‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 122 sur 369 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

que cette dimension soit telle que lorsque Vétangestenassec,il puisse facilement débiter Jes eaux des grandes pluies sans qu'elles se répandent sur l'étang. Ces eaux,ens'extravasaut, surtout si elles séjournent long-temps, nuisent beaucoup aux récoltes dans les années d'assec. Ces inconvéniens peuvent se prévenir, comme nous le verrons plus tard, par rétablissement d'une rivière de ceinture. En cas de doute sur la quantité des eaux affluentes, il vaut mieux accroître les dimensions , qui d'ailleurs doivent dépendre de la pente que trouvent les eaux au sortir du canal de décharge.

§ III. — De la construction de la chaussée.

Après l'établissement du bief et du canal, on arrive à la construction de la chaussée. Le niveau a donné sa hauteur , parce qu'elle doit s'établir à 18 pou. au-dessus du niveau de l'étang plein. Sa base doit être au moins tri-

Ï>le de sa hauteur, et la surface supérieure est e tiers de cette dimension. La pente A du côté de l'étang (ftg, 200) doit être moins rapide qu'en dehors B, surtout si la chaussée est exposée aux vents du nord ou du midi. Au dehors de l'étang elle peut être un peu moindre de 46 degrés, mais alors il faut la revêtir en gazons. Ces dimensions une fois arrêtées, pour procéder à la construction, on creuse dans le milieu de l'espace que doit occuper la chaussée un fossé de 4 pi. de largeur, jusqu'à ce qu'on rencontre le terrain ferme. Ce terrain n'est autre que le sous-sol du plateau. Si l'on rencontre du sable ou du gravier, on creuse jusqu'à ce qu'on retrouve le sous-sol argileux. Ce fossé se remplit avec une terre argileuse sans gazons ni racines qu'on pétrit et corroie avec soin en la divisant à la bêche , l'arrosant avec de l'eau, et broyant avec les sabots ou desdames, de manière à ce qu'elle ne forme qu'une seule masse ramollie et qu'elle fasse corps avec le fonds et les bords du fossé. Quand le fossé est plein on élève la chaussée et on continue de travailler sur toute la largeur du fossé primitif, en plaçant à droite et à gauche les terres qui doivent former le surplus de la chaussée. Cette largeur de 4 pi. de terrain travaillé C C porte le nom de clave, de corroie ou de clef, parce que c'est le soin qu'on lui donne qui ferme hermétiquement l'étang et empêcne toute infiltration. Le reste des terres de la chaussée se monte à mesure que la clave s'élève ; elles se rangent et se tassent avec soin, mais sans être mouillées ni battues comme celle de la clave. Les terres du bief et de la pêcherie peuvent servir à faire la chaussée, et on prend les autres sur les deux côtés de l'étang , mais de manière 'à ne point laisser de creux qui retiendrait le poisson et empêcherait l'évacuation des eaux.

Il est à propos que la chaussée ait 6 pou. à lpied déplus dehauteur dans les parties qui avoisinent le»bief, afin que si les eaux venaient à s'extravaser par-dessus la chaussée , l'eau

l'entame plutôt dans ses parties étroites que dans celles qui sont plus épaisses. Par ce moyen le mal est moindre, soit sur la chaussée, soit sur les terres environnantes, soit en perte de poissons.

Derrière la chaussée oncreuseun autre réservoir circulaire K( /?</. 199) qui reçoit le poisson qui se laisse entraîner lors de la" pêche. Ce réservoir, plus petit que la pêcherie, porte le nom de burillon ou barillon , et de là les eaux s'évacuent dans un fossé qui les emmène sous le nom de vidange.

Cette chaussée construite a besoin d'être défendue contre le battement des eaux dans son niveau supérieur, surtout si le terrain n'en est pas trop argileux ou si la chaussée est exposée aux vents du midi et du nord. Ces vents plus fréquens et plus forts donnent plus d'action aux vagues qui entament la chaussée. Pour s'en défendre, il ne suffit pas de gazonner la partie de la chaussée qui s'y trouve exposée ; on la garnit d'un double fascinage dont le rang supérieur s'élève jusqu'à la limite des grandes eaux , et le rang inférieur se fixe au-dessous des eaux basses. Les fascines se placent à plat sur la pente du côté du haut de la chaussée, se touchent et se fixent par des piquets munis, autant que possible , de crochets. Cette défense est bonne, mais doit être renouvelée. Lorsque la pierre et les cailloux ne sont pas très éloignés, on fait une défense plus durable en garnissant les parties de la chaussée qui risquent le plus d'être dégradées d'une couche de pierres ou de cailloux qui se touchent. Ces pierres restent en place si on a eu soin, comme nous l'avons recommandé, de donner à la pente du côté de l'étang moins de 45 degrés. On emploie aussi très utilement pour le même objet un double rang de gazons garni de touffes de joncs. Ces joncs reprennent et résistent très bien à l'action des eaux. En Pologne on couronne la chaussée du côté de l'étang avec des cépées de roseaux dont on débarrasse l'étang. Dans les parties des forêts qui ne sont pas très éloignées de la pierre, on fait du côté de l'étang un mur à sec qui défend encore mieux.

