‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 266 sur 369 · ADMINISTRÂT · texte numérisé non relu

ADMINISTRÂT

égard à la taille et à la race des animaux et à leur mode d'alimentation. Par exemple, une bergerie pour des moutons petits et communs n'a pas besoin, pour un nombre égal de têtes, de présenter autant de surface que celle destinée à des moutons de haute taille ou perfectionnés ; des animaux nourris constamment à l'étable ont besoin de plus d'air et d'espace

3 ue ceux qui sortent et pâturent, et les bêtes 'encrais doivent jouir d'un espace libre plus considérable que les autres bêtes de rente.

L'expérience paraît avoir démontré, suivant M. Block, que l'étendue superficielle des bâtimens pour chaque espèce d'animaux qui composent le bétail de trait ou de rente devait être réglée de la manière suivante :

Pour un cheval de taille plutôt grosse que petite, et y compris le magasin à fourrages, la chambre au coffre à avoine, au hache-paille et la sellerie, 75 pi. car. (environ 7 l/2 met. car.).

Pour une vache plus grosse que petite, y compris le magasin à fourrage , 62 pi. car. (6 met. car. ) ; — un bœuf de trait de forte taille, 56 pi. car. ( environ 5 l/2 met. car.); — un bœuf d'engrais , 62 pi. car. ( 6 met. car.) ; - — de jeunes têtes de gros bétail de 1 à 3 ans en moyenne, 40 pi. car. (4 met. car.).

Pour des bêles à laine , y compris la crèche et les mangeoires, quand ces animaux ne sont tondus qu'une fois par an, 10 pi. car. (l met. car.) et pour ceux tondus 2 fois 8 1/2 à 9 pieds carrés ( 85 à 90 décimètres carrés ).

Pour une truie de forte race , 30 à 55 pi. car. ( 3 à 5 1/2 met. car. ); — un veiratZ4k 28 pi. car. (2 à 3 met. car.); — un cochonneau jusqu'à 6 mois, 10 à 12 pi. car. (environ t met. car. ) et au-dessus de cet âge, 15 à 16 pi. car. (l 1/3 à 1 1/2 met. car. ).

On suppose dans cette évaluation que tous ces animaux sont réunis plusieurs ensemble, et que dans une construction neuve on tiendra compte de l'emplacement des portes et des fenêtres.

La hauteur de ces bâtimens doit être au moins de 10 à 12 pi. pour les écuries, les étables et bergeries, et de 6 à 7 pi. pour les toits à porcs.

La capacité des granges ou autres bâtimens qui servent à emmagasiner les récoltes ne saurait être déterminée avec exactitude, suivant le même auteur, quand on évalue les récoltes en poids, parce qu'un certain poids de céréales dont la paille est très forte et le grain bien nourri tient bien plus de place que si cette paille était fine et mince et le grain amaigri; à ce sujet, nous croyons devoir consigner ici les résultats moyens qui ont été obtenus sur le rapport en poids du grain à celui de la paille dans diverses espèces de graines. On a trouvé que dans un sol fertile et lorsque la paille est bien développée^ on obtenait pour

100 kil.de gerbes de from. 30 kil. grain et 70 kil. paille.

100 seigle. 25 75

100 orge. 35 65

*00 avoine. 30 70

100 poic et vesces. 2 0 80

et que dans les sols moins fertiles et qui donnent des

récoltes de grains moins abondantes et où le grain

donne proportionnellement moins de paiHçpour

ION RURALE. uv. vu.

100 kil. de gerbes de from. 40 kil. grain cl G0 kil. paille. 100 .... seigle. 36 . . , 64 100 . . . . orge. 45 ... 55 100. . . . avoine. 42 ... 58 100. . pois et vesces. 24 ... 76

Des céréales coupées à la faucille occupent aussi moins de place que celles moissonnées à la faux, parce qu'elles sont moins brouillées et disposées plus régulièrement.

