‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 23 sur 369 · IV · texte numérisé non relu

IV

place; ces haies, conduites avec soin, sont les plus durables qu'on puisse faire, car on en cite qui ont plus de 2 siècles et qui sont encore en bon état.

15. MARRONNIER (lat. Esculus; angl. Horsechesnut; dW.Rosshastanie; liai. Ippocastano) fîg.49. — Le Marronnier d Inde ou YHippoca- Fig. 49.

stane {E. hippocastanum, Lin.) est un des plus beaux arbres de la nature, lorsqu'il est couvert de ses innombrables panaches de fleurs; mais on ne lui a encore reconnu aucune propriélé capable de le faire rechercher pour les usages de la vie. Son bois est mou et de peu de valeur : on assure néanmoins qu'étant employé à faire des conduits d'eau souterrains , il dure plus long-temps que ceux de beaucoup d'autres bois plus durs. On en fait des voliges, des planches pour les caisses d'emballage. Ses fruits pelés, desséchés et réduits en farine, servent à faire une assez bonne colle; on assure qu'ils donnent une assez grande quantité de potasse. Le meilleur emploi qu'on puisse en faire, c'est de les donner aux chèvres et aux moutons, qui les mangent sans aucune répugnance. On peut les ramasser en quantité et les conserver pour le chauffage, ils donnent beaucoup de chaleur. On multiplie cet arbre en semant, au printemps, des marrons qu'on a eu la précaution de conserver dans du sable pendant l'hiver; il vient bien dans presque tous les terrains et toutes les situations, mais il préfère une terre un peu humide , mais non marécageuse, car il y périrait.

16. MERISIER ( lat. Prunus; angl. White cherry ; ail. VogeUcb\schbaum ; ital. Visciola, ou Ciriegio selvaggio). — Le Merisier (P. avium, Lin. ) est un arbre élevé de 30 à 40 pieds. Sa tige est couverte d'une écorce lisse, blanchâtre, avec une teinte rougeâtre; elle est formée de plusieurs couches que l'on peut enlever séparément. Quelques personnes le considèrent comme le type de toutes les variétés de cerises cultivées. Autrefois on en réservait beaucoup dans les coupes des forêts, suivant l'ordonnance de 1669, trop même; dans ces derniers temps, on est tombé dans un excès contraire. Le bois du merisier est ferme, roussâtre, dur et serré. Le pied cube sec pèse 54 à 55 livres. Il |

LÏT.V.

est doux, facile à travailler, et prend un beau poli. Il est recherché par les tourneurs, les ébénistes et les menuisiers. En le mettant dans l'eau de chaux pendant 30 à 40 heures, on lui donne une belle couleur rouge brun, qu'il conserve long-temps; on le polit ensuite, et il peut rivaliser avec plusieurs bois exotiques. Le merisier élevé dans les forêts, et ayant acquis ses plus fortes dimensions, est employé comme bois de charpente ; il sert à faire des planches, des douves de tonneaux, qui passent pour donner un goût agréable au vin qu'on y renferme; il sert aussi comme bois de chauffage, et produit un charbon estimé. Dans les chantiers de bois, il ne se conserve pas long-temps, lue fruit du merisier est fort estimé; il est céphalique, apéritif et agréable au goût. L'eau distillée des merises noires sert à faire différentes liqueurs.

Cet arbre se multiplie de graines, ainsi que par la greffe. On préfère le propager de plants, qu'on trouve en abondance dans les forêts. L'utilité de son bois et de ses fruits mérite qu'on le cultive dans nos forêts; il est alors convenable d'en semer les fruits ; on aura des arbres toujours plus élevés et plus vigoureux. Il paraît que la variété à fruits rouges est préférable à celle dont les fruits sont noirs, parce que les arbres qui en proviennent sont plus élevés et deviennent plus gros. Dans tous les cas , on sème les fruits après la récolte, et si l'on est forcé de différer le semis, on les conserve pendant l'hiver, en les stratifiant avec du sable. On choisit pour faire les semis une terre légère et bien labourée, et on les recouvre d'un pouce de terre au plus. Les jeunes merisiers lèvent au printemps; il faut avoir soin de les débarrasser des mauvaises herbes. Au bout d'un an, ils sont en état d'être transplantés en pépinière. En janvier et février, on met les plants à 2 pieds de distance, en ayant soin de conserver les pivots , surtout pour ceux qu'on destine aux forêts. La plantation à demeure se fait au bout de 2 ou 3 ans et à 3 ou 4 pieds de distance en tous sens, ou entremêlés avec des chênes, des hêtres, etc.; ils n'en viendront alors que mieux. Cet arbre croît bien dans les forêts et à l'ombre des plus grands arbres, mais il est encore plus beau en plein air. Suivant Duhamel, il pourrait servir à faire de belles avenues dans les champs comme sur les grandes routes. Cet arbre se plaît dans les pays de montagnes, sur les coteaux élevés, dans les terrains calcaires, légers et même sablonneux; il ne craint que les terres trop humides ou argileuses.

