‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 123 sur 369 · LA CONSTRUCTION DES ÉTANGS · texte numérisé non relu

LA CONSTRUCTION DES ÉTANGS

On peut suppléer la grille du trop-plein d'una manière simple et avantageuse; pour cela, dans le mur du puits dont nous avons parlé et du côté de l'étang, on place un tuyau en fonte en deux pièces; on donneàce tuyau la hauteur du banc gravier où s'écoule le trop-plein; ce tuyau a son embouchure inférieure dans le canal d'évacuation de l'étang, et ce canal est pavé en dalles sous le point du dégorgement du tuyau de fond, comme sous l'œil de la bonde; ces tuyaux se scellent à leur entrée dans le canal, à leur point de réunion et avec le mur du puits, avec du ciment de Pouilly ou le ciment à la rouille, qui se fait avec 17 parties de limaille de fer, une de sel ammoniaque et 2 de fleur de soufre; on entoure la partie supérieure du tuyau d'une petite grille en fer qui empêche la sortie du poisson. Le diamètre de ce tuyau doit être proportionné à la quantité d'eau affluente et à la hauteur de l'eau dans l'étang.

Les dimensions du canal d'évacuation ont du être réglées proportionnellement à la quantité d'eau affluente; c'est donc ces dimensions et la hauteur de l'eau dans l'étang qui doivent servir d'élément pour établir le diamètre de notre tuyau vertical. On suppose que le canal de l'étang, dans les grandes eaux, se remplit et débite ses eaux avec une vitesse d'un mètre par seconde, mais comme la contraction de la veine-fluide et d'autres causes physiques diminuent de beaucoup la quantité d'écoulement que donne le calcul , comme surtout l'expérience nous a prouvé que les dimensions doubles de celles données par le calcul n'étaient pas suffisantes, nous avons pensé que des dimensions quadruples seraient convenables, et qu'elles mettraient plus sûrement à l'abri de toute chance d'accident. Nous avons donc modifié le tableau donné dans le mémoire en question , et nous le reproduisons ici , en désignant pour le canal en fonte des dimensions quadruples de celles du calcul.

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AGRICULTURE FORESTIÈRE : DES ÉTANGS. liv. y.

le canal, il serait impossible de le, boucher par ce moyen; il ne resterait que le premier que nous avons indiqué.

Il n'y aurait pas d'inconvénient qu'une portion de la chaussée bien g azonnée, d'une vingtaine de pieds de large, fût tenue six pouces plus bas

Îme tout le reste , en la garnissant du côté de 'étang d'une petite claie à claire voie qui permettrait le débit de l'eau, et défendrait le passage du poisson. Les grandes eaux sont la circonstance la plus à craindre pour les étangs ; quand la chaussée est surmontée, le poisson s'entraîne, la chaussée se détruit en plusieurs points, et si l'étang renferme un grand volume d'eau, tous les fonds inférieurs sont submergés et entraînés ; on ne peut donc prendre trop de précautions contre de pareils accidens, et encore ne sera-t-on jamais à l'abri des sacs d'eau qui arrivent quelquefois.

Le peu de solidité et de durée des grilles en bois est cause que beaucoup d'étangs s'en trouvent privés à l'entrée et à la sortie des eaux; on les supplée par des fascinages, auxquels on donne le nom de fagottées, qui ne permettent qu'un débit très lent aux eaux , et causent par-là de frequens accidens que préviendraient les grilles en fer que nous avons proposées. Il est encore un moyen très utile de parer aux accidens et d'assurer le produit de l'étang en eau et en assec : ce moyen consiste à faire passer les eaux de l'étang, quand il est plein, dans un fossé qui en contourne les bords. Ce moyen offre le grand avantage de débiter une grande partie des eaux dans les cas d'inondation ; en outre, quand l'étang est plein, il est de remarque que le poisson se nourrit mieux et profite davantage lorsque de nouvelles eaux ne viennent pas dans l'étang; ce fait admis par tous les praticiens, quoiqu'ils ne l'expliquent guère , est néanmoins tout-à-fait certain.

