S NUAGES ET DES BROUILLARDS. S
nombre des arbres et augmenter celui des plantes herbacées, base des cultures les plus productives des climats tempérés.
§ III. — Des nuages et des brouillards.
La vapeur d'eau répandue dans l'atmosphère s'y rencontre sous forme de vésicules imperceptibles à l'œil nu, creuses comme des bulles de savon, qui se dilatent et se dissolvent dans l'air lorsque la température s'élève; qui se condensent et se tranforment en nuages, en brouillards et en pluie, lorsqu'elle se refroidit.
Les nuages, en raison de leur légèreté, s'élèvent plus ou moins au-dessus de la surface de la terre. Luke Howard, dans un travail curieux et qui ne manque pas d'intérêt pour les cultivateurs, a cherché aies déterminer et à les classer d'après leurs formes particulières et la place que leur assigne leur densité dans les basses ou les hautes régions de l'atmosphère.
Les nuages les plus simples affectent trois formes principales : — tantôt ce sont des espèces de filets parallèles, tortueux ou divergens, susceptibles de s'étendre dans toutes les directions {fig. 7, A, voir en tête de ce chapitre); tantôt des masses convexes ou coniques à base irrégulièrement plane (B); tantôt enfin , de longues lignes horizontales et continues dans toutes leurs parties ( C). — En se réunissant de diverses manières, ils forment les nuages intermédiaires, dont on peut prendre une idée sur la figure précitée aux lettres D et E, et les nuages composés, qui résultent de la combinaison de tous les autres ( Voy. F, G, H). — Les nuages simples de la première des modifications que je viens d'indiquer semblent être les plus légers; ce sont aussi généralement les plus élevés. Ils varient beaucoup en forme et en étendue. On les voit paraître les premiers sur un ciel serein. Aux approches des tempêtes, ils s'épaississent et s'abaissent ordinairement du côté opposé à celui d'où soufflera le vent. — Ceux de la seconde modification sont les plus denses. Ils se rapprochent par conséquent davantage de la terre. Une petite tache irrégulière, qui parait d'abord dans l'atmosphère, forme en quelque sorte le noyau autour duquel ils se condensent. Lors des beaux temps, ils commencent à paraître quelques heures après le lever du soleil, parviennent à leur maximum au moment de la plus forte chaleur, et se dispersent totalement aux. approches de la nuit. Avant la pluie, ils s'accroissent rapidement ; leurs contours se dessinent en larges protubérances floconneuses. Leur agglomération sous le vent, lorsque l'air est fortement agité, présage du calme et de la pluie. Lorsqu'au lieu de disparaître ou de s'abaisser au moment du soleil couchant, ils continuent à s'élever, on doit s'attendre à de l'orale pour la nuit.— Enfin les nuages de la troisième modification, quoique d'une densité moyenne, sont cependant ceux qui s'élèvent le moins. Leur base repose communément sur le sol même. Ils se forment pendant la nuit de toutes ces vapeurs blanchâtres qu'on voit le matin se répandre comme une vaste inondation du fond des vallées ou de la surface des lacs et
AGRICULTURE : CLIMAT
des rivières, et disparaître bientôt ou se transformer diversement sous l'influence des rayons solaires. On sait qu'ils sont un indice de beau temps.
Non seulement les nuages sont les dispensateurs de la pluie et les principaux moteurs des orages; ils interceptent les rayons solaires;— ils diminuent les effets de l'évaporation, et s'opposent à l'émission du calorique de la terre par le rayonnement.
Les brouillards sont de véritables nuages que leur densité plus grande retient dans les basses régions de l'atmosphère. Lorsqu'ils s'élèvent par l'effet de la dilatation, ils se transforment en nuages proprement dits, et lorsque les nuages s'abaissent par suite de leur condensation , ils forment les brouillards. — L'odeur fétide qui émane assez souvent de ces derniers prouve suffisamment qu'ils peuvent retenir et entraîner divers gaz, et donne à penser qu'ils doivent agir chimiquement sur la végétation. On a pu remarquer, en effet, qu'en général ils fertilisaient la terre; mais, d'un autre côté, il est vrai qu'ils contribuent indirectement, en abaissant la température et en entretenant une humidité particulière, à faciliter la propagation de la rouille des blés, l'avortement des fleurs, la fermentation des fruits, etc., etc.
§ IV. — De la pluie.
Les pluies sont dues principalement au refroidissement des couches d air saturées de vapeurs d'eau, et à l'action électr.iquedes nuages.— Elles contiennent une quantité souvent inappréciable d'électricité, de l'air, du gaz acide carbonique, et quelques sels minéraux.
Toutes choses égales d'ailleurs, on sait qu'il pleut plus souvent dans le voisinage des grandes masses d'eau que dans les contrées arides, sur les montagnes que dans les plaines, dans les localités couvertes de grands arbres que dans les lieux découverts. — Il est aussi démontré qu'il pleut plus abondamment dans les pays chauds que dans les pays froids, quoique, dans ces derniers , les pluies soient plus fréquentes. La quantité moyenne d'eau qui tombe annuellement à Saint-Domingue est environ de 308 centimètres; à Calcutta, de 205; à Naples, de 95; à Paris, de 53 , et à Saint-Pétersbourg de 40 seulement. — A mesure cju'on s'éloigne de l'équateur, les pluies sont donc moins abondantes; mais, comme elles deviennent plus fréquentes, et comme l'évaporation diminue, il en résulte que les pays froids sont plus humides que les pays chauds , et que si, dans le midi, il n'est pas de cultures possibles sans arrosement, dans le nord il en est peu de productives sans dessèchement.— Dans quelques parties des vastes déserts de l'Afrique, des contrées septentrionales de l'Asie et de la côte occidentale d'Amérique, depuis le cap Blanc jusqu'à Coquimbo , il ne pleut presque pas ; mais partout où il existe de la végétation, des rosées abondantes et d'épais brouillards suffisent pour l'alimenter et l'entretenir.