Cela posé, le savant agronome que nous avons cité plus haut a trouvé qu'au moment de la récolte, les produits suivans occupaient terme moyen pour les bonnes et les mauvaises années, savoir :

1 kil. de gerbe de froment d'hiver, 46o po. cubes ou 9200 eentim. cub.

1 — seigle d'hiver, 48o ou p6oo

1 — grosse orge, 44o — 8800.

1 — avoine, 45o — 9000.

1 — pois et vesces, 640 — 12800.

1 kil. de nèfle rouge porte graine, 54o — 10800.

1 — blanc. — 440 — 8800.

1 kil de foin de trèfle et son regain. 43o — 9600.

1 kil. de foin de prairie et son regain, 460— 9200. »

En moyenne pour le froment, le seigle, l'orge, l'avoine et les pois, et pour un rapport moyen entre la paille et le grain qu'elle fournit, on peut admettre que 8 liv. ou 4 kiiog. de gerbes occupent un espace d'un pi. cube ou 34 décimètres cubes, et que 7 liv., ou 3 1/2 kilog., occupent cette même capacité ( environ 1 mètre cube par quintal métrique) quand il s'agit d'emmagasiner diverses espèces de récoltes et qu'il faut, dans les granges, laisser des espaces vides entre elles.

Quant aux foins de trèfle ou de prairie et à leurs regains, on voit que 1 quintal métrique (200 liv.) occupe aussi à fort peu près 27 pi. cubes ou un peu moins d'un mètre cube et que c'est sur cette capacité qu'il faut compter pour chaque quintal de fourrage.

Toutes ces récoltes, après quelque temps de séjour dans les granges et magasins, diminuent de poids par suite d'une dessiccation plus complète et de volume par le tassement.

9j La distribution et la disposition intérieure des bâtimens affectés à chaque service. C'est un sujet dont nous ne pouvons nous occuper en détail pour le moment, mais sur lequel nous ajouterons quelques notions dans le paragraphe suivant. Il nous suffira de dire que cette distribution doit satisfaire à plusieurs conditions essentielles, savoir : surface utile et disponible la plus étendue possible, commodité pour le service, économie de temps et de main-d'œuvre, salubrité pour les hommes et les animaux, sécurité contre les accidens qui pourraient mettre la vie des uns ou des autres en danger ou compromettre la fortune du maître. Nous renvoyons, au reste, au tome I*r, p. 304, où nous avons parlé des dispositions intérieures que doivent présenter les bâtimens destinés à contenir les récoltes, et au livre des animaux domestiques où on trouve énoncés les principes qui doivent présider à la construction des bâtimens nécessaires pour abriter ceux-ci.

10° Ù économie dans les frais de construction. Nous avons déjà fait connaître à nos lecteurs, en parlant des améliorations foncières, plusieurs des principes généraux qui doivent guider dans l'établissement des bâtimens ruraux. Nous ajouterons ici quelques observations à ce sui'jt.

Les bàtimens ruraux constructions destinées aux arts a sont charges à l'intérieur de poids considérables, on qui supportent des efforts énormes de pression, doivent assurément avoir une force qui leur permette de résister à ces pressions; mais dans un système bien entendu ils ne doivent pas présenter une résistance supérieure à celle que l'expérience a démontrée suffisante et rien ne peut justifier les dépenses qu'on fait ainsi pour leur donner une force qui surpasse les besoins. Il en est de même relativement à leur masse ou à leur solidité. Sous ce dernier point de vue, il serait utile en agriculture d'imiter l'industrie manufacturière qui construit en général des bàtimens légers, d'une durée peu considérable et dont la construction économique permet de disposer d'un capital d'exploitation plus considérable que dans le cas où les fonds sont employés en bàtimens d'une trop grande solidité et dispendieux. L'expérience a bientôt appris aux industriels que les intérêts des capitaux employés en constructions étaient une charge pour la production qu'il fallait alléger autant que possible, et que des capitaux ainsi placés ne rapportaient qu'un faible intérêt et presque toujours fort au-dessous de celui qu'on retire d'un capital de roulement.

