DE LA CONSOMMATION DES ENGRAIS
vrage de la nature de celui-ci; aussi nous bornerons-nous aux aperçus généraux précédons pour passer à des théories plus simples et d'une application plus facile.
Les terres arables, sous le rapport de la fécondité, offrent des différences si considérables que, pour ne pas entrer dans des détails trop étendus, on a été contraint, toutes les fois qu'on veut s'occuper de leur culture d'une manière un peu générale, de les classer en lin certain nombre de groupes naturels, en laissant à l'intelligence du cultivateur le soin d'apprécier les nuances qui séparent chaque groupe et de modifier en conséquence les applications. M. de Wulffen, eu s'appuvant sur l'expérience des agriculteurs et sur les principes de ragronométrie,à laquelle il a fait faire d'importans progrès, a, dans un ouvrage publié depuis peu d'années (1), cherché à classer les terres et à évaluer la quantité d'engrais qu'elles réclament, en tenant compte des différences principales qu'elles présentent sous le rapport de la puissance et de la richesse, et à présenter une théorie simple pour conserver celle-ci ou l'accroître. Voici les bases de sa classification des terres, qu'il partage ert sols riches, moyens et pauvres :
1° On doit considérer selon lui comme un sol riche celui qui, dans une récolle de céréales, fournit une quantité de paille telle qu'ajoutée à une quantité de foin égale en poids au grain qu'elle a donné, le tout transformé en fumier sou plus que suffisant pour réparer la richesse enlevée à la terre par cette récolte de grain.
Ainsi, supposons une terre à froment qui dans une année moyenne produit par hectare, après la fumure, 2i hect litres de froment et 48.64 quint, méi de paille*, que le grain ait atteint sa maturité complète , qu'il ne soit attaqué ni par la rouille, ni 'a carie, ni infecté de mauvaises herbes, et que ce grain et la paille aient acquis tout leur développement; dans ce cas, en admettant que le froment pesé 76 kil. l'hectolitre, on aura pour les 2 1 hect 1.8-24 kil.
Pour la paille 4.864
Au total. . . . 6,688
Ainsi , en remplaçant le grain par un égal poids de foin, on aurait 6-688 kil. de fourrages pour réparer la richesse du sol. Or, celle quantité transformée en fumier en fournira 16,720 kil. (en la multipliant par 2,5 suivant M. de Wocffen). ou environ 167 quint, métriq , tandis que suivant notre auteur 400 quinfaux suffisent dans ce terrain pour obtenir 3 récoltes de gtaio . c'est à-dire que chaque récolte n'y consomme que lô"> quint. Ce terrain est donc un sol riche dans l'ace pi on que M. de "Wclffen attache à ce mot.
2° Un sol moyen est celui dans lequel la paille produite, ajoutée à une quautiiéde foin égale au poids du grain, fournit un poidsde fumier suffisant pour réparer la portion de richesse que la récolte a enlevée à la terre.
Ainsi, en supposant qu'une terre a besoin de 360 quint, met. de fumier par hectare pour produire 3 récolles de céréales, c'est-à-dire que chaque récolte consomme 1-20 qnmtaux, et que celte terre donne 40 hect. de froment pesant 1,520 kil.
El 38,-20 quint, de paille 3,820
On aura au total. . . 5,340
En remplaçant le grain par un poids égal de foin on a donc 5,3 io kil. qui, transformés en fumier, doivent (en multipliant par 2,5), en donner 12,350 kil., ou à peu près t-23 quint, met. Le terrain en question appartient donc à un sol moyen.
5° Le sol pauvre esi celui dans lequel la paille récollée; et l'équivalent pondéral en foin du grain produit ne suffisent plus pour entretenir la fécondité de la terre quand on les transforme en fumier, (.'e sol est partagé en sol chaud et en solfrvid, ou mieux en sol ajtifel en sol paresseux.
Par exemple, il est facile de calculer qu'un terrain qui exigerait 30o quint, met. de fumier pour donner 3 récoltes de grain, et qui ne produirait que 12 hect., serait un sol pauvredans l'acception attachée ici à ce mot.
En admettant cette division des terres par M. de WuLFFEtv, on peut évaluer les fumures d'après les iègles générales suivantes, en s'oecupant en lrr lieu du sol moyen qu'on peut considérer comme un terrain propre à servir aux autvs de terme de comparaison.