Lorsque Y étang plein vient à couler par le canal ou autour du canal, on fait avec des fascines et de la terre, derrière le canal, une digue circulaire qui se rattache à la chaussée en enveloppant l'embouchure du canal ; on monte cette digue en battant la terre aussi rapidement qu'on le peut jusqu'au niveau de la chaussée. Si la masse d'eau qui coule était assez forte pour empêcher cette construction, on peut mettre dans îa digue un tuyau en bois qui donne passage à l'eau pendant la construction , et lorsque la digue est construite on bouche le tuyau par un tampon.

Si on n'a pas de tuyau , ou que la fuite soit trop considérable , on fait derrière la claie audessus du canal un fossé perpendiculaire; lors- 3u'on arrive au canal, on enlève un ou deux es plateaux de recouvrement ; si la perte d'eau a lieu par le canal , on place l'un des plateaux en travers, et on le garnit autant que possible avec de la terre et de la mousse; puis, avec autant de promptitude qu'on peut, on jette dans le canal des terres argileuses qu'on corroie, et on continue jusqu'à ce que le fossé pratiqué soit plein : par ce moyen l'eau se trouve ou tout-à-fait ou en très grande

Eartie tarie. Si le canal, au lieu d'être en ois, était en pierre, on enfoncerait la voûte ou on lèverait une des dalles qui le recouvrent pour faire la même opération.

Si le passage de l'eau était à côté de la bonde, lorsqu'on y arriverait on y jetterait promptement de la terre préparée , battue et mouillée, et on se hâterait de remplir de terre bien battue le fossé. Enfin, si le passage était sous |

Section V. — Dépense de construction d'un étang.

La dépense de construction d'un étang est très variable; nous allons prendre pour exemple un cas simple qui pourra servir à remonter à d'autres plus complexes.

Supposons un bassin favorable et tel qu'en le barrant par une seule chaussée transversale on puisse couvrir d'eau une surface de dix hectares; en admettant que l'étang ait une fois plus de longeur que de largeur, la chaussée aura 3 ou 400 mètres, soit 350 mètres de longueur; si le terrain a, depuis l'entrée de l'eau ou la queue jusqu'au point le plus bas vers le milieu de la chaussée, 9 pieds de pente, l'étang aura 9 pieds de profondeur, et la chaussée 10 pieas de hauteur; sa base inférieure vers le thou sera de 30 pieds , soit plus convenablement de 35; la base supérieure ou le terre-plein aura 10 pieds : or le cube de cette chaussée , en supposant la pente uniforme^ est de 9G,000 pieas cubes ou même de 100,000 parce que le fond du bassin a toujours une partie qui a peu de pente. Ce massif donne 237 toises cubes de 7 pieds et demi de côté, de 422 pieds cubes ou enfin 3300 mètres cubes.

