‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 55 sur 369 · FORETS ARTIFICIELLES; PLANTATIONS · texte numérisé non relu

FORETS ARTIFICIELLES; PLANTATIONS

Fig. 101,

être semées et plantées avec certitude de succès entre des rangées de topinambours écartées de 6 pieds, el parallèles à ces premières lignes; on peut employer aussi des planches de pin quand on en a à sa disposition , et des branches d'arbres résineux étendues sur le sol {fig- 100 ), avec leur gros bout dirigé du Fig. 100.

côté du vent.

VII. — Repeuplement des clairières et terrains vagues ; des abris.

Le repeuplement des clairières et terrains vagues dans les bois peut se faire par les moyens combinés des semis, des plants enracinés et des provins. On y plante des tiges de tremble et d'ypréauà 8 mètres de distance les unes des autres, ainsi que des massifs voisins. Les intervalles sont semés de glands en potets dans les espacemens indiqués, et l'on fait provigner les bordures intérieures des massifs (fig. 101). Quatre ans après on coupe àrezterre les tiges des trembles et des ypréaux, ainsi que les brins qui avaient été provignés : les rejets forment de fortes cépées à l'ombre desquelles les glands s'élèvent parfaitement.

Les arbres à feuilles caduques ont besoin, dans leur jeunesse, d'abris contre le vent, le Jroid, la chaleur. On vient de voir le parti

3u'il était possible de tirer des hautes tiges e topinambours plantés en lignes convenablement orientées et espacées. Les haies forment des abris très-bons quand elles ont pris une hauteur et une épaisseur convenables. Quand on les destine à cet usage, il vaut mieux les composer d'arbres à branches alternes et à petites feuilles abondantes et

perpendiculaires, plutôt que de ceux qui les ont opposées, et dont les feuilles sont larges et variables en position; ainsi le charme est préférable à l'épine, et le peuplier d'Italie au peuplier Iremble. Mais les meilleures haies pour abris sont celles des arbres verts; si elles sont un peu lentes à croître, on en est bien dédommagé par leur solidité, leur beauté et leur durée. On peut voir à Fromont le parti que j'ai tiré, très en grand, de mes hautes palissades de thuya d'Orient, pour l'abritement de mes pépinières exotiques. J'ai essayé avec le même succès le thuya d'Occident. Le genévrier de Virginie, bien conduit , offrirait sans doute les mêmes avantages. • ' ,

Les arbres se servent mutuellement d'abri quand ils croissent en massifs très-serrés; mais cet avantage est balancé par des inconvéniens dans l'éducation des arbres à feuilles caduques. Les Anglais pratiquent un moyen de protéger ces derniers dans leur jeunesse. C'est de commencer par couvrir le terrain de plants d'arbres verts, et de les entretenir jusqu'à ce qu'ils aient atteint la taille de 3 pieds, afin de pouvoir protéger contre les injures du temps les arbres d'une autre nature que la leur qu'on introduit ensuite parmi eux, soit par voie de plantation, soit par voie de semis. Il semblerait que cette méthode ferait perdre à ces derniers plusieurs années de croissance sur le temps où. ils doivent se développer ; mais dans la réalité il n'en est point ainsi. Un grand avantage qu'elle présente, c'est de préserver les arbres tirés des pépinières pour être placés à des expositions âpres et froides, de l'endurcissement de leur écorce et d'un rabougrissement dont ils sont quelquefois longtemps à se rétablir. On peut élever ainsi ie chêne, l'orme, le hêtre et les autres meilleures espèces d'arbres feuillus. L'opération consiste essentiellement à ne semer ou planter ces arbres que lorsque les pins el les mélèzes sont assez grands pour défendre, contre les vents et contre le froid, des plants de taille inférieure , ce qui demande de 4 à 7 ans, suivant la qualité des sols. On tire de grands profils de l'exploitation successive de ces sortes de pépinières, qui permettent en outre de n'employer que la quantité rigoureusement nécessaire de plants à feuilles caduques, qui

sont destinés à rester en place, jusqu'à ce qu'ils aient acquis leur développement naturel.

Art. m. —Frais de semis et plantations.

On sent combien ils doivent varier suivant les lieux et les terrains. Il n'est pas sur les plantations de mode fixe, mais seulement quelques principes généraux. L'exécution doit toujours être modifiée, d'après la nature et l'état du sol au'on veut mettre en emploi. La profondeur des défoncemens, surtout, ne peut être une chose fixe; en général, on défonce trop, et on ne laboure pas assez; beaucoup de plantations manquent totalement pour avoir été trop défoncées. Voici, toutefois, le devis de ce que doit coûter la plantation et l'entretien pendant quatre ans, d'un hect. de terrain de médiocre qualité, planté en essences forestières :

1° Défoncement d'un hectare à 40 centimètres de profondeur. 200 fr.

