DU CHOIX DES INSTRUMENS D'AGRICULTURE
D'autre part. ... 744 fr.
Il faudrait 10 journées d'homme pour Lattre les 900 gerbes qui ne donneront que Sûh.OOl.
A déduire en nature 5 p. O/O pour frais de battage 1 &0
Reste 8$ 60
Qui, au taux moyen de 24 fr. l'hect.,
font 684
Différence en faveur de la machine. 60
Ainsi, non-seulement on a obtenu un travail plus rapide, pui-qu'en un seul jouron a battu uuequaniite de gerbes qui eùi exi^é uu -rand nombre de travailleurs qu'il est toujours d.l'lieile de se procurer cl de surve.Her, mais in outre ce travail a été mieux fait car on a obtenu t/l 5e de grain de plus; enfin, avec la machine le prix du hallage n'est revenu qu'à 75 c. l'hect. de grain disponible, taudis qu'd a coulé plus de 1 fr. 26 c. par le hallage au tléau.
C II. — Des conditions auxquelles doivent satisfaire les instrumens d'agriculture.
Après avoir fait connaître le but de l'emploi des instrumens et des machines et combien il importe que ces objets soient établis et construits d'après les meilleurs principes, nous allons rappeler, d'après Sinclair, Thaer et antres agronomes et praticiens distingués, quelques-unes des autres conditions auxquelles ils doivent satisfaire.
1° Les instrumens d'agriculture doivent être aussi simples dans leur construction que le permet le but auquel ils sont dest nés, afin que leur usage soit plus facile el qu ils puissent être réparés par les ouvriers ordinaires quand le cas l'exige. Ils ne doivent présenter aucune pièce inutile ou dont l'objet ne puisse être atteint d'une manière plus simple et plus commode ; on doit ainsi éviter d'introduire des pièces qui éprouvent des frolleinens et qui occasionnent par conséquent une grande perte de force ; 2° Les matériaux qui entrent dans leur construction doivent être durables, afin d'éviter autant que possible les interruptions de travail et les pertes de temps qu'entraînent les réparations ou l'achat d'un matériel trop considérable. 3° Ils doivent élre d'une construction solide, afin qu'ils soient peu endommages par les secousses et les chocs auxquels ils sont exp -ses, el pour qu'ils puissent élre manœuvres sans crainte de les briser par les ouvriers ordinaires qui n'ont pas l'habitude de manier des instrumens perfectionnés. 4° Dans )e< instrumens ou machines d'un grand volume, on doit faire une attention particulière à la légi-r<té de la construction ; un pesant chariot, par exemp'e, s'use par son propre poids presque autant que par les denrées dont il e>t chargé; il fatigue les chemins el les terres , et diminue l'effet utile qu'on peut tuer du travail des animaux. 5° Le bois doil être coupé et p'acé de la manière la plus convenable pour résister à la fatigue, el on doil éviter de faire sans nécessité des assemblages et des mortaises pour réunir les pièce-»; celles-ci doivent, quand elles ne fatiguent pas, être assez réluiles pour donner toute la légèreté compatible avec la solidité de l'instrument. 6° Le prix doit élre lil que les cultivateurs d'une fortune médiocre puissent en faire la dépense ; cependant, le bas prix ne doil jamais déterminer un administrateur judicieux à faire l'acquisition d'un instrument peu solide ou de construction vicieuse; il n'y a môme qu'une économie apparente dans ce marché, car le prix, d'achat se combine avoc les frais d'eulrelien, et lors même par exemple qu'une charrue en fer coûterait 2 fois plus qu'une
autre en bois, comme elle peut servir 3 fois plus longtemps, elle est à meilleur marché 7° Il faut qu'on puisse \es régler sans peine, promptemenl et sur place, et qu'ils fassent un bon travail, indépendamment de la dextérité ou de l'habileté du travailleur et de la docilité et de l'aptitude du moteur. 8" Enfin les instrumens doivent être adaptés à la nature soit monlueuse , soit plane du pays, à la qualité de son sol, ceux q-ui conviennent à des terres léger s ne rendant pas d'aussi bons services dans les terres fortes , ou même pouvant n'être d aucun usage, el appropriesà son climat, à I état de ses routes, à la force des hôtes de Irait donl on fait usage, el surtout au système de culture et d'aménagement au moyen duquel on tire des fruits d'un fonds.
