DU RIZ
qu'on peut prolonger la culture du riz sur le même sol, pendant plusieurs années consécutives, avec plus d'avantages et moins d'inconvéniens que pour la plupart des autres graminées.
Quoique le riz préfère un terrain riche, il peut cependant donner de bons produits sur un sol peu fertile, pourvu que sa couche inférieure lui fasse retenir à sa superficie l'eau et les matières fertilisantes. On dit que cette plante est très-productive sur les terrains salés, ce qui peut rendre sa culture avantageuse sur certaines laisses de mer.
Les eaux préférables pour les rizières sont
celles de rivières, puis celles des étangs, lacs, mares ou marais; celles de sources ou de puits sont pour le sol européen les moins convenables, comme les plus fraîches et les moins propres à la végéta lion; lorsq u'on est obi igé d'y avoir recours, on doit les améliorer par un séjour dans des réservoirs bien découverts et peu profonds, et même en y mêlant des engrais animaux.
Le sol des rizières doit être labouré pour ameublir la terre, et permettre aux racines d'y pénétrer. Mais les labours ne doivent pas être profonds, surtout dans les terrains médiocres.
Ainsi, la culture du riz ne peut être établie que dans un bon sol;— disposé en plaine ou en pente douce, afin de rendre facile l'entrée et l'écoulement de l'eau ; — voisin d'une rivière ou de tout autre dépôt d'eau favorable; — écarté le plus possible de toute plantation qui nuirait au riz en l'ombrageant et l'exposant davantage aux dégâts des oiseaux et autres animaux : — enfin, convenablement préparé par des labours et desengrais.
Avant de procéder aux semis, vue préparation particulière aux rizières consiste à diviser le sol en compartimens à peu près égaux, carrés eteontigus, dont l'étendue doit être proportionnée à la pente plus oumoins forte du terrain, et est généralement, dans la Catalogne et le royaume de Valence, de 15 à 10 pi. de côté. Ces planches sont séparées les unes des autres par de petites levées ou chaussées en terre, en forme de banquettes, dont on proportionne la hauteur et l'épaisseur au volume d'eau qu'elles doivent renfermer, mais qui ont généralement 2 pieds d'élévation sur 1 de large. Ces banquettes permettent de parcourir les rizières en tout temps à pied sec, et de retenir les eaux à volonté; elles sont percées d'ouvertures opposées, pour l'introduction et l'écoulement des eaux. Le sol des planches doit être aplani et bien nivelé, afin que l'eau se maintienne partout à une égale hauteur.
Uépoque favorable pour les semailles est ordinairement en avril pour les nouvelles rizières, et seulement au milieu de mai pour les anciennes, dont le sol, refroidi par \/ine inondation longtemps prolongée, a besoin d'être réchauffé par l'action des rayons solaires auxquels il faut le laisser exposé. Au moment de semer, on fait pénétrer l'eau, et lorsqu'elle est uniformément répandue/à peu de hauteur, on y entre pieds nus, et on sème a la volée comme pour le froment. En Asie, on sème souvent en rayons ; et dans l'Inde comme eu Chine, et ailleurs,, généralement
on transplante le riz, semé d'abord en pépinière^ lorsqu'il est parvenu à 5 ou 6 pouces de hauteur. Il est aussi des lieux où l'on n'introduit l'eau qu'après avoir semé et hersé.
Il est utile d'avoir préalablement disposé la graine à germer eu la faisant tremper dans de l'eau pendant un ou deux jours, ou même assez longtemps pour qu'il y ait un commencement de germination. La semence, tout le monde le sait, doit avoir été conservée avec sa balle Ou enveloppe.
Pour enterrer la semence, voici le procédé en useige dans le Piémont et la Romaine : On attète un cheval à une planche d'environ 3 toètres (9 pieds) de longueur, sur 33 cenlim. f(i pied) de largeur, et sur laquelle un conducteur se tient debout en se soutenant au moyen des guides. Il fait parcourir à la planche toutes les parties des compartimens, dont il rabat ainsi les sillons, en ayant soin de descendre lorsqu'il passe d'un compartiment dans un autre, par-dessus les berges.
