DES CONDITIONS QUI PERMETTENT L'IRRIGATION
ciiap. 9e-
toinner à la nature du soi, à l'espèce de ses produits, a la température du climat et surtout les donner en temps opportun.
Quelque peu considérable que puisse être la déperdition de principes que la végétation annuelle occaûone aux prairies, elle n'en est pas moins réelle, et on a constamment observé que leurs produits diminuaient progressivement lorsque leur fertilité n'était pas entretenue par des engrais; et, sans spécifier tel ou tel engrais, je me contente de répéter, avec Cretté de Paeliel, que tous les engrais sont bons pour augmenter la fertilité des prairies ; le meilleur pour chaque localité est celui qui est le plus économique.
On ne peut assigner aucune époque précise pour les irrigations d'eaux troubles, parce que les débordemens des rivières et des ruisseaux varient selon les localités. Pendant la végétation il faut bien se garder d'arroser les f>rairies avec des eaux troubles, parce que es produits rouilleraient, ce qui n'arrive que trop dans les inondations naturelles.
Eu irrigation on n'est pas toujours maître de mesurer le volume d'eau, soit trouble, soit limpide; mais si l'on a à sa disposition des eaux abondantes, il faut qu'elles soient appropriées non seulement à la nature du sol, à l'espèce de ses produits, à la température du climat, mais encore en considération de la pente du terrain. Ainsi, dans les pentes rapides il faut ménager les eaux, empêcher les ravins qu'elles y formeraient si leur volume était trop considérable, adoucir les pentes, les retenir dans des rigoles en zigzag et les multiplier autant que le demande la rapidité du courant.
En plaine, on peut arroser à plus grande eau, pourvu que le sol soit perméable et profond. Ainsi les travaux d art pour les irrigations consistent à pouvoir à volonté arroser tous les points d'une prairie en temps et saisons convenables, soit avec des eaux troubles, soit avec des eaux limpides, et à vous préserver des dommages lorsqu'elles viennent à déborder; en un mot, à se rendre maître absolu des eaux.
Thaer donne pour règle générale du moment où il convient de faire l'arrosement, tant par inondation que par infiltration, de ne pas introduire l'eau pendant la pariie chaude du jour, mais le soir ou le matin de bonne heure. Sans cette attention l'arrosen ent pourrait être facilement nuisible. Après une gelée blanche ou une température froide, l'arrosement est avantageux, i! répare le mal que le froid tait à l'herbe. Lors des dégels, il faut veiller à ce que les écluses s'ouvrent promptement pour donner issue aux eaux, de crainte des déchiremens et des dégradations. L'herbe d'une prairie soumise à l'irrigation doit toujours être maintenue Jerme et fraîche par le moyen de l'eau; car, si on la laissait une seule fois flétrir, des plantes accoutumées à l'humidité en souffriraient plus que les autres, la végétation en serait interrompue, et elles ne se remettraient que très-difficilement. Il est très-important pour l'arrosement de rester dans une juste mesure. Aussi les prairies soumises à l'irrigation demandent-elles plus que toutes autres une attention suivie.
L'irrigation, considérée sous différens aspects, peut être regardée aussi bien comme une opération de culture que comme une amélioration permanente du fonds. En conséquence, elle peut être pratiquée quelquefois par le fermier, mais en général, à cause des avances considérables que cette opération nécessite, et des avantages durables qui en sont le résultat, elle doit recevoir des encouragemens et des indemnités extraordinaires de la part du propriétaire.
Dans les environs des villes on peut se livrer avec un grand avantage à l'arrosement au moyen d'engrais liquides. Stepiiens nous apprend qu'autour d'Edimbourg plus de deux cents arpens de terre sont ainsi arrosés avec les eaux du principal égout, et que, malgré la mauvaise direction donnée généralement à ces prairies, les effets de ces liquides sont surprenais : ils donnent des récoltes de fourrages qu'on ne peut égaler nulle part, permettant de 4 h 6 coupes par année; ces herbes servent à la nourriture en vert des vaches. Morin de Sainte-Colombe.
Section II. — Des conditions qui permettent l'irrigation.
§ Ier.— Des cultures pour lesquelles l'irrigation est plus avantageuse.
Si les prairies naturelles non irriguées ont perdu et perdent tous les jours de leur importance à mesure que la culture s'améliore, il n'en est pas de même des prairies naturelles arrosées; elles constituent toujours et partout les fonds de terre les plus précieux.
L'irrigation est surtout avantageuse aux terrains élevés et dans les climats chauds, où la pluie est rare précisément à l'époque où elle serait le plus nécessaire. C'est là particulièrement où l'homme doit suppléerai! manque d'eau atmosphérique, par l'arrosement artificiel. Maître de son eau, l'irrigation la répand sur le sol, lorsque les plantes en ont besoin, tandis que par d'autres dispositions, il en fait écouler la surabondance; de sorte que les terres arrosées ne peuvent souffrir ni d'un excès d'humidité ni de la sécheresse, et sont réellement indépendantes de l'atmosphère sous ce rapport.
Aucun terrain n'est plus favorable à l'irrigation que la prairie. Aucune récolte n'en retire autant de profit que l'herbe. On n'y éprouve pas, comme dans les terres arables, l'inconvénient de la destruction d'une partie des travaux d'irrigation à chaque culture; la surface gazonnée permet d'ailleurs, bien mieux que la terre arable, à l'eau de couler et de se répandre également sur toute la superficie. Le tassement excessif du sol qui resuite de l'irrigation dans certaines natures de terres, n'a pas lieu non pins dans les prairies. Enfin, l'expérience nous apprend que l'eau est plus favorable au développement de la tige et des feuilles qu'à celui de la graine, et par conséquent plus favorable à la production des fourrages qu'à celle des grains. Nous savons, en outre, que des arrosemens périodiques conviennent d'une manière toute particulière à la plupart des graminées qui composent le gazon des prairies* de là aussi
AGRICULTURE : DES ARROSEMENS ET IRRIGATIONS
ce proverbe allemand : Avec de l'eau on fait de l'herbe.