17. MICOCOULIER ( \z\.Celtis).— Le Micocoulier de Provence (C. australis,Lm.)(fîg. 50) estun arbre indigène à la France méridionale et à l'Italie. Sa tige,unie et grisâtre dans la jeunesse de l'arbre, noirâtre et raboteuse lorsqu'il est vieux, s'élève de 40 à 60 pieds. Son bois est compacte, liant, et tellement souple, qu'une branche de 5 à 6 pieds de long, sur un pouce de diamètre, peut former le cercle avant de se rompre; le pied cube pèse sec 70 livres. Il présente de grands avantages pour la menuiserie, pour la marqueterie et la fabrication des meubles. Coupé obliquement à ses fibres, il imite assez bien le bois satiné. A Sauve, département du Gard, sept arpens

ARBRES ET ARBUSTES FORESTIERS INDIGENES

de terrain, entrecoupés de rochers et plantés de micocouliers, fournissent, tous les ans, près de cinq mille douzaines de fourches,, et produisent un revenu d'environ 25,000 fr. par au. Dans le nord de la France, ainsi que dans le centre, on ne cultive pourtant le micocoulier que comme arbre d'ornement; il serait du plus grand intérêt de le répandre dans les forêts. Il présente tant d'avantages, que peu d'arbres peuvent rivaliser avec lui; il a même le mérite d'être à l'abri des attaques de plusieurs insectes qui rongent l'orme, le chêne, etc.

Fi g. 50.

Cet arbre croît dans presque tous les terrains; il préfère ceux qui sont légers, frais et de bonne qualité. Aux environs de Grasse, j'en ai vu un bois de la plus grande hauteur, au milieu de rochers et de 15 a 20 pieds d'élévation. On le multiplie de greffe, de drageons enracinés et de graines qui ne lèvent souvent que la seconde année. Au nord de la France, les jeunes arbres sont sensibles à la gelée ; il faut les abriter en les entourant de paille jusqu'à ce qu'ils aient atteint une hauteur de 5 à 6 pieds : ilspeuventalors résister aux dIus fortes gelées. Dambourney a obtenu une belle couleur jaune-chamois de deux onces de son écorce bouillie dans l'eau pendant une heure.

Les feuilles du micocoulier conviennent aux bestiaux, surtout aux chèvres. Ses fruits sont d'un goût agréable; quoique peu nourrjssans, les en fans les recherchent. Soumis à la presse, ils donnent une huile dont la saveur rappelle celle de l'huile d'amandes douces : cette huile, brûlée dans les lampes, produit une flamme très-claire.

18. NOISETIER (lat. Corylus ; angl. Hazel; ail. Hasehtrauch ; \\a\.Nocciuolo.) — Le Noisetier commun ou Coudrier ( C. avellana, Lin. ) (fig. 51 est un grand arbrisseau qui croît naturellement dans les taillis et dans les haies de l'Europe. Il est peu prpprea être cultivé dans les forêts, mais on l'élève en pépinière et dans les jardins; il n'est jamais assez gros pour (ju'on en puisse faire des ouvrages de quelque importance. Son bois est tendre, souple, d'un blanc-roux, d'un grain assez égal, mais il ne

prend nas un assez beau poli • il pèse par pied cune 45) livres. Ou en fait des cerceaux, des claies, des harls, des échalas, des étuis, des pieux et différons ouvrages de vannerie. Son charbon est très-léger et propre à la fabrication de la poudre à canon. On coupe les taillis de coudrier tous les 10 à 15 ans; il ne dure guère que 40 à 50 ans, mais il repousse du pied avec une grande force. Les noisettes ont un g;oûl généralement agréable, mais qui varie suivant les variétés que l'on cultive et dont on connaît un assez grand nombre : on en relire une huile douce, béchique, anodine et qui rancit difficilement.

