CHAI
DES CHARRUES
Ajoutons que deuxmécaniciens,MM. Hoffmann de Nancy et Albert ont eu l'un et l'autre l'idée déplacer le levier de pression de Grange, non plus sous la charrue, mais dessus, et de le faire servir en même temps à soutenir les armons, ce qui rend inutile le levier de ceuxci. « A cet effet, M. Hoffmann a imaginé de soutenir le levier en question en le faisant passer dans les colliers de deux tiges de fer placées, l'une sous l'armon de droite en avant de l'essieu des roues, l'autre sur le prolongement de cet armon en arrière de l'essieu. A son extrémité postérieure, cette
Eerche est embrassée par une chaîne fixée à i traverse des mancherons, de manière que quand les armons tendent à se relever, il se fait une pression de haut en bas sur cette chaîne. — M. Albert, de son côté, place son levier de pression à gauche, et non adroite; il lui donne pour point d'appui un collier adapté au montant de la sellette, et il engage l'extrémité postérieure dans une sorte de bride de fer appliquée le long du mancheron. La perche, quand elle est soulevée par l'avant-train, fait pression sur ia partie inférieure de la bride; une vis qui traverse le mancheron l'empêche de s'élever au-delà d'une certaine limite et maintient ainsi les armons dans une position horizontale. C'est
aussi au moyen de vis que M. Albert porte à droite ou à gauche la chape de ceux-ci, et qu'il augmente ou diminue la longueur des deux chaînes qui lient l'avant-train à l'âge.
§ II. — Des charrues à tourne-oreille.
Les charrues à tourne-oreille ordinaires ont le grand avantage de pouvoir tracer en allant et en revenant des sillons contigus,puisqu'elles versent la terre toujours du même côté de l'horizon. Elles abrègent ainsi le travail en évitant les allées et venues indispensables, avec les charrues à versoir fixe, pour passer d'un sillon à l'autre dans les labours en planches.— Mais, d'un autre côté, elles présentent deux inconvéniens fort graves aux yeux de tous ceux qui savent apprécier les conditions d'un bon labour. D'une part, la forme de leur soc, qui soulève moins bien le sol, et qui perd une partie de sa puissance en le soulevant inutilement du côté opposé au versoir; — de l'autre, la disposition et la forme de la planchette qui leur sert de versoir et qui retourne incomplètement la terre.
La charrue tourne-oreille, telle qu'on l'emploie encore dans beaucoup de pays, se compose d'un avant-train A ( fig. 249), qui ne dif-
Fig. 249.
fère pas essentiellement de ceux qui ont été précédemment décrits, et d'un arrièretrain B. — Le soc, de forme triangulaire, est en fer aciéré; il est boulonné sur le sep. — La semelle est fixée à la gorge et à l'étançon C, ainsi qu'à Varrière-montant ou plot D , et maintenue de plus par la verge E.— Le versoir se compose d'une partie supérieure F 3ui porte en avant une plaque de tôle, et 'une partie inférieure mobile et qui peut s'attacher tantôt à droite, tantôt à gauche, à l'aide d'une petite verge de fer courbée H [V. les détails) qui s'accroche dans un anneau au point I de la semelle, et d'une cheville J qui s'implante dans un trou creusé pour la recevoir, de manière à régler l'écartement voulu. La 2e cheville L sert à saisir l'oreille quand on veut la mettre ou l'ôter. Cette oreille est en bois, ainsi que la partie fixe du versoir. — Le coutre M devant être changé de direction chaque fois qu'on transporte l'oreille d'un côté sur l'autre, on a fixé sur l'âge le ployonN dont un des bouts passe dans l'arcade O, et dontl'autre boutest maintenu par le tenon P, tandis qu'à sonmilieuil presse, tantôtà droite,
tantôt à gauche, sur le manche ducoutre,dont il dirige par conséquent la pointe dans le sens opposé. — L'âge, un peu courbé à son origine postérieure, s'implante dans le plot D portant les manches, et fixé à sa partie supérieure par une traverse. On voit en R le porte-fouet. — Le tirage se fait au moyen de la bride S mobile sur son axe, et de la chaîne qui va s'attacher à l'avant-train. — Le régulateur T ressemble beaucoup à celui de la charrue Guillaume,
On a cherché divers moyens de remédier aux inconvéniens, bien connus, de cette charrue. — M. Hugonet, le premier, pensonsnous, a donné l'exemple d un soc servant en même temps de coutre, et tournant sur luimême de manière à opérer, selon le besoin, à droite ou à gauche (\oy. page 171, fig. 198).
