‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 282 sur 369 · ORGANISATION DU SERVICE MOBILIER · texte numérisé non relu

ORGANISATION DU SERVICE MOBILIER

bereaux, camions, râteaux à cheval, instrumens à faner, chars à moissonner, charrues à arracher les racines, etc.

C'est dans cette catégorie que se trouvent les appareils les plus utiles à l'agriculture, et qui constituent en grande partie le mobilier d'une ferme Plus un établissement de ce genre est bien monté et dirigé, plus aussi sont généralement nombreux et variés les instrumens qu'il emploie.

3e Catégorie. Machines ou appareils fixes, et dont le mécanisme est mis en activité sur place par des hommes ou des animaux.

Machine à battre les grains, tarares et autres appareils pour vanner, neltojer, concasser, décortiquer, réduire en farine les graines, nettoyer, couper ou hacher les tubercules ou les racines, concasser et pulvériser les os, la chaux, le plâtre, etc., et toutes les machines employées en agriculture qui recueillent, transmettent ou consomment à poste fixe une force motrice quelconque.

La plupart de ces machines ne sont encore employées que dans les grands él.iblissemens, où elles procurent une économie de main-d'œuvre et de temps.

4e Catégorie. Ustensïes, appareils ou objets ayant une destination variée; tels sont ceux pour :

1° Le harnachement des chevaux et des bœufs; 2<> les écuries,les ètables, la bergeiie, la porcherie, la basse-cour, la ga renne, le colombier, etc ; 3° les granges et les greniers; 4<> les fabriques et arts agricoles divers tels que ceux pour les laiteries à lait, à beurre et à fromage , l'éducation des abeilles , la magnanerie, la fabrication des vins, de l'eau-de-vie, delà bière, du cidre, de l'huile, etc ; 5° le bureau ella comptabilité; 6° le mesurage des récolles, produits, denrées, etc.; 7° le ménage dans lesquels sont compris les ustensiles et autres objets pour la maison d'habitation, le logement des serviteurs, la cave, le cellier, le bûcher, etc.; 8° la conservation des bàtimens , tels que outils divers pour les réparations, pompe à incendie, seaux, échelles, etc.

Les ustensiles entrent pour une part plus ou moins grande dans tous lesélablissemens ruraux, suivant l'importance de ceux-ci, le système d'exploitation adopté, le nombre des fabriques accessoires qui s'y trouvent établies, et l'aisance de l'entrepreneur.

Cette classification simple étant admise, nous allons nous occuper dans les sections

3ui vont suivre du choix et de la composition es objets qui doivent former le mobilier d'un établissement rural et du prix de leur service, en avertissant, toutefois, que les considérations dans lesquelles nous allons entrer s'appliquent plus spécialement à ceux que nous avons compris dans la 2e catégorie, c'està-dire aux instrumens qui sont, en effet, les objets les plus importans du mobilier et ceux dont la bonne composition influe le plus sur le succès en agriculture.

Section Ire. — Du choix des instrumens d'agriculture.

Le choix des instrumens agricoles est en général d'un très haut intérêt, et on a fait remarquer avec beaucoup de raison que, si les agriculteurs anglais et belges ont une supériorité bien marquée sur ceux de la plupart des autres nations , on doit l'attribuer en grande partie aux excellens instrumens qu'ils emploient dans leurs travaux de culture.

En France on ne comprend pas encore assez généralement que, de toutes les améliorations que l'agriculture peut recevoir, l'adoption des bons instrumens est une des plus urgentes et celle qui doit procurer les avantages immédiats les plus étendus. On conserve encore des instrumens grossiers et dont le travail est très imparfait et revient la plu-

part du temps à un très haut prix, tandis qu'il serait facile de les remplacer avec peu de frais par des instrumens perfectionnés qu'on peut déjà se procurer sur plusieurs points du territoire.

Pour mettre l'administrateur à même de comprendre l'importance des bons instrumens, nous lui présenterons le résumé des avantages qu'on doit se proposer d'obtenir par l'emploi judicieux des instrumens et des machines dans les travaux de l'agriculture.

§ Ier. — Du but de l'emploi des instrumens et des machines en agriculture.

Les instrumens et les machines ne créent pas de la force, mais permettent de faire un emploi plus avantageux de celle des moteurs. Cet emploi plus avantageux de la force se réalise par la combinaison de 4 conditions essentielles que voici.

1° L 'économie de la force. Les forces dont on fait usage en agriculture dans les travaux des champs son empruntées le plus communément aux moteurs animés, soit l'homme, soit les bêtes de trait. L'emploi de cette force, comme nous le savons déjà, n'étant pas gratuit, il importe d'en faire l'usage le plus profitable qu'il est possible. Les avances ou les sacrifices qu'on, est obligé de faire pour en obtenir la jouissance se mesurent, pour les hommes, par les salaires qu'on leur accorde et les frais qu'on est souvent obligé de faire pour leur nourriture et leur entretien, comme nous l'avons vu au chapitre III du présent titre, et pour les animaux, par les frais variés dont nous avons essayé de faire l'évaluation économique dans le chapitre précédent.

