‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 125 sur 329 · LIV. V · texte numérisé non relu

LIV. V

sède un instrument bien construit et dirigé avec quelque attention. Cette précaution consiste à saisir avec diligence l'instant favorable à l'emploi de l'instrument , relativement à l'état du sol, des plantes qui composent la récolte, et surtout des plantes dont il s'agit d'opérer la destruction. Il est certain que si l'on a laissé passer cet instant, si la croûte de la terre s'est durcie, si les mauvaises herbes sont assez avancées dans leur végétation pour avoir développé des racines fortes et nombreuses, la houe à cheval fonctionnera de manière à donner à l'observateur l'idée d'un fort mauvais instrument, et elle ne sera presque d'aucun service dans de telles circonstances. Mais, si l'on surveille avec attention l'état du sol et des plantes nuisibles dès l'instant de leur germination, il n'arrivera presque jamais que l'on ne trouve un instant propice pour donner entre les lignes une culture parfaite , c'est-à-dire pour remuer et ameublir la surface du terrain , et opérer la destruction des mauvaises herbes, sans

3 ue celles-ci puissent embarrasser les pieds e la houe à cheval par leurs tiges et leurs racines. »

« Il ne faut pas se persuader, dit encore le même agriculteur, que l'emploi de la houe à cheval dispense dans tous les cas de tout travail de main-d'œuvre; et les inconvéniens qu'on a cru reconnaître à cet instrument ont été quelquefois tè résultat de l'opinion exagérée que l'on s'était formée sur ce sujet. Dans beaucoup de cas la houe à cheval dispense presque complètement de l'emploi au travail à la main , mais cela aura rarement lieu les premières fois que l'on emploiera cet instrument, d'abord parce qu'on manque alors d'expérience sur la manière d'en tirer le meilleur parti possible, et ensuite parce que ordinairement le sol est encore fort infesté alors de plantes nuisibles, et ce n'est communément qu'après quelques années d'une bonne culture que le terrain se nettoie assez pour que la houe à cheval suffise seule pour tenir les récoltes sarclées dans un état complet de propreté. Dans des circonstances moins favorables, la houe à cheval diminue toujours beaucoup le travail à la main, pourvu qu'on l'emploie avec quelque intelligence. Mais, lorsqu'on commence à adopter l'usage de cet instrument, on doit prendre la détermination de suppléer, par le travail des ouvriers, à tout ce que la houe à cheval pourrait laisser de défectueux dans Ses cultures; autrement, on pourra avoir de misérables récoltes, ce qui fera condamner trop précipitamment l'usage d'un instrument mal employé. Mais tout ce travail supplémentaire n'équivaut pas au dixième du binage de la récolte exécuté en plein à la main sur toute la surface du terrain. »

C'est suri ont du binnge à la houe à cheval qu'on peut dire avec raison que celui qui met la main a la charrue ne doit pas regarderderrière Inr. Lorsque, par la faute du conducteur ou ;>ar un accident auquel, il est étranger, l'instrument a mal fonctionné, celui qui le dirige n'a rien de plus pressé que de regarder derrière l'étendue du dégât. Ce-

f)endant l'instrument marche toujours, et orsque l'ouvrier reporte son attention sur

sa besogne , il est tout étonné souvent d'apercevoir un désastre plus grand que le premier, et occasioné par sa seule curiosité. Quelle que soit la faute qui ait été commise if ne faut pas s'en inquiéter, parce que le trouble où l'on se met empêche d'être présent à sa besogne. En passant dans la raie suivante, on apercevra aisément ce qu'il y a eu de défectueux dans l'opération, et cela sans détourner ses regards. On avisera seulement alors aux moyens de réparer le dommage commis, si toutefois cela est possible.