La charrue Hugonet {fig. 250), dont nous avons décrit le soc-coutre et expliqué le mécanisme qui lui fait prendre à volonté deux positions différentes, page 171, fig. 198. diffère tort peu du reste des charrues légères à tourne-oreille, en usage dans les pays de montagnes : A, soc-coutre ; — B, montant oi*
tomb I. — 25
194 AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL
Fig. 250.
liv. r
épéedans lequel tourne le porte-soc, placé audessus d'une semelle G en fer fondu qui tient lieu de sep ; — L'oreille plane mobile qui se fixe dans une cavité du soc-coutre et contre les mancherons E de la manière ordinaire;— F, âge; — G, avant-train avec son timon d'attelage, ses deux roues de diamètre égal et sa sellette.
§ III. — Charrues à versoirs mobiles.
M. de Beaupré, propriétaire à Fontaines, près Lyon , a adapté à l'une de ses charrues deux versoirs mobiles en fer, l'un appelé de droite et l'autre de gauche, qui se fixent alternativement par une tringle en fer,tournant sur un pivot en- Ire le sep et la flèche; cette tringle est armée de deux bras recourbés; ils servent à fixer par leur extrémité l'ouverture du versoir, qui ensuite reçoit un crochet qui achève de lui donner toute solidité. M. GARiOT,l'un des membres les plus éclairés delà Société d'agriculture de Lyon, qui s'en est servi assez récemment sur un sol argilo-caillouteux, a fait connaître les résultats suivans : l'entrure avait 12 po., le timon avait 7 pieds de long du joug à la chaîne du régulateur; l'attelage se composait de deux vaches de moyenne taille et d'une force ordinaire; elles ont marché avec facilité en traçant des sillons de 7 à 8 po. de profondeur, et tournant complètement une tranche de terre de 5 à 6 po. de large, qui a toujours laissé
une raie bien nette et bien égale. «Cependant, dit-il, cette charrue, qui me fit le plus grand plaisir par la bonté de son labour, en raison du faible attelage, me fit éprouver quelque peine par la seule manœuvre de ses deux versoirs mobiles, attendu que, pendant que je traçais le sillon de droite, il fallait que le versoir de gauche fût placé et arrêté par un crochet à l'âge de la charrue, et quand je revenais sur le sillon de droite pour tracer celui de gauche, il fallait mettre sur la charrue le versoir de droite, et ainsi de suite, ce qui ne laisse pas, après trois ou quatre heures de travail, de fatiguer le laboureur et de lui faire perdre du temps.» Le soc, qui est tranchant, se retourne aussi à chaque sillon. Malgré ces légers inconvéniens, qui sont bien loin d'entraîner une perte de temps équivalente à celle 3ue nécessite, pour certains labours, l'emploi es charrues à oreilles fixes, la charrue Beaupré paraît être une fort heureuse innovation.
L'un de nous (M. Molard), qui avait été souvent à même d'apprécier les avantages de la petite charrue Hugonet dans les terrains montueux et rocailleux du Jura, malgré l'imperfection bien sentie de son versoir, a cherché à lui en substituer un autre, ou plutôt deux autres, d'une forme meilleure, et tellement disposés qu'on put éviter le déplacement à la main de l'oreille, déplacement indispensable dans les exemples précédens.
La charrue Hugonet modifiée (Jig. 251) dif-
fere donc delà précédente, en ce qu'elle porte deux versoirs concavo - convexes , fixés par un boulon leur servant d'axe près du soc, de manière qu'aussitôt que l'un des versoirs est abaissé pour fonctionner, l'autre se trouve
élevé au moyen d'une chaîne passant sur une roue dentée , dont Taxe porte un coude de manivelle; — chaque bout de la chaîne est fixé au bord inférieur et postérieur du versoir.
CHAP. be.
Ce moyen serait également applicable, avec quelques modifications, à la charrue Grange, pour la rendre propre à labourer en allant et en revenant dans la même raie.
