DES AMÉLIORATIONS FONCIÈRES
croissent pas la valeur du fonds, et sont ainsi consommas improduclivement, ou dont les intéièts grevem sans nécessité la production agricole*
La simplicité dans le plan et dans l'exécution lorsqu'elle n'exclut pas les autres conditions que doivent remplir des travaux, doit toujours être recherchée dans les améliorations foncières. Ainsi un bâtiment rural est décoré comme il doit l'être quand il satisfait à toutes les convenances du service, et est parfaitement approprié à sa destination.
Une tinp grande solidité est également un luxe inutile, et, en bonne économie, des travaux d'amélioration doivent être établis pour avoir une durée limitée et non pas pour être éternels.
L'économie dans les moyens d'exécution est une chose importante dans toute entreprise d'amélioration. Cette économie ne réside pas seulement dans la simplicité et la légèreté dans les dimensions, la masse ou la force suffisantes, mais dans le choix des bons matériaux, ce qui exige qu'on connaisse tous ceux que fournit le pays; dans leur mise en œuvre par des constructeurs et des ouvriers habiles; dans l'ordre et la marche rapide et régulière de tous les travaux.
§ III. — Exemple d'un calcul d'amélioration.
Nous avons dit qu'un devis exact et détaillé permet la comparaison entre les avances à faire en améliorations foncières et l'accroissement de valeur qu'acquerra la propriété par ces améliorations; essayons, pour éclaircir ce sujet, de donner un exemple.
Un entrepreneur a, je suppose, réuni en un seul morceau 50 hectares de terre de diverses qualités ; 20 de ces hectares sont des terres vagues, argilo-sableuses et de cohésion moyenne, couvertes de plantes parasites et de pierres roulantes; 15 autres sont inondées et marécageuses, mais dans un bon fonds; enfin les 15 dernières sont de terres arables en assez mauvais état de culture. Ces terres lui ont coûté, savoir :
20 hectares à 600 fr. . . 12,000 f.
15 hect. à 500 fr. ... 7,500 15 hect. à îooo fr. . . . 15,000
06,980 fr.
contrat » 2,450
Les améliorations ont donné lieu aux
frais suivans.
20 hect. Extirpation de végétaux ligneux, enlèvement des pierres, écobuage, labours et façons diverses, à 140 fr.l'hect.
15 hect. Endiguage, en fascines, dessèchement, défrichement, amendemens calcaires, à 500 fr. lhecl
15 hect. Nivellement, défonçage, façons diverses, marnage, à 105 fr. l'hect. . .
Etablissement de chemins d'exploitation. .
Construction de clôtures, mare pour les eaux.
Construction des bâtimens d'exploitation et
d'habitation 22,550
Total des avances. . . 70,-ioo
Intérêts de cette somme à 5 p. o/o pendant
18 mois, durée moyenne des travaux. . 5,280
Bénéfices industriels de l'entrepreneur pendant ces 18 mois, à raison de 5 p. o/o de son capital avancé et de ses intérêts . . B,67f>
Total des frais. . . 81,3.f;o
Au taux où se vendent les terres dans le pays en corps de ferme et do même qualité, le domaine »m.clioré peut être évalué ainsi qu'il suit \
20 licct. Je terre à froment de 3e classe,
à 1,800 fr. l'hect 36,000 f.
15 hect. à céréales de printemps de 2e cl.
à l,G50fr. l'iiect 24,750
15 hect. de terre à froment de 4e classe, à
1400 fr. . „ 21,000
Total. . .81,750
Ainsi cet entrepreneur a fait une spéculation avantageuse puisqu'il est parvenu à donner par des améliorations une valeur de 81,750 fr. à des terres qui n'en avaient dans l'origine que 36,950 fr. , qu'il n'a avancé en réalité pour cela que 70,400 fr., et qu'il a trouvé pendant ce temps l'intérêt de ses capitaux et une indemnité pour son industrie.
Si la valeur vénale du fonds amélioré ne s'était élevée qu'à 75,680 fr. , l'entrepreneur ne serait parvenu à donner à celui-ci qu'une valeur égale à ses avances et à l'intérêt de ses capitaux; son industrie n'aurait pas, dans ce cas, trouvé sa récompense, et si cette valeur n'était montée qu'à 70,400 fr., non-seulement il n'aurait eu aucun profit industriel, mais il aurait perdu encore l'intérêt de ses capitaux pendant 18 mois.
