CHAPITRE III. — Des travaux agricoles et de leur mesure
Toute opération agricole se résout en définitive en travaux exécutés par les hommes ou les animaux, ou par le concours de ces 2 sortes d'agens, et les frais qu'elle occasionne dans le prix du travail des uns et des autres pendant toute la période du temps qu'on met a l'exécuter.
Un administrateur, qui veut mettre de l'ordre dans ses opérations et qui cherche à se rendre un compte exact, soit à l'avance, soit après le travail, de la manière dont elles ont été conduites et exécutées, doit nécessairement avoir une commune mesure au moyen de laquelle il puisse apprécier la quantité de travail fait dans un temps donné et déterminer si cette quantité correspond à celle qu'on doit attendre dans les circonstances où il est placé des hommes et des animaux, c'est-àdire s'il a fait à la fois l'emploi le plus économique et >3 plus rationnel du travail de ses agens et de ses moteurs.
Nous avons déjà parlé des causes locales et indépendantes qui peuvent faire varier la quantité de travail des hommes et des animaux, et des élémens qui servent à sa mesure économique (p. 432). Il ne nous reste plus qu'à dé terminer la quantité absolue que peuvent fournir en moyenne les agens animés pendant une certaine période de temps, période que nous fixerons également, en moyenne, dans ce qui va suivre, a une journée de travail de 10 heures, à moins que nous n'avertissions du contraire.
On ne connaît qu'imparfaitement ïaquantité moyenne et absolue ae travail journalier des hommes et des animaux, en France, dans les travaux de l'agriculture, et nous n'avons à cet égard que des données isolées; d'ailleurs, l'agriculture, sur la majeure partie de notre territoire, a fait si peu de progrès, et on y est si peu soucieux ô'y rechercher comment on
Parvient à économiser le temps, que les nomres qu'on a pu ainsi recueillir ne peuvent être que d'une faible utilité pour un établissement organisé d'après les meilleurs principes économiques. En Angleterre, on possède un assez grand nombre de documens précieux sur cette matière qui se rattache si essentiellement à la pratique de l'agriculture;
mais beaucoup de ces documens ne doivent être adoptés qu'avec circonspection, attendu
3 ue ce sont plutôt des maœima obtenus dans es concours que des résultats moyens, se rapprochant de ceux qu'on obtient le plus communément dans la pratique. L'Allemagne est très riche en matériaux de ce genre, et un très grand nombre d'agronomes de ce pays se sont appliqués avec persévérance à rechercher par expérience la mesure exacte et commune du travail journalier des agens agricoles animés. Nous nous proposons de mettre à profit les travaux qui ont été publiés sur ce sujet dans ces deux derniers pays, dans les tableaux succincts que nous allons présenter pour les principaux travaux de culture. Les nombres qu'on trouvera dans les sections suivantes sont ceux auxquels on doit atteindre dans un établissement bien organisé, et où tout est dirigé suivant les meilleurs principes, et dans une série d'opérations qui se succèdent sans interruption dans le cours d'une année agricole; seulement nous devons faire remarquer que certains travaux, dans divers pays, ne sont pas toujours confiés aux individus du même sexe, et que tantôt on y applique des hommes et tantôt des femmes, ce qui peut faire varier les nombres suivant les usages des localités.
Section ire. — Travaux pour la fumure des champs.
1° Chargement du fumier. Ce travail peut être exécuté par des hommes et des femmes. Suivant Meyeb, un homme peutcharger en une journée de travail 8 chars de fumier de 1 met. 40 cent, cube chacun (40 pi. cubes), ou en tout 1 1 met. cub. (320 pi. cubes), ou en supposant que le mètre cube de fumier normal pèse 730 kilog. (26 kilog. le pi. cube), environ 80 quinlaux métriques de fumier chargé par jour. — M. Schmalz porte ce chargement jusqu'à 14,6 met. cubes (430 pi. cub.), ou à 108 ou 106 quint, met. par jour. — M. Kreissig a observé que 4 personnes adultes chargeaient par heure 4 charade fumier de 1 met. 40 cent, cube chacun, ce qui fait, en une journée de travail de 10 heures, 66 met. cub. (i,600 pi. cub), ou pour chaque personne et par jour, 14 met. cub. (400 pi. cub.), c'est à-dire 102 quint, met. de fumier normal. — M. Block porte aussi ce même travail à 102 quint, met.
ADMINISTRATION RURALE
2° Transport au fumier aux champs. M. Schmalz admet que 4 bons chevaux de forte taille transportent dans les champs, à une distance moyenne, lo à 12 chars de fumier de lm,50 cube (42 pi. cub.) chacun, et ceux de petite taille, de 1 met. seulement (20 pi. cub. ). — M. Kreissig pense que pour une dislance moyenne on peut admettre qu'un attelage de 4 chevaux peut transporter 15 chars de fumier dans les champs en 10 heures de travail, en chargeant également lm, 50 cube ^ou 1 1 quint, met.) pour les forts chevaux, et 1 met. (7 quint.) pour les petits. Il ajoute qu'en hiver, lorsqu'on transporte le fumier sur des traîneaux, 2 forts chevaux suffisent pour un chargement de lm, 50 cube et 2 petits pour un chargement de 1 met. cube. En moyenne, dit-il, on peut admettre qu'en un jour
Un fort cheval transporte 6 met. cub. (180 pi, cub.) ou 44 quint, met.
Un petit cheval transporte 3m,70 (107 pi. cub.) ou 27 quint, met.
En supposant que la moitié de la charge au moins est transportée par traîneau.
Voici maintenant les résultats présentés à ce sujet par M. Block.
Si on suppose qu'en moyenne un cheval de taille ordinaire, dans les jours longs et courts de l'année, attelé à un char, parcourt 30 kilom. ( 7 lieues de 2,200 toises), moitié chargé et moilié à vide, et qu'il y ait des chars de rechange, tant dans les cours de chargement du fumier qu'aux lieux de déchargement, auxquels on atlelle les animaux aussitôt qu'ils arrivent pour ne pas les laisser à rien faire pendant ces opérations, et que la charge pour un char attelé de 2 chevaux soit de lm,25 cub. ou 9 quint, met., voici pour différentes distances le nombre de chars de fumier normal, de mètres ou pieds cubes ou de quintaux qui seront transportés aux champs: