DE LA. PRATIQUE DES ASSOLEMENS
la 12e année. A l'aide d'un terreautage d'hiver et d'un plâtrage de printemps, M. de Vindé trouve de l'avantage à le conserver 3 ans, après lesquels recommence la rotation septennale avec une seconde fumure; en tout, comme on voit, 20 ans.
Sur la seconde sole le sainfoin remplace la luzerne, mais sa durée et celle du trèfle étant les mêmes, les résultats sont aussi analogues ; seulement la première prairie artificielle ne commence que la 3e année. Dans la 3e sole elle ne vient que la 5e, et ainsi de suite, de manière qu'à la fin des 20 années toutes les soles ont passé également et régulièrement par les 3 sortes de prairies artificielles.
Par ce moyen, quoique 3/10 de la propriété soient annuellement en prairies artificielles fauchables, on voit que la luzerne, ne la fîton pas alterner avec le sainfoin, ne reviendrait à la même place qu'après 15 ans.
Voici l'assolement que M. Dailly a adopté pour une partie de sa propriété de Trappes ( Seine-et-Oise) : lre année, luzerne plâtrée ;
— 2e, 3e, 4e années, luzerne fauchée; — 5e année, luzerne retournée; — 6" année, avoine :
— 7e année, pommes-de-terre fumées ; — 8 année, blé de mars ; — 9e année, colza avec poudretle; — 10e année, blé d'hiver; — 11e année, vesce d'hiver et pépinière de colza, puis parcage ; — 12e année, avoine ; — 13e année, œillette ou racines sarclées fumées ; — 14e année, blé d'hiver; — 15e année, racines sarclées fumées. — 16e année, blé de printemps ou d'hiver. — 17e année, colza avec poudrette ;
— 18e année, blé d'hiver; — 19e année, racines fumées; — 20e année, avoine ou semis de luzerne.
Dans ces deux exemples, non seulement la luzerne ne revient qu'à de longs intervalles, mais on a bien soin de ne cultiver le froment sur la terre qui l'a portée que la 3e année. Cette double précaution est d'une haute importance, et je regarde comme certain, que, si on l'avait constamment prise, nous n'aurions pas été affligés tout récemment de discussions qui ne tendaient rien moins qu'à faire croire que la culture de la luzerne était nuisible à celle du froment, tandis que cette grave question, réduite à sa vraie valeur, n'était plus qu'une question fort simple de bon ou de mauvais assolement, et dont la solution si vivement contestée se retrouve, selon moi en grande partie dans le passage suivant.
« IN 'allons pas, surtout par une avidité déplacée autant que par un faux calcul, vouloir exiger des récoltes de froment, avant que les détritus qu'elle (la luzerne) a laissés sur le sol soient entièrement réduits en terreau. Le volume de ses racines; l'épaisseur du gazon, qui s'accumule toujours dans ses derniers mornens, quelques précautions que l'on prenne pour s'y opposer ; le soulèvement de la terre, généralement nuisible à la prospérité du froment, enfin, la grande fécondité même, dont le sol est pourvu, sont autant de circonstances qui rendent, presque toujours, cette récolte précaire, soit en opérant le déchaussement, soit en occasionant une végétation luxuriante, toujours aux dépens de l'abondance et de la qualité du grain, vérité dont nous nous sommes trop particulièrement assurés pour ne pas if insister avec
AGRICULTURE : DES ASSOLEMENS.
toute l'énergie dont nous sommes capables, etc. » ( Yvart; Nouveau Cours complet d'agriculture théorique et pratique, 1823.)
Du reste, on sait que ce qui se passe en pareil cas après la luzerne, a lieu également sur presque toutes les défriches : — Le froment ne prospère immédiatement, ni dans l'emplacement d'une vieille prairie naturelle ou d'un ancien bois ; ni sur un défoncement ; ni même après un simple écobuage. Dans tous ces cas les racines, l'avoine, l'orge même et le seigle offrent un meilleur emploi du terrain.
Les graminées fourragères dont il sera
Î>arlé clans l'un des chapitres de ce même ivre, font quelquefois, mais moins souvent qu'elles ne le devraient, partie des assolemens à long terme. Après un temps, dont la durée est déterminée par les premiers indices de leur dépérissement, ces plantes peuvent faire place : — La Ve année, à des racines fourragères ou à des plantes binées et sarclées à semences oléifères; — la 2e année, à de l'avoine, ou de l'orge, selon l'état plus ou moins meuble de la terre, puis à des raves, de la spergule ou toute autre pâture d'automne ou d'hiver; — la 3e année, revient une culture sarclée différente de la lre; — la 4e année de l'orge, du seigle ou du froment, puis du trèfle, de la lupuîine ou tout autre fourrage légumineux, qui occupe le terrain pendant la iîe année ; — - la 6e année, du froment ou du seigle, et si cette récolte est belle, on fera bien de la faire suivre d'une nouvelle culture sarclée ou d'une seconde prairie légumineuse ; puis la 8e année, d'une dernière céréale avec graines de graminées pour rétablir la prairie ou le pâturage.