§ IV. — Des opérations topographiques et de la division à opérer sur un fonds.
Lorsqu'on organise le service d'un fonds de terre , il est nécessaire avant d'entreprendre les travaux qui doivent en rendre la surface cultivable, ou après l'exécution de plusieurs de ces travaux, de procéder à certaines opérations topographiques dont nous allons nous occuper.
Ces opérations pour être enseignées aux agriculteurs et être bien comprises par eux, exigeraient qu'on entrât dans un trop grand nombre de détails que ne comporte pas la nature de cet ouvrage, et nous sommes forcés de renvoyer aux ouvrages qui traitent spécialement de ces matières. Nous dirons seulement qu'elles sont faites la plupart du temps dans nos campagnes, par les géomètres- arpenteurs et dans les cas les plus irnportans, par des ingénieurs; mais que la connaissance de leurs méthodes et de leurs procédés , dans les cas ordinaires, n'exigeant que les simples notions de l'arithmétique, de la géométrie et du dessin , elles pourraient aisément devenir familières aux cultivateurs , et être avantageusement exécutées par eux avec une précision suffisante. Ces opérations sont :
lo V arpentage, qui a pour but de mesurer l'étendue de la surface de la propriété ou des champs, et qui s'exécute au moyen de jalons et de Jiches3 ainsi que d'une chafne et d'une équerre dites d'arpenteur. Les mesures une fois prises avec ces instrumens, on dresse le tracé du plan, c'est-à-dire une figure qui représente sur ie papier celle de la propriété arpentée et de ses principales divisions d'après un certain rapport qu'on nomme une échelle.
2o Le nivellement, qui sert à déterminer les différences de niveau enire les divers points de la surface du domaine. On l'exécute sur le terrain arpenté au moyen du niveau d'eau et d'une règle de bois divisée, portant une planchette qu'on nomme mire.
3° Le tracé des chemins ruraux ou d'exploitation, celui des canaux , étangs, mares, fossés, rigoles, celui de remplacement des constructions, ouvrages i art et bàtimens, etc. Ce tracé étudié et figuré d'abord sur le plan est ensuite reporté sur le terrain au moyen des instrumens d'arpentage.
4° Le lever de la carie topographique qui est la représentation sur le papier et d'après une échelle déterminée des dimensions et de la figure exacte de la
propriété, ainsi que celle de tous les objets qu'on remarque sur le terrain ou au moins l'indication de leur situation respective suivant des signes convenus. Le lever de la carte topographique suppose, comme on voit, l'arpentage, et tantôt on arpente en levant, et tantôt on lève en arpentant. Les instrumens dont on se sert pour mesurer l'étendue de la surface du fonds et en relever les principaux détails sont ceux de l'arpenteur; le graphomètre pour obtenir des valeurs angulaires ; la boussole pour le même objet et pour orienter la carte, et enfin la planchette, pour lever directement sans connaître les distances ni les angles. Tous les relèvemens étant faits, on procède au dessin de la carie, c'est-à-dire qu'on trace d'abord au crayon sur le papier, suivant l'échelle, toutes les lignes que comporte le plan ainsi que tous les détails qu'il renferme suivant les signes convenus. Ce dessin est ensuite mis au trait à l'encre, puis lavé, c'est-à-dire colorié avec des couleurs et des teintes conventionnelles pour les terres labourables, vignes, vergers, landes, bois, bruyères, sables, marais, elangs, cours d'eau, arbres, constructions, bâtimens, etc.
Examinons maintenant en particulier les avantages que présentent ces opérations topograpbiques, et ajoutons plusieurs considérations auxquelles il faut avoir égard quand on les entreprend.
L'arpentage a non-seulement pour but de connaître la superficie réelle de la propriété , mais il sert de plus à en déterminer les limites, à en rectifier et fixer le bornage, à prévenir des contestations fâcheuses avec des voisins avides ou de mauvaise foi , et à s'opposer à leurs envahissemens. Sous ces divers points de vue il importe qu'il soit fait avec soin et par un homme exercé et consciencieux.
Le nivellement est une opération qui demande à être également bien faite, parce que c'est sur elle qu'on, s'appuie toutes les fois qu'on entreprend de faire écouler ou d'amener des eaux, d'adoucir des pentes, de faire disparaître les inégalités du terrain , de déterminer la direction des pièces de terre, des clôtures, celle des chemins ruraux, ou de se livrer à certains travaux de terrassement.