« Supposez, dit M. BERGERTdans son Traité d'économie industrielle, que pour 30,000 fr. vous puissiez édifier un bâtiment capable de durer plusieurs siècles et qu'en limitant la dépense à t0,000 fr., vous obtiendrez une solidité qui comporte une durée de 15 ans seulement. Au bout de ces 15 années vous serez obligés de dépenser 10 autres mille fr. pour renouveler le bâtiment; mais pendant qu'elles s'écouleront les 20,000 fr. économisés fructifierontet donneront des bénéfices annuels; ces bénéfices capitalisés en donneront d'autres, et au taux modique de 5 p. 0/0 par an, intérêts déduits, ces 20,000 fr. deviendront, en moins de 15 ans, 40,000 fr. ; vous pourrez donc disposer de 30,000 fr. et vous posséderez un bâtiment neuf, mieux approprié aux besoins que le temps aura fait naître. A la fin des 15 autres années vous aurez 60,000 fr., et si vous quittez les affaires ce capital libre vous donnera un revenu de 3,000 fr., tandis que le bâtiment de 30,000 fr. ne vous procurerait qu'un revenu de 1,500 fr., supposé qu'il fût vendu au bout de 30 ans tout autant qu'il a coûté. Les avantages des constructions légères seraient bien supérieurs s'il s'agissait de transmettre de père en fils une exploitation agricole; toute somme qui se grossit annuellement de 5 p. 0/0 devient double en 15 ans, triple en 23, quadruple en 29, quintuple en 33 et sextuple en 37; au bout de 40 ans elle forme un capital égal à 7 fois sa valeur primitive et il suffit de moins de 43 ans pour produire 8 fois cette même valeur. »

Quelques auteurs ont essayé de donner d'après l'expérience des évaluations en bloc des sommes qu'on doit consacrer dans un établissement à la construction des bàtimens ruraux ; voici à ce sujet les résultats fournis par quelques-uns d'entre eux.

Les agronomes anglais pensent que les frais de construction des bàtimens ruraux sur un domaine varient suivant le loyer et peuvent

DES BATIMENS RURAUX

les travaux d'art, les | être calculés au moins ricoles qui

2 ou 3 fois une année de fermage, et même davantage pour les élablissemens de moyenne et petite étendue. Dans le cas, disent-ils, où ce fermage s'élève de 8 à 12,000 fr., on estime qu'une année doit suffire en moyenne pour la construction de la maison d'habitation et que dans les fermes plus importantes, il ne faut pas plus de 12 à 15,000 fr. pour cet objet ; que dans le 1er, ainsi que dans le 2e cas, de 20 à 30,000 fr. sont nécessaires pour la construction des bàtimens d'exploitation. Dans ces évaluations, il faut se rappeler que les constructions rurales sont établies en Angleterre avec soin, qu'elles sont propres, d'une capacité convenable, appropriées à leur service et que le fermier et sa famille y sont logés commodément, mais que les matériaux de construction et la main d'œuvre y sont à un prix plus élevé qu'en France.

D'autres, et particulièrement les agronomes allemands, ont préféré prendre pour base de ces évaluations la production en nature sur les domaines.