M. Dessaux de Courset a adapté à une charrue modifiée par lui, un double versoir qui parait fort ingénieux. Voici, à défaut de renseignemens qui nous soient personnels, ceux que nous procure Y Annotateur de Boulogne-sur-Mer : « Figurez-vous deux plaques de fer ou oreillons légèrement recourbés, placés sur le soc de manière à former par leur rencontre un angle dont le sommet est vers la pointe du soc, et qui est traversé par un boulon de fer partant de la haye au sep, et sur lequel tournent ces deux plaques, réunies par cette extrémité et écartées par l'autre au moyen d'une verge de fer recourbée en crochet. L'effet de la mobilité de ce double
Fis
DES CHARRUES
versoir sur le boulon de fer formant son axe vertical, consiste à pouvoir, au moyen d'un taquetde bois, faire saillir tantôt l'oreillon ou versoir de droite, tantôt l'oreillon ou versoir de gauche, ou de pouvoir, au moyen de deux taquets moins larges, placés de chaque côté du support du soc, maintenir les deux oreillons ou versoirs dans une demi-saillie. Il résulte de ces dispositions du double versoir que, lorsque les deux ailes sont maintenues égales et peu saillantes de chague côté, la charrue fait fonction de binot. Si au contraire un des oreillons est disposé pour saillir exclusivement, il fait l'effet du versoir de la charrue ordinaire. »
Enfin, M. Rosé a trouvé tout récemment le moyen d'entraîner de droite à gauche et de gauche à droite, selon la direction du labour, une pièce mobile A (Jig. 252), qui sert à la fois
A. THICBAObT.
de soc, de coutre et de versoir. La nouvelle araireRosé à tourne-soc-oreille avec petit avanttrain sous l'âge, peut donc être considérée comme le complément des diverses amélioralions dont nous venons de parler. — A, tourne-soc oreille en fer battu , aciéré sur la pointe et les deux tranchans, qui servent alternativement de soc et de coutre.
Ajoutons encore, par anticipation, ce que nous aurons bientôt à dire en traitant des bisocs, que M. de Dombasle a inventé une charrue jumelle, propre à labourer alternativement à droite et à gauche, et que M. de Valcourt, notre collaborateur, en a inventé une autre, dite dos-à-dos, dont nous donnerons une description détaillée, et que nous regardons comme la meilleure jusque présent connue, pour remplacer la charrue tourneoreille, principalement sur les coteaux, pour les labours profonds et dans les terrains qui offrent de la résistance. — Elle a été adoptée à Grignon et à Roville.
§ IV. — Des charrues à deux versoirs.
Les charrues à deux versoirs ou plutôt à deux épaules ou oreillons (car nous ne devons pas nous occuper ici de celles qui, sous le nom de cultivateurs, bineurs, etc., sont employées exclusivementaux labours d'entretien descultures)sont utilisées dans l'Ouest et dans diverses autres parties de la France et de l'Europe^ peu près exclusivement, pour donner la dernière façon aux terres disposées en billons, et pour recouvrir les semis sous raies.
Leur soc, en fer de lance, est fixé sur le sep au moyen d'une douille qui l'embrasse à frottement; il a ordinairement, de l'extrémité postérieure d'une aile à l'autre, un peu plus de largeur que le talon du sep, de manière à rendre plus facile la marche de ce dernier; — les deux planchettes qui forment les épaules sont légèrement envoilées du haut pour mieux renverser la terre. — Quand on ajoute un coutre, ce qui a rarement lieu, pour le retenir, on lui adapte une bande plate de fer ou coutriau, terminée inférieurement par un crochet qui entre dans un trou pratiqué vers le milieu du soc, et qui est percée de trous à son autre extrémité, de manière à pouvoir être fixée au-dessus de l'âge, qu'elle traverse, par une cheville ou un simple clou. — Le reste de ces sortes de charrues n'offre aucune particularité remarquable.
Ce qui les caractérise dans la pratique, c'est que, selon qu'on les dirige horizontalement, ou qu'on les incline à droite ou à gauche, on rejette la terre, dans le premier cas, également des deux côtés, et dans le second, en entier du côté de l'inclinaison, de sorte qu'on peut obtenir alternativement avec un de ces instrumens, le travail du buttoir et delacharrue tourne-oreille,
Partout où l'on emploie en France les charrues à épaules, ce n'est, avons-nous dit, que pour les derniers labours et pour les semis sous raies. Là se borne en effet leur véritable mérite; car, quoique, lorsqu'elles sont convenablement construites, elles divisent assez bien le sol et arrachent complètement le*
196 AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL
mauvaises herbes, elles ne renversent qu'imparfaitement la bande, et, si elles ramènent cependant à la surface une partie de la terre du fond , il n'est pas rare qu'elles laissent entre chaque raie une côte non labourée.
art. vi. — Des araires et charrues à plusieurs socs.
