'était coupé par de petites rivières , sans doute trop rares dans cette nature de sol, mais dans lesquelles se vident les étangs. Les bassins de ces petites rivières servent de débouchés à des bassins

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secondaires où sont placés les étangs; alors une moindre pente générale est nécessaire pour un même nombre d'étangs ; mais toujours encore, en résultat général, le plateau doit avoir mie assez forte pente , et être par conséquent très élevé au-dessus du grand bassin auquel il appartient. Les pays d'étangs en France sont les plus élevés après les pays montagneux ; cette différence de niveau , avec les plaines qui les environnent , suffit pour que le climat y soit naturellement un peu plus froid.

§ Y. — De l'imperméabilité du sol et du terrain propre à l'établissement des étangs.

Il est une condition, la plus importante peutêtre pour l'établissement de tous les étangs dans un pays , c'est que la couche inférieure du sol ou le sous-sol soit imperméable. Si le soussol laisse traverser les eaux, il est évident que pendant l'été, lorsque les pluies tombent à quelques intervalles, l'infiltration qui se fait, aidée de l'évaporation produite par des longues journées de chaleur, mettent l'étang à sec.

Cette condition de sous-sol imperméable appartient presque exclusivement à une nature de terrain très abondamment répandu sur la surface du globe , désigné dans beaucoup de pays sous le nom de terre à bois, parce que ce produit y réussit assez ordinairement. Dans l'Ain , Saône-et-Loire , le Jura et dans beaucoup d'autres lieux, il porte le nom d terrain blanc 'ou terre blanche, blanches terres; c'est la boulbenne ou la bolbine du midi. Il est composé de sable fin siliceux et d'argile mêlés ensemble d'une manière intime. Suivant que le sable est plus ou moins fin , ou que l'argile est en plus ou moins grande proportion , il offre plus ou moins de ténacité; mais dans tous ses degrés d'adhérence , et lorsque la surface arrive a un état sablonneux , le plus souvent encore le sous-sol contient assez d'argile pour ne point se laisser pénétrer par les eaux. Il ne contient point de partie calcaire , et par conséquent l'eau ne peut point le déliter, c'est-à-dire en séparer les parties , ni par suite traverser ses couches inférieures. Ce sol , quand il est sec , prend une proportion d'eau assez considérable , et lorsqu'il en est saturé tout ce qui tombe de plus reste à sa surface, ou s'en écoule , ce qui forme tout son avantage pour les étangs. Il est très long à sécher parce qu'il ne peut perdre son humidité que par l'évaporation ou la transpiration des plantes qui le couvrent. On dit ordinairement qu'il tient l'eau comme un verre. La couche supérieure repose presque toujours sur un sable argileux, coupé de vemes rougeâtres moins pénétrables encore par l'eau que le sol delà surface.

En examinant le sol argilo-siliceux, en étudiant sa composition , ses caractères extérieurs , son gisement dans les différents pays fcrèa éloignés les uns des autres où il se rencontre, on le retrouve partout avec les mêmescaractères extérieurs, les mêmes propriétés, ce qui doit le faire attribuera une même formation, et cette formation a été la dernière des grands formations , puisque nulle part il n'est recouvert par elles, et qu'il recouvre toutes les autres. On le retrouve quelquefois sous les alluvions du fond des bassins , mais

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