Nous venons de dire que l'étendue des bàtimens d'exploitation dont on a besoin sur un établissement rural, au moins ceux qui servent à loger les denrées, se mesurait par la quantité des produits bruts qu'on récoltait sur les terres arables, les prairies et les pâturages , et que, plus ce produit net en grains, en fourrages et en paille sur un domaine était considérable, plus aussi il fallait que les bàtimens fussent vastes pour loger ces récoltes; mais quand il s'agit d'établir à neuf ces bàtimens , il faut de plus avoir égard à la valeur des objets récoltés; et, si des bàtimens pour une ferme en terre à froment de lre classe doivent à peu de chose près être aussi étendus que ceux d'une ferme en terre à seigle de même superficie et aussi de lre classe, il est évident qu'un propriétaire ferait une faute grave en consacrant une même somme à la construction des bàtimens ruraux sur les 2 fermes, la valeur du produit étant bien moindre sur la seconde que sur la lre, et ne pouvant payer une rente aussi forte pour la jouissance des bàtimens qui doivent, dans ce cas, être nécessairement moins commodes, moins solides et bâtis en matériaux plus légers, et n'offrant pas autant de sécurité pour la conservation des récoltes, la santé des bestiaux, ou autant de jouissances pour le fermier et sa famille. Or, en partant de cette règle et de cette observation , et en comparant les frais de construction des bàtimens ruraux avec la valeur des denrées qu'ils sont destines à contenir, les agronomes allemands ont cru remarquer que dans les endroits où l'on entendait le mieux cette matière, on trouvait les rapports suivans :

1° Les frais de construction des granges s'élèvent ordinairement de 45 à 50 p. 0/0 de la valeur en argent des grains et de la paille qu'elles peuvent contenir.

2° Les frais de construction des magasins ou des greniers à grains, les hangars et autres bàtimens à loger des denrées s'élèvent de 20 à 25 p. 0/0 du prix des récoltes des grains et de la paille.

3° Les frais de construction des écuries, des élables ou bergeries, s'élèvent de 120 à

ADMINISTRATION RURALE

iiv. vu.

125 p.' 0/0 de la valeur des fourrages et matériaux de litière, tels que paille, foin, nourriture verte, pâturage, pommes de terre, betteraves, etc.

Cette évaluation s'applique particulièrement à des bâtimens d'une solidité moyenne, construits à neuf et avec les soins convenables.

Si on voulait évaluer des bâtimens ruraux et les frais de leur bonne construction à neuf, en prenant pour base le produit brut total d'un établissement, les mêmes auteurs ont trouvé les rapports suivans :

1° Les frais de construction des granges s'élèvent sur un domaine de 35 à 40 p. 0/0 de a valeur du produit brut des terres labourables, tels que grains de toute sorte, matériaux de litière, fourrages, pâturages, à l'exception des plantes industrielles.

2° Les frais de construction des magasins ou greniers à grains ou des hangars et autres bâtimens destinés à loger des denrées s'élèvent de 12 à 16 p. 0/0 de la valeur de ce même produit brut.

3° Les frais de construction des écuries, étables, bergeries, etc. s'élèvent de 73 à 80 p. 0/0 de la valeur de ce même produit brut.

Au total les frais de tous les bâtimens s'élèvent de 120 à 136 p. 0/0 de la valeur du produit brut.

A. De la maison d'habitation.

Un propriétaire qui consacre ses capitaux, son industrie et tous les momens de son existence à la production agricole, un fermier qui paie un fort loyer ont des droits à la jouissance d'une habitation commode, salubre et qui contribue à leur bien-être et à celui de leur famille. Pour atteindre ce but, la maison d'habitation doit remplir certaines conditions que nous allons rappeler en peu de mots :

La maison d'habitation de l'administrateur doit être placée d'une façon telle qu'il puisse apercevoir d'un coup d'œil tout ce qui se passe dans l'enceinte des cours et bâtimens, et même, quand cela est possible, embrasser toute l'étendue, ou au moins la majorité du territoire de la ferme, ainsi que les travaux qu'on peut y exécuter.

