‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 74 sur 369 · LIV. V · texte numérisé non relu

LIV. V

Fig. 136.

extérieurs des taches sur l'écorce qui se couvre quelquefois de lichens et de champignons, des bourrelets, des gerçures et des gouttières par lesquelles l'eau s'insinue sous l'écorce.

Le bois d'un chêne est rouge et par conséquent de mauvaise qualité quand la tige est garnie de petites branches depuis le pied jusqu'au sommet.

Le double aubier, qui n'est point une maladie, diminue de beaucoup la valeur d'un chêne. Les arbres de cette espèce qui croissent dans un terrain sec et non abrité présentent de l'aubier non-seulement à la circonférence, mais encore au centre de la tige ; les couches ligneuses intermédiaires sont très-dures, mais souvent elles ne forment pas la moitié de la valeur de l'arbre.

Quand la tête d'un arbre présente peu de pousses des années précédentes, quand la flèche est desséchée, et que les branches ont l'air d'être brisées aux extrémités, la végétation est nécessairement ralentie; un chêne peut subsister long-temps dans cet état sans que la qualité du bois en soit altérée ; mais un hêtre ou un sapin ne tardent pas à périr, et leur bois se gâte immédiatement. Un hêtre dont l'écorce prend une couleur grise ne tarde pas à se vicier intérieurement, et si l'on tarde trop à l'abattre, le bois ne sert plus qu'au chauffage.

Dans un arbre sur le retour, le bois du cœur est plus léger que celui de la circonférence, il a perdu sa ténacité et son élasticité: il faut bien se garder dans ce cas d'employer l'arbre en une seule pièce ; il faut le faire scier en quatre, de manière que le centre forme l'angle de l'écarrissage.

Les arbres dans lesquels il y a des trous

ÉVALUATION DES PRODUITS DUNE COUPE. 115

merrain qui sert à fabriquer les grandes futailles.

Les arbres qui fendent le mieux sont le chêne et le hêtre; mais ce dernier ne s'emploie pas encore dans la fabrication du merrain de tonneaux.

Les meilleures futailles à mettre le vin sont

CHAP. 5e •

formés par le pic-vert contiennent toujours du bois pourri.

La pourriture sèche est une maladie qui attaque les bois employés à la construction des vaisseaux; elle est devenue très-commune; la plupart de nos bàtimens dé mer ne durent guère plus de 8 à 10 ans ; on a perdu dans les chantiers de nos ports plusieurs millions de pieds cubes de bois qui sont tombés en pourriture. Ou ne devrait jamais employer des arbres sur le retour sans avoir pris la précaution de les fendre en quatre parties par le centre.

§ II. — Division des futaies.

1° Pièces de marine et de charpente.

Les chênes de toutes dimensions sont propres au service de la marine lorsque le bois en est sain ; les plus petits servent à faire des chevilles. Les vaisseaux sont construits en grande partie de bois courbes. La Ion-

tueur àe ces courbes de toute espèce varie de à 30 pieds. Leur prix est d'autant plus élevé qu'elles sont plus rares. On les vend jusqu'à 4 fr. le pied cube.

Les chênes et les ormes courbes conviennent aussi très-bien pour les roues de moulin, pour le charronnage de l'artillerie, pour faire des cintres de voûtes et des ponts.

Les chênes de 3 pouces 1/2 d'écarrissage servent à faire des chevrons, des contrefiches et autres petits bois de charpente. Les pièces de 5 à 7 pouces d'écarrissage servent a faire les poutres, tirans, etc.

Les longs chênes très-courbes qui sont trop faibles ou trop défectueux pour être employés dans la construction des vaisseaux ou la charpente des bâlimens, servent à la construction des bateaux ; on les débite en planches de 8 à 16 lignes d'épaisseur que l'on redresse facilement en les passant sur un petit feu de copeaux au moment de les employer.

Les frais de transport des bois écarris, par terre et sitr les chemins ordinaires, sont de

3 francs par stère et par lieu.

Les frais de transport sur les rivières navigables sont de 1 franc par stère et par lieue, terme moyen.

Ecarrissage des bois. L'écarrissage des bois exige beaucoup d'adresse, surtout pour les bois courbes ou méplats ; ces derniers ont les côtés inégaux en largeur, mais on les emploie de champ pour augmenter leurs forces.

L'écarrissage des bois de 6 à 8 pouces d'épaisseur coûte 5 centimes le pied courant ; de 10 à 12 pouces, 8 centimes le pied courant; de 13 à 16 pouces, 20 centimes le pied courant. Ce prix comprend l'écarrissage sur les

4 faces. L'écarrissage des courbes, ne devant être exécuté que par des ouvriers habiles et exercés à ce genre d'ouvrage, coûte moitié plus cher.