On n'attèle qu'un cheval à la houe. Dans les connnencemens, lorsque l'animal n'est pas familiarisé avec cette opération par l'habitude et l'exercice, il faut un enfant pour le guider. Mais bientôt il comprend la manœuvre, et un seul homme suffit alors pour conduire l'instrument et diriger le cheval. Si Ion travaillesur un terrain plat, le crnchetqui reçoit l'anneau du palonnier se met au milieu de la crémaillère horizontale qui forme une partie du régulateur. Il est encore peut-être plus essentiel ici qu'ailleurs que les trails du cheval soient parfaitement égaux en longueur. Si, pour remédier à un vice dans la manière d'atteler, on dérangeait le point où le palonnier doit s'attacher naturellement, il y aurait une grande perte de force, et l'instrument ne conserverait jamais son aplomb.

Cette recommandation s'adresse principalement aux cultivateurs qui commencent à faire usage de la houe à cheval, et dont les valets ont besoin d'être surveillés sous ce rapport. — Si on travaille sur un terrain incliné ou en pente, comme l'instrument lend sans cesse à descendre, il est indispensable, pour le ramènera sa position normale, de mettre le crochet un degré ou deux plus à gauche ou à droite, mais ioujours dans le sens de la pente, et il est nécessaire, par conséquent , d\m changer la position chaque fois qu'on a terminé une rangée.

On aura soin de relier la projondeur de l'instrument de manière qu'il ait une légère tendance à pénétrer dans le sol. îl serait même à désirer que le soc antérieur fût placé dans un pian inférieur d'un pouce au moins aux tranclians postérieurs.

Four la houe à cheval ordinaire, comme pour la plupart des ins! rumens dont le train antérieur ne repose sur aucun soutien, le laboureur, accoutumé à la conduite des charrues complexes, devra bien se persuader que des mouvernens brusques et un grand déploiement de forces musculaires entraveront la marche au lieu de la régulariser'. Il n'en est pas ici comme d'une charrue ou d'un araire : tout laboureur un peu habile repaie facilement au tour suivant la manque laite par li charrue; mais, avec la houe à cheval, le tort causé par le moindre écart n'est plus réparable, puisqu'il a pour résultat définitif îi destruction des plantes rencontrées par l'instrument. Il s'agit donc surtout de prévenir ces écarts, et je ne saurais trop répéter qu'il ne faut pour cela qu'un vouloir ferme et une attention soutenue.

Si quelquefois l'instrument est entravé dans sa marche par l'accumulation des herbages qui se sont attachés aux pieds qui la composent, le conducteur enlève le train a n

chap. 8e. FAÇONS POUR LE NE

térîeur en s'appuyant sur les mancher, us, et le laisse retomber vivement : la secousse détache les mauvaises herbes qui se trouvent en avant; il soulève également le train postérieur au moyen des mancherons, et la même manœuvre débarrasse complètement l'instrument. Ces deux mouvemens n'exigent nullement que l'instrument s'arrête. Ils sont d'autant plus efficaces qu'ils sont plus instantanés.

Il est rare qu'une seule dent de houe à cheval suffise pour amener la (erre à un état suffisant d'ameublissenient ; on approfondit graduellement la culture en passant autant de fois que cela est nécessaire.

Au lieu de composer la houe à cheval de plusieurs lames tranchantes, on a proposé quelquefois de n'en employer qu'une seule. Les instrumens qui présentent cette modification sont fort connus en Angleterre sous le nom de shihi, et nous leur avons appliqué la dénomination de ratissoire.

La grande ratissoire ( voy. fig. 265, /->. 203), armée d'une lame, est d'envi ro;i 4 pieds de longueur (lm 30). Elle ne convient pas évidemment aux binages des végétaux annuels, dont ies rangées si>nt communément plus rapprochées ; mais on peut l'employer avec succès pour cultiver un sol occupé par des végétaux de longue durée et de grandes dimensions, comme certaines espèces de mûriers, le coton, le houblon, etc.