Cette habitation se place quelquefois au centre d'une des faces de la maison de ferme, parfois au milieu de l'enceinte des cours ou un peu en arrière de la cour principale; mais il paraît préférable de l'établir en avant ou en arrière, à quelque dislance de la masse des bâtimens d'exploitation. Par cette disposition, on diminue le danger des incendies ; on a l'avantage de pouvoir entourer la maison d'un jardin, d'en rendre les abords plus faciles et de l'environner d'un air constamment renouvelé qui contribue à sa salubrité. Dans ce dernier cas elle ne doit pas être trop rapprochée des bâtimens d'exploitation pour ne pas projeter son ombre sur la façade de ceux-ci qui est tournée vers le midi, ni trop éloignée, parce qu'une dislance trop grande entraînerait d'antres inconvéniens.

La salubrité, qui contribue si puissamment à la santé, à la force età l'énergie des habitans de la ferme, est une condition trop négligée en France, où les maisons de ferme sont presque généralement dans un état révoltant de malpropreté et placées dans les situations les plus malsaines, ou choisies avec le moins de discernement. «Les agriculteurs, fait observer avec justesse le docteur "Wallich, ont quelquefois une santé languissante et une constitution affaiblie sans en pouvoir

démêler la cause qui est uniquement due aux effluves qu'ils respirent continuellement autour d'eux et dont ils devraient chercher à se préserver. Ces effluves sont dues à des laines qui s'échauffent, à des objets de sellerie humides, à des eaux de savon croupies, à des graisses, des chairs musculaires qu'on laisse putréfier, à des vèlemens imprégnés de sueur qu'on néglige d'assainir, àdes mares à purin ou d'eaux ménagères qu'on abandonne à la fermentation, à des émanations de buanderies ou de fumiers qui se décomposent, à des vapeurs de charbons en combustion, à des gaz ou odeurs qui s'exhalent des denrées récoltées et rassemblées en grandes masses, qui vicient l'air et le rendent impropre à la respiration, et enfin à un mauvais système de ventilation. »

La commodité est non-seulement une jouissance de tous les instans, mais elle facilite la surveillance et économise le temps. Pour être commode, une maison d'habitation doit être suffisamment étendue, relativement au nombre des individus qui l'habitent, distribuée d'après un bon plan et parfaitement adaptée aux divers travaux ou services qui s'y exécutent. De plus, il est juste qu'elle soit décorée avec convenance, c'està-dire avec goût, économie et simplicité.

Aucun capital ne serait, dans un bàtimentde ferme, dépensé d'une ^ manière plus improductive que celui qu'on emploierait à donner une étendue superflue à la maison d'habitation ou à la décorer avec un luxe que ne comporte pas sa destination.

I? étendue superficielle de la maison d'habitation varie nécessairement suivant la condition du fermier et le nombre des individus qui composent sa famille. Un petit exploitant, dont la famille et le personnel se composeront de 4 ou 5 individus, dont les goûts et les mœurs sont simples et rustiques, pourra se contenter de 80 à 100 met. de plancher, tandis qu'un gros fermier qui a un nombreux personnel , qui est souvent plus éclairé et a plus de besoins n'aura pas trop de 2 ou 300 met. carrés et plus.

Une maison d'habitation peut s'étendre de 2 manières : 1° sur la superficie du terrain ; 2° en élévation, en y construisant plusieurs étages.

Les maisons qui ne consistent qu'en un rez-dechaussée sont sujettes à être insalubres, surtout dans les pays bas, humides et mal ventilés, et on ne doit construire de cette manière que dans les lieux sains, découverts, bien aérés et sur des terrains secs jusqu'à une grande profondeur. On obvie en partie aux inconvéniens précités en élevant ces habitations sur caves et à 4 ou 5 pi. et même plus au-dessus du sol. Une maison ainsi bâtie couvre, surtout quand il s'agit de loger un nombreux personnel, un trop grand espace de terrain-, sa construction est dispendieuse, principalement dans les pays où les matériaux sont chers, et où on établit des bâtimens massifs; et enfin la distribution des iogemens pour plusieurs familles n'y est pas commode, et le fermier ? quoique l'accès en soit facile, ne peut surveiller et dominer aussi aisément l'ensemble de la ferme et les travailleurs.