A. Sol moyen. — «. Dans ce sol la fumure est réglée suivant le plus ou moins d'activité etde puissance; celui qui est actif a besoin d'une fumure plus fréquente et moins abondante , et celui qui ne l'est pas autant d'une fumure plus abondante et moins répétée, il convient rarement au sol moyen de fumer pius souvent que tous les 3 ans, et encore moins est-il convenable de prolonger au delà de 6 ans le retour de la fumure, à moins qu'on intercale dans la rotation des plantes fourragères vivaces. — b. Lorsqu'on veut obtenir de suite deux récoltes de plantes épuisantes (céréales, pommes de terre, betterave, lin, colza, navette, camelire, tabac, cardère, etc. ) sur une fumure, assurer leur succès et conserver la fécondité naturelle du so', il faut fumer à raison de 280 quint, met de fumier normal par hectare. — c. Si entre ces 2 récoltes on intercale une récolte peu épuisante adaptée à la fécondité du sol (les légumineuses, le sarrasin, etc.), la fumure n'a besoin que d'être iji plus 'orle que la fumure normale, ou 350 quinl. met. ; st la culture intercalaire est reposante (spergule, légumineuses, sarrasin, fauchés en vert, etc.), celle addidon est inutile.— d Si on faisait succéder 3 cultures épuisantes à la fumure, celle-ci aurait besoin d'être portée à 400 quint, et même à 460 ou 480 quint, si l'une de ces cultures était très épuisante (maïs, chanvre, garance, pavot, etc.) — e. Si on intercale une culture annuelle fertilisante et appropriée au so' ( trèfle, sainoin, etc.), la richesse qu elle communique au sol peut être évaluée à la moitié de la fumure normale ou 140 quint., si toutefois le sol était en bon état avant l 'intercalai ton. — f. Quand on intercale une culture fertilisante de plantes vivaces (luzerne, graminées, fourragères, etc.), la richesse qu'elle procure au sol peut être évaluée à une fumure normale de 2 80 quinl. , ou comme propre à produire 2 ou 3 récoltes épuisantes, suivant le temps que les plantes auront végété sur le sol. — g. Enfin, si on intercale une jachère compl te, celle-ci enrichira le sol de 50 p. 0/0 d'une fumure normale, ou comme 80 à 90 qui nt.de fumier suivant la cohésion ou la propreté du sol.
Ces quantités de fumier peuvent être modifiées d'après diverses circonstances et suivant qu'on veut donner une fumure faible, ordinaire ou moenne, ou une fumure forte à la terre. Avec du fumier normal, la fumure normale et moyenne varie de 240 à 320 quint. , terme moyen 280. On appelle fumure faible ou demie fumure celle où on ne donnequel20à l 80 quintaux, et fumure forte celle où l'on répand de 340 à 50* quintaux.
(1) Premier* ('lé nens de s'atique agricole. Magdebouru, 1830, in 8(
ADMINISTRATION RURALE
Quand le fumier est pailleux, sec, non aplati ni macéré , on doit en employer davantage, et en raison inverse de son poids comparé à celui du fumier normal.
Un bon fumier de bêtes à laine doit être répandu dans la proportion de 1/3 de moins environ ( Thaer dit un qiurt ). Le purin employé à raison de 40 à 00 charges de cheval de 20 pi. cubes chacune, équivaut à 100 quint, de fumier normal. Le pacage pendant une nuit de 1 80 à 200 moutons bien portanselde taille moyenne, sur 2 ares 50 centiares (72 à 80 moutons par are), équivaut à une demie fumure normale. Un engrais vert ou une récolte de plantes enfouies en vert a une action fertilisante qui varie suivant les circonstances, mais qu'on peut évaluer en moyenne à 80 ou 100 quint, de fumier normal par hect. , et dans les cas les plus favorables à 120 et même 140 quint.
B. Sol riche. Dans ce sol, il parait convenable de donner, dans les mêmes circonstances, au moins la même quaniitéde fumierqu'ausol moyen,elileslsouventmême nécessaire d'en augmenter les doses. Il n'y a guère que les sols qui possèdent une richesseextraordinaire et qui font partie de cette catégorie, auxquels on puisse, si on ne leur demande que des récoltes ordinaires, diminuer la proportion des engrais. Dans ces terrains il paraît conforme aux principes de fumer fortement, puis d'en tirer une récolte très épuisante ou d'y cultiver des plantes qui consomment une forte proportion de la richesse du sol et paient largement les frais de fumure, et après celle-là de leur faire produire encore plusieurs récolles épuisantes.
C. Sol pauvre. Les sols pauvres se partagent, comme nous l'avons dit, en 2 classes qu'on ne doit pas traiter de la même manière.
1° Les sols pauvres et chauds doivent être dirigés d'après les principes qui suivent. — a. Après une fumure on ne doit jamais en exiger de suite plus de 2 récoltes épuisantes. — b. Cette fumure pour ces 2 récoltes doit être, en moyenne, la même que celle qu'on donne aux sols moyens (280 quint, de fumier normal par hectare), lorsqu'on veut porter la terre au plus haut degré de fécondité qu'elle puisse atteindre. Rarement ce terrain supporte cette quantité d'engrais et la plupart du temps il faut se contenter de lui donner 210 quint, pour 2 récoltes épuisantes, mais sans espérer, dans ce cas, en accroître la fécondité. — c. Dans les sols inférieurs de cette division , il est constamment préférable de ne donner qu'une demie fumure et de n'exiger ensuite qu'une récolte épuisante, ou bien une fumure normale qu'on fait suivre d'une culture épuisante, à laquelle succède une culture fertilisante ( ordinairement dans ce terrain un pâturage); puis une 2e culture de plantes. épuisantes. — d. L'accroissement de richesse dans ce sol dû à Pintercalation d'une culture fertilisante dépend du degré de richesse qu'il possède déjà et de sa qualité; on peut l'évaluer de 120 à 240 quint, de fumier par hectare. — e. Une jachère complète convient rarement à ce sol; une jachère d'automne, après le pâturage, réussit mieux; celui-ci et la jachère peuvent enrichir le sol dans la plupart des cas comme une demie fumure normale, ou 120 à 140 quint.