Les araires ou charrues à plusieurs socs sont connues en France depuis un grand nombre d'années. Jacques Besson, mathématicien du 16e siècle, avait fait décrire, en 1578, par Beroalde, dans son Théâtre des machines , un artifice non vulgaire d'un merveilleux abrègement pour labourer la terre avec trois socs. — Depuis cette époque, malgré les perfectionnemens de tous genres qu'on a apportés à ces sortes de charrues, leur usage ne semble pas être devenu beaucoup plus fréquent, d'où l'on pourrait induire qu'elles n'acquerront probablement jamais dans la grande culture qu'une importance accidentelle. En effet, leur prix élevé, — la difficulté plus grande de leur construction,
— leur usage en général restreint aux labours d'une faible ou d'une moyenne profondeur,
— leur marche doublement entravée sur les terrains pierreux ou enracinés, — dans les localités difficiles, le défaut d'habitude des garçons de charrue, sont autant, au moins que l'augmentation indispensable de force de tirage, de motifs qui assurent aux charrues ordinaires une préférence méritée dans le plus grand nombre de cas. Cependant, dans quelques autres , il est incontestable que la rapidité du travail des charrues à plusieurs socs peut coïncider avec sa qualité; il serait donc aussi nuisible de condamner que d'approuver d'une manière absolue leur emploi, et les faits prouvent qu'il n'est pas permis, dans un ouvrage de pratique, de ne pas faire connaître au moins quelques-uns de ces instru-
it. Ier.
mens compliqués. — Nous ne parlerons que de ceux dont la pratique a sanctionné le mérite.
Les charrues à socs multiples nont pas d'ailleurs toujours pour but d'ouvrir deux sillons côte à côte. Parfois , comme on a pu le voir à l'article Défoncement, elles sont disposées de manière à creuser au lieu d'élargir la raie ;— d'autres fois, leur principale destination est de remplacer la charrue tourneoreille. — L'irrégularité du travail de celle-ci (voy. ci-devant) et l'inconvénient d'employer les charrues à versoir fixe sur les terrains en
Eente, parce qu'il est fort difficile de rejeter la ande en haut avec quelque perfection, ont donné lieu à diverses inventions dont il a été parlé précédemment, mais parmi lesquelles il en est que nous n'avons dû indiquer ailleurs que par anticipation. M. de Dombasle a tait construire une charrue portant deux corps, c'est-à-dire deux seps, deux socs et deux versoirs; l'un de ces corps verse à droite et l'autre à gauche. Lorsque l'un de ces deux corps de charrue est placé de manière à travailler, l'autre se trouve en-dessus de l'âge, et l'on n'a besoin que de retourner la charrue à chaque extrémité de sillon. — Cet instrument forme absolument deux charrues jumelles n'ayant qu'un seul âge et une paire de mancherons. Ces derniers sont mobiles de manière à pouvoir se placer alternativement dans la direction convenable pour celui des deux corps de charrue qui est en action. (Ann. de Roville , 1825.)
La charrue, ou plutôt l'araire Jumelle, ainsi construite, travaillait fort bien; mais elle avait cependant, outre quelques autres inconvéniens, celui d'être très-difficile à retourner au bout de chaque sillon , surtout dans les terres tenaces et numides.
L'araire dos-à-dos de M. de Valcourt {fig. 253) est une de ces innovations heureuses qui a eu tout d'abord la sanction de la
Fig. 253.
pratique. Nous laissons parler M. Bella, dont le nom se rattache si honorablement à la création d'un des plus utiles établissemens d'instruction agricole de la France. « La charrue double que M. L. de Valcourt a fait exécuter à Grignon a parfaitement rempli l'objet que l'auteur avait en vue; elle remplace très-bien la charrue tourne-oreille et opère plus efficacement; elle a aussi l'avantage et la force de défoncer le terrain le plus dur à une profondeur de 10 pouces. Deux forts chevaux la traînent bien dans les labours ordinaires, quatre bœufs suffisent pour les défoncemens les plus difficiles. Cet
instrument a été très-utile pour labourer dans les pentes où il n'est pas possible de faire des billons, pour niveler la terre et la pousser dans les fonds ; il a l'avantage de pouvoir suivre les sinuosités, et opère avec promptitude et facilité. Il faut moins de temps pour décrocher la volée , faire tourner les chevaux et replacer la volée, que pour tourner la charrue et les chevaux ensemble, etc. »
La seule vue du dessin {fig. 253), ajoute M. de Valcourt, montre qu'on ne retourne jamais la charrue, elle marche comme la navette d'un tisserand. Arrivé au bout du sillon, on arrête les chevaux, on tire la cla-
CHÀP. 6*.
