‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 217 sur 369 · tome IV · texte numérisé non relu

tome IV

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ADMINISTRATION RURALE

couvre le domaine, sa figure géométrique o\\ sa forme, ses contours et ses limites, Vétendue superficielle des terres cultivables, celle des chemins et carrières, des canaux et des eaux courantes ou stagnantes, et autres portions soustraites à kt charrue, à la bêche ou à une culture quelconque, le nombre et la forme des pièces de terre, les morcellemens ou enchevêtremensqae peuvent présenter celles-ci dans les diverses parties du domaine, tous sujets sur l'économie desquels nous nous proposons de revenir dans le chapitre 111 uu Litre suivant.

S'il existait sur le domaine un cours d'eau, une source abondante, un puits foré donnant une grande quantité d'eau, il faudrait mesurer le volume de ces eaux, la hauteur de leur chute ou celle de leur jaillissement, afin de déterminer si elles peuvent être employées avec avantage à des travaux industriels, en prenant toutefois en considération les dispositions législatives qui règlent cette matière. On reconnaîtra également les mares et abreuvoirs qui peuvent se trouver sur le fonds, et on s'assurera que toutes ces eaux sont sal Libres, qu'elles peuvent servir aux irrigations, à la boisson, à des usages domestiques et ne peuvent nuire à la végétation des plantes ou à la santé des animaux.

Il ne reste plus maintenant qu'à étudier les diverses qualités de terre que peut présenter le domaine, c'est-à-dire à faire un examen agronomique du fonds; c'est un sujet sur lequel nous reviendrons dans le chapitre sui vant, parce qu'il a une très grande influence sur la valeur d'un fonds.

Des valeurs capitale» répandues ou placées sur le fonds.

Un fonds peut avoir été abandonné à la nature et être en friche ou à l'état sauvage. Dans ce cas, l'examen qu'on doit en faire est à peu près terminé; il ne reste plus qu'à y organiser un système d'exploitation rurale

Eour en tirer des fruits, et nous apprendrons ientôt comment on doit procéder à cet égard. Mais la plupart du temps le fonds est déjà en culture et on y a répandu ou placé des valeurs capitales, pour en faciliter l'exploitation, qui ont nécessité des avances de \a part de ceux qui l'ont possédé ou exploité antérieurement. C'est ce cas que nous allons examiner.

Les avances ont pu être employées: 1° en travaux ou en objets matériels immobiliers destinés à rendre le fonds exploitable; 2° en bestiaux , animaux de travail et objets mobiliers servant à l'exploitation. Ces derniers objets n'entrent pas toujours, comme on lésait, dans le prix d'acquisition d'un domaine ou dans les conditions de sa location, mais nous les y comprenons ici pour rendre la question plus générale.

Si ces avances capitales ont été suffisantes pour mettre le fonds dans un état exploitable le plus satisfaisant possible et pour l'entretenir dans cet état, il n'y a plus qu'à en prendre possession et à procéder aux travaux de culture au moyen desquels on peut en tirer des fruits. Si d'un autre côté ces avances ont été insuffisantes pour mettre dans le meilleur état exploitable dont il est suscep-

tible le domaine en question, il y a de nouvelles avances à faire pour en compléter l'or;,; nisation. Dans l'un comme dans l'autre cas il n'y a qu'un examen de détail qui puisse nous faire connaître réellement la situation actuelle du domaine, nous éclairer sur son état et sur l'étendue des sacrifices qu'il faudrait faire pour atteindre le but que doit se proposer tout cultivateur industrieux.

y Commençons par l'examen des avances qui ont été faites pour Y amélioration du fonds. Ces avances ont été employées à des travaux d'arpentage, de nivellement, d'ernbanquement, d'endiguage, de dessèchement, de défrichement, de clôture et à la construction de chemins et de bâtimens ruraux.

Toutes choses égales, on doit donner la préférence à un domaine où Y arpentage, le plan cadastral et la carte topographique ont été faits avec exactitude. La propriété étant ainii bien définie, on connaît et on apprécie mieux ce qu'on achète eu ce qu'on prend à loyer et on évite plus aisément de fâcheuses contestations.

Les travaux de nivellement doivent avoir été complets et faits avec assez de soin pour couvrir de terre meuble et fertile les parties arides du sol et les roches dénudées, faciliter tous les travaux agricoles, mettre à l'abri de l'accumulation et de la stagnation des eaux ou la favoriser dans certaines portions du terrain, f)t pour rendre à la culture la plus grande surface possible de terrain dans la situation et la localité où Ton est placé.