2° Les sols pauvres et froids qui sont dépourvus d'activité donnent lieu enfin aux observations suivantes. — a. Dans ce sol qui comporte une forte fumure en une seule fois, mais qu'on n'est pas toujours en mesure de lui donner, la fumure normale est de 360 à 400 quint, de fumier normal par hectare pour 3 révoltes épuisantes, ou de 440 à 480 pour 4 récolles de ce genre. — b. II est de règle d'intercaler entre ces 3 ou 4 cultures épuisantes une récolte qui repose ou enrichisse le sol, ou une jachère complète. — c. Cette dernière peut être évaluée à 100 ou 120 quint, de fu-
mier normal par hectare, suivant que le sol est plus ou moins froid ou cohérent. — d. La richesse que le sol acquiert par une culture fertilisante est, comme dans la division précédente, très diverse et peut être estimée entre 120 et 140 quint., et quelquefois plus encore. — e. Selon les circonstances, l'écobuage peut être mis en usage dans ce sol avec beaucoup d'avantage et procurer une importante économie de fumier.
Il est bien entendu que, lorsqu'on a déterminé la fumure normale qui convient à un sol pour un certain nombre de récoltes épuisantes, l'accroissement de richesse que les cultures intercalaires de plantes fertilisantes ou la jachère complète procurent à la terre doivent venir en déduction de cette fumure proportionnellement à la richesse qu'elles lui rendent.
Lorsque nous nous sommes occupés de l'estimation des domaines ruraux, nous avons, dan3 le paragraphe relatif au mode de culture applicable aux terres arablescomme basedel'évaluation de leur produii(p. 335), adopté, d'après M. Kreissig, quelques principes généraux qu'il est peut-être utile de rappeler ici, au moins en ce qui concerne la consommation des engrais.
Nous sommes d'abord partis du principe que 3 récoltes de céréales bien développées, moissonnées à l'état de maturtoé et produites avec l'abondance que comportent les circonstances ordinaires, dans une terre en bon état, épuisaient la richesse communiquée au sol par une fumure en bon fumier d'étable donnée en une ou plusieurs fois en quantité convenable; que ce rapport entre la fumure, la production des grains et l'épuisement du sol paraissait ê're la combinaison la plus propre à faire obtenir le produit net le plus élevé. Nous avons ajouté qu'il fallait tenir compte dans l'établissement de ce rapport de la richesse que le sol acquiert par les années de pâturage ou par la décomposition des chaumes et racines de certaines récoltes intercalaires, ou à la portion de richesse qui peut lui être enlevée par des récoltes de plantes ou racines fourragères; que le fumier frais et non macéré, qui n'est pas propre à la production des grains farineux, pouvait donner une lre récolte de plantes fourragères qu'on fauchait en vert sans que la terre y perdit rien de sa faculté de produire du grain; et enfin, que 1 pi. cube de b..n fumier d'étable, obtenu de la consommation des pailles et fourrages , restituait à la terre autant de richesse que lui en avait enlevé 1.8 70 gram. de grains avec leur paille, en sus de là semence.
Malheureusement l'estimable auteur auquel nous avons emprunté ces détails n'a pas fait connaître l'état dans lequel se trouvait le fumier dans les expériences qui ont servi de base à ces règles de pratique ou le poids du pi .cube du fumier sur lequel reposent en partie les évaluations. Néanmoins comme, selon lui, il faut, pour obtenir le produit net le plus considérable, appliquer le fumier avant qu'il ait subi une macération aux plantes qui peuvent en cet état y trouver un aliment, telles que des récoltes fauchées en vert ou des pommes de terre, nous devons supposer que celui dont il conseille l'usage est un fumier de bêtes à cornes de bonne qualité, non consommé, mais à l'état frais, et par conséquent ne pesant pas au - delà de 20 à 22 kilogr. le pi. cube. En évaluant d'après les règles posées dans ledit paragraphe la richesse communiquée au sol par l'enfouissement des racines de trèfle, nous voyons, dans le tableau de la page 340, que les quantités d'engrais qu'il propose dedonner par hect. pour 3 récoltes de grains, dans le système de la stabulalion permanente et celui du pâturage, aux terres de différentes espèces et classes, sont en quint, met. les suivantes :
ciiAr. 7e.