La construction à forfait des chaussées se conclut de deux manières différentes : la première consiste à payer au déblai 12 à 15 cent, par toise carrée de 7 pieds et demi de côté sur une pointe de pèle de 4 pouces de profondeur. Ce prix porte la toise cube de 2 fr. 70 cent, à 3 fr. 37 cent., ou le mètre cube de 20 à 24 centimes, prix sans doute peu élevé pour le mètre cube de terres qu'on doit charrier de quelque distance à la brouette, qu'on doit bien travailler dans la clave et conduire et régaler sur tout le reste de la chaussée. Mais dans cette manière d'apprécier le travail, on trouve souvent des ouvriers peu consciencieux qui prennent leurs témoins de déblai dans les endroits les plus hauts et qui savent au besoin les surhausser. Pour n'être pas trompé ou n'avoir point de difficulté, il est préférable de payer au remblai de 4 à 5 fr. la toise cube, de 29 à 35 cent, le mètre cube. La chaussée reviendra à ce prix alla 1200 fr. Le pionnier aura fait en même temps la pêcherie et une petite partie du bief dont il a conduit les terres sur la chaussée, ile bief et la rivière de ceinture auront 600 mètres au moins de longueur chacun. La rivière de ceinture de 4 pieds 1/2 de largeur sur 2 à 3 de profondeur, dont les déblais se placent sur le bord du côté de l'étang, peut valoir au moins 30 cent, la toise ou 12 cent, le mètre courant. Le bief qui aura 9 à 10 pieds de largeur sur 18 pouces de profondeur, et dont il faut que les terres se transportent ou se jettent en des points où elles n'empêchent pas l'écoulement des eaux , coûtera a peu près 50 cent, la toise ou 20 cent, le mètre courant. En tout la rivière et le bief coûteront 192 fr., soit 200 fr. en comptant quelque chose pour le creusement de la vidange au bas de la chaussée et à la grille du trop-plein ; ajoutant

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DE L'EMPOISSONNEMENT.

à cela 400 fr. pour le thon et le canal de décharge que nous supposons simple, et pour la grille d'introduction des eaux et pour celle de trop-plein, nous aurons en moyenne 2000 fr., pour la dépense de construction d'un étang de 10 hectares en position favorable, soit 200 fr. par hectare. Mais la moitié peut-être des étangs, n'est pas en aussi bonne position; un assez grand nombre , ceux surtout où l'on est obligé de faire un ou plusieurs chaussons ou chaussées latérales ou plusieurs thoux, peuvent coûter au moins le double ; il y en a en outre un grand nombre de petits dont la dépense par hectare devient beaucoup plus forte, en sorte qu'on n'exagérerait rien en disant que, pour construire les 23,000 hectares d'étangs qui sont dans le département de l'Ain , il faudrait dépenser au moins moitié en sus de notre évaluation ou 300 fr. par hectare , ce qui porterait la dépense totale à 7 millions.

Section VI. — De l'empoissonnement.

On emploie dans les étangs trois espèces principales de poissons : la carpe , le brochet et la tanche.

§ Ier. —La carpe.

La carpe est regardée comme le produit i-incipal {fig. 206); ce n'est qu'à l'âge de 3

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Fig. 206.

ans au plus tôt qu on remploie a la consommation ; elle pèse alors un peu plus ou un peu moins d'une livre; un an plus tard elle pèse d'une à2 livres; elle a alors plus de chair et de graisse, et elle est de meilleur goût. Elle peut arriver à une grosseur beaucoup plus considérable, mais elle grossit d'autant moins vite qu'elle est plus âgée , et il paraît qu'à une certaine grosseur elle fatigue beaucoup les fonds dans lesquels on la nourrit : quelques praticiens estiment qu'une carpe audessus de 6 livres charge autant un fond qu'un cent d'empoissonnage , en sorte qu'une ^carpe de 12 livres qui mettra 10 ans à arriver a ce poids aura fait perdre 5 à 6 fois sa valeur à ceux qui l'ont nourrie , alors même qu'on l'évaluerait à 6 fr. le kilogramme.

! Les moyens de multiplication de cette espèce sont immenses : une carpe femelle pond chaque année depuis 24,000 jusqu'à 600,000 œufs. Si on la laisse seule ou sans brochets, dans un étang, elle s'épuise à poser, ne grossit pas et l'étang est inondé de feuilles et d'empoissonnage qui se nuisent réciproquement. La carpe-femelle dépose ses œufs sur le bord des étangs, et la carpe-mâle les féconde en les serrant sous son ventre, d'où la pression fait sortir la liqueur séminale que contiennent les laitances.

Le frai des carpes a lieu 2 fois par an , en mai et août ; à cette époque, le poisson est mol-

lasse et n'est pas d'un bon goût; il est généralement meilleur lorsque l'étang renferme du brochet qui l'empêche de se livrer tranquillement à la pose.