Les endiguages, les embanquemens ont dus être entrepris, construits et entretenus avec l'attention, la dépense et l'étendue convenables. Sous ce rapport on aura donc à jeter en particulier un coup d'œil sur les digues, épis, jetées, défenses, canaux, fossés, écluses, vannes, claies, etc., la manière dont tous ces objets ont été établis ou bâtis, les matériaux qui entrent dans leur construction, leur condition actuelle, leur état d'entretien, les frais annuels que peut nécessiter cet entretien, la durée probable de ces objets, et enfin les dépenses qu'exigeraient leur reconstruction totale en cas de dépérissement complet.

Les travaux de dessèchement donneront lieu à des considérations analogues, c'est-à-dire qu'on examinera s'ils ont été exécutés avec l'étendue et le soin nécessaires, si les canaux principaux et secondaires d'écoulement ou de ceinture ; si les galeries, rigoles souterraines, coulisses, coups de sonde, puits perdus, boitouts, puisards, fossés couverts ou ouverts, etc., sont établis suivant les principes de la science; dans quelle condition se trouvent actuellement ces objets, les réparations annuelles qu'ils exigent, etc. ( Yoy. t. Lr, chap. 5).

C'est en suivant une marche conforme à la précédente qu'on examinera les travaux exécutés pour les arrosemens et les irrigations (t. Ier, chap. IX, p. 237); ceux entrepris pour se procurer Veau nécessaire aux animaux ou aux besoins domestiques, tels que étangs, bassins, mares (t. IV, chap. IX), puits artésiens et ordinaires, citernes, conduits d'eaux de sources ou courantes, etc.

Les défrichemens ont-ils été exécutés avec l'étendue ou suivant les conditions exigées (t. 1er, chap. V, p. 112) pour ces sortes de

ciiu*. i,r.

CHOIX D'UN DOMAINE RURAL

travaux? ont-ils enlevé les pierres, souehes, racines et antres obstacles qui s'opposaient a la régularité, à la perfection et à la célérité des travaux agricoles ou des laçons à donner au sol? ont-ils ameubli et nettoyé suffisamment et assez profondément la terre; livré à la charrue ou à la culture la plus grande surface possible de terrain, ou laissé encore en friche des gazons, des pelouses, des allées, des avenues, des terres vagues ou autres objets sans utilité, etc.? Voilà autant de points qui doivent tour à tour fixer l'attention de rentrepreneur.

Un domaine défendu par des clôtures a presque toujours plus de valeur que celui qui n'est pas clos, et on estime, en Allemagne, au moins pour les propriétés sur les lisières des chemins, à près de 10 p. 0/0 du produit net en nature les pertes ou les dépenses de surveillance qu'occasionne une propriété qui n'a pas de clôture. Ona donc à examiner l'étendue de ces clôtures, leur nature, les portes et barrières qui y sont pratiquées, si elles défendent suffisamment le fonds contre les bestiaux, les larcins ou les envatiissemens; leur état d'entretien, les produits qu'elles peuvent rendre et les frais qu'elles occasionnent {voy. t. Ie', chap. XIV, p. 357 ).

Le nombre et le tracé des chemins ruraux ou d'exploitation, les matériaux qui les composent, leur largeur, leur construction, leur nature et l'état d'entretien dans lequel ils se trouvent méritent également un examen particulier. Si ces chemins sont mal ordonnés, insuffisans, mauvais, raboteux ou tortueux, Ils consomment beaucoup plus de force et de temps, et on doit avoir égard aux redressemens et réparations dont ils auront besoin.

L'examen des bdtimens ruraux donne lieu à une foule de questions intéressantes, que nous examinerons avec plus de détail dans le chap. III du titre III. Ici nous nous bornerons à dire que l'examen doit porter sitr leur situation, leur étendue suffisante pu instiffisarite, leur capacité et leur distribution intérieure, leur salubrité, leur groupement ou commodité

f)our les usages actuels ou ceux auxquels on es destine, leur construction, leur solidité, la possibilité des agrandissemens, des améliorations, etc.; enfin sur le danger des incendies par les maisons du voisinage, sur leur état actuel d'entretien, les réparations annuelles qu'ils nécessitent, leur durée probable, les dépenses auxquelles obligera leur mise eri bon état ou qu'exigerait leur reconstruction, et le prix de tous les matériaux de construction et de la main-d'œuvre dails le pays.

En se livrant à l'examen des bâtimens ruraux on comprendra ceux qui servent à Y exploitation des arts agricoles, tels que les moulins à eau ou à vent, les fours à chaux ou à plâtre, les magnaneries, etc., et on n'oubliera pas dans cet examen les roues hydrauliques qui servent à donner l'impulsion aux machine» «t dont il importe de constater l'état, les silos en maçonnerie qui peuvent exister pour la conservation des grains oti des racines, les caves creusées dans le roc pour y déposer les vins, les fromages ou autres denrées, etc., enfin on jctteraen mêmetemps uncoupd'oMlsur le jardin potager, le verger ou le jardin d'agré-

ment qui sont souvent placés près des bâtimens.