Une autre ratissoire plus petite, inventée par Arbuthnot {fig. 341), a remplacé long-

Fig. 341,

temps le travail de !a houe. Cet instrument est conduit par un cheval et coupe bien l'herbe entre deux terres. Nous avons déjà parlé des inconvéniens qu'o frent les ratissoires à mains; celles don! nous parlons ici les possèdent au même degré ; elles enlèvent la terre par plaques et ne la pulvérisent point : aussi ces instrumens sont assez généralement abandonnés.

Section m. — Façons pour le nettoyage du sol.

Art. 1er. — Delà destraction des mauvaises herbes.

Sans donner au sol aucune façon qui l'ameublisse, la destruction des herbes nuisibles se pratique, non seulement sur les céréales, mais encore sur toutes les récoltes qui ne comportent pas de binages, ou pour lesquelles celle opération n'est plus nécessaire. Ce serait pourtant s'abuser que d'espérer par là obtenir toujours leur destruction complète. C'est avant l'ensemencement, et non après, qu'on doit chercher les moyens de débarrasser la terre des plantes vivaces, bisannuelles ou annuelles qui l'infestent; dans bien des circon-

rTrYAGE DU SOL. 231

stances, pour obtenir ce résultat, il faut avoir recours a des cultures multipliées, souvent même à la jachère.

]1 est question ailleurs de la jachère en général; nous indiquons ici seulement son emploi pour la destruction des mauvaises herbes. Une jachère d'été, ou, sur les sols légers, la culture en ligne des navels, des pommes-deterre, des vesces, en tenant ces récoltes parfaitement nettes, voilà le meilleur moyen d'obtenir la destruction des mauvaises herbes annuelles. Il faut avoir soin: 1° d'amener à plusieurs reprises leurs semences près de la surface du sol , afin de favoriser leur germination ; 2° de détruire toutes celles qui végètent.

L'agronome deRoville a fait un grand usage de la jachère pour opérer la destruction du chiendent {Triticum repens). Cette plante, que tout le monde connaît, est une véritable calamité pour celui qui cultive des terrains légers et siliceux, quoiqu'on la rencontre aussi dans les marnes aréûacées. Jusqu'à ces derniers temps on croyait que, pour s'en débarrasser, il était nécessaire de l'arracher brin-a-brin avec des instrumens à main , ou avec des herses et des extirpa teurs. Ces moyens sont insuffisans lorsque le champ est infesté complètement, et sont utiles seulement lorsqu'on ne rencontre cette plante que de loin en loin.

Un des meilleurs instrumens pour ce genre de travail, mais qui a l'inconvénient d'être fort cher, c'est celui nomme paroire {fig. 342).

Fig. 342.

On ne peut mettre en doute l'énergie avec laquelle une telle machine opère sur la terre et sur les racines traçantes qui s'y trouvent. Lorsque les places usurpées par le chiendent sont très-circonscrites, il sera plus économique et plus sûr de le faire arracher avec le béchoir ou bident {fig- 343 J. Mais toutes ces me- Fig. 343.

sures sont impraticables ou illusoires lorsqu'une grande superficie a été envahie.Suivant M. DE Domeasle, une terre -qui se trouve dans ce cas recèle un véritable trésor dont il ne s'agit que de savoir profiter. Avant lui on n'avait pas encore bien étudié les habitudes de cette plante : maintenant on sait qu'elle a besoin plus qu'une autre d'air et d'humidité, parce que sa végétation presque souterraine ne lui permet pas de puiser ces deux élémens dans l'atmosphère. On sait également que la fréquente interruption du sol par bandes ou sillons lui est trèsnuisible. Il s'agit donc de la priver d'air ou d'humidité, ou de ces deux agens à la fois. En donnant un labour à une profondeur plus grande que celle qu'ont atteinte les racines de l'ennemi, on conçoit que les stolones qui étaient à la surface s'en trouveront tellement