Nous venons de dire que les instrumens d'agriculture doivent être solides et durables; ces qualités dépendent en partie des matériaux qu'on emploie à leur construction.
Ceux dont on fait le plus communément usage sont le bois et le fer, soit à l'état de 1er forgé, soit à celui de fonte.
Ces 2 matières peuvent entrer dans des proportions très variées dans la construction des instrumens d'agriculture ou dans celle de leurs pièces, et aujourd'hui il en est plusieurs qu'on construit en totalité en fer forgé ou en fonte, ou avec ces deux espèces de matériaux.
Le bois a l'avantage d'être facile à travailler et d'un prix peu élevé ; les pièces construites en bois se réparent ou se remplacent aisément, mais aussi elles se détériorent plus promptement par le travail ou quand on n'en prend pas soin, et souvent on ne parvient à leur donner le degré de solidité qui leur est nécessaire qu'en augmentant beaucoup leur volume ou leur poids.
Le fer, par suite de la résistance plus considérable qu'il offre, permet de diminuer beaucoup le volume des pièces sans nuire à leur solidité. Construits dans de vastes établissemens qui peuvent adopter la division du travail, et d'après des patrons ou des modèles choisis avec attention , les instrumens en fer ont en général des formes plus satisfaisantes, plus régulières et ne reviennent pas alors beaucoup plus cher que ceux en bois. Le fer en outre convient mieux, en ce qu'il n'est pas attaqué par les insectes, qu'il résiste mieux , sans éclater ou s'altérer, aux alternatives de la chaleur et du froid, de la sécheresse et de riiumidité ou à la déformation qui résultent des influenees climatériques ainsi qu'aux chocs violens.
Les instrumens en fer ou en fonte jouissent en outre d'un avantage important; c'est que leurs différentes pièces étant faites la plupart du temps sur des modèles invariables qui les reproduisent avec des formes parfaitement identiques, ou peut facilement remplacer en uu instant une pièce détériorée sans autre travail que celui qui est nécessaire pour iixer des boulons, tourner des écrous ou chasser des clavettes, la nouvelle pièce s'adaptant parfaitement à la machine sans frais et sans perte de temps; avantage inestimable et que doivent apprécier ceux: qui savent combien une pièce réparée d'après des principes arbitraires dans uu instrument d'agriculture peut faire varier les conditions et la qualité de son travail, et avec quelle attention on doil chercher à faire fonctionner des agens soumis, la plupart du
ADMINISTRATION RURALE
temps, à l'empire de la routine, à des préjugés, ou incapables d'un nouvel apprentissage avec des instrumens d'une forme parfaitement constante et donnant toujours les résullats identiques.
Enfin, les instrumens en fer bien établis, étant d'une inflexibilité presque absolue, il en résulte beaucoup de régularité dans leur marche; avec eux la perfection du travail devient moins dépendante de la volonté de celui qui les fait agir, et enfin il est plus aisé, par suite de la constante uniformité de la résistance qu'ils éprouvent, de mesurer la force nécessaire pour vaincre celle-ci et d'employer plus utilement la force motrice.
On a reproché aux instrumens en fer de ne pouvoir être réparés par tous les ouvriers, d'être plus pesans et d'un prix plus élevé; mais il est constant que les altérations et les ruptures y sont beaucoup moins fréquentes que dans les instrumens en bois , et qu'au moyen des pièces de rechange les réparations sont aussi rapides que faciles; que s'ils sont quelquefois plus pesants, la régularité et la perfection de leurs formes font qu'ils n'offrent pas plus de résistance au tirage; enfin, que lors de l'acquisition, s'ils sont d'un prix plus élevé, leur durée et la perfection de leur travail paient bien au-delà, et souvent dès la lre année, l'excédant de dépense qu'ils occasionnent. Au reste, il est présumable que l'abaissement progressif du prix du fer, et l'établissement sur plusieurs points du royaume de fabriques d'instrumens d'agriculture auxquelles un bon système d'étalonnage permettra de réduire les prix, ne laisseront plus, même au petit ménager, de prétexte pour donner la préférence aux instrumens grossiers du charron de son village. .
§ III. — Considérations sur le choix des instrumens et des machines.