vette , alors la volée I abandonne le régulateur H ; on fait retourner les chevaux et on fixe la volée I au second régulateur H'. Si on ôte les quatre mancherons E, on verra
3ue cette charrue est exactement l'avant e deux charrues Dombasle ( mais dont Tune jette la terre à droite et l'autre à gauche), qui sont mises dos-à-dos sur une ligne XY.— Leversoir, en fonte, n'est pas aussi long
3 ue dans la charrue Dombasle ; il ressemble avantage au versoir américain ou à celui de l'araire du Brabant(voy./>#gv? 183, fis;. 235, et page \M,fig. 236). On lui avait primitivement donné 15 po. de hauteur (0 m 406) ; mais M. Bella a labouré si profondément, quelquefois à plus d'un pied, que la terre passait pardessus les versoirs et retombait entre les deux socs. Il a fait alors clouer sur les deux versoirs une plaque triangulaire en tôle qui a obvié à cet inconvénient. — On aurait pu également ajouter une rehausse.— La haye A a 2 po. (0m 054 ) de moins que celle de la charrue de Roville; on lui a donné 8 pi. 6 po. (2 m 760) de longueur, et 4 sur 3 po. (0 m 108 sur 0 m 081) d'équarrissagc. — Le sep B a 4 po. 3/4 de largeur sur 3 1/2 de haut (0 m 128 sur 0 m 095). — Les socs CC ont 10 po. (0 m 271) de leur origine à leur pointe. D'une pointe d'un soc à l'autre on trouve 4 pi. 10 po. (1 m 570). — Du côté de terre on a mis une planche J qui remplit tout l'intervalle entre la haye A, le sep B et les deux gendarmes FF. — Les étançons DD, de 4 sur 3 po. (0 m 108 sur 0 m 081 ), sont fixés à 10 po. (0 m 271) d'intervalle. — Les 4 mancherons EE ont 2 pi. (0m 650) d'ouverture; à 2 pi. 8 po. (0ra 866) de terre, ils dépassent la haye de 15 po. (0m 406).— Les régulateurs HH sont à la Dombasle.
Charrue Plaideux à double soc horizontal. Ce ne sont, à proprement parler, que deux charrues de Brie réunies sur un seul âge coudé et porté sur un avant-train. — A la place du double manche on a substitué deux mentonnets ou bras latéraux, l'un sur la queue et l'autre dans la tête de l'étançon. Ces deux mentonnets portent chacun un etrier ou collet de fer à vis et écrous ; c'est dans ces étriers que passe l'âge du soc; enfin, ces deux étriers ont chacun une vis de pression pour serrer l'âge et le fixer solidement sur les deux mentonnets. On voit combien est simple un pareil assemblage.
Fig. 254
DES CHARRUES
La charrue Plaideux, adoptée dès 1809 par divers cultivateurs de l'Oise, et perfectionnée depuis par son inventeur, s'est répandue assez rapidement dans les départemens voisins. — En 1821 , d'après l'attestation d'un grand nombre de cultivateurs qui en faisaient un usage particulier, et sur le rapport de M. Héricart de Thury, la Société centrale d'agriculture accorda une médaille à M. Plaideux. Nous laissons parler noire confrère. « Les expériences réitérées que nous avons fait faire devant nous, entièrement d'accord avec la correspondance de M. le sous-préfet de Senlis et des cultivateurs de son arrondissement qui se servent de la charrue à deux socs, nous ont prouvé : 1° qu'avec la même puissance on doit généralement compter, dans les longues raies, le double d'ouvrage qu'avec la charrue de Brie pour les petits labours, tels que les binages, les découennages, lei enfouissages de parc et de grains, dans les terres légères, et le tiers dans les terres fortes et compactes pour lesquelles il convient d'ajouter un troisième cheval au têtard , si on veut des labours profonds, tels que les défonçages et les grosretaillages; — 2° que les deux raies qu'elle ouvre, lorsqu'elle est bien conduite, sont parallèles, bien suivies et parfaitement égales en largeur comme en profondeur; — 3° qu'on peut donner aux raies telle dimension qu'on veut, attendu que la charrue se braque et se debraaue à volonté ; — 4° qu'elle se maintient très-bien en raie; — 5° que la manœuvre est simple et facile une fois qu'on est parvenu au aegré d'entrure que l'on veut donner; — enfin, que tout charron de village peut la monter, démonter et réparer facilement. »
D'un autre côté, il faut reconnaître que dans les labours profonds elle est sujette à s'engorger; — elle présente quelque embarras pour l'enfouissement des fumiers longs , et elle demande beaucoup d'application de la part du conducteur, attendu qu'elle pourrait ouvrir une raie plus haute que l'autre, si on n'avait l'attention de bien fixer à sa place la haye du second soc, de manière à lui faire prendre autant de terre qu'à celui de devant; — elle éprouve plus de difficultés qu'une autre dans les terrains qui contiennent des blocs de pierre.