Dans le tracé des chemins ruraux, dans celui des canaux, étangs, marais, fossés, rigoles, dans celui de l'emplacement des constructions, ouvrages d'art ou bâtimens, il ne faut jamais perdre de vue que ces objets doivent être établis de manière à nécessiter le moins de frais d'entretien, à ménager le terrain, à faciliter ou à diminuer les travaux des hommes ou des attelages, à économiser le temps et les frais de transport.
L'établissement des chemins ruraux, étant en particulier une opération purement agricole, mérite d'attirer l'attention de l'administrateur. D'abord ils doivent procurer un accès facile aux bâtimens ruraux, à chaque pièce de terre, aux étangs, mares, carrières, ainsi qu'aux chemins communaux, ce qui ne parait pas pré senter de difficulté quand la ferme est de figure régulière, divisée en vastes enclos et placée favorablement relativement aux chemins vicinaux, mais qui parfois offre des obstacles qu'il faut, étudier et savoir vaincre quand le domaine ne se trouve pas dans ces conditions. Ces chemins doivent être autant que possible dirigés en lignes droites pour ménager le terrain, pour diminuer les frais d'établissement et d'entretien, tant des chemins eux-mêmes que des clôtures qui les bordent ; ils doivent présenter plus de largeur près des angles brusques, aux alentours des portes des enclos pour donner aux voitures plus de facilité pour tourner et éviter les accidens fâcheux. Quant à leur construction, nous renvoyons au lom. Ier, pag. 353, où ce sujet a été traité par l'un de nos collaborateurs.
Le lever de la carte et la division du terrain en piè-
ciiap. 3«;
ces de terre sont d'une très grande importance dans une exploitation rurale. Ces opérations ont pour avantages communs de permettre l'établissement d'un assolement régulier sur la propriété, de déterminer le tracé des clôtures, de faciliter la direction de tous les travaux agricoles qu'on peut conduire en suivant les indications de la carte et de ses divisions; de rendre plus aisée la surveillance des travailleurs et la mesure de leur travail, enfin de fournir un certain nombre d'élémens indispensables dans les calculs relatifs à des plans généraux et particuliers de culture ou de produit des terres.
Arrêtons-nous en particulier sur chacune de ces opérations.
D'abord nous répéterons ici, relativement à la carte topographique, ce que nous avons dit pour le tracé du plan d'arpentage; elle ne saurait être faite avec trop d'attention, et la plupart du temps elle dispense du 2« dont elle contient toutes les indications. Mais pour complé:er les notions qu'on peut puiser dans son inspection, nous pensons qu'il est indispensable dans une exploitation bien dirigée, d'y joindre un mémoire descriplifou t'tat de lieux où sont décrits tous les objets immobiliers qui se trouvent sur le domaine suivant leurs situations respectives, leurs dimensions, les parties qui les composent, leur usage, leur qualité et leur étal au moment où. on rédige ce mémoire. Celui-ci contient en outre la désignation de chaque pièce de terre suivant son étendue, ses limites, ses caractères physiques et agronomiques, et les améliorations dont ces pièces peuvent être susceptibles. De cette manière la carte et le mémoire qui l'accompagne, deviennent la base sur laquelle l'administrateur s'appuie par la suite pour établir et diriger tout son système d'exploitation et d'amélioration.
Le mémoire peut être rédigé par l'administrateur lui-même, s'il a les connaissances pratiques suffisantes, ou, dans le cas contraire, par un ingénieur du cadastre, un géomètre arpenteur, un architecte ou un expert.
Avant de nous occuper de la division d'un domaine en soles ou pièces, rappelons que nous avons signalé ailleurs (p. 223 ) les inconvéniens des propriétés morcelées et de l'enchevêtrement et les moyens d'y remédier.
La division du terrain d'un domaine en soles ou pièces de terre exige une attention spéciale, parce qu'elle exerc:- sur le succès et la bonne direction des opérations ultérieures une influence beaucoup plus grande qu'on ne le croit communément.
Les divisions qu'on opère sur la surface d'un domaine doivent être envisagées sous le rapport de leur direction, de leur situation respective, de leur égalité, de leur étendue et de leur forme.