Les frais qu'occasionne, à l'époque actuelle, l'emploi de la force de l'homme , sont environ les 2/3 ou la moitié de ceux que nécessite l'emploi du service d'un bon cheval de taille moyenne; mais ce dernier étant capable de vaincre dans un même temps une résistance au moins 7 fois aussi considérable que celle que surmonte le 1er, on voit déjà que la substitution du travail des animaux à celui de l'homme, non-seulement a permis d'exécuter des travaux que la faiblesse de celuici rendait impraticables, mais en outre a procuré à l'agriculture un avantage considérable par l'économie du nombre de bras qui autrement eussent été nécessaires.

L'agriculture ne s'est pas contentée de cette simple substitution de la force des animaux à celle de l'homme, elle a dû chercher de plus à tirer des 1 eIS le plus grand effet utile possible^ ou à leur faire payer soit par une plus grande quantité de travail, soit par un lra\ail d'une plus haute valeur, les soins et la nourriture qu'on leur accorde. Ces conditions n'ont pu être remplies qu'en donnant aux animaux, parl'exercice, une éducation conforme aux services qu'on voulait en tirer, en les faisant conduire par des hommes exercés à ces travaux , et enfin en fournissant à ces moteurs des insirumens propres à mettre utilement à profit la somme de leurs efforts journaliers.

Celle dernière condition, la seule qui doive nous occuper ici, esl bien loin d'être réalisée dans la plupart des instrumens d'agriculture encore en usage, et pour n'en rappeler qu'un exemple vulgaire, il suffit de citer ces charrues avec avant -train construites avec tant d'imperfection qu'on est, dans quelques localités, obligé d'y atteler 4 ou 6 bêtes et plus pour faire un labour qu'une bonne charrue simple, établie sur un bon modèle, telles que celles de Small, de Roville, etc., exécuterait aisément et d'une manière plus parfaite avec 2 chevaux seulement.

ADMINISTRATION RURALE

Ainsi nous voyons que la force nécessaire pour exécuter un même travail, en supposant qu'il ail la même perfection dans les 2 cas, peut être 2, 3 et même 4 fois plus considérable avec un instrument imparfait qu'avec un autre instrument construit sur un bon modèle, d'après les principes de la mécanique et suivant les conditions que l'expérience a révélées, et combien il importe à l'administrateur d économiser dans ces travaux par un choix d'appareils perfectionnés cette force motrice qu'il paie foi l cher, et d'en faire l'emploi le plus utile et le plus judicieux.

2° Lia célérùèdes travaux. Puisqu'un animal attelé à un instrument ou à une machine convenable expédie dans un même temps beaucoup plus de travail qu'un homme, et que son travail devient ainsi proportionnellement moins dispendieux, il parait (oui simple, dès que les travaux deviennent plus importants et l'étendue de la surface qu'on veut exploiter plus considéra- Lie, de faire exécuter ceux-ci par les bêtes d'attelage; c'est ce qu'on a fait de temps immémorial pour les labours et les charrois, et c'est d'après le même principe que nous voyons, dans les pays où l'agriculture fait des progrès, les houes, les binettes, les fourches el les râteaux ordinaires , etc., outils qui , dans la main de l'homme ne font qu'un travail leut et pénible, être remplacés par la houe à cheval, les sarcloirs, les charrues à butter, les appareils pour faner, etc., insirumens qui, couduils par un animal, expédient bien plus vite la besogne.

Mais cette célérité si précieuse dans les travaux d'agricukure ne doit pas êire achetée aux dépens de la perfection des façons ou par une dépense superflue dans l'emploi de la force motrice; or, ces conditions ne peuvent être remplies qu'en faisant usage d'instrumens perfec lionnes, qui, à part l'habileté de ceux qui les dirigent el l'aptitude des animaux qui les mettent en mouvement, sont les seuls qui, pour un travail bien fait, consomment la moindre quantité de force et expédient en même temps le plus d'ouvrage.

Ce n'est pas seulement sous le rapport de l'exécution prompte des travaux journaliers d'un établissement que les insirumens perfectionnés présentent de l'avantage, c'est aussi très souvent sous celui de l'accomplissement plus entier de la masse des travaux annuels, dont ils permettent la distribution plus égale et plus régulière. Un exemple bien connu aujourd'hui en France met celte vérilé dans tout sou jour. L'excellente charrue sans avant-train de Roville, qui permet de labourer presque par tous les temps, en toute saison et dans tous les terrains, et d'obtenir constamment un fera va il satisfaisant, olfre certainement une bien plus grande faei'ité pour la répartition méthodique des travaux annuels, et par conséquent pour apporter une plus grande diligence et une plus grande activité dans l'exploitation d'un fonds rural, qu'une charrue établie sur un modèle vicieux, el avec laquelle on ne peut obtenir un travail passable que pendant quelques jours seulement dans la saison favorable.