La charrue à double soc et à pied {fig. 254), ainsi nommée à cause du pied M qui sert à
Fig. 255,
régler Ventrure du soc, a été introduite en I M. le baron Dewal de Barouville. — Elle Flandre, il y a une douzaine d'années, par | se distingue particulièrement de la charrue
AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL. liv. i".
belge ou brabançonne ordinaire par un second coutre L et un second soc I. — A, mancheron ; — BB, queue de la charrue emmortaisée dans le sep et dans la haye; — C, ha\e ou flèche; — D, montant emmortaisé par le haut dans la haye et par le bas dans le sep;
— E, sep à semelle de fer; — F, grand coutre; — G, grand versoir; — H, soc en fer, forgé comme le versoir, dans lequel entre le sep, où il est retenu par une cheville implantée de bas en haut devant une traverse qui réunit ces deux parties au-dessous dudit sep;
— I, second soc ayant en petit la même courbure que le grand et dont la partie postérieure est courbée en forme de versoir et est portée par une branche de fer qui traverse la haye; — L, petit coutre ; — M, pied en fer, courbé à sa partie inférieure pour glisser sur la terre, et élargi dans le sens du travers de la haye d'environ 9 centimètres, pour porter sur plus de terrain et ne pas enfoncer; — N, crémaillère; — O, anneau de fer sur lequel tirent les chevaux et qui sert à régler la profondeur; — P, boulon fait, à sa partie supérieure, en forme de marteau pour pouvoir s'en servir au besoin : en le changeant de trou {\oy- fig. 255 ), on fait prendre à la charrue des raies plus ou moins larges ; — Q, tien de fer qui ne peut se voir que dans la
fig. 255 : il est rivé solidement par deux
Fig
pattes sur le versoir et traverse la queue B pour la fixer ; la partie qui traverse ladite queue étant à vis et garnie de deux écrous, sert à régler l'éeartement du versoir; — R, boulon de fer qui contribue à unir plus solidement le sep à la haye ; — des brides de 1er sont destinées à retenir la queue B et le montantD sur la haye. — La tige du soc 1 est garnie de crans qui entrent dans la plaque supérieure de la haye, et qui, étant serrés par le coin qui se voit derrière, font que cette pièce ne peut ni monter ni descendre quand elle est fixée à la hauteur convenable; même remarque pour la pièce M.
Cette charrue, établie d'après les principes qui ont dirigé la construction de l'araire Dombasle, de la charrue de Small et de la charrue américaine, présente, comme on le voit, l'avantage de pouvoir, au gré du laboureur, servir soit comme une forte araire simple à pied, soit comme araire à pied à 2 socs. — Dans ce dernier cas elle doit être particulièrement propre aux labours ou aux défoncemens profonds.
M. Dewal de Barouville a reçu en 1823, pour cette machine, la grande médaille d'or de la Société centrale d'agriculture de Paris.
La charrue Guillaume à double soc ou à deux raies , ou bisoc {fig. 256), dont chacun des
corps ne diffère pas essentiellement, dans les parties constituantes, delà charrueGuillaume dontnous avons donné la description et la figure {page 188 ), est unie et consolidée en une seule pièce par les boulons àécrouD, D,D;la haye de l'arrière-corps A est coudée obliquement à droite, antérieurementau coutre C, et jusqu'aux abords de l'étançon de l'avantcorps; — les coutres CC, au lieu d'être placés au milieu de l'âge, sont retenus sur le côté dans des coutelières ; on peut modifier à volonté la direction de leur pointe au moyen de deux vis de pression.