La direction des pièces de terre n'est pas indifférente ; d'abord l'exposition, pais l'état de sécheresse ou d'humidité du sol et les phénomènes climalériques sont autant d'élémens qu'il faut prendre en considération avant de se déterminer sur la direction qu'il convient de donner, vers tel ou tel point de l'horizon, aux pièces de terre, surtout quand on les trace de forme oblongue. Celte direction dépend encore de la situation des bâtimens d'exploitation dont il faut rapprocher autant que possible l'entrée des pièces, de la nécessité de ménager un accès facile aux hommes, aux voitures et aux animaux, de celle où on est de fariliter les moyens d'abreuver journellement le bétail, des conditions physiques dans lesquelles se trouve h: domaine qui peut être traversé, so:l par une route ou un chemin public servant de limites naturelles aux pièces et qui permettent d'y pénétrer sans l'établissement d'un chemin rural, ce qui économise le terrain, soit par un cours d'eau qui, en limitant les soles, n'oblige pas à la
DES AMÉLIORATIONS FONCIERES.
construction de ponts ou autres ouvrages pour passer d'une partie d'une pièce dans une autre. On est encore souvent contraint d'adopter une certaine direction dans la division des pièces, quand la propriété est frappée de servitudes gênantes; ainsi, tantôt on est oblige de livrer passage aux hommes et aux animaux qui se rendent sur les fonds voisins ou sur un pacage communal, et dans ce cas il faut établir les chemins les plus directs et les plus courts, et les border de haies ou de fossés qui servent de limites aux pièces contiguêset préviennent les déprédations des passans ou les ravages des bestiaux étrangers ; tantôt on est assujéli à recevoir les eaux d'uu fonds supérieur auxquelles il faut creuser un lit entre les pièces de terre pour les empêcher d'inonder celles-ci et d'interrompre ou contrarier, si elles coupaient une pièce, les travaux de labourage ou autres, etc. Enlin la figure même de la propriété peut être telle qu'il soit beaucoup plus avantageux d'établir les pièces dans une direction que dans une autre.
La situation respective des pièces varie en raison des mêmes causes que la direction; mais ici la figure de la propriété joue un rôle plus important, et c'est à l'administrateur à chercher, parmi toutes les combinaisons dont la division est susceptible, celle qui présente le plus d'avantages sous tous les rapports.
Inégalité des pièces, sous le rapport de l'étendue ei de la nature, est une chose fort importante pour avoir chaque année la même quantité de travaux à exécuter et obtenir la même masse de grains et de fourrages; mais elle est souvent difficile à établir, surtout quand les bàtimen3 sont dans une position peu favorable et placés à une des extrémités de la ferme ou quand la propriété présente des différences considérables dans la nature et la qualité des terres, ce qui contraint souvent à doubler le nombre des soles, à multiplier les pièces ou à adopter 2 assolemens divers.
Relativement à la Jîgure et à Y étendue des pièces nous allons emprunter les paroles de l'auteur du Code d' agriculture qui a traité ce sujet avec beaucoup de netteté.
« C'est, dit J. Sinclair, un grand avantage pour celui qui exploite une ferme que ses pièces soient dVtendue et de figure convenables. Il est exposé à des pertes inévitables lorsqu'elles sont divisées au hasard, sans attention au système particulier de culture qu'on doit y suivre. Lorsqu'une ferme est divisée en pièces de diverses étendues il est difficile d'y établir une rotation régulière de récoltes et d'y tenir ses comptes de culture très exacts; il est certainement convenable dans une ferme d'avoir quelques pièces de peu d'étendue encloses pour en former des pâturages, et, dans les situations élevées, les abris que présentent les petits enclos ont aussi leur avantage, l'hiver surtout; mais dans les fermes à grains il n'est généralement pas avantageux d'avoir un grand nombre de petits enclos de forme irrégulière, entourés d'arbres ou de haies élevées, principalement dans les contrées plates où les abris ne sont pas nécessaires. Les clôtures multipliées sont dispendieuses à établir, elles s'opposent à la libre circulation de l'air, donnent asile à un grand nombre d'oiseaux, font perdre un très grand espace de terrain, épuisent le sol, nourrissent une foule de plantes parasites donl les graines se répandent sur les champs et nuisent à la dessiccation des moissons lors des récoltes. D'un autre côté, lorsque les pièces de terre sont d'une grande étendue, il y a moins de terrain perdu, moins de clôtures à exécuter, les récoltes peuvent être rentrées plus promplement et souffrent moins dans tes saisons humides; dans les pâturages, il est plus facile de fournir de l'eau pour abreuver le bétail ; enfin dans les grandes pièces de terres arables, on n'est pas obligé, lors du labourage, à. des tournées fréquentes et on fait,
ADMINISTRATION RURALE
iorsque les pièces sont régulières et les sillons de longueur convenable, autant d'ouvrage avec li charrues ou'avic o travaillant dans de petites pièces de forme irrégulière. Presque tous les autres travaux présentent un rapport à peu près aussi avantageux.