L'examen portera ensuite sur les réservoirs d'eau, les mares, les étangs, sur leur étendue, le volume et la quantité de leurs eaux en toute saison, leur construction, leur état d'entretien, en se conformant à cet égard à tout ce qui a été prescrit (voy. p. 179 et suiv.).

Knfin il sera indispensable, sous le rapport immobilier, de fixer son attention sur les plantations qui peuvent couvrir une partie du domaine et qui consistent ordinairement en bois d'essences diverses , ou en noyers, mûriers, oliviers, vignes, etc. ; il faudra constater là surface qu'elles recouvrent, le nombre de pieds qui constituent plusieurs d'entre elles, l'espèce, l'âge, la vigueur, la qualité ou le cépage, etc.

2° Les avances qui ont été faites pour réunir sur le domaine les objets mobiliers qui servent à son exploitation ont eu pour but l'acquisition des bêtes de trait ou de rente et du mobilier. Ces objets, pour le moment, ne donnent lieu qu'à un examen bien simple.

On constatera, pour les bêtes de trait et de rente, le nombre des animaux, leur race, leur âge, et la condition hygiénique dans laquelle ils se trouvent ainsi que l'état d'entretien des troupeaux.

Le mobilier qui garnit le domaine ne àerâ examiné pour le moment que sous le rapport du nombre des machines, instrumens, outils et ustensiles qui le composent, et de leur état d'entretien ou d'usure.

Au moyen de tous ces documens on se formera une idée très précise de l'état d'organisation du fonds et des nouvelles avances qu'il pourra être nécessaire de faire pour compléter cette organisation.

§ IV. — De l'état actuel du domaine sous le rapport de son exploitation.

Il importe beaucoup, avant de procéder à l'acquisition d'un domaine quelconque ou de le prendre à bail , de constater le mode d'exploitation qui servait à en tirer des fruits antérieurement au moment où on se propose d'entrer en jouissance.

Sous ce rapport nous trouvons dans lé t. IV des Annales de Roville , des observations de M. Rob. Brown, qui méritent de trouver place ici.

« L'expérience nous montre tous les jours, dit-il, que la plupart des fermiers ignorans sont eux-mêmes cause de leur perte , par le choix qu'ils font d'une ferme. Ils ont des règles si fausses, qu'ils rejettent souvent les fermes sur lesquelles bientôt après d'autres font leur forturte, oit prennent pour guide le succès du ferihier sortant. Si un homme s'est enrichi sur une ferme, ou s'il y a vécu dans l'aisance, un grand nombre de concurrens se présentent aussitôt, presque sans aucun examen préalable de la propriété; mais si au contraire le fermier s'y est ruiné ou a mal fait ses affaires, on croit comme une chose démontrée et sans rien considérer, que la ferme est mauvaise, on attribue tout au sol, et on s'éloigne avec l'idée que sans une diminution du fermage, la ferme ne peut être avantageuse.

ADMINISTRATION RURALE

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Ces opinions sont absurdes , car la conduite des diffe'rens fermiers est si diverse, que le succès dépend très peu de la rente. Supposez deux fermiers pouvant disposer de capitaux égaux: l'un cultive avec jugement et intelligence, amende ses champs autant qu'il le peut , ne vend ni son foin ni sa paille , assole ses terres d'une manière judicieuse, saigne soigneusement ses champs et tient ses clôtures en bon état. Cet homme s'enrichit; l'autre se montre négligent sur ces points essentiels ; il tombe dans la pauvreté. Telles sont les causes de la richesse des uns et de la pauvreté des autres; et assurément on conviendra que celui qui juge de la valeur d'une ferme par le succès de ceux qui l'ont cultivée porte un jugement des plus faux ».

Ceci posé, on voit que, sous un point de vue général , ce ne peut être les succès ou les revers de ceux qui ont exploité le fonds avant vous qui doivent servir de base à votre choix et à votre estimation , et qu'il n'y a qu'une enquête détaillée sur le mode d'exploitation auquel le fonds a été ou est soumis qui puisse vous éclairer sur la cause de ces revers et de ces succès , vous apprendre ce que vous êtes en droit d'attendre d'un bon système d'administration appliqué à ce fonds , vous donner une idée précise de sa valeur et vous déterminer en sa faveur.