La carpe n'a quelquefois point de sexe, elle porte alors le nom de carpeau. Les carpeaux sont beaucoup plus estimés par les gourmets que les carpes des 2 sexes. Ils semblent qu'ils appartiennent au sexe mâle, et que quelque circonstance aura détruit leurs organes sexuels.

Les Anglais ont essayé de faire des carpeaux, et ils y ont réussi. On a aussi soumis à la même opération les tanches , les brochets et les perches. Dans cet état le poisson croît davantage, s'engraisse beaucoup plus vite et beaucoup mieux ; il est de meilleur goût. Nous ignorons si cette industrie est arrivée jusqu'en France. Kozier se récrie beaucoup contre cette cruauté, mais la plupart des animaux destinés à la consommation de l'homme sont traités de même par lui; et s'il fallait mesurer la pitié que l'homme doit aux animaux qui deviennent victimes de ses spéculations gastronomiques en raison de l'utilité et de l'intelligence , certes la carpe en mériterait moins qu'aucun autre.

Sans recourir à cette opération, il paraît que la séparation des sexes suffirait seule pour avoir en moins de temps des produits plus forts et de meilleure qualité.

§11. — Le brochet.

Le brochet ( fig. 207) tient le deuxième rang Fig. 207.

parmi les poissons que l'industrie de l'homme prépare pour sa consommation. Pendant que la carpe semble ne vivre que de petits insectes ou de produits à neine apercevablesdu sol dans lequel elle fouille pour prendre sa nourriture, le brochet ne vit que de poissons ; il s'attaque à toutes les espèces , à la carpe , surtout à la tanche et à son espèce même lorsque les autres lui manquent. Le brochet d'une livre qu'on mettrait avant l'hiver dans un étang où se trouveraient beaucoup de petits poissons , et surtout de la tanche, peut croître dans l'été d'une livre par mois.

Il en est de même des brochets que de la carpe. Lorsque le brochet a acquis une certaine grosseur, qu'il est arrivé à 6 livres, par exemple ; il lui faut plus de temps et surtout beaucoup plus de nourriture pour arriver jusqu'à 10 livres qu'il n'en a mis pour arriver jusqu'à 6 livres. On n'a donc pas d'intérêt à chercher à faire de grosses pièces qui d'ailleurs ne se vendent pas plus cher le kilogramme que les autres pièces moyennes.

Le brochet fraye en février et juin. Il perd dans ce moment beaucoup de sa qualité ; il devient maigre ; il faut alors prendre beaucoup de soin pour l'empêcher de s'échapper de l'etang, parce qu'il remonte tous les fossés où il rencontre ae l'eau.

La séparation des sexes dans le brochet pa* raîtrait devoir offrir beaucoup d'avantage.

AGRICULTURE FORESTIERE : DES ÉTANGS, uv. v.

Il parait que dans quelques pays d'étangs, on cherche aussi à élever l' anguille {fig. 20U; ; Fig. 209.

M. Vaulpré , médecin instruit et agronome habile , a fait sur ce sujet des expériences qui paraissent très concluantes. Il a placé dans un

étang d'empoissonnaçe des brochetons mâles, et dans un autre des Drochetons de sexes mélangés; et les brochetons mâles, un an après, ont produit un poids 50 fois plus considérable, pendant que ceux de sexes mélangés n'ont pris que l'accroissement ordinaire de 10 pouces.

Le brochet peut donc être un produit très avantageux, d'autant mieux que son prix est souvent triple de celui de la carpe; mais pour qu'il soit avantageux de produire du brochet , il est nécessaire qu'il ne consomme que du poisson de peu de valeur , et dont l'existence serait plutôt nuisible qu'utile au produit général de l'étang, autrement la perte serait grande pour le producteur, parce que le poids du brochet consommateur ne produit pas le dixième du poids du poisson consommé.