29 Ouvrages de fente.

Merrain. On pourrait fabriquer le merrain et la latte à la scie; mais comme les fibres seraient coupées, les pièces seraient bien moins fortes que lorsqu'elles sont fendues. Cependant les barils à mettre les harengs sont débités à la scie. Il en est de même du

celles de chêne, lorsque ce bois n'est pas gras et spongieux, etcelles de châtaignier; on fait aussi des barils propres au même usage en mûrier blanc, faux acacia et merisier. Le merrain provenant des bois blancs, comme le sapin, le tremble, lepeuplier et le saule, sert à la fabrication des futailles qui doivent contenir des marchandises sèches.

On juge qu'un arbre se fend bien lorsque l'écorceest lisse etne présente pas des nœuds. Les arbres nouéu ou contournés se mettent en sciage.

Dans un arbre dont le volume total , y compris l'aubier et l'écorce, est de 30 pieds cubes, et dont le volume cubé au 5me déduit est de 15 pieds cubes, on ne trouve, terme moyen, que 10 pieds cubes de merrain, en supposant même que l'on puisse en faire dans toute la longueur de l'arbre; le reste est composé du rebut, de l'aubier, de l'écorce et des copeaux.

Voici les dimensions de plusieurs espèces de merrain.

Noms

Cubage

des

Longueur.

Largeur.

Épaisseur.

de

pièces.

k'oBb pièces.

Ponces.

Pouces.

Lipnes.

Pieds cubes.

Douves .

Fonds. .

1 Douves..

jFonds. .

Douves..

Fonds .

Douves..

|Fonds. .

Douves..

iFonds. .

Le millier marchand de merrain dont les dimensions sont indiquées dans les deux dernières lignes de ce tableau, se compose de 2,575 pièces, savoir, 1717 douves et 858 pièces de fond. — Ce merrain sert à faire des tonneaux de 200 à 220 litres.

Le prix de la façon d'un millier marchand est de 70 fr. — Le prix moyen de ce même millier de merrain rendu dans le vignoble est de 625 fr. — Le merrain propre à fabriquer les petites futailles de HOlitres se vend à raison de 275 fr. le millier marchand; la façon coûte 60 francs.

Les Jrais de transport du merrain se calculent ainsi qu'il suit, pour un millier de 2,575 pièces propres à faire des tonneaux de 220 litres :

Par les chemin!

de trarerse. Par les routes.

à 1 lieue 1/2 9 fr. . . 6fr.

à 2 lieues 12 ... 8

à 3 lieues 18 ... 12

Boisselleric, Raclerie. Le débit des chênes en boissellerie est plus avantageux qu'en sciage ; car on n'emploie pour ce dernier usage

que les arbres qui ne peuvent se fendre facilement.

On nomme éclisses ou cerces les pièces qui servent à faire des seaux, les mesures à blé, les bordures de tamis, etc. Leurs dimensions varient, savoir : les longueurs, de 10 pouces à 3 pieds et demi; les largeurs, de 3 à 5 pouces ; l'épaisseur moyenne est de 3 lignes et demie. La fente des chênes s'opère ainsi qu'il suit : On scie les billes de la longueur convenable; ensuite l'ouvrier les dispose dans son atelier; il place le tranchant du coutre (fg. 137) .suivant la direction qu'il veut donner à la fente ; il frappe ensuite sur le dos de ce coutre avec un maillet; quand la fente est ouverte, il y introduit un coin, et, en avançant adroitement le coutre, il prolonge la fente jusqu'à l'extrémité de la pièce.

Les ouvrages de fente que l'on nomme raclerie sont presque tous en hêtre ; ce sont des lames très-minces qui servent à faire des boîtes légères pour les fromages ou pour toute autre marchandise ; les copeaux les plus minces servent aux gaîniers.

On fait encore avec le hêtre une foule de petits ouvrages, tels que des poulies, des formes pour les ouvriers, des vases, des pelles, des panneaux, etc.

On débite aussi le chêne en bardeau dont les lames ont 8 lignes d'épaisseur, 7 pouces de largeur et un pied de longueur. On s'en sert pour couvrir les bâtimens et pour en garnir les murs.

Latte. La latte se fabrique comme les autres ouvrages de fente. La longueur de la latte est de 4 pieds, la largeur de 15 lignes, et l'épaisseur de 2 à 3 lignes. Le millier marchand est de 20 bottes formées chacune de 50 lattes. La latte de cœur de chêne vaut 20 fr. le mille; la latte d'aubier vaut 12 fr. le mille. On emploie cette dernière dans les parties de la construction qui sont recouvertes de plâtre, comme les plafonds, les cloisons , etc. La façon du millier de lattes de chêne coûte 4 fr. 50 c.

La latte de sapin ou de bois blanc se vend en forêt 12 fr. le mille; la façon est de 2 fr. 50 c.