ôe La perfection des -travaux. L'emploi des instrumens et des machines en agriculture a aussi pour but d'obtenir un travail plus parfait; ainsi la machine à battre qui donne communément l/i5e de plus en grain que le battage au tléau, et fait bien plus d'ouvrage que ce dernier dans un temps égal et avec une même dépense, fournit par conséquent un travail plus perfectionné; les semoirs, qui répartissent les grains sur le sol d'une manière plus égale et de telle façon que chacun d'eux jouit plus complètement des alimens qu'il peul puiser dans le sol et de sa portion d'air et de lumière, sont des insirumens qui perfectionnent le travail, elc.

Celle perfection du travail a presque toujours pour

conséquence, en agriculture, une augmentation dans la production, c'est à-dire un accroissement dans la quantité des produits recollés avec les mômes frais ; ainsi, dans les Annales de Roville (t. III, p. 302), on cite un fermier de la Moselle qui, d'une année à l'autre, a vu s'accroître de 22 p. o/o le produit brut en grain de ses champs, par la substitution de la charrue simple de cet établissement, allelée de 2 chevaux , à une charrue du pays avec avanl-lrain, qui employait 6 à 8 chevaux.

On ne peut nier toutefois que parmi les in«lrumens qui économisent la force et accélèrent l'ouvrage, il n'y en ait beaucoup qui donnent souvent un travail inférieur en qualité à celui qui est exécuté à la main avec des outils; ainsi, avec les charrues, les herses el les rouleaux, on parvient didiciemenl à obtenir dans le» labours rameublissemenl, l'égalité, la légèreté et l'élasticité que le travail de la bêche donne au sol, et sous ce rapport il reste encore beaucoup à faire dans la mécanique agricole ; mais il n'en reste pas moins con«lant que les insirumens améliorés étant ceux qui dans le travail se rapprochent le plus de celle perfection, qui est une des conditions à laquelle on doit viser sans cesse, ce sont aussi ceux auxquels ii convient de donner la préférence dans lout établissement bien organisé.

4° L'économie dans les frais de production. C'esl là principalement l'objet qu'on a en vue dans l'emploi des insirumens et des machines, ainsi que le but et la conséquence de l'économie de la force et de la célérité dans les travaux agricoles qu'on cherche dans leur secours. Cette économie, dans tous les cas, ne consiste pas seulement à épargner sur les frais d'un travail qu'il est évidemment plus profitable de faire exécuter par des animaux et des instrumens que par un grand nombre d'hommes , il faul de plus qu'elle soit la plus considérable qu'il est possible de réaliser, tout en obtenant un travail de bonne qualité ou même de qualité supérieure; c'est-à-dire qu'on doit s'efforcer, parmi les instrumens employés en agriculture, de faire choix de ceux qui donnent en même temps un travail parfait et rapide, el avec moins de fiais que par toute autre combinaison.

Nous pouvons encore citer à ce sujet la machine à battre le grain, trop peu répandue parmi nous, mais qui l'esl beaucoup plus en Angleterre. Celle machine, d'un prix toujours assez élevé, n'est guère à la portée que des grandes exploitations; mais dans ce dernier pays où on est industrieux, les "petits fermiers ne sont pas privés des avantages qu'elle procure, et dans quelques comtés on ^oit un homme, assisté d'un enfant, transporter avec 3 chevaux, de ferme en ferme , une machine portative de celle espèce dont ils louent ïe service à la journée (voy. t. Ier, p. 338)'. Dans celle journée de travail, la machine bat environ 50 à 32 hecl. de froment très proprement et sans endommager la paille, pour le prix de 2 ï fr.; avec celte donnée, essayons de faire le compte du hallage au fléau et à la machine en Angleterre, , où le froment est actuellement coté au prix d'environ 24 fr. lJhecl., et de comparer les frais qu'occasionnent ces deux modes usités pour faire un môme travail.

Battage à la machine. La machine bat 900 g rbes dans une journée de travail, et donne en grain i/l5ede plus que le battage au fléau, ou. . 32 hect.

Qui, au prix moyen de2 4 fr. l'hect.,

font une somme de 768 fr.

A déduire pour le prix du service

de la machine 24

> .ii

Reste net 744

Battage aujléau. Un bon batteur engrange ne bat guère que 90 gerbes , qui fournissent 3 hect. de grain.

Page 1