Il est prudent de ne point mettre ni souffrir d'arbres sur les chaussées; leurs racines percent la clave, traversent la chaussée en tout sens, en désagrègent la terre, et lorsqu'elles viennent à périr par vétusté ou accident, ou lorsqu'on coupe les arbres, elles pourrissent dans le sol et finissent par y laisser des passages qui deviennent la perte de la chaussée.

Nous arrivons maintenant au moyen qu'on emploie pour retenir ou évacuer les eaux de l'étang : le moyen le plus ordinaire consiste à couvrir l'origine du canal dans l'étang avec un plateau de bois ou une dalle en pierre (fig. 201, 202, 203) ; ce plateau ou cette dalle, percé

ciiAr. 0'. DE L'ÉTABLISSEMENT ET DE LA CONSTRUCTION DES ÉTANGS.

Fi6.2 03. Fig. 202. Fig. 201.

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d'un trou conique, se bouche par un bouchon en bois qui prend le nom de bonde et qui est taillé de manière à remplir le trou ou œil du canal ; cette bonde se manœuvre par une tige en bois ou en fer qu'on soulève, depuis le terre-plein supérieur de la chaussée.

On donne, dans le département de l'Ain, à tout le mécanisme employé à évacuer ou retirer les eaux le nom de ihou; on l'établit le plus souvent en bois. Pour manœuvrer plus facilement, on place l'œil du canal et par conséquent la tige de la bonde à la naissance supérieure de la pente , et les terres de chaque côté, comme celle de la chaussée elle-même , se retiennent par une charpente en bois doublée de plateaux dans les 2 parties latérales, et de travons de 5 à 6 pouces d'équarrissage du côté de la chaussée ; les 2 colonnes qui tiennent la pièce où manœuvre la tige de la bonde sont de fort échantillon, de 10 à 12 pouces d'équarrissage.

L'ensemble de cette construction est, vu la rareté et la cherté des. bois de forte dimension, très dispendieuse; sa durée est à peine de 25 ans et demande de l'entretien; il devenait donc important d'y faire des modifications : un architecte de Bourg, M. Debelay père, a proposé de remplacer la construction en bois qui enveloppe la tige de la bonde par un puits en pierre ou en brique. Cette construction, qui se rapproche de la méthode piémontaise que notre architecte cependant ne connaissait pas , a été exécutée avec avantage sur un grand nombre de points. Déjà auparavant on avait employé la pierre ou la brique pour remplacer le bois, mais la forme de construction était restée la même, en sorte qu'on avait gagné un peu de durée, mais fait beaucoup plus de dépense. Les premiers essais de ces thoux en pierre ont été faits par mon beau-père et moi; l'expérience nous a conduits à des modifications, mais nous avons obtenu des résultats avantageux dont les détails ont été consignés dans un mémoire assez étendu publié dans le journal de l'Ain : nous nous bornerons à en extraire quelques détails techniques nécessaires pour diriger ceux qui voudraient répéter ce mode de construction.

Le puits ( fig. 204 ) se monte au-dessus de Fig. 204.

l'œil du canal en laissant 3 ou 4 pouces des

: pacc entre la bonde et le côté intérieur du puits du côté de la chaussée, et en ménageant un espace au moins double du côté de l'étang et. de l'embouchure du canal qui mène les eaux à l'œil du canal de vidange. Ce canal, qui fait communiquer le puits avec l'étang, n'aura que 3 à 4 pieds de longueur et une largeur suffisante pour qu'un homme puisse, en s'y engageant, manœuvrer à son aise et prendre le soin nécessaire pour boucher hermétiquement la bonde, soin qui consiste à garnir de mousse le joint circulaire de la bonde avec l'œil et à recouvrir de boue ou d'argile cette espèce de calfat. Le puits, pour une bonde de 18 pouces de diamètre , doit avoir de 32 à 34 pouces de diamètre. On garnit avec avantage sa partie supéreure d'un collet de pierres de 3 à 4 pouces d'épaisseur; ce collet se recouvre de plateaux de chêne ou d'une dalle qui s'engage dans une feuillure du collet; on recouvre de terre le tout, soit pour le conserver, soit pour le mettre à l'abri des curieux et des malveillans.