« Les circonstances dont doit dépendre l'étendue des pièces de terre sont : "L'étendue de la ferme ; dans les petites fermes situées près des villes, c'est peut-être assez de 2 hect. ^0 ares à 5 hect. ; mais lorsque les fermes sont d'une grande étendue, on peut donner avec avantage aux pièces depuis 8 jusqu'à 2 0 hect., et même, dans quelques cas particuliers, jusqu'à 24 hect. Cependant, en général, les juges compélens préfèr nt les pièces moyennes de 6 à 10 hect., même dans les grandes fermes quand les circonstances locales le permettent ; — Le sol et le sous-sol; on doit faire attention, lorsque le sol est varié, de séparer les terrains légers des terrains argileux; non-seulement il est plus facile de les consacrer à différentes récoltes et de les soumettre à des assolemens différens, mais il est plus commode d'exécuter les cultures qui doivent être faites dans les saisons différentes; — La ro ation adoptée; en thèse générale, une ferme doit être divisée conformément à l'assolement qu'on doit y suivre ; c'est-àdire qu'une ferme où Ton adopte un assolement de 6 ans doit être divisée en 6 pièces ou en 12, selon les circonstances.il est bon qu'une pièce entière, si le sol est uniforme, soit chargée de la même récolte, et tout cultivateur expérimenté sait combien il est avantageux que les produits de chaque année soient égaux sur la ferme autant que le sol et les saisons peuvent le permettre; — Le nombre des charrues; il est également convenable que l'étendue des pièces de terre soit proportionnée au nombre de chevaux et de charrues qu'on emploie sur la ferme, de manière que les labours soient achevés en peu de temps et que les hersages, les roulages et la moisson soient terminés plus promplement et économiquement. Par exemple, lorsqu'on emploie 6 charrues à 2 chevaux, on considère des pièces de 7 à 10 hect. comme l'étendue la plus convenable; avec 12 chevaux ces pièces peuvent toujours être terminées en 4 jours ou en S au plus; — L'inclinaison du terrain; mêmedansles terrains bien desséchés on ne peut faire, si le sol est en pente, les sillons 1res longs, parce que les attelages seraient trop fatigués; — Pâturage?; lorsqu'on adopte la méthode d'employer le sol en pâturages et en terres arables, surtout lorsque le pâturage doit durer 2 à 3 années de suite, les pièces de terre de 8 à 12 hect. sont avantageuses; le cultivateur peut ainsi diviser son bétail; les bêtes à cornes et les moutons sont plus tranquilles que lorsqu'on les réunit en plus grand nombre et il y a moins d'herbe détruite par le piétinement; — Le climat; dans les climats secs et froids on doit désirer les petits enclos, à cause de l'avantage des abris, tandis que dans les pays humides, les pièces de terre en culture ne peuvent être trop ouvertes et trop aérées, afin que le sol sedessèche promptement, que les grains croissent et mûrissent avec plus de facilité et que le cultivateur, favorisé par le libre accès de l'air, soit moins gêné pour rentrer ses récoltes dans une saison défavorable.
« Quoique, dans les grandes exploitations, les pièces de terre doivent être d'une grande étendue, cependant il est très utile d'avoir près de la maison de ferme quelques enclos plus petits pour les vaches qui alimentent la famille, pour y renfermer les poulains et les jumens, pour y cultiver une grande variété de végétaux et pour y faire en petit des expériences.
« Quant à la jigure des pièces de terre, elle peut être carrée ou rectangulaire. Dans les pièces de figure carrée, on a l'avantage que les clôtures forment des lignes droites et que le labourage s'y exécute d'une im-
nière plus expéditive. La forme carrée permet de labourer dans toutes les directions, lorsque cela est nécessaire, et c'est celle qui entraine le moins de perte de temps dans toutes les opérations de l'agriculture. Lorsque les pièces sont petites, on doit préférer la ligure rectangulaire ou en carré oblong, afin que les labours s'exécutent avec moins de tournées. Cette forme a encore l'avantage de pouvoir subdiviser facilement ces pièces par des claies pour faire consommer des récoltes sur place par les bestiaux, Enfin, les champs carrés ou rectangulaires permettent de connaître avec facilité et par un calcul simple, d'après la longueur et la largeur des sillons, si les laboureurs ont bien employé leur temps. »
§ IV. — Des constructions rurales.