Malheureusement l'irrigation demande la réunion de diverses circonstances sans lesquelles elle devient impossible, ou du moins peu profitable, ce qui équivaut au même pour l'industriel. Il est donc nécessaire de connaître et d'examiner ces circonstances.
La possibilité de l'irrigation dépend du sol, de sa position, de sa forme, de sa surface,
Euis de sa situation, de la direction, de l'aondance et de la nature de l'eau, enfin, des travaux et dépenses.
§ II.— Conditions dépendant de la nature du sol, de la position et de la forme du terrain.
Il n'est aucune espèce de terre sur laquelle l'irrigation n'ait un bon effet; néanmoins le résultat n'est pas également avantageux partout.
Les terrains qui en retirent le plus de profit sont ceux qui sont les plus perméables et les plus brûlans, comme les terrains sablonneux, graveleux, rocailleux, crayeux; il n'y a pas jusqu'aux grèves pures qui ne puissent être améliorées de cette manière par le limon que l'eau finit par déposer entre les pierres.
Les loams ou terres Jranches et surtout les sols vaseux et limoneux, ne retirent pas autant d'avantages de l'irrigation, et ne supportent pas autant d'eau que les précédens ; les arrosemens ne doivent pas y durer aussi longtemps; l'intervalle entre chaque arrosement doit être plus grand, et il faut cesser dès que le temps devient humide ou froid. Un écoulement prompt et complet de l'eau y est plus nécessaire que dans les sols précédens.
Ce qui vient d'être dit s'applique à plus forte raison aux sols argileux compactes, surtout lorsqu'ils sont dénués de parties calcaires.
Du reste, en parlant du sol, j'entends non seulement la couche supérieure, mais surtout le sous-sol, qui, dans l'irrigation, est plus important peut-être que le sol même. Avec un sous-sol perméable, une terre argileuse supportera sans inconvéniens des arrosemens abondans et réitérés, tandis que le sol le plus léger en souffrira s'il a un sous-sol imperméable : les bonnes plantes y disparaîtront, et les laiches, les roseaux, etc., prendront leur place.
Quant âiix terres tourbeuses, si elles se trouvent dans une position sèche, des arrosemens réitérés, mais de courte durée, sont ce qui leur convient le mieux. Mais, même dans des positions humides, l'irrigation leur est avantageuse, surtout lorsqu'on la donne à grande eau. C'est un fait avéré, que le passage rapide d'une quantité suffisante d'eau sur ces terrains les améliore notablement , en leur enlevant une grande partie de leur acidité.
Fig.
liv. r\
Une chose importante à examiner lorsqu'on veut établir une irrigation, c'est de s'assurer si la position et la forme du terrain permettent à l'eau d'y arriver, de s'y répandre également sur toute la surface^et de s'en écouler complètement. Lorsqu'on n'est pas entièrement sûr de rencontrer ces dispositions indispensables, il faut avoir recours au nivellement, dont il est question ailleurs.
La forme de terrain la plus favorable à l'établissement d'une irrigation, est une légère inclinaison ; un terrain entièrement plat nécessite de grands travaux pour être rendu apte à l'arrosement; sur une pente trop rapide, au contraire, l'arrosement est assez facile à établir, mais les plantes profitent peu d'une eau coulant avec force; loin de déposer du limon sur la prairie, cette eau peut entraîner le sol, pour peu qu'il ne soit pas parfaitement engazonné. Toutefois il est possible de remédier jusqu'à un certain point à ce défaut. Du reste, l'inconvénient d'une pente rapide est moindre pour une terre compacte que pour un sol léger. Une terre de la première espèce, dans une position pareille, craint moins l'humidité que lorsqu'elle a peu d'inclinaison.
Les fortes pentes demandent en général des arrosemens réitérés, mais à petite eau, c'est-à-dire avec un faible volume d'eau à la fois.
On a vu (chapitre des Desséckemens) que, dans certains cas, il est avantageux de profiter d'une position pareille, pour faire laver et enlever par l'eau le sol des parties supérieures, et pour le transporter dans les bas-fonds marécageux. C'est une méthode économique de niveler, dont on fait aussi usage pour enlever une mauvaise couche de terre, de tourbe, par exemple, et mettre à nu un sous-sol de meilleure qualité.
Une condition non moins importante que la déclivité, pour l'arrosement, c'est Végalité de la surface ; de nombreuses et fortes inégalités, des ravines et des noues dans une prairie, sont les obstacles les plus difficiles à vaincre pour l'irrigation. Les petites inégalités doivent être nécessairement aplanies; quant aux grandes, il serait souvent trop difficile de le faire complètement. On tâche de disposer l'irrigation de manière à n'avoir pas besoin d'exécuter cette opération, toujours très-dispendieuse. En général, il ne s'agit jamais de donner à tout le terrain une pente uniforme, mais seulement d'obtenir qu'aucune élévation ne reste sans être arrosée, et que d'un autre côté l'eau ne séjourne dans aucun bas-fond.
La./îg. 351 expliquera mon idée, a est le canal de dérivation ; b est la rigole d'arrosement; d est la ligne qu'il faudrait suivre, si on voulait donner une pente uniforme de b en g; pour cela il serait nécessaire d'enlever toutes les élévations et d'en porter la terre