Le pilon, bouchon ou bonde est en bois; il porte une tige de fer plat qui le traverse et qui sert à le hausser ou le baisser; la tige est maintenue dans sa direction par 2 anneaux plats fixés sur 2 traverses en fer, scellées dans les murs du puits. Pour manœuvrer la tige, soulever et fixera volonté le bouchon, la tige sur un de ses côtés porte des dents dans lesquelles s'engrène un cliquet placé de manière à s'accrocher aux dents par son propre poids; un fil de fer qui monte jusqu'au-dessus du puits sert à soulever le cliquet pour pouvoir a volonté baisser le bouchon; la tige en fer a une longueur telle que lorsque la bonde est soulevée et l'étang en assec, le puits puisse encore rester bouché; il est essentiel aussi que la face inférieure du bouchon ou pilon, soulevée pendant le temps de l'assec, soit audessus de la partie supérieure du canal qui amène l'eau de l'étang; sans cela, le choc des grandes eaux sur le pilon peut ébranler la construction. L'extrémité supérieure de la tige est garnie d'un anneau ; cet anneau est plongé dans l'eau lorsque l'étang est plein. Pour soulever la bonde on a une tige en fer, munie d'un crochet à un bout, et a l'autre bout d'un large anneau; quand on veut soulever la bonde, on engage le crochet dans l'anneau de la bonde , et dans l'anneau de la tige un levier à l'aide duquel on soulève avec facilité la bonde; cette tige se conserve à la maison et peut servir de clé à tous les étangs de même construction : par ces divers moyens toute la manœuvre de l'étang se trouve toutà-fait à l'abri de la malveillance.

Lorsque l'étang doit être grand et que la quantité des eaux affluentes est considérable, comme il ne serait point du tout commode de donner à l'œil du canal plus de 18 pouces de diamètre, on construit alors deux canaux parallèles qui se touchent immédiatement et ont chacun leur œil; on ne fait qu'un seul puits pour la manœuvre ; on le fait ovale, en donnant au grand diamètre parallèle à la chaussée une dimension suffisante pour une manœuvre facile.

Avec les prix actuels des bois , et surtout des bois de fort échantillon, le prix d'un thou en bois avec sa bâchasse ou son canal, en

DES ÉTANGS. liv. v.

y comprenant la main-d'œuvre du charpentier, s'élève au moins à 3 ou 400 fr. Le prix d'un thou de même dimension en pierre ou en briques , y compris le fer et toute la maind'œuvre du maçon, du maréchal et du tailleur de pierres, n'est guère plus de moitié. Ces résultats sont donnés par l'expérience pour des localités où le bois est cher, mais où la pierre et la brique le sont encore davantage. Outre le moindre prix, la facilité de la surveillance, le moindre danger qu'on risque des malveillans , les thoux en pierre offrent encore l'avantage d'être d'une durée indéfinie, et de n'avoir besoin d'aucun entretien. Nous avons parlé précédemment des thoux piémontais; ces thoux ressemblent à ceux en

Eierre que nous venons de décrire, mais le ouchon, au lieu d'être en bois, est en pierre , garni d'un plateau qui reçoit un cuir à sa partie inférieure ; on le manœuvre au moyen d'un treuil placé à la partie supérieure de la chaussée, autour duquel s'enveloppe une chaîne qui soutient le bouchon ; cette chaîne, à 18 pouces de la bonde, se divise en 3 chaînons qui aboutissent à 3 points également éloignés de la circonférence du bouchon ; le treuil , à sa partie 'supérieure , porte une roue dentée dans laquelle un cliquet s'engrène , pour maintenir la bonde à la hauteur que l'on veut. Les étangs de ce pays, qui sont destinés à l'irrigation de prairies, envoient leur trop plein dans les parties les plus élevées; et la chaussée est percée à cet effet à différentes hauteurs par des canaux qui s'ouvrent et se bouchent a volonté, et qui correspondent à des rigoles qui arrosent les parties intermédiaires des prés. Ceux de ces étangs où l'on élève du poisson ne se vident entièrement que pour la pêche.