A l'instant où le charretier se disposera , dit M. Guillaume , à labourer avec cette charrue, comme elle est montée sur un train de devant semblable à celui de la charrue ordinaire {\oy.fig. 242), il réglera l'entrure des socs par la sellette comme il a été dit...; en se plaçant entre les deux mancherons, il observera la charrue de devant pour la maintenir dans la même largeur de raie que celle de derrière. Toutes deux étant accouplées pour retourner une bande de 10 po. (om 271) de large, s'il arrivait que celle de devant en
prît une moindre, il est clair que le sillon unique, résultat du double trait, donnerait par son irrégularité un mauvais labour. Si donc le charretier s'aperçoit qu'une des deux charrues prend une raie plus ou moins large, plus ou moins profonde que l'autre, il devra parer à cet inconvénient par le moyen de deux écrous des boulons d'assemblage E, F; en desserrant le premier et en serrant le second, il relèvera la pointe du soc; en faisant le contraire, il lui donnera plus d'entrure.
Le bisoc Guillaume, après plusieurs années d'expériences et divers essais comparatifs, a mérité à son auteur la médaille d'or de la Société centrale d'agriculture.
Le bisoc de lord Sommercille, fort célèbre en Angleterre, et dont nous reproduisons la figure d'après M. Loudon {fig. 257), se fait remarquer par ses versoirs nrisés, dont la partie postérieure, mobile au point de section, peut prendre plus ou moins d'écarlement à laide d'une vis à écrou qui l'unit au corps de la charrue. — Cette disposition, vantée par sa seigneurie, est en effet avantageuse
CHAP. 6e.
DES CHARRUES
Fig. 257.
A. THIEBAULT. S.
lorsqu'on peut, en raison de la nature du terrain, augmenter la largeur de la raie; mais l'angle qui se forme a l'endroit où la partie mobile du versoir pivote, et qui détruit nécessairement l'harmonie première de la
courbure du versoir entier, nous semble un inconvénient qu'il serait facile d'éviter en adoptant la disposition du versoir de la grande charrue écossaise.
Le trisoc de Bedfort {fig. 258) se compose
Fig. 258.
de trois socs A A A, de trois versoirs B B B et de trois âges C C C, maintenus par une traverse D et fixés sur la sellette E au moyen d'entailles et d'écrous. — L'un des mancherons F prend appui à droite sur le premier corps, le second G, sur le troisième. L'un et
Fig.
l'autre sont retenus à distance convenable et consolidés par une verge H. — L'avant-train est à roues inégales. — Le régulateuràécrous I sert à recevoir la chaine du tirage.
\j&fig. 259 représente la même machine vue de profil du côté gauche.
Il existe aussi des charrues à quatre socs; l M. Guillaume en a construit une qui paraît j théoriquement assez bien conçue. — Amos en \ a inventé une autre dans les principes du trisoc que nous avons figuré; mais si les bisocs peuvent être parfois utilisés, on conçoit que les reproches qu'on leur fait en pratique
deviennent plus graves encore , à mesure que le nombre des socs augmente. — Il nous paraît douteux que, même pour de simples déchaumages, on se trouve bien de l'emploi de ces lourdes et dispendieuses machines. Molard, de l'Institut, et O. Leclerc-Thouin*
MO
AGRICULTURE : FAÇONS GÉNÉRALES A DONNER AU SOL
Section ih. — Des labours à l'aide de machines aratoires autres que les charrues.
Art. Ier. —Des labours à l'extirpateur.
Ces labours diffèrent essentiellement des labours à la charrue : 1° parce qu'au moyen des socs de l'instrument, ils soulèvent, mêlent et divisent la terre sans la retourner; — 2° parce qu'en général ils ne la pénètrent qu'à de faibles profondeurs; — 3° et parce qu'ils ne sont pas propres, comme les autres, à donner à sa surface, par le sillonnage, telle ou telle disposition particulière.