éloignés qu'ils manqueront d'air et ne pourront végéter, et que la végétation de ceux qui sont dans des conditions favorables sera très-limitée dans les bandes qui partagent le sol. Aussitôt que les liges de chiendent qui ont résisté à ce premier labour se hasarderont à pousser leurs premières feuilles, on profitera d'un moment de sécheresse pour donner un hersage énergique, et, immédiatement après, un labour. Le hersage a pour but de confondre les tranches du labour précédent, afin que ces tranches soient coupées par le second coup de charrue : c'est une des conditions du succès, et, pour être assuré de ne pas manquer le but , on aura l'attention de ne prendre que des raies d'une très-petite largeur. On laisse ainsi de nouveau le sol sans le herser. Il est rare que ces deux labours suffisent pour détruire le chiendent ; quelquefois il en faut 5, 6 ou même davantage. La perfection consiste à mettre une partie des racines à l'air pour les priver d'humidité, et d'enfouir l'autre à une profondeur telle qu'elle ne puisse végéter, pixel que soit le nombre des cultures, il est indispensable de se rappeler qu'il faut herser avant chaque labour, et que celui-ci doit être fait par un temps sec en coupant les tranches précédentes dans leur milieu et dans le sens de leur longueur. Cette jachère est coûteuse, mais la décomposition du chiendent, l'amélioration du sol compenseront bien largement les frais d'une pareille culture.

L' Avoine à chapelets ( Avena precatoria ) est au sol argileux et schisteux , ce que le chiendent est aux terrains siliceux. Je me suis assuré à l'établissement de Coëtbo qu'on peut la détruire par le moyen suivant. On donne un labour aussi profond qu'il est nécessaire pour que toutes les souches de tubercules soient remuées et retournées; on donne un coup d'extirpateur pour ramener tous les nids à la superficie. Si l'on en restait là, les tubercules reprendraient bientôt une nouvelle vie parce que la terre qui adhère à leur surface leur permettrait de végéter. C'est à enlever cette terre qu'il faut tourner toute son attention. Aussitôt que la sécheresse a rendu le sol meuble et friable, on faitpasserplusieurs fois de suite le rouleau suivi d'une herse à dents rapprochées: la terre qui adhérait aux tubercules tombe à la suite des secousses multipliées que reçoivent ceux-ci, et on peut être assuré de leur destruction si la sécheresse dure encore quelques jours après l'opération. N'ayant pu faire cet essai qu'une seule fois, et pendant un espace de temps trop court, je n'oserais garantir le succès dans tous les cas; je rends compte des résultats que j'ai obtenus et des moyens qui les ont amenés.

On emploie encore la charrue ou la jachère pour détruire quelques autres herbes, telles que la Moutarde des champs ou Sauve {Sinapis arvensis), le Raifort sauvage ( Raphanus raphanistrum) ; mais ces plantes peuvent être détruites par les menues cultures et par les sarclages ordinaires.

Il y a dans les céréales venues en terres marneuses et argileuses des plantes qu'il n'est guère possible de détruire par des sarclages. Ce sont celles qui se propagent au moyen de tubercules non pas agglomérés,

ENTRETIEN DES TERRES* lit. i".

comme dans l'Avoine à chapelets , mais isolés. C'est surtout la Terre-noix (Bunium bulbocastanum), YOrobe tubéreux {Orobus tuberosus), et, pour tous les sols , dans certaines rotations, les souches de Topinambour (He~ lianthus tuberosus). Lorsqu'on a une pièce infestée de ces différentes plantes, on se trouvera bien d'y faire passer un troupeau de porcs à plusieurs reprises.

Art. il— De Vesseiglage,

L'opération qu'on nomme esseiglage a beaucoup de rapports avec le sujet qui nous occupe. Dans les pays où l'on fait beaucoup de méteil , il est rare que dans le blé qu'on veut avoir pur, il ne se trouve quelques épis de seigle. Quelque temps après la floraison, lorsqu'on peut bien distinguer les deux espèces de céréales, on retranche tous les épis de seigle, soit à la main, soit en abattant les têtes avec un bâton.