Que le domaine ait été exploité avec une extrême négligence , ou par une routine qui ne donne pas tous les fruits dont le fonds est susceptible, ou enfin au moyen d'un système perfectionné de culture, l'enquête doit toujours être la même, seulement elle aura plus ou moins d'étendue suivant la perfection du système qui aura été suivi , et dans tous les cas elle provoquera une étude raisonnée de ce fonds qui sera toujours très fructueuse pour l'entrepreneur.

Le 1er objet dont il faudra s'informer c'est le mode administratif d'exploitation au moyen duquel le domaine a été mis en valeur, ou la condition de l'entrepreneur qui le dirigeait. Le fonds a-t-il été exploité par son propriétaire , ou par un régisseur, un fermier ou un colon partiaire ? Cette question fort simple donnera déjà quelquefois une idée assez nette de l'état dans lequel doit se trouver le fonds.

On cherchera ensuite à connaître quelles étaient les connaissances agricoles, la capacité , les qualités morales de cet entrepreneur, les capitaux dont il pouvait disposer, les conditions, s'il était fermier, auxquelles il avait obtenu la jouissance du fonds, son plan de conduite pendant le temps qu'il a exploité, son mode d'administration, et les événemens naturels, les circonstances imprévues, les cas fortuits ou les causes dépendantes de la volonté des autres hommes ou de la sienne propre qui ont entravé ou arrêté, favorisé ou développé son industrie.

Ces notions préliminaires une fois acquises on soumettra a une critique raisonnée le système d'économie rurale que l'entrepreneur avait adopté. Ce système était-il le plus convenable dont il pût faire choix dans les circonstances locales ou individuelles où il était placé ? Etait-il le plus fructueux et le plus propre à accroître successivement la valeur fon-

cière du domaine? Pendant qu'il a été mis en activité, le domaine a-t-il été porté au point d'amélioration dont il est susceptible par un bon mode d'administration? etc.

A cette critique on fera succéder celle du système de culture ou l'assolement qui aura été mis en pratique pendant la durée de l'exploitation de l'entrepreneur précédent. A cet égard, il faudra d'abord examiner si cet asso lement est conforme aux règles de l'art, sous le rapport de la rotation et de l'alternance des, cultures, s'il est bien adapté au climat, à la nature des terres, au système économique du domaine, aux conditions commerciales dans lesquelles on se trouve , etc.

A ces questions générales on en ajoutera d'autres d'un grand intérêt, telles sont les suivantes : A quelle profondeur labourait-on ; quel était dans cet assolement le rapport superficiel des soles fourragères aux soles à grains; la nature et la qualité des engrais dont on se servait annuellement pour fumer les soles? La quantité de ces engrais qu'on employait , était-elle au-dessous des besoins, ou suffisante pour conserver ou augmenter la fertilité des terres ? A-t-on fumé régulièrement dans les derniqres années les soles qui devaient l'être et n'a-t-on pas tiré de suite des terres , surtout dans les derniers temps , plusieurs récoltes épuisantes, sans réparer la fécondité qu'elles avaient ainsi perdu ? Enfin quel était le produit brut annuel des diverses soles , pour chacune des espèces végétales qui entrait dans l'assolement? etc.

On s'occupera ensuite d'examiner les agens soit du personnel soit du matériel qui ont servi à mettre en activité tout le système économique du domaine.

Relativement au personnel , on aura d'abord à s'informer du nombre des serviteurs et des journaliers employés communément sur la ferme, et à déterminer si ce nombre a été insuffisant ou trop considérable; puis on s'occupera des gages que recevaient les 1er* , des conditions ae leur engagement , des frais de leur nourriture et de leur entretien , du nom-' bre de jours qu'ils travaillent dans l'année suivant les usages du pays : pour les seconds, du taux de leurs salaires , des conditions auxquelles on obtenait le travail des hommes , des femmes et des enfans pendant les diverses saisons de l'année, et pour les uns aussi bien que pour les autres , de leur moralité , leur force, leur énergie, leur activité ainsi que leurs connaissances agricoles ou leur ignorance.

Les bêtes de trait et de rente seront à leur tour passées en revue , et on s'appliquera surtout à déterminer si c'étaient les animaux les mieux adaptés à la nature et aux besoins du domaine ou de la localité ; quel était le régime, le mode de renouvellement ou de propagation auxquels ils étaient soumis ; le degré d'amélioration auquel ils sont parvenus; les frais qu'occasionnaient annuellement leur nourriture, leur entretien ou leur renouvellement; les travaux ou les services qu'on exigeait d'eux ou qu'on était en droit d'en attendre dans un bon mode d'aministration ; le prix de leur travail; leur valeur à différens âges et à divers degrés de condition ou d'embonpoint sur les mar-

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