‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 280 sur 369 · FORCE ET NOMBRE DES ATTELAGES · texte numérisé non relu

FORCE ET NOMBRE DES ATTELAGES

le nombre des journées de travail de l'année, et dans chacune d'elles celui des heures de travail effectif, la force, l'intelligence, l'adresse et l'énergie des serviteurs à gagea ûu autres agens, etc. • nous pouvons donc no:is dispenser de revenir sur les détails d'un sujet qui se représentera d'ailleurs encore dans le cours de ce livre.

(-'est ici qu'il nous paraît utile de rappeler que le nombre des bêles de trait dans les êlabiissemens ruraux ne croît pas dans la mente proportion qUe lelëndne des surfaces, même en supposant que le système d'exploitation et celui de culture y fussent les mêmes et également bien dirigés. Dans un grand établissement lié s'établit naturellement la division du travail, on peut consacrer presque constamment les mêmes attelages et les mêmes serviteurs à Un seul el même travail dans lequel les uns et les autres deviennent plus experts, tout en expédiant plus de besogne ; on conçoit d'ailleurs qu'au moyen de celte division on peut employer îles attelages mieux appariés au service auquel on les destine, leur distribuer plus régulièrement le travail pendant le cours d'une année et que dans les grandes fermes les animaux peuvent être plus vigoureux , plus beaux et mieux nourris. Dans les petits êlabiissemens, au contraire, la multiplicité des travaux auxquels on est obligé d'appliquer un même attelage fait que les moteurs et les agens sont moins aptes et moins habiles pour chacun d'eux; le passage continuel de l'un a l'autre ne se fait pas sans perle de temps ou sans qu'il s'en éioule une porlion assez notable avant que le nouveau travail auquel on applique l'attelage marche régulièrement el avec la célérité convenable, ce qui oblige d'entretenir proportionnellement un plus grand nombre d'animaux.

Cette différence dans le nombre des attelages nécessaires est bien plus sensible encore entre les grands et les petits êlabiissemens, lorsque leurs modes de culture viennent à différer.

Dans les 1ers, on à recours a des machines perfectionnées, d'un prix d'achat élevé, mais qui expédient beaucoup de besogne; on ne donne à la terre que les façons rigoureusement nécessaires à la production , el on cherche à restreindre le nombre des attelages et à économiser sur la main-d'œuvre. Dans les seconds, au contraire, on ne laisse jamais la terre en repos el on lui prodigue les façons; on ne crainl pas de cultiver les plantes qui exigent les travaux les plus multipliés de sarclage, de binage ou autres; ce qui nécessite un nombre de moteurs quelquefois double de celui que la grande culture emploie sur la même surface.

Malgré ces attelages quelquefois nombreux, c'est cependant la petite ou la moyenne culture qui éprouve souvent le plus d'embarras dans les climats variables et dans les circonstances atmosphériques peu favorables à lagricullure. En effel, dans les fermes moyenne* et petites, où loul doit être réglé avec économie, on fixe le nombre des bêtes de trait d'après les besoins rigoureux du service, et on cherche autant qu'on le peut par un accroissement temporairedans le travail des hommes et des animaux, à franchir heureusement les périodes chanceuses de Tannée. 11 n'en est pas de même dans les grandes fermes bien dirigées, où l'on fait souvent un commerce de gros bétail qui permet d'appliquer au travail dans les momens urgens des boeufs ou vaches qu'on achète aux époques des grands labeurs, qu'on engraisse ensuite et revend avec profit; dans ces grands êlabiissemens qui se trouvent parfois placés au milieu de pays où la grande et la petite culture sont également réparties, on n'hésite pas à entretenir un nombre d'attelages supérieur aux besoins , parce que aux époques où on n'en fait pas usage, on loue leurs services et on les fait travailler à façon pour les petits

cultivateurs. Dansd'autrcs où l'on établit des fabriques agricoles ou des entreprises accessoires qui emploient des animaux à des charrois ou autres objet3, on trouve naturellement sous sa nain une ressource précieuse dans des besoins urgens, el un nombre d attelages additionnels pour exécuter avec, vigueur et célérité des travaux qui ne souffrent ni délai , ni négligence, elc.

On a proposé plusieurs règles empiriques pour eut imrr approximativement le nombre de bêles d'attelage dont on a besoin sur un établissement rural, mais comme ces règles ne tiennent pas comple la plupart du temps des circonstances variées auxquelles il est nécessaire d'avoir égard dans celte estimation, nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire d'en faire mention. Le plus sûr, dans l'opinion deTiiAER, est toujours de dresser le tableau des travaux que dans chaque cas donné, d'après le système de culture et d'aménagement adopté, ainsi que suivant les circonstances locales, on doit exécuter à chacune des périodes de l'année agricole. On distinguera en même temps, en les plaçant dans 2 colonnes différentes, les travaux qui pourraient être exécutés d'une manière plus parfaite par des bœufs de ceux qui doivent l'être par des chevaux, et on portera dans chaque colonne, en regard de la spécification du travail, l'indication du nombre de journées que chaque bête de trait emploiera pour l'exécuter. On déterminera ainsi avec une exactitude rigoureuse le nombre d'animaux dont on aura besoin sur l'établissement, et le rapport le plus avantageux entre le nombre des bœufs et celui des chevaux quand on veut employer simultanément au travail l'une et l'autre espèce.

Ces calculs, comme on voit, sont simples, mais ils exigent la connaissance de la quantité de travail que fournissent les moteurs appliqués a divers labeurs; nous renvoyons donc au chapitre qui traitera des travaux l'exemple au moyen duquel nous nous proposons d'en faire voir l'application; mais afin de fixer les idées des agriculteurs qui débutent, nous terminerons ce chapitre par quelques exemples du nombre de bêtes de trait qui, d'après le témoignage d'agronomes instruits, sont employées dans quelques pays et dans des systèmes variés de culture.