D'un autre côté, ces sortes de maisons ont aussi leurs avantages, suivant un agronome expérimenté. « Les maisons d'habitation des fermiers de la Belgique, dit Schwerz, n'ont qu'un seul étage, c'est-àdire que toutes les chambres sont situées au rez-dechaussée avec les greniers au-dessus. L'entassement des appartenons les uns sur les autres, dans les constructions rurales, là où la place ne manque pas, me paraît peu judicieux. Il est vrai que des bâtimens à un seul étage exigent des toits plus étendus, mais aussi on a plus de greniers, qui manquent souvent dans les fermes. Les maisons de cette espèce n'ont pas besoin de murs aussi épais } e'Hes sont plus commodes, puisqu'il

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n'y a pas d'escalier a monter, plus chaudes et mieux garanties contre les vents et les ouragans que celles à plusieurs étages, et fort économiques quand on les établit convenablement, comme dans les environs d'Anvers, où j'ai vu des maisons de ce genre fort propres, salubres cl très agréables, dont la légèreté m'a paru surprenante. »

Les maisons à un ou plusieurs étages au-dessus du rez-de-chaussée sont en général plus saines, plus commodes pour séparer les divers ménages ou membres d'une famille, plus riantes et plus économiques en construction massive. La surveillance, tant sur les membres de la famille que sur les travaux de la ferme, y est incontestablement plus facile; mais, d'un autre côté, elles occasionnent une perle de temps dans tous les travaux du ménage et ne présentent pas ces vastes greniers qui sont une ressource précieuse en tout temps. Ce sont celles qu'on rencontre le plus communément en Angleterre.

La distribution intérieure de l'habitation mérite de fixer l'attention, parce qu'une bonne distribution rend les travaux du ménage plus faciles et qu'elle contribue au bien-être et à l'agrément. A ce sujet, les diverses pièces ou dépendances qui .peuvent composer une maison d'habitation exigent une attention particulière.

La cuisine, le fournil, la buanderie, le saloir sont souvent placés dans un étage souterrain. Cette situation n'est bonne qu'autant que cet étage s'éMève de moitié de sa hauteur environ au-dessus du niveau du sol et qu'on peut y entretenir une bonne ventilation , autrement, pour ne pas nuire à la santé de la ménagère et des servantes, il serait préférable de les établir au rez dechaussée ou dans des ailes ou dépendances de la maison. Les caves, celliers aux boissons, aux pommes de terre, aux racines, aux légumes sont très bien placés sous le bâtiment; seulement, quand cet étage n'est pas entièrement souterrain, il faut y construire les murs plus épais ou élever contre eux la terre en talus pour y maintenir en toute saison l'égalité de la température. La salle à manger, celle de réception ou de réunion ou parloir, le cabinet du fermier, avec sa caisse journalière, le garde-manger doivent, pour la commodité, occuper le rez-de-chaussée. Les dépendances de ce rezde-chaussée sont la laiterie à lait, à beurre ou à fromage avec son échaudoir, qui, quand elle n'est pas souterraine, doit être placée dans un petit bâtiment rejeté derrière la maison et exposé au nord (voy. t. III, p. 2 et 3); le fruitier, le conservatoire à légumes, la chambre aux provisions , etc., doivent être à la même exposition que la laiterie; le bûcher, les hangars pour certaines opérations de ménage peuvent être groupés autour de la maison ; il en est de même quelquefois des cabanes pour des animaux domestiques, tels que chiens, lapins, etc., et des latrines communes ou privées qu'on peut rejeter à quelque distance. Au 1er étage, on place avantageusement la chambre à coucher du fermier, sur le devant du bâtiment ou du côté de la ferme, afin qu'il puisse voir ce qui s'y passe, les salles pour la lingerie, pour le travail des femmes, la garderobe, un cabinet pour serrer de l'argent, des papiers et objets importans, et quelquefois le t.ogement des enfans. Au 2e étage peuvent être placées les chambres pour les plus jeunes membres de la famille, avec 2 ou 3 chambres de réserve pour les étrangers et pour des usages quelconques, et enfin dans le comble quelques chambres pour les servantes attachées au service de la famille ou pour tout autre usage.