Fig. 51.

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Le noisetier est peu délicat sur la nature duterrain, il préfère cependant ceux qui sont légers et frais ; il supporte également le froid etle chaud. On le multiplie de graines et surtout par marcottes et par ses drageons : il est à propos d'en mettre dans les remises, parce que le gibier recherche ses fruits. On le propage le plus souvent en le greffant par approche, c'est la seule greffe qui ne manque jamais; elle se fait au commencement du printemps, et il faut attendre la seconde année pour séparer le sujet de l'arbre qui est greffé, afin que la réussite soit complète et bien assurée.

19. ORME Mat. Ulmus ;2iW^Elm;^\\.Ulme y Ruster; ital. Olmo). — L'Orme commun{U.campestns, Lin.) a une tigehaute de G0 à 70 pieds ; elle acquiert quelquefois une circonférence de 12 à 15 pieds. Le bois en est jaune, marbré de couleurs brunes ou jaunâtres, dur, pesant, susceptible d'un beau poli. C'est le meilleur de nos bois indigènes pour le charronnage ; il sert, de préférence à tout autre, pour les moyeux, les jantes, les entretoises et les essieux de l'artillerie. Le pied cube sec pèse 48 ! livres; on en fait des tuyaux pour la conduite des eaux, des corps de pompes et autres ouvrages destinés à rester sous l'eau ou dans la terre, et qui durent très-long-temps. Après le chêne, c'est le bois de construction le plus durable. Dans le Nord, on fait des nattes avec la seconde écorce, qui est presque aussi souple que celle du tilleul, et on en fabrique des cordes à puits : les feuilles servent à la nourriture des vaches, des chèvres et des moutons. Cet arbre est souvent attaqué par

plusieurs insectes, qui le maltraitent et quelquefois causent sa mort.

L'Orme tortillard,qi\e l'on considère comme une variété de l'orme commun, quoique ses caractères distinctifs se conservent par le semis de ses graines, est un des arbres les plus ErécieuxderEuropepourlecharronnage.Son ois se vend 3 ou 4 Vois plus cher que celui de l'autre, de sorte que les propriétaires auraient le plus grand avantage à le cultiver en grand, comme à Varèdes, près de Meaux, et dans quelques autres parties de la France.

L'orme, multiplié par ses graines, a produit un grand nombre de variétés distinctes par la forme et la grandeur des feuilles, et elles ont reçu différentes destinations comme arbres d'ornement. On peut, dit Duhamel, faire de superbes avenues avec I'Orme à larges feuilles, des lisières admirables avec celui à petites feuilles ou Orme pyramidal, des belles palissades, des boules en forme d'orangers, et des tapis ou massifs sous les grands arbres, dans les quinconces, avec I'Orme à très-petites feuilles.

L'Orme fongueux (U. suberosa, Wild.) a été long-temps confondu avec l'orme commun.

11 en diffère par les jeunes rameaux qui sont toujours couverts d'excroissances de la nature du liège. Ses fleurs n'ont que quatre étamines, et ses fruits sont glabres. Son bois est employé aux mêmes usages que celui de l'orme commun.

L'Orme pédoncule (U. pedunculata, Foug.) (^.52) est un bel arbre très-élevé qui mérite Fig. 52.

ARBRES ET ARBUSTES FORESTIERS, liv. v.

les plus vigoureux. La meilleure graine est celle qu'on recueille sous les plus beaux ormes, aussitôt qu'elle est tombée. Lorsqu'on la sème de suite, elle lève au bout de 15 jours ou 3 semaines; si on attend au printemps suivant, elle reste 8 jours de plus à lever. Il faut avoir soin de sarcler les semis et les débarrasser des mauvaises herbes. On les recèpe à la 4e ou 5e année.

Jaume Saint-Hilaire.

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