§ III. — La tanche.

La tanche (fig. 208) est un poisson du genre

des cyprins, dont la reproduction a beaucoup exercé les naturalistes. Cependant on a fini par s'assurer qu'à l'époque du frai , aux mois de juin et de septembre, les tanches avaient comme les carpes des œufs et des laitances qui disparaissent ensuite; la tanche alors s'agite et maigrit beaucoup. Le brochet en est particulièrement friand , il la poursuit à outrance et elle lui échappe, dit-on, en pénétrant dans la vase. Quand elle est grasse elle est très recherchée des consommateurs ; son poids moyen est d'une livre, et il faut des circonstances favorables pour qu'elle prenne un poids plus élevé ; ce poids néanmoins, dans quelques cas particuliers, peut aller jusqu'à 10 livres.

§ IV. — Autres poissons d'étang.

Après les trois espèces de poissons dont nous venons de parler, quelcjues propriétaires d'étangs admettent la perche. Ce poisson très vorace détruit le frai des autres espèces, et consomme dans l'étang une grande partie de ce qui sert à la nourriture des autres. Quand il est un peu nombreux, on dit qu'il brûle l'étang ; aussi, par cette raison, les éleveurs de poissons le rejettent quand ils en sont les maîtres. En Dombes surtout on ne le trouve guère que dans les étangs formés par cours d eau ou dans ceux où la malveillance les jette quelquefois. Le brochet ne peut presque pas l'atteindre : ses nageoires sont armées de pointes qu'il hérisse quand il se sent attaqué et qui messent cruellement la gueule armée de son ennemi , qui est obligé de lâcher prise. La perche est très délicate; on la regarde comme supérieure aux trois espèces qui précèdent. Avant la révolution, les fermiers des terres de Dombes cherchèrent à élever des perches jusqu'au poids de 2 livres qu'ils joignaient aux carpeaux de 12 à 15 , pour présens a leurs propriétaires.

mais elle perce les chaussées , s'écarte dans les prairies qui bordent les étangs, et lors de la pêche on n'en retrouve presque plus. On semble donc y avoir généralement renoncé.

Section VIL — De l'assolement des étangs.

§ I«r. — Principes d'assolement dans divers pays de la France.

Les principes de l'assolement des étangs sont les mêmes que ceux de l'assolement des terres en labours. La nature demande à varier ses produits, et le sol, soit qu'il produise par l'effet de la végétation spontanée ou de la végétation artificielle dirigée par l'homme , se repose en produisant des végétaux de familles diverses. Ce principe s'étend à tous les produits naturels , aussi bien aux produits animaux qu'aux produits végétaux

Dans la culture des étangs, la terre couverte d'eau nourrit avec avantage et fait croître du poisson pendant 2 ou S ans. Déjà même, dans la 2e année on estime dans le Forez que la pêche vaut l/10e ou l/8e de moins. Mais si la culture en eau se prolonge, elle diminue de produit, pendant cme le sol, fécondé à ce qu'il semble par les déjections des poissons qui y ont vécu, mis à sec et labouré, donne d'abondantes récoltes, après lesquelles le produit en poisson redevient de nouveau avantageux. Ce principe a été rigoureusement appliqué aux étangs de Bresse et Dombes. Ils sont dans ce pays d'un intérêt beaucoup plus grand que dans les autres; ils y couvrent l/6e du sol, pendant qu'ailleurs ils en couvrent à peine l/25e. On y a donc attaché plus d'importance. En outre, en Dombes,ils appartiennent souvent à des associations de particuliers , et souvent encore l'eau n'appartient pas au propriétaire auquel appartient le sol. Il a donc été nécessaire que dans ce pays des conditions régulières fussent établies, et que les droits respectifs des propriétaires de Passée entre eux et le propriétaire de l'eau fussent réglés d'une manière précise. Nous allons parcourir rapidement ce que nous avons pu recueillir sur les systèmes d'aménagement adoptés dans les principaux pays d'étangs. Nous développerons ensuite avec plus d'étendue celui suivi dans l'Ain, pour le comparer aux autres , et prendre dans chacun d'eux ce qui nous semblera meilleur.