Les frais de transport d'un millier de lattes de chêne sont de 60 cent, par lieue, et ceux du transport du millier de lattes de sapin ou bois blanc sont de 45 cent, par lieue.

3° Menuiserie, ébênisterie

Les loupes et les souches saines d'orme, tilleul, hêtre, servent à faire des meubles d'une grande beauté. On les met à part dans l'exploitation ; on peut les vendre 7 fr. le pied cube dans les coupes situées à portée des villes. Les tiges noueuses de frêne et d'érable servent au même usage et sont encore plus recherchées.

4° Charronnage.

Hais de voiture, ]Les rais de voiture de

EXPLOITATION DES BOLS. lïv. v.

34 pouces de longueur, rendus sur le marché, se vendent 26 fr. le cent, prix moyen. L'épaisseur de la pièce daus laquelle chacun de9 rais est pris est de 5 pouces ; ainsi le volume total du bois qui sert à faire un cent de rais, est de 50 pieds cubes 2/10.

La façon du cent de rais est de 2 fr. 25 c.

Le transport â 2 lieues de la forêt coûte- 2 „

4 fr. 25 c.

La valeur nette du cent de rais est donc de 21 fr. 75 c. pour 50 pieds cubes 2/10. Ainsi la valeur nette du pied cube est de 43 cent. On se sert pour cet usage de bûches de chêne.

Moyeux de roues. Les moyeux de roues se font d'orme, et les meilleurs d'orme tortillard; la grosseur des moyeux varie de 30 à 50 pouces de circonférence.

Essieux. Les essieux se font de frêne, orme et charme. La pièce propre à faire un essieu a 7 pieds de longueur sur 25 pouces de tour. Elle vaut 2 fr. Cette pièce cubée au 5e déduit contient 1 pied cube 2/10.

Brancards. Pour faire les flèches des brancards de voiture, on se sert d'orme et de frêne dont la grosseur ordinaire est de 36 pouces, et la longueur de 18 pieds.

Jantes de roues. On prend dans les grosses branches des jantes de 3 pieds de longueur, 3 pouces d'épaisseur et 4 pouces et demi de largeur. Comme on ne trouve pas assez de brins courbes pour la consommation, on se sert de hêtre plus ou moins droit dans lequel on taille la jante de manière à lui donner la courbure convenable.

Rouleaux, poteaux. Les cylindres en bois que l'on fait passer sur les terres ensemencées, sont pris ordinairement dans la tige des arbres rabougris, qui sont très-communs dans les taillis qui s'exploitent à l'âge de 10 à 12 ans. On prend deux rouleaux dans une tige de 5 pi. de tour sur 16 pi. de longueur. Un arbre de cette dimension se vend 36 fr. non compris les branchages, dans les pays de grande culture comme la Beauce et la Brie. Les chênes de courte stature servent à faire des poteaux pour les palissades.

5° Sabots.

Les sabots se vendent à la grosse qui contient 13 douzaines; savoir : 2 douzaines de sabots d'hommes, 8 douzaines de sabots de femmes et 3 douzaines de sabots d'enfans.

Il faut un arbre de 21 pieds cubes pour faire une grosse de sabots fins, et une tige de 24 pieds cubes pour faire la même quantité de sabots grossiers; on suppose le cubage fait au 5e déduit. Ainsi une tige de tilleul de 21 pieds de longueur sur 5 pieds de grosseur moyenne donne une grosse de sabots fins.

Les bois propres à faire des sabots, sont le hêtre, le tilleul , l'aune, le marseau. On les estime pour cet usage de 2 fr. à 2 fr. 50 cent, la solive. Dans quelques localités on fait des sabots avec des bûches de bouleau de 18 à 30 pouces de tour; la grosseur moyenne de ces bûches est de 24 pouces, leur longueur est de 48 pouces; chacune de ces bûches a pour solidité 64/100 de pied cube (au 56 déduit ) ; on les évalue chacune 75 cent, ce qui

CHAI». 5e.

EVALUATION DES PRODUITS D'UNE COUPE

revient à 1 fr. 17 cent, le pied cube. On a l'avantage de se servir de bûches qui ne seraient propres qu'au chauffage si l'on n'en faisait pas des sabots.

6° Bois de sciage.

A. Sciage du bois de chêne.

Cet emploi des bois est celui qui absorbe le plus grand nombre des arbres dans les coupes ; nous traiterons cette partie de l'exploitation avec quelques détails.

Deux moyens sont employés pour scier les arbres : la scie ordinaire des scieurs de long, mue par deux hommes, et la scie mécanique mue par un courant d'eau. Aux scies à lames droites posées verticalement, on a substitué en Angleterre et dans un assez grand nombre d'ateliers de sciage en France, la scie circulaire qui est représentée (y%.138)

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