Quelque éclairé qu'on soit dans la pratique de l'art, quelque versé qu'on puisse être dans la théorie et les sciences accessoires à l'agriculture, il n'en faut pas moins apporter la plus grande prudence dans le choix des instrumens dont on veut garnir un domaine. Par exemple, on a fait observer avec justesse qu'il ne serait pas toujours judicieux de repousser sans examen les instrumens employés dans un pays où l'on organise un fonds, sous le prétexte qu'ils sont construits dans leur ensemble sur des principes vicieux. Ces instrumens peuvent en effet présenter des formes ou des modifications qu'une longue pratique aura fait juger nécessaires, qui ont pour elles la sanction de l'expérience et qui sont utiles dans la circonstance locale où on en fait usage ; ce qu'il importe alors , c'est de corriger les vices de construction tout en conservant le principe, et d'obtenir ainsi une amélioration sans s'écarter des habitudes du pays et de la routine des agens.
Quand les instrumens sont imparfaits et ne présentent aucune modification utile, le mieux est assurément de les remplacer complètement par des instrumens perfectionnés; mais il est souvent très difficile d'introduire de
LÎV. Vif.
nouveaux instrumens dans un canton; l'ignorance, les préjugés, la routine, l'obstination des valets de ferme ou des gens du pays offrent parfois des obstacles presque insurmontables etdont M. de Dombasle, dans son excellent mémoire intitulé Bu succès ou des revers dans les entreprises d'améliorations agricoles(l), nous a présenté un tableau exact.
« L'adoption des instrumens perfectionnés d'agriculture semble, dit-il, au 1« aperçu, du nombre de ces améliorations qui sont à la portée de tout le monde, dans lesquelles on peut réussir partout dès Je début d'une entreprise agricole. Cependant il est bien certain que c'est par des tentatives prématurées de ce genre que beaucoup de personnes en ont compromis le succès dans leurs exploitations, et quelquefois aussi dans le voisinage. Le concours de la volonté des employés inférieurs ou des valets de ferme est indispensable pour qu'un nouvel instrument, quelque utile qu'on le suppose , puisse s'introduire avec succès dans une exploitation rurale , plus que tout autre genre d'amélioration. Pour obtenir ce résultat, il faut que le maître inspire de la confiance, à ses valets, je veux dire de la confiance comme cultivateur et surtout comme possédant les connaissances du métier, car c'est là tout ce qui constitue toute l'agriculture aux yeux des hommes de cette classe. Communément le propriétaire qui entreprend d'exploiter son domaine en changeant les méthodes du pays ne place guère de confiance dans les idées des valets ; mais ceux-ci dans ce cas en placent encore bien moins dans les connaissances de pratique du maître, et il résulte de cette défiance réciproque la situation la moins favorable pour l'introduction de nouveaux instrumens. La confiance ne peut secommander etil n'est qu'un moyende l'obtenir,c'est de la mériter. Aussitôt que le propriétaire aura réellement acquis de l'expérience, qu'il possédera une connaissance approfondie de ses terres ; lorsqu'il connaîtra bien la marche et l'emploi des instrumens que l'on y applique tous les jours; lorsqu'il sera en état d'apprécier par ses propres observations leurs qualités et leurs défauts, les avantages ou les vices des cultures qu'ils exécutent, alors ses valets commenceront à juger qu'il est cultivateur, et il trouvera dans les essais qu'il pourra tenter pour introduire de nouveaux instrumens, non-seulement des bases plus sûres pour asseoir lui-même un jugement sur les effets qu'il en obtiendra et pour s'affranchir à cet égard de la dépendance de ses gens, mais aussi bien moins de résistance de leur part. S'il a réussi dans ses l,es tentatives, ou du moins sises valets l'ont vu juger avec discernement et en praticien les instrumens qu'il a essayés, on peut être assuré qu'il lui sera facile d'obtenir une coopération franche et bienveillante dans les tentatives du même genre qu'il fera ensuite. Je ne crains pas d'affirmer que dans le nombre des mécomptes 3ue beaucoup de propriétaires ont éprouvés ans des essais d'introduction d'instrumens perfectionnés d'agriculture , la cause principale se trouve dans le défaut de confiance des valets occasionné par l'absence des con-
(!) Annales de Bouille, tome VIII, p. 176.
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