L'industrie agricole a besoin, pour loger ses travailleurs, mettre ses récoltes à l'abri de l'influence des saisons ou des déprédations , abriter et tenir chaudement ses animaux de trait et de rente, d'édifices ou bâtimens qu'on désigne ordinairement sous le nom collectif de bâtimens ruraux ou de maison de ferme.
Vart des constructions rurales ou Y architecture rurajie est une branche de l'architecture qui s'occupe en particulier de la rédaction des projets et de la construction de tous les bâtimens, édifices ou des travaux d'art qui peuvent être utiles à l'agriculture. Cet art fort important a été beaucoup négligé en France , et nous regrettons que les limites qui nous sont imposées ne nous permettent pas d'entrer dans tous les détails qu'il comporte, et nous force de renvoyer aux ouvrages qui traitent spécialement cette matière.
Les bâtimens ruraux doivent en général attirer l'attention toute particulière d'un administrateur, parce qu'ils contribuent pour une part beaucoup plus grande qu'on ne se l'imagine dans nos campagnes, au succès des opérations dans un établissement. Un emplacement mal choisi, une forme ou une distribution incommodes, des constructions insalubres ou mal adaptées à leur service, etc., occasionnent des pertes de temps, de denrées, de capitaux qui accroissent sans nécessité les frais de production. Partout où les "maisons de ferme et les bâtimens destinésà loger le bétail sontétroits, et construits d'après des principes vicieux , comme dans la majeure partie de la France , on peut dire sans craindre de se tromper, que l'agriculture n'est pas florissante; tandis que partout, au contraire, où les bâtimens de ferme sont bien placés, distribués avantageusement, entretenus avec soin , ainsi que cela se rencontre communément en Angleterre et dans d'autres pays, on est en droit d'en conclure que l'agriculture prospère et y est bien entendue.
Des bâtimens qui réunissent les conditions qu'on exige dans ces édifices accroissent d'une manière bien notable la valeur d'un domaine et Sinclair ne craint pas d'avancer qu'un fermier industrieux pourra offrir un fermage d'un quart et même d'un tiers en plus pour une ferme dont les terres et les bâtimens sont distribués d'une manière commode et régulière plutôt que pour une autre ferme de même étendue, disposée suivant un plan irrégulier et incommode. Dans une ferme comme
ciiAr. 3«
DES BATIMENS RURAUX
ces dernières, ajoute-t-il, une partie des terres est souvent négligée et on y met moins d'engrais; les dépenses de culture y sont essentiellement augmentées, les attelages sont assujétis à une fatigue inutile, le travail ne
Eeut y être réglé d'un manière profitable, le étail ne prospère pas et on ne peut attendre d'aucune opération agricole autant de succès que si tout était disposé autrement.
1° Des conditions générales que doivent remplir les bàtimens ruraux.
Les conditions que doivent remplir des bàtimens ruraux, pour être parfaitement adaptés au service auquel on les destine, sont aussi diversifiées que les habitudes, les moeurs, l'état de l'agriculture , la position topographique des pays et la nature des exploitations. Il en est néanmoins quelques-unes qui ont un caractère de généralité et sur lesquelles nous devons insister plus particulièrement :
1° Remplacement; c'est un axiome en économie agricole que la maison de ferme et ses dépendances doivent autant que possible être placées au centre de l'exploitation. Ce principe , comme il est facile de le comprendre, a moins d'importance pour les petites fermes; mais dans les grands établissemens où on néglige d'en faire l'application , non -seulement on éprouve des pertes de temps inévitables , un surcroît de travail et de très grandes difficultés pour la surveillance des travaux, mais les pièces de terre qui se trouvent très éloignées, par suite de l'emplacement mal choisi pour les bàtimens, sont cultivées avec moins de soin ou abandonnées souvent à un misérable état de pâturage qui fait décroître leur fécondité.