A. Grande culture.

Dans hs pays où règne encore l'assolement triennal avec jachère complète et où on épargne les façons el les engrais à la terre, on n'emploie pas plus d'un cheval pour 2 0 à 2 4 hectares de terres labourables ou prairies.

TnifiR, qui a donné dans son agriculture raisonnêe plusieures évaluations des travaux qu'on doit exécuter sur une exploitation rurale dans des systèmes variés de culture depuis l'assolement avec jachère complète jusqu'aux assolemens alternes les mieux entendus, et avec nourriture du bétail à cornes à l'éiable, estime que pour undomainede 560 hect. en bonne terre, dont 55 sonlen prairies permanentes, et où dans l'assolement triennal 75 hect. sont en pâturages, ce qui ne laisse que 250 hect. à la charrue; tandis que dans la culture alterne 50 hect. sont joints aux soles en culture, ce qui porte les terres soumises à la charrue à 300 hect., il faut de 8 à 12 chevaux (terme moyen \o), plus 16 à 24 bœufs (terme moyen 2o ), ne faisant qu'une attelée par jour ou en comptant comme lui, que 20 bons bœufs de re~

change font autant d'ouvrage que H chevaux, en tout 21 chevaux pour 560 hect., ou l cheval pour 17 hect. environ, les journées de charrues étant calculées pour 2 chevaux et les autres travaux par journées d'attelages de 4 bêtes; mais il est nécessaire de faire observer que ce célèbre praticien compte 300 jours de 9 heures chacun de travail effectif dans l'année, et qu'on a beaucoup de peine dans les exploitations bornées et surtout quand on commence à se livrer à l'exercice de l'agriculture à établir cette distribution parfaite des travaux et du temps des agens qu'on parvient à obtenir dans des exploitations rurales très vastes, bien dirigées et depuis long-temps eu activité.

A Roville, où on se sert d'une excellente charrue et de chariots atielés d'un seul cheval , le nombre des bélesde travail a varié suivant le plan de culture adopté à diverses époques. Dans ce domaine composé de 190 hect. de terres de cohésions diverses et dont 16 sont en prairies irriguées, le nombre des bêtes de trait en 1822 au moment de la formation de leiablissement et où les terres en assez mauvais état ont nécessité des labours profonds et multipliés, a été de 14, savoir : B chevaux et 9 bœufs, et en calculant suivant les Annales de cet établissement, que les 9 bœufs faisaient autant d'ouvrage que 7 chevaux environ, de 12 chevaux ou d'un cheval pour 16 hect. En 1828, le nettoiement progressif des terres ne rendant plus nécessaires des cultures aussi multipliées, et environ 50 hect. de terres de la culture la plus difficile ayant été consacrés à la luzerne , le nombre des chevaux a été de 8 ou l cheval pour 24 hect. Enfin, en 1830 les terres consacrées à la luzerne ayant été remises en culture , le nombre des bêles de trait a été reporté à 12 chevaux comme précédemment, ou l cheval pour 16 hect.

Dans l'agriculture anglaise on compte en général dans les districts bien cultivés, sur les grandes fermes en terres arables et dans divers systèmes d'assolemens, environ l cheval pour 1 1 à l 3 hect. au moins et souvent davantage, parce que le climat égal et tempéré du pays permet une répartition facile des travaux dans le cours de Tannée.

ADMINISTRATION KUKALE. liv. vu.

En France, dans la majeure partie des départemens situés au nord de Paris, où l'assolement triennal amélioré s'est introduit, et où les établissemens ruraux sont administrés avec intelligence, ceux de moyenne ou grande étendue et en sol silico- argileux emploient à peu près 1 chev. sur 10 à 12 heci.

Un relevé fait en Angleterre, et que nous avons sous les yeux, nous apprend que dans un grand nombre d'établissemens agricoles choisis dans des districts divers et exploités suivant un système de culture alierne, on a trouvé en moyenne que sur une étendue de 40 hect. de terres arables, il faut un attelage de 2 chevaux et un attelage de 2 bœufs ou en moyenne de une bêle de trait pour 10 hect.

B. Petite culture.

Les petits cultivateurs du comté de Norfolk, où la culture alterne est en vigueur et où le sol est léger et sableux, tiennent communément un cheval pour 8 hectares de terres soumises à la charrue.

Parmi les exemples nombreux cités par Balsamo , l'abbé Mann et Schwerz, sur la culture de la Belgique et de la Flandre, on voit que dans les différens sota dont se compose ce pays, les cultivateurs calculent 1 cheval pour 7,6 et même 5 hect. Dans la Campine, beaucoup d'agriculteurs n'ont qu'un bœuf pour cultiver 6 hect. environ d'un sol meuble et léger.

Dans son ouvrage sur \' agriculture de V Alsace (p. 47), Schwerz dit qu'on rencontre communément dans ce pays de petits établissemens où tout le travail d'un cheval est nécessaire pour cultiver 4 hectares de terrain.

Quant au rapport des bœufs à celui des chevaux sur les grands établissemens ruraux, Sinclair rapporte que dans les fermes anglaises qui exigent le travail de 20 chevaux, on en entretient souvent 16 avec 8 bœufs; que dans une ferme bien administrée un fermier entrelient 22 charrues attelées de chevaux et 8 attelées de bœufs, et que beaucoup d'agriculteurs regardent le rapport de 60 chevaux à 28 bœufs de trait comme le plus avantageux qu'on puisse établir pour l'économie et la bonne exécution des travaux.

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