Art. m. — Du sarclage proprement dit et de Vécharaonnage.

Le sarclage appliqué aux plantes binées peut être considéré sous deux points de vue : comme préparation du binage, et comme son complément.

Dans le premier cas, on l'emploie pour les récoltes qui se trouvent subitement envahies

f>ar une foule de mauvaises herbes, avant que es bonnes plantes soient en état de supporter les secousses des cultures. Les sareleurs prendront alors toutes les précautions pour ne point fouler les plantes avec les pieds, et pour ne point en déchausser ou mettre à nu les racines tendres et délicates. Comme la récolte est faible et que la moindre négligence lui est préjudiciable dans sa première enfance, il est important d'exiger que les sarcleuses ne jettent point les herbages sarclés sur la véritable récolte qui en serait étouffée ; ces sortes de sarclages ont lieu surtout pour les pavots, les carottes et la gaude.

Quand le sarclage vient comme auxiliaire ou complément du binage, on ne doit plus craindre d'arracher les végétaux avec force, parce qu'on remue ainsi la terre, et que cet ameublissement est utile à la récolte. Un objet sur lequel il faut veiller avec sévérité, c'est d'arracher les végétaux parasites avant qu'ils soient eu fleurs, à plus forte raison en graines. Il est beaucoup de plantes qui sont encore vertes, même lorsque leurs semences sont mûres ; telles sont les Ansésines ( Chenopodium) et les Mercuriales (Mercurialis), dont les fleurs sont très-peu apparentes. Ces deux plantes sont le fléau des terrains riches en humus. On peut placer dans la même catégorie le Mouron des oiseaux (Alsine média). Cette dernière plante pousse de si bonne heure, est quelquefois tellement abondante, qu'elle ôte tout espoir de succès si on ne l'arrache promptement, et si on n'en emporte les tiges loin du champ.

L'échardonnage des céréales est une opération indispensable. Le Chardon y est ordinairement assez abondant; il ne faut pas se contenter d'en couper la tige; cette plante a des racines très-vivaces et qui pénètrent sou-

chap. 8". FAÇONS POUR LE NETTOYAGE DU SOL.

vent à plusieurs pieds de profondeur. Si on le coupe au collet, on voit repousser non pas un chardon, mais 7 à 8 tiges latérales. Lorsqu'une pluie douce a pénétré à une grande

profondeur, et Ve la terre est un Peu res" suyée, on s'arme les deux mains d'un gant en peau de veau ou de chèvre, afin de ne pas se blesser, et on arrache les chardons en les tirant à soi le plus verticalement possible. Si la terre n'est pas meuble à une assez grande profondeur, le travail du gant est fort défectueux. Dans tous les cas il ne peut être mis qu'entre les mains de personnes fortes, dont le salaire coûte cher; c'est ce qui a fait recourir à Yemploi des sarcloirs et éckardonnoirs.

Le sarcloir qui est le plus communément employé (fig. 344), se compose d'un manche

Fig. 344 et 345.

d'une longueur variable, et armé d'un fer a douille, avec un tranchant en forme de biais. Le meilleur fer est celui des vieilles faux ou faucilles; dans ce cas il n'a pas de douille, mais se termine {fig. 345) par une pointe qu'on enfonce dans le manche et qu'on y maintient avec un anneau en fer.

On connaît dans certaines provinces, sous le nom à'échardonnette (/*£-. 346), un in-

Fig. 346, 347 et 348.

strument dont l'extrémité, bien acérée et tranchante, a 10 lignes de large. Le milieu a une longueur de 22 lignes, et se termine par une échancrure destinée à enlever les chardons coupés et embarrassés dans les céréales. De tous les instrumens de ce genre, l'échardonnette paraît préférable, ou bien Yéchardonnoir à crochet {fig. 347 ).