Chez nous, les pluies les plus fréquentes et les plus favorables aux travaux et aux produits de la culture sont généralement celles de printemps et d'automne-— En hiver, elles pénètrent profondément Se sol et régénérait
Fu
les sources. — En été, elles réparent les pertes occasionées par l'excessive evaporation.
Enumerer ici tous les avantages et lesinconveniens des pluies, ce serait répéter ce qui a été dit au commencement de ce chapitre, ou entrer, saison par saison, dans des détails que nous devons renvoyer à la pratique de chaque sorte de culture,
§ V.— Des instrumens propres à déterminer l'humidité ou la sécheresse de l'air.
Pluviomètre. Un vase de forme carrée, au fond duquel on aurait adapté un robinet , et qu'on aurait placé dans des circonstances telles qu'il pût recevoir librement l'eau du ciel, serait le plus simple des instrumens de ce genre; mais il aurait l'inconvénient d'offrir une trop grande surface à l'évaporation. —Pour éviter cet inconvénient, on emploie de préférence des vasesàgouleauétroii , surmontés d'entonnoirs dont on connaît Je diamètre. — Voici la description et la figure données par M. Bailly de Merlieux, dans sa Météorologie, d'un des pluviomètres à la fois les plus simples et les plus exacts : — « Il consiste en un entonnoir de cuivre eu de ferblanc {fig. 8) de 5 pouces de diamètre à son ouverture, et qui communique avec un tube de verre, muni d'un robinet à son extrémité inférieure. On examine l'instrument chaque jour à dix heures , et s'il a tombé de la pluie dans les 24 heures, on en mesure la quantité dans ce même tube d'un 5e de pouce de diamètre, et pourvu d'une échelle divisée en pouces et en 10es de pouce : de la sorte, la pluie tombée sur une aire circulaire de 5 pouces de diamètre, étant rassemblée dans un espace d'un 5e de pouce, les pouces et dixièmes de pouce d'eau du tube correspondent à des centièmes et à des millièmes de pouce de pluie tombée sur la surface delà terre.»
Le pluviomètre de la fig. 9 fait connaître, sans mesurage, la quantité d'eau tombée, par la longueur dont la tige portée par un morceau de liège sort du vase.
Comme il a été démontré par de longues observations que la quantité moyenne des pluies est à peu près annuellement la même dans chaque pays, et comme les expériences faites mois par mois donnent des résultats assez variables, il ne faut pas s'exagérer l'importance des pluviomètres.
Les hygromètres sont sans contredit plus utiles. En indiquant la progression croissante de l'humidité ou de la sécheresse de l'atmosphère, ils mettent le cultivateur à même de prévoir et d'empêcher, dans plusieurs circonstances, les fâcheux effets de l'une et de l'autre.
L'hygromètre le plus répandu et le plus parfait, mais aussi le plus cher (il coûte 30 f.j, est celui de Saussure {fig. 10); il est forme d'un cheveu préalablement lessivé, qui fait
Fig. 9.
iauff.1". TEMPÉRATURE : DES
mouvoir, en se dilatant lorsqu'il s'humecte, en se contractant lorsqu'il se dessèche, une
aiguille disposée de manière à marquer, sur un quart de cercle divise en cent parties, en- Ire les deux extrêmes, le degré d'humidité ou de sécheresse de l'air environnant.
Tout le monde connaît ces autres hygromètres de cordes à boyaux adaptées au capuchon d'un moine ( fig. 11) ou au sabre d'un Turc, etc., peints sur bois, et dont les effets, quoique grossiers, peuvent encore donner d'utiles indications. Leur prix est fort modique.
Fur. 10. F& 11.
Section ni. — L)e la température et de son influence en agriculture.
Le calorique est, aux yeux des physiciens, \\i\ fluide impondérable,abondamment répandu dans l'atmosphère, et dont une des principales sources est le soleil. Il agit sur les corps de deux manières bien distinctes et en quelque sorte indépendantes l'une de l'autre: d'une part, en s'interposant entre leurs molécules, il tend à les désunir et à les disséminer; il liquéfie les solides, il vaporise les liquides, et augmente ainsi sensiblement leur volume; — de l'autre, il produit la chaleur.
§ I. — Effets généraux sur la végétation.
Z«c^«/c«/\ Lorsqu'au retour du printemps, la terre et l'atmosphère commencent à s'échauffer, la végétation , jusque là arrêtée et comme engourdie, reprend une nouvelle vigueur. C'est sous l'influence d'une chaleur douce et humide que se font dans la graine les modifications chimiques indispensables à la germination, que les matières fermentescibles qui se trouvent dans le sol donnent peu- à -peu aux racines leurs sucs fécondans, et que les gaz nourriciers commencent à se répandre dans l'air au profit des jeunes feuilles. — La chaleur active lesmouvemens delà sève; — elle aide aux transformations que ce liquide éprouve dans le végétal; — elle ajoute à l'énergie reproductive des organes sexuels, et contribue plus que tout le reste à la maturité des fruits et des graines. D'un autre côté, lorsqu'elle se prolonge et qu'elle est accompagnée d'une excessive sécheresse ( Voy. la sect. pfëcéd.}, elle devient nuisible à la santé des animaux, et destructive de la vie des plantes.
Ia' froid produit des effets tout contraires.