On conçoit d'après cela combien il est peu judicieux," ainsi qu'on le voit dans une foule de lieux, de placer les maisons de ferme dans les villages et à une distance quelquefois très grande des terres qu'on y exploite. Dans tous les cantons les mieux cultivés de la Belgique , il n'y a que les marchands, les artisans , les ouvriers ou journaliers qui habitent les villages; toutes les maisons de ferme sont placées au milieu des champs qu'on y cultive; c'est même en grande partie à cet état de choses que Schvverz attribue les progrès si remarquables de l'agriculture dans ce pays. Il en est à peu près de même dans quelques départemens du nord et de l'est de la France, en Angleterre, en Hollande, dans le Holstein, en Suisse, en Toscane et dans toutes les localités qui se distinguent par des progrès dans l'industrie agricole.
Il est quelques circonstances où on peut s'écarter du principe qui exige qu'on place les bàtimens au centre de l'exploitation ou à peu près; telles sont celles où l'on est obligé de se rapprocher d'un cours d'eau soit pour abreuver les animaux ou pour les usages domestiques, soit pour mettre en mouvement une machine à battre, des moulins à blé, des roues hydrauliques qui servent de 1ers moteurs aux machinesd'une fabrique, ou bien celles où le centre de l'établissement ne présente pas les conditions désirables, celles enfin, où la nécessité force de se rapprocher d'un chemin public, d'un canal, des lieux habités, etc.; c'est a l'administrateur à peser les avantages et
les inconvéniens des divers emplacemens, et à se décider pour celui qui lui procurera dans son exploitation la plus grande économie de temps, ae main-d'œuvre et de capitaux.
2° La situation et Yorientation. Une maison de ferme ne doit pas être située sur le sommet d'une colline ou sur un sol plat; on doit la placer, quand on le peut, sur un terrain très légèrement en pente et à l'exposition du midi. Cette exposition peut au reste varier suivant les localités. Le lieu où on l'établira sera parfaitement sec, afin que les bàtimens soient plus sains et qu'on puisse plus aisément les maintenir chauds et propres; il sera d'un accès facile pour les animaux et les véhicules; il s'élèvera suffisamment au-dessus du niveau du domaine pour qu'on puisse apercevoir d'un coup d'œil la plus grande partie de celui-ci et tous les travailleurs qui opèrent dans un point quelconque. Le bord d'un petit ruisseau sur un sol sablonneux ou graveleux est une situation à la fois agréable, salubre et commode, mais désavantageuse au contraire sur les terres glaiseuses et fortes. On évitera toujours les localités basses et marécageuses qui nuisent à la santé des hommes et des animaux et affaiblissent leur vigueur et leur énergie et celles où l'on est trop exposé aux influences d'un soleil d'été brûlant ou à la fureur des vents, des orages ou des ouragans. Dans les fonds en terres tenaces et où l'atmosphère est constamment saturé de vapeurs, les charrois et les travaux sont toujours pénibles et les bàtimens malsains et numides ; en outre, ceux-ci s'y détériorent très promptement, et les récoltes, quoique rentrées en bon état, y contractent une moiteur ou même de la moisissure qui diminue leur valeur ou leur cause de notables avaries.
3° La réunion des bàtimens. Le mode qui paraît devoir être le plus avantageux dans les parties septentrionales de la France, c'est de réunir tous les bàtimens en un seul corps et sous un même toit; les frais de construction ainsi que ceux d'entretien sont ainsi beaucoup moindres, et la température au sein de ces bàtimens agglomérés se conserve plus aisément douce et modérée pendant la saison rigoureuse que dans ceux qui sont isolés. Dans le Midi, où on a besoin d'une plus grande circulation d'air, on peut s'éloigner de ce principe.
Dans les pays où, comme en Angleterre, on fait passer aux bestiaux l'hiver en plein air, on a trouvé avantageux de construire sur les pâturages ou les soles trop éloignées des abris légers où les animaux peuvent se réfugier ou recevoir leurs alimens; on épargne de cette manière tout le travail qui aurait été nécessaire pour transporter les récoltes vertes au centre de l'exploitation et les fumiers sur les champs.
Quelques grands fermiers de ce pays font même construire ainsi dans diverses parties placées trop loin de ce centre, de petites granges légères où on emmagasine les récoltes des champs environnans.
Dans les fermes où s'exercent un ou plusieurs arts agricoles qui nécessitent L'emploi de la force motrice de l'eau, on est souvent obligé de séparer les bàtimens de la fabrique