D'abord nous nous occuperons des étangs des plateaux étendus qui bordent la Loire; l'aménagement des étangs y paraît à peu près le même. Dans toutes ces contrées, les détails que donnent MM. de Marivaux, de Morogues, Rozier, Bosc , Frorerville et d'Auteroche n'annoncent pas de système général admis absolument; mais les étangs, dans presque tous les pays dont ils ont voulu parler, sont à peu près toujours en eau; rarement on les cultive, et l'assolement par le labour est un souhait qu'ils forment assez généralement , niais qui

ne serait presque nulle part accompli. LéS étangs des plateaux delà Loire sont dûficpout la plupart toujours en eau; on les fait chômer à terme fixe pour les reposer, curer la pêcherie et les biefs, réparer au besoin la chaussée et la bonde.

Dans la Brenne, pays inondé , à la gauche de la Loire, dans le département de l'Indre , ce repos revient à peu près tous les onze ans; mais on ne laboure pas cette année l'assec. Cette opération ne serait pas profitable parce que le sol en étan^ non cultivé se trouve presque toujours infeste de niantes aquatiques, de roseaux, de carex qui s'élèvent souvent par cépées au-dessus du sol -et qui coûteraient trop à détruire pour la culture en labours dune seule année. On fait pâturer le bord des étangs, ou on y fauche jusque dans l'eau un fourrage de mauvaise qualité qui sert cependant à nourrir plus ou moins mal les bestiaux pendant l'hiver.

L'éducation des poissons se fait dans trois sortes d'étangs. Dans les plus petits on élève la feuille, dans ceux un peu plus grands on la fait grossir pour en faire du nourrain ou em-

Î moissonnage, et dans les plus grands on place e nourrain pour y faire du poisson de vente qu'on ne pêche qu'au bout de la deuxième année.

Vempoissonnage d'un étang se compose des trois premières espèces dont nous avons parlé ; on trouve que les anguilles se perdent et que la perche nuit beaucoup au-aelà de ce que vaut son produit.

Cet assolement, qui semble appartenir à la plus grande partie des étangs de France, change pour ceux de l'Est; leur assolement rentre dans les principes de la culture alterne. Dans le Forez où la plaine de Montbrison renferme une quantité proportionnelle d'étangs beaucoup plus grande que les parties inondées de la Sologne, les étangs sont alternativement en eau et en labourage. La culture en poissons dure 2 à 3 ans, et celle à la charrue en dure une, 2 ou 3 années, suivant la nature du terrain. C'est dans les terrains compactes que la culture est plus longue; souvent la lre année d'assec s'emploie tout entière à labourer le sol ; on fait la 2e année la ln récolte, qui est suivie d'une seconde la 3e année. Dans les terrains légers on ne laisse guère que 2 années en assec.

On a divers étangs pour produire la feuille, l'empoissonnage et le poisson de vente, mais assez souvent dans le même fonds on fait à la fois la feuille et l'empoissonnage.

L'expérience semble avoir amené à pêcher tous les ans au lieu de ne pêcher que la 2* année. Un produit plus fréquent et annuel convient mieux au cultivateur, et surtout au fermier, qu'un produit qui se fait attendre.

"La proportion des brochets qu'on met dans l'étang n'est jamais cjue moitié de celle de la dose ordinaire de l'Ain; peut-être cet usage at-il pris sa source dans leur habitude de pêcher à un an.

Dans Saône-et-Loire on assole à peu près de la même manière que dans le département de l'Ain l<s étangs des plaines; ceux des montagnes du Charollais sont plutôt des étangs pour les irrigations, des étangs qui servent de réservoir aux moulins, que des étangs pro-

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