2° Fourniture de 10,000 plants de rigoles: chênes, hêtres, charmes et pins, à 10 fr. le mille, âgés de 5, 4, 3 et 2 ans. 100

3° Transport du plant et exécution

de la plantation. 100

4° Trois regarnis estimés à 1500 de

plants, les trois. 45

5° Huit façons, données en 4 ans , à raison de 25 fr. 200

Total. 645 fr.

Devis d'un semis de chêne. 1° Dans un terrain très-riche cjui ne sera pas envahi par des graminées a longues racines, telles que le festuca cœrulea, le calamagrostis et autres de ce genre, il suffit de labourer le terrain en bandes alternées de 66 centimètres de largeur, fouillées de 20 à 22 centimètres de profondeur, éloignées l'une de l'autre par trois pieds de friche. Cette opération doit coûter de 50 à 60 fr. l'hect., ci. 60 fr.

2° 12 hectolitres de glands semés trèsdrus, au printemps, dans un rayon tracé au milieu de chaque bande défoncée, à raison de 4 fr. Tune , conservation, transport et semage compris. 48

3° Deux façons à raison de 20 fr. l'hect. 40

Total. 148 fr.

Un semis ainsi pratiqué, quand on peut le garantir des mulots, des corneilles, des ramiers et autres ennemis, a sans .doute un succès beaucoup plus lent qu'une plantation, mais il n'est pas moins sûr.

Les élémens qui précèdent ont été recueillis dans la forêt de Compiègne. En voici d'autres qui établissent la dépense moyenne d'un hectare de bois dans Ja forêt de Fontainebleau, en y employant deux tiers d'essences dures et un tiers de bouleau. Ces plants sont placés dans des rayons parallèles et distans

PLANTATION DES FORÊTS. nv.v.

entre eux d'un mètre. Ils sont espacés sur les rayons à lm 30, et on évalue qu'il en entre 7,500 par hectare. Une plantation, ainsi établie sur un sol défoncé de 40 à 50 centim. de profondeur, suivant la nature du terrain, reçoit 4 années d'entretien, pendant lesquelles on lui donne 11 binages: 3, chacune des 3 lres années, et 2 la 4e. A 3 ans, il faut faire émonder les couronnes inférieures du rang de bouleau, dont on tire parti pour de la brinde à balais; et à 5 ou 6 ans, il convient de le receper, parce qu'il ombragerait trop les essences dures. Ce recepage, dont l'on tire produit , est indispensable , soit qu'on destine la plantation à faire un taillis, soit qu'on se propose de la laisser croître à l'état de futaie; mais, dans ce dernier cas, le recepage doit être réitéré à 12 ou 14 ans. Voici comment se sous-divise la dépense de ces plantations faites en massifs et essences feuillues qui se voient aujourd'hui à Fontainebleau :

1° Défoncement à la main et à jauge ouverte sur une profondeur de 40 à 50 centimètres, suivant la possibilité. 150 fr.

2° 5,000 plants de chênes et autres essences dures, ayant au moins 3 ans de semis en pépinière, ou ayant passé au moins 2 ans en rigoles, si ces plants avaient été dans l'origine arrachés sous bois en forêt, à 8 fr.

le mille. 40

3° 2,500 plants de bouleau, ayant aussi

2 ans en pépinière, à 6 fr. le mille. 15 4° Tracé des rayons et mise en terre

des plants. , 45

5° 11 binages à 15 fr. chaque. 165

6° 4 regarnis ou repiquemens à 15 fr.

l'un. 60

7° Pour frais de surveillance et autres

menus frais. 15

A quoi il convient d'ajouter 10 p. 100 pour le bénéfice de l'entrepreneur. 49

Total. 539 fr.

Les semis de résineux se font en grand dans deux systèmes, soit sur un défoncement total, soit par bandes; voici ce qu'ils coûtent :

Semis en plein. — 1° Défoncement à 30 ou 35 centimètres de profondeur. 90 fr.

2° Cassage des mottes, semage de la

graine et ratissage pour l'enterrer. 30 3° 10 kilogrammes de pins sylvestres.

à 3 fr. 30

4° 10 kilogr. de graine de pin maritime, à 50 cent. 5

Total. 155 fr.

Dans les semis par bandes parallèles, de 50 centimètres de largeur, entre lesquelles restent des bandes incultes d'un mètre, la dépense est la même, sauf une diminution sur le défoncement de 60 fr. par hectare, ce qui réduit les frais à 95 fr.

