‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 201 sur 329 · I. Rouleaux à dépiquer · texte numérisé non relu

I. Rouleaux à dépiquer

Il est impossible de désigner l'époque et l'auteur de la première invention d'une machine à battre le blé; mais nous avons des documens historiques, irrécusables, qui prouvent que plusieurs peuples de l'antiquité connaissaient et se servaient généralement de ce genre d'appareil. Plusieurs passages du prophète Isaïe et de Varron font voir que les machines à battre étaient en usage chez les Hébreux, les Syriens, les Carthaginois, les Égyptiens et les Romains.

M. Girard, dans leMémoire sur l'agriculture de l'Egypte, donne la description d'une machine à battre dont on se sert dans ce pays, et qui est d'une date très-reculée. Du temps de Varron, un demi siècle avant la naissance de Jésus-Christ, on se servait en Espagne, pour le dépiquage, d'une machine qu'on appelait le chariot phénicien ou carthaginois. Ce dernier appareil {fig. 471) consiste en

Fig. 471.

plusieurs cylindres armés de dents et divisés en plusieurs sections orbiculaires; il est traîné par des chevaux et conduit par un homme assis sur une tablette. M. de Lasteyrie, a fait connaître que de nos jours encore on se sert généralement, dans la Basse-Andalousie, d'une machine qui correspond exactement à cette description.

Le tnllo est un appareil en usage presque dans toute l'Espagne, et décrit aussi par le même savant. C'est une table en bois, garnie en dessous de pierres à fusil qui y sont incrustées. Les planches qui forment cette table sont retenues par des traverses, à l'une desquelles est fixé un crochet où on attache les traits des chevaux. Cet instrument est relevé en avant, afin de glisser plus facilement sur les gerbes. Il a une longueur de 5 p. 1/2.

L' Italie centrale se sert, pour le dépiquage du blé, d'un rouleau très-simple, appelé tïtolo, qu'elle a hérité des Romains.

Le hattidore, en usagj dans quelques contrées des Apennins, a quelque rapport avec le trillo. C'est un assemblage de plusieurs

(1) Mémoires publiés par la Société royale et centrale d'agric, 1827. tome II.

AGRICULTURE : CONSERVATION DES RECOLTES

L1V. Ie

planches épaisses réunies par une traverse, armées à leurs extrémités Je trois grandes fourchettes émoussées et aplaties, et de 6 plus petites. Cet appareil porte dans sa partie moyenne une planche double en longueur qui sert de limon, et pose sur la sellette d'un avant-train auquel elle est fixée au moyen d'une corde. Après avoir disposé les gerbes en rond sur une aire, on fait mouvoir circulairement cette machine attelée de bœufs, pour que l'extrémité des fourchettes, en traînant sur la paille, en détache le grain.

Dans quelques autres parties de Y Apennin et en Corse, on emploie, depuis un temps immémorial, pour l'égrenage, un moyen mécanique, appelé trity, beaucoup plus imparfait que le rouleau. C'est une sorte de battoir formé d'une pierre triangulaire, avec un timon attaché à la pierre au moyen d'une cheville. On fait passer circulairement cette pierre attelée de bœufs sur les gerbes. — Différentes sortes de rouleaux de dépiquage, ressemblant plus ou moins aux rouleaux italiens, sont d'un usage antique dans plusieurs déparlemens de la France, et nommément dans ceux de l'Aude, de l'Ariége, de la Haute-Garonne, du Lot-et-Garonne.

lu action sur La gerbe des rouleaux et des chariots à roues a beaucoup d'analogie avec le piétinement des animaux. Ces appareils ont cet avantage sur le piétinement, que les animaux, en traînant les machines, touchent à la fois une plus grande surface de blé répandu sur une aire, que quand les mêmes animaux exécutentle dépiquage par une seule partie de leur corps, le sabot. L'action du rouleau cannelé ou armé de barres a encore sur le piétinement l'avantage du soubresaut que le battage subit des barres cause au blé, et qui facilite tant la séparation du grain des épis.

Aussi Y usage du rouleau se maintient-il dans tous les pays où il est introduit. Ce sont les pays méridionaux qui de tout temps ont donné la préférence à cet appareil, par la raison que la dessiccation parfaite du blé en gerbes est une condition indispensable de l'efficacité du rouleau, et que là cette circonstance existe. De nombreux, essais des rouleaux à dépiquer ont été faits dans différentes parties du nord de l'Europe; mais nulle part leur usage n'a pu se répandre. Le battidore et le trity agissant par le moyen du frottement, l'efficacité de ces machines est bien inférieure, non seulement à celle des rouleaux, mais même au piétinement des animaux. Leur conservation dans quelques contrées prouve' l'état très-arriéré de l'industrie agricole de ces localités.

Le système des rouleaux à dépiquer, tel que l'antiquité nous l'a légué, a éprouvé en France des améliorations notables. Dans le département de Lot-et Garonne, on a, depuis à peu près 10 ans, substitué au rouleau de pierre massive un rouleau de bois cannelé. Il a beaucoup de rapport avec le rouleau italien. C'est un cylindre {figAlï) cannelé, formé d'un tronçon dorme, de frêne ou autre bois dur et pesant, qu'on choisit bien droit, et auquel on adapte 8 solives de même longueur, four le service de ce rouleau, l'aire est char-

Fig. 472.

gée de gerbes disposées en spirale et posées à plat, de l'épaisseur usitée pour le* battage au fléau. Quand le soleil a échauffé la paille, on commence par l'extérieur de l'aire en se rapprochant du centre, puis s'en éloignant, et ainsi successivement, jusqu'à ce qu'on juge convenable de remuer la paille. Un seul cheval traîne cette machine, servie par 1 conducteur, 1 ouvrier et 4 ouvrières, et elle peut battre 20 hectolitres de blé par jour. On conçoit que les traits du cheval doivent être inégaux en longueur et varier e* raison du diamètre de l'aire. Cette machine exécute l'égrenage bien et à bon marché. Les frais du dépiquage, y compris le nettoiement, ne montent qu'à 55 cent, par hectolitre. L'appareil même ne coûte que 40 francs.

Cette machine à dépiquer a été successivement perfectionnée ou modifiée par M. db Puymaurin, par M. de Lajous; la Société d'agriculture de Toulouse en a fait construire une-qui coûte de 120 à 150 fr. suivant les localités différentes, et qui a encore été modifiée par M. le comte Dupac-Bellegarde.

Cet appareil est armé de 8 battans; le tout est contenu dans un cadre; il a aussi un avant-train avec un siège pour le conducteur. L'épreuve de cette machine adonné pour résultat: 17 journées de chevaux avec conducteur, et 85 journées d'ouvrier ont dépiqué 10,000 gerbes; et ce travail est évalué à 223 Ir. Ce même travail, exécuté au moyen du piétinement des animaux, aurait coûté au moins 430 fr. : donc il y a un profit des 2/3 du montant des fraisa se servir du rouleau.

Fig. 473.

CHAP. 12ei

ËGRENAGE AU MOYEN DES MACHINES

Outre ce profit, il re'sulte de l'usage de ce rouleau une grande économie des forces animales : les chevaux employés à son service ne travaillent que 3 heures par jour, tandis que le travail du dépiquage au moyen du piétinement commence au soleil levant et ne se termine qu'au soleil couchant.

Parmi les rouleaux à dépiquer, nous ne devons pas ometire la machine usitée en Suède et décrue par M. de Lasteyrie, qui la considère comme l'un des meilleurs appareils de ce genre. La /%. 473 la fait suffisamment comprendre.

Page 1