On emploie encore quelquefois des thoux dits à la prussienne ; dans ces thoux, l'orifice du canal pour évacuer les eaux est à quelque distance de la chaussée , en sorte que la bonde se trouve au milieu de l'eau; le bâti au milieu duquel elle est placée peut être en fer ou en Dois; on y arrive au moyen d'une échelle ou d'une planche qui sert de pont et s'appuie d'un côté sur la chaussée , et de l'autre sur les traverses de fer ou de bois du thou. Le treuil piémontais serait le meilleur moyen de manœuvrer ce thou ; trois montans en fer, scellés dans la pierre de la bonde et maintenus entre eux par des traverses, pourraient soutenir tout le mécanisme et ne seraient point une dépense plus considérable que le puits en pierre ; toutefois on serait obligé, pour empêcher le poisson de sortir lors de la pêche , de couvrir l'orifice par une grille sphéroïdale assez élevée pour permettre le soulèvement de la bonde, et dans laquelle on laisserait un trou pour le jeu de la tige ou de la chaîne qui la soutient. Cette grille en fer mince serait une dépense qui ne dépasserait pas 50 fr.

Tous les avantages des thoux en pierre n'ont pas encore pu les faire généralement admettre; cependant on en trouve sur un assez grand nombre de points des pays d'étangs dans le département de l'Ain, et il paraît que dans le Forez on a commencé à les introduire.

Après avoir décrit le moyen d'obtenir et d'évacuer les eaux , nous devons nous occupe^

chap. 9'. DE L'ÉTABLISSEMENT ET DE des moym$ de les introduire et faire sortir le trop plein.

Pour empêcher le poisson de sortir de l'étang, en remontant ou en descendant le cours des eaux qui y arrivent ou cmi en sortent, on place des grilles G (fig. 199 ) à l'entrée et à la sortie; ces grilles sont faites en bois avec des barreaux quadrangulaires de 2 1/4 pouces d'écarrissage, placés diagonalement à 8 lignes de distance entre eux et maintenus dans un assemblage de charpente dans lequel ils s'engagent. Ainsi construites, ces grilles sont chères, durent peu long-temps et sont faciles à se déranger et à se détruire; nous les avons remplacées avec avantage et économie par des grilles en fer, de petit échantillon, de 3 à 4 lignes de côté( fig. 205), assemblées dans trois traverses Fig. 205.

en fer plat placées au-dessus , au-dessous et au milieu de la grille ; la traverse du dessous se noie dans un banc-gravier en pierres de taille; ce banc-gravier supporte 2 montans en pierres dans lesquelles se scellent les 2 autres traverses de la grille. En donnant à ces grilles en fer la moitié de la largeur des grilles en bois, elles offrent un beaucoup plus fort dégorgement que celles-ci ; chaque barreau de bois offrant 8 lignes de passage d'eau, pour un espace de 44 lignes , et le barreau en fer donnant la même issue pour un espace de 12 à 13 lignes (1). On emploie pour cet usage le fer laminé , et la grille peut s'établir à froid ; une grille de 4 pieds de large sur 2 1/2 pieds de hauteur pèse moins de 50 livres. En estimant la pierre et la main-d'œuvre chèrement, l'établissement d'une grille en fer revient en tout à 60 fr. et dure toujours, pendant qu'une grille en bois coûte a peu près le même prix et ne dure pas 20 ans. Dans le Dauphiné quelques étangs ont des grilles de cette espèce.

M. Périer, député actuel de l'Ain, s'est bien trouvé de remplacer le système de grille de barreaux rectangulaires en bois, qui prennent trop de place, par un assemblage de petites lames parallèles en chêne, placées comme les lames de persiennes ou d' abat-jours; la grille ancienne se remplace par une grille en lames à laquelle on peut donner 4 fois moins d'étendue; la distance entre les lames est de 8 lignes comme pour les autres grilles; l'inclinaison des lames est du côté de la chaussée.

(l) La théorie semblerait dire qu'on pourrait ne donner aux grilles en fer qu'un tiers de celle des grilles en bois , mais la pratique apprend que les grilles en bois dégorgent presque autant que le tiers de leur largeur; et pour cette raison nous avons donné moitié de cette dimension i h grille en fer.

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