On conçoit que .es mœurs, les usages, la situation des lieux, la oondition et le degré d'éducation des agriculteurs doivent apporter des modifications infinies à l'étendue, au mode de construction el de distribution de la maison d'habitation $ aussi croyons-nous devoir

DES BATIMENS RURAUX

nous borner à ce que nous venons de dire sur un sujet intéressant, mais encore peu étudié parmi nous, nous croyons seulement utile d'ajouter qu'il est d'une trèg grande importance pour une maison d'habitation qu'on puisse facilement et en tout temps s'y procurer des eaux pures et abondantes, soit pour les usages domestiques, soit en cas où un incendie viendrait à éclater.

B. Du logement des serviteurs.

Les serviteurs sont logés tantôt dans la maison d'habitation, tantôt dans les bàtimens d'exploitation, soit dans des chambres disposées à cet effet et placées dans les combles ou au rez-de-chaussée, soit dans les parties des édifices où sont placés les services qui leur sont confiés. Cette dernière méthode est la meilleure, et il parait convenable que les charretiers et valets d'écurie soient le plus près possible des chevaux pour les surveiller de jour et de nuit, et que les bouviers ou bergers puissent sans cesse avoir l'œil sur les bestiaux; c'est le moyen de rendre la surveillance plus facile, d'accélérer le service et d'assurer la sécurité de la ferme contre toute attaque extérieure ou des événemens imprévus. Ces logemens doivent remplir 3 conditions importantes : l°Ils doivent être suffisamment spacieux pour que les serviteurs et leur famille, quand ils sont mariés, puissent être logés commodément. 2° Il eét rigoureusement nécessaire qu'ils soient salubres, si on veut conserver la santé et l'énergie des employés, et exiger d'eux un bon service. La plupart du temps, on tient trop peu de compte de cette condition essentielle, et on loge les serviteurs dans des lieux mal aérés ou infectés d'émanations insalubres qui peuvent altérer leur constitution. 3° Enfin, ils devraient être placés de telle façon que la négligence, l'apathie ou l'ignorance des serviteurs, défauts trop communs parmi les individus de cette classe, ne puissent causer des dommages considérables aux bàtimens ou aux valeurs capitales qu'ils renferment.

En Angleterre et en Ecosse, on est dans l'usage de loger les domestiques , ou même les manouvriers employés aux travaux agricoles, dans de petites maisons dépendantes des bàtimens d'exploitation ou de petites chaumières élevées à quelque dislance de ces bàtimens. Ces habitations qui ont un ou deux étages, sont la plupart du temps construites en briques et recouvertes en chaume , ardoises ou autres matériaux. Toutes ont un petit jardin de quelques ares par-derrière, et dans les districts les mieux cultivés de l'Ecosse, où on permet aux domestiques mariés d'avoir une ou plusieurs vaches et des cochons, on construit, lorsque ces animaux ne sont pas nourris avec ceuxdu maître, de petits abris pour eux soit derrière la maison, soit à l'extrémité de la li^ne de maisons qu'occupent tous les domestiques ou les manouvriers d'une même exploitation. Cette coutume d'élever ainsi pour les employés des maisons qu'on construit souvent avec une certaine élégance et beaucoup de propreté, et qu'on réunit en des espèces de petits hameaux ou groupés artistement dans les diverses parties d'un domaine, a donné naissance à V architecture des chaumières, genre de construction qui joue un rôle important en Angleterre dans les constructions rurales , la décoration des parcs et des jardins et l'aspect pittoresque du pays.

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