Leurs principaux avantages sont : de pulvériser energiquement le sol et de le mélanger complètement à 3 ou 4 po. ( om 081 à 0m 108 ) de profondeur ; — de diminuer le nombre des herbes annuelles en ramenant une •partie de leurs graines près de la surface
Eour les faire germer, et en les déracinant ientôt après par les façons suivantes ; — de faire périr les plantes adventices vivaces, en les arrachant ou en mutilant fréquemment leurs racines; — d'offrir un des moyens les plus simples de redresser ou ravaler progressivement le sol, lorsque les inégalités qui le couvrent ne sont pas considérables; — enfin de présenter sur le travail à la charrue une économie très-grande.
L1 emploi de l'extirpateur en France ne remonte pas à une date fort ancienne, et son usa g;e est loin d'être aussi répandu qu'il devrait l'être. — Lorsque le sol a été suffisamment et assez profondément ameubli par un ou deux labours à la charrue, il est presque toujours avantageux de se servir de cet instrument pour donner les façons préparatoires aux semis d'automne, non seulement à cause de l'économie du travail, de fatigues et de temps, mais parce que la terre se trouve plus également divisée, plus propre à sa surface, mieux disposée pour recevoir les semences, et parce qu'on a remarqué que le blé est moins sujet à être déchaussé par les gelées de l'hiver, lorsqu'il se trouve dans un sol qui n'a pas été tout nouvellement remué à une grande profondeur. — Dans certains cas, on préfère aussi l'exlirpateur à la herse pour recouvrir la graine après les semis; mais ce n'est pas ici le lieu de nous occuper des avantages ou des inconvéniens que présente une telle pratique.
Pour les semis du printemps , le travail de l'extirpateur est plus souvent substitué à celui de la charrue.
Enfin, en des circonstances assez fréquentes, pour les semailles tardives d'été , un simple trait d'extirpateur, donné sur un terrain dont on vient d'enlever les produits, est une préparation suffisante.
En Angleterre, le général Beatson, dont le nom a acquis depuis quelques années une certaine célébrité, plus encore peut-être chez nous que parmi ses concitoyens, a proposé de remplacer entièrement les charrues par les extirpateurs. Dans son Nouveau système de culture ( Ne w system oj cultivation), Eartant de ce principe que, dans tout le iaour, la résistance qu'éprouve la charrue est
en rapport direct avec le carré de la profondeur à laquelle pénètre le soc, il pose en fait que si quatre chevaux, pour labourer en une seule fois à 8 po. (0m217), éprouvent une résistance représentée par 8 X 8 ou 64, deux de ces chevaux, en ne labourant qu'à 4 po. (0m 108) chaque fois, éprouveront une résistance moitié moindre, puisqu'elle pourra se traduire, pour un seul labour, par 4 X 4=16, c'est-à-dire en tout 32 au lieu de 64. En poussant plus loin cette comparaison , on trouvera, supposant que chacun des chevaux attelé séparément à un léger extirpateur, laboure seulement 2 po. ( 0m 054 ) et qu'il revienne sur le même champ 4 fois de suite, que la somme de résistance éprouvée par lui diminue encore de moitié, puisque le carré de 2 est 4 qui, multipliés par les 4 labours, donnent 16 ou le quart seulement de la force nécessaire pour atteindre d'un seul coup à 8 po. (0m 217). De sorte que, si, pour traîner une charrue labourant a cette dernière profondeur, chaque cheval doit éprouver une résistance égale à 80 kilog., celle qu'éprouveront les quatre chevaux équivaudra nécessairement à 320 kilogr., tandis que, si le labour quatre fois répété pénètre progressivement : la lre fois à 2 po. (0m 054), la 2e à 4 (0m 108), la 3e à 6 (0m162), la 4e à 8 (0m 217), la somme totale de la résistance ne sera plus que 80, et celle qu'aura à vaincre chaque cheval de 20. C'est d'après une semblable théorie que M. Beatson a conçu son extirpateur et calculé les avantages qu'il espérait en retirer dans la pratique. Cette machine, sous le nom impropre de scarificateur Beatson, a été trop vantée pour ne pas trouver ici sa place.
\&-fig. 260 le représente en A, vu de profil;
Fig. 260.
— en B, vu en-dessus ;— et en C, vu par- derrière. On voit qu'il se compose de 7 pieds à socs étroits, dont les tiges ont la forme et la courbure des coutres ordinaires. On leur a donné plus de longueur qu'on ne leur en donne généralement, .parce que, d'après la méthode du général, ils doivent pouvoir suppléer le soc de la charrue et pénétrer par conséquent à une grande profondeur. Cet