Enfin, en des circonstances peu favorables, quoique assez fréquentes, on fait entrer les végétaux ligneux dans les assolemens. Sur des terrains à pente rapide, d'un travail pénible, où les labours deviennent nuisibles en facilitant l'éboulement des terres; — dans les localités arides, où les racines et les fourrages verts viennent aussi mal que les céréales, il est bien indispensable de recourir à ce moyen pour obtenir quelques produits sans des dépenses excessives. Aux genêts et aux ajoncs on a quelquefois substitué ou ajoute les pins, qui occupent alors le sol pendant au moins 7 ans, et qui fournissent dans les 3 dernières années des branchages, dont on peut à la rigueur affourager les bêtes à laine pendant l'hiver, et qui peuvent être utilisés au moment où on les abat comme échalas. — Voici quelques-uns de ces assolemens proposés par M. de Morogues.
lre année, sarrasin et pins ; — 2e, 3e et 4e années, pins gardés; — tannée, pins pacagés; — Ce année, pins éclaircis; — 7e année, pins arrachés; — 8e année, avoine ; — 9e année, seigle sur fumier; — 10e année, turneps et pommes-de-terre.
Ou Ve année, genêts et sarrazin; — 2e, 3e et 4e années, genêts gardés et pacagés ; — 5e année, avoine; — 6e année, seigle fumé; — 7e année, turneps et pommes-de-terre; — 8e année, sarrasin et pins ; — 8e, 9e, 10e et 1 Ie années, pins gardés; — 1 2e année, pins pacagés; — J3e année t pins éclaircis; — 14e année, pins
arrachés; — 15e année, avoine; — 16« année, seigle sur fumier.
Ou enfin, étendant davantage les cultures annuelles : lre année, sarrasin et genêt; — 2e, 3s et 4e années , genêt; — 5e, 6°, 7e, 8° et 9e années, céréales, plantes sarclées et fourrages verts; — 10e année, sarrasin et pins; — 11% 12% 13% 14% 15<- et 16e années, pins; — 1-7% 18% 19% 20e et 21e années, nouvelles cultures de céréales, de navets ou de pommesde-terre et de vesces.
Dans ces divers exemples choisis pour le pays qu'il habite (la Sologne), M. de Morogues n'a pas craint d'adopter les coutumes locales sur deux points : il recommande de donner la fumure sur une céréale, et il fait venir constamment le seigle sur l'avoine, quoiqu'il lui fût facile de l'en éloigner par la culture des navets qu'il admet en 3e lieu. La pauvreté des terrains qu'il a en vue, et la parcimonie avec laquelle on peut y répandre les engrais, excusent suffisamment la lre pratique, dont la seconde est une conséquence malheureuse. — Il est rare qu'on ne puisse arriver à mieux. — Nous verrons ailleurs qu'il n'est pas impossible non plus d'utiliser d'autres végétaux ligneux comme fourrage.
On trouve quelques exemples de cultures intercalaires établies dans les bois à l'époque de leur coupe. Sur quelques points du duché de Luxembourg on exploite les taillis à l'âge de 18 à 20 ans pour les convertir en bois de chauffage, en écorces et en charbon. Les menus branchages restent sur le sol, où ils sont brûlés dans le courant d'août suivant, ainsi que les jeunes pousses de l'année, et, quelques jours après, on sème du seigle qui donne généralement une récolte précoce et fort abondante; quelquefois la seconde année, à travers les nouveaux scions du taillis, il est encore possible de cultiver des pommes-de-terre. — Dans la Haute -Garonne, ainsi que l'a fait connaître M. de Villeneuve, le propriétaire qui possède des bois sur d'assez bons terrains, pourvu que ce ne soit pas sur un coteau rapide, peut en retirer quelque surcroît de revenu. Si la terre est douce et propre aux pommes-de-terre, il la fait labourer dès que le bois a été coupé, et planter au printemps en tubercules de ce végétal, et il peut encore tenter le même moyen l'année suivante. Si la terre est forte, on y sème de l'avoine ou du seigle.
Toutefois, de semblables exemples sont peu fréquens et ne trouvent que de rares applications. Plus ordinairement, après la coupe définitive des futaies ou des vieilles forêts, on rend pour un long temps l'emplacement qu'elles occupaient aux cultures économiques et industrielles qui y réussissent d'autant plus facilement et plus sûrement, que le sol est d'une extrême fécondité.
Dans un pays neuf la première condition de culture est la destruction d'une partie des bois qui le couvrent. — Plus tard, une sage législation met des bornes à l'abus que les intérêts privés pourraient faire d'un tel moyen au détriment de l'intérêt général ; — puis, il vient une époque où les plantations deviennent indispensables et où la culture des forêts fait, pour ainsi dire, partie des asso-
DES RÉCOLTES.-PRÉCAimONS GENERALES.
leniens qui doivent assurer la prospérité nationale par une augmentation de produits égale aux besoins de la population croissante. Tandis que les bonnes terres et toutes celles que leur position rend d'une culture facile et productive, doivent progressivement être sillonnées par la charrue, les sols ingrats on éloignés de la consommation peuvent se couvrir de grands végétaux ligneux. Ici le bois fait place au blé; là, les landes les plus arides, les dunes mouvantes, les craies et les sables inféconds que fatiguent à de longs intervalles de chétives récoltes de
sarrasin ou de pommes-de-terre, disparaissent abrités sous l'épaisse verdure des semis de pins; et l'imaginatign, naguère attristée de l'insuffisance des travaux du cultivateur pour lutter contre une nature ingrate, peut désormais se reposer sur d'utiles produits et prévoir le temps où nos neveux, détruisant à propos des travaux dont ils méconnaîtront peut-être la bienfaisante origine, retrouveront à ces mêmes places des champs d'une riche et longue fécondité.
Oscar Leclerc-Thouin.