Enfin, lorsque les tiges et les racines des chardons sont ligneuses, on se sert, dans quelques départemens, des tenailles ou moitiés {fig. 348), qu'on emploie également pour arracher d'autres herbes qui croissent dans les céréales, telles que l'Yèble {Sambucus ebula ), les Arrête-bœuf ou Bugrane ( Ononis ) , etc. IJéchardonnoir hollandais ( voy. fig. 135, p. 154 ci-devant) remplit le même objet.

Parmi les herbes inutiles qui croissent dans les céréales, il en est une qu'on ne cherche généralement pas à détruire, parce qu'elle paraît assez innocente, et que d'ailleurs elle résiste aux moyens ordinaires de destruction. C'est la Prèle { Equisetum)% appelée vulgairement queue de cheval. Cette plante a des tiges de deux sortes : celles qui portent les fruits paraissent aux premiers jours du printemps,

et meurent aussitôt que la fructification a lieu , c'est-à-dire après 7 ou 10 jours, suivant les circonstances. C'est seulement alors que les tiges stériles ou foliacées commencent à se développer. D'après cela il est aisé de se convaincre que, pour détruire la prêle, il est indispensable d'arracher les tiges fertiles à mesure qu'elles se montrent. Il ne faut pas songer à en arracher les racines; elles pénètrent à une trop grande profondeur.

Le Mélampyre des moissons { Melampyrum arvense), appelé aussi rougeole s queue de renard, est une plante de la famille des Rhinantacées, haute d'environ 1 pied, dont les feuilles intérieures sont entières et sessiles;celles du hautn'ont point non plus de pétiole,mais elles sont découpées comme une plume. Les fleurs sont toujours fermées, rouges, avec une tache jaune dans le milieu. Elles sont disposées en un épi terminal et entremêlées de bractées purpurines; chaque capsule porte une semence marquée à son extrémité d'une tache noire. Cette semence, du reste, a la forme et la couleur du blé. La présence de cette plante diminue le produit du froment et de quelques autres plantes, mais elle produit encore une détérioration sensible sur la farine de froment, soumise à la panification. L'homme, au moyen de machines plus ou moins perfectionnées, parvient à débarrasser le blé des graines plus petites ou plus grosses, plus légères ou plus pesantes que lui; mais celle du mélampyre, par son poids et son volume, échappe à toute opération de ventilation ou de criblage. Le blé qui en contient, même en très-petite proportion, communique au pain une couleur violette qui lui donne moins de valeur commerciale. Mais cette propriété a paru jusqu'alors n'avoir aucune influence malfaisante sur l'économie animale; aussi , le blé qui contient beaucoup de mélampyre est-il l'aliment ordinaire des fermiers. Cette plante se cantonne dans les terrains argileux et calcaires. Il est difficile d'en débarrasser un terrain qui en est infesté. De même que plusieurs autres végétaux, cette plante vient surtout dans les récoltes hivernales. Il n'en lève presque point dans la jachère ni dans les récoltes sarclées. Dans le blé même le mieux soigné, le peu de plantes qui ont échappé aux sarclages se développent avec rapidité, fleurissent et mûrissent une partie de leurs graines avant la moisson. Celles qui sont complètement mûres tombent et infestent le sol de nouveau; les autres se trouvent mélangées avec le grain. Les moyens qui paraissent les plus sûrs pour opérer la destruction de cette plante sont les sarclages rigoureux et répètes. On pourrait aussi faucher la céréale pendant qu'elle est en fleurs : cette opération détruirait en même temps le mélampyre. C'est au cultivateur à juger si ce sacrifice serait assez compensé par la beauté et la pureté des produits ultérieurs.

Quant à la plupart des autres plantes pour la destruction desquelles on emploie le sarclage, je n'en finirais pas si je voulais les énumérer. Elles ne déprécient pas autant le froment que le mélampyre, parce qu'elles ne lui communiquent pas de couleur noirâtre, et que d'ailleurs le vannage les sépare toujours du bon grain avec facilité.

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