SOULANGE BODIÏV.

tHÀfo

DES DIFFERENTES ESPECES DE BOIS ET FORETS. CHAPITRE IV. — Culture et aménagement des forêts.

Section ire. — Des différentes espèces de bois et forets.

§ Ier. — Des forêts en général.

Nos forêts sont en général une production de la nature â la création de laquelle l'art n'a point contribué; il n'existe de forêts plantées que dans les contrées de l'Europe où la sylviculture a fait des progrès. Sous ce rapport, l'Allemagne est au premier rang, l'Angleterre est au second. On a fait aussi de fort belles plantations en France depuis quelques années. La plupart des forêts plantées ♦n'étant pas cultivées ne tardent pas à ressembler aux forêts naturelles; des espèces inférieures s'y introduisent ; elles dégénèrent bientôt, mais la culture forestière, dont les produits sont bien supérieurs à ceux des forêts abandonnées à la nature, devant s'étendre graduellement, on pourra désormais diviser toutes les forêts en deux grandes classes; celles qui demeurent incultes et celles qui sont cultivées.

§ H.— Des taillis.

Les taillis sont des bois que l'on coupe ordinairement assez jeunes, soit pour les employer au chauffage, soit pour convertir les bûches en charbon, soit pour faire des échalas, des cercles, des pieux, etc. Le caractère distinctif des taillis est qu'ils repoussent de leurs souches, tandis que les futaies se repeuplent presque entièrement par tes semis. Il n'y a point de taillis d'arbres résineux, car ces bois ne repoussent pas de leurs souches.

On divise ordinairement les bois taillis en trois classes :

Les jeunes taillis sont ceux qui s'exploitent à l'âge de -7, 8 ou 9 ans; ils sont composés généralement de marsaults, de coudres, de châtaigniers et de bouleaux, qui sont employés à des usages divers, et surtout au chauffage des habitans de la campagne.

Les taillis moyens sont ceux que l'on exploite à l'âge de 18 à 20 ans pour en tirer du charbon ou du petit bois de chauffage.

Les hauts-taillis s'exploitent à l'âge de 25 à 40 ans et fournissent du bois de chauffage pour les villes, de petites pièces de charpente et decharronnage, et surtout du bois de fente pour la latte, les échalas, etc.

Il n'existe plus guère de taillis de 40 ans; en général, depuis un demi-siècle, les coupes sont beaucoup plus fréquentes qu'autrefois. Nous en expliquerons la cause.

§ III. — Des futaies.

Les bois de futaie se divisent ordinairement en plusieurs classes, entre lesquelles il n'y a point de différence bien caractérisée.

La jeune futaie est celle qui a de 40 à 50 ans. On l'appelle demi-futaie lorsqu'elle est âgée de 50 à.60 années. Elle prend la dénomination de haute futaie lorsqu'elle a atteint l'âge de 100 ans.

Ces futaies forment des massifs qui, en France, s'exploitent presque tous suivant la méthode appelée Jardinage ou furetage, qui consiste à choisir les arbres mûrs ou dépérissans et à les extraire du massif pour les employer aux usages auxquels on les juge propres. C'est ainsi qu'on les exploite dans la majeure partie de l'Europe.

On nomme futaies sur taillis les baliveaux de tous les âges que l'on choisit dans les taillis. L'usage d'en réserver a commencé en France dans le moyen-âge et ne doit pas durer long-temps. Nous ferons connaître Les variations qu'il a subies avec leurs causes et leurs effets.

On donne quelquefois le nom de vieilles écorces aux arbres dont l'âge est plus que centenaire {fig. 102, 103, 104, 105, 106).

Fig. 102. Fig. 103. Fig. 104.

Brin de l'âge du luillis. Baliveau sur taillis " Moderne de 3 âge». de a âges.

Fig. 105.

Fig. 106.

Ancien de 4 âges.

Vieille écorce de 6 âges et au-dessus.

A l'avenir, on mettra plus de précision dans le langage forestier. A des dénominations vagues, on substituera l'expression, soit des dimensions exactes, soit de l'âge de l'arbre ou de la classe d'arbres dont on voudra parler.

§ IV. — Forêts d'arbres d'une seule espèce.

Il existe peu de forets d'arbres d'une seule, essence, mais le nombre des espèces est d'autant moins grand que le bois a vieilli plus long-temps; les grandes espèces, comme les hêtres, les sapins et les chênes, survivent à toutes les autres.

Le nombre des essences diverses est ordinairement considérable dans les jeunes taillis ; car les arbres qui ont le moins de longévité sont très-vivaces dans leur jeunesse et

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