"Les façons d'entretien du riz consistent à suivre la' distribution des eaux, qui doivent être plusieurs fois renouvelées, et toujours un peu courantes pendant la végétation de la plante, et qu'on fait écouler une ou deux fois pour permettre des sarclages. — Au bout de 12 ou 15 jours, les premières feuilles du riz commencent à paraître hors de l'eau ; il faut alors augmenter successivement la quantité de l'arrosement, de sorte que l'extrémité des feuilles soitconstamment flottante à la surface de l'eau, et cela jusqu'à ce que les tiges soient assez développées pour se soutenir, ce qu'on reconnaît à l'existence du premier nœud et a une teinte verte plus foncée. — A cette période de la végétation du riz inondé, on Jait écouler l'eau pour donner plus de consistance aux plantes et permettre l'enlèvement des mauvaises herbes; mais on ne tarde pas à restituer l'eau plus abondamment, dès que le riz jaunit et paraît souffrir. — Cette nouvelle inondation active promptement sa croissance, et on l'entretient aussi complète et aussi haute que possible, surtout par les grandes chaleurs et à l'époque de la floraison. — Assez souvent, vers la fin de juin, on retire encore une /ois- les eaux, afin de sarcler les mauvaises herbes, principalement les prêles, les souehels, carex, etc. qui ruineraient bientôt les rizières en se propageant ; dans tous les cas, on débarrasse toujours rigoureusement les banqueites.
Avant que le riz soit en fleur, c'est-à-dire généralement vers le milieu de juillet, on le cime, opération qui se fait à la faulx comme l'effanage des blés trop vigoureux, et qui consiste à retrancher les sommités des tiges. Le riz, pi us ferme, épie, fleurit et mûrit alors plus également ; mais cette pratique n'est pointgénérale.
Le riz fleurit une 15e de jours après le cimage, et le grain se forme au bout de 15 autres jours; durant cette période, plus grande est l'abondance de l'eau, et plus fortes sont les chaleurs, plus on fait de riz. — Dès qu'on s'aperçoit que la maturité approche, ce qu'indique la couleur jaunâtre que prennent les épis et la paille, on fait entièrement écouler l'eau, et on dégage, à cet effet, les ouvertures ÎU6qu'au bas des banquettes, afin que le ter-
DE LEUR CULTURE SPÉCIALE, liv. i«\ rain perde son humidité, tant pour qu'il puisse recevoir le labour en temps convenable que pour rendre la récolte plus facile. Il est cependant des lieux où elle se fait dans l'eau, ce qui augmente beaucoup l'insalubrité ordinaire des rizières.
Depuis quelques années, les rizières de la haute et basse Italie sont sujettes à une maladie désignée en Italie sous le nom de brusone. Le riz se trouve instantanément frappé de stérilité par cette maladie, attribuée par les uns a un insecte inconnu, et par d'autres à une végétation agame, dont le développement rapide seraitsans exemple. Maisces deuxopinions nous paraissent peu vraisemblables; nous croyons que le brusone est plutôt dû à un phénomène électrique. En effet, nous avons toujours remarqué que le riz qui végétait sur les bandes de terre imprégnées d'une humidité plus profonde, y était plus exposé. Nous avions soupçonné aussi que le riz cultivé en Piémont avait pu dégénérer, faute d'en avoir renouvelé la semence depuis l'époque déjà ancienne de son introduction. Nous fîmes venir en 1829 du riz de l'Amérique septentrionale, pour le distribuer aux cultivateurs piémontais, et il résulte de leurs essais que ce grain américain n'a pas été atteint du brusone, quoique cultivé dans les mêmes circonstances ; nous énonçons ce fait sans oser conclure que notre soupçon soit fondé.
§ IV. — De la récolte et des produits.
La récolte a lieu quand la couleur jaune foncée de la paille et de l'épi annonce une complète maturité; ce qui arrive ordinairement 5 mois après les semailles, et vers la fin de septembre. Elle se fait à la faucille en sciant à moitié paille. — On botièle sur-lechamp en petites gerbes qu'on lie avec des liens de paille de blé ou d'osier.
Le battage s'opère généralement en Piémont par les procédés de dépiquage qui ont été décrits page 330. On pourrait aussi battre le riz au fléau. A l'île Maurice, on le bat en frappant de fortes poignées sur 2 morceaux de bois de 4 à 5 pouces de diamètre, placés à côté l'un de l'autre. Dans plusieurs pays, on se contante de frapper les épis contre une muraille ou contre des planches. — Après la séparation du grain d'avec la paille, ou amasse le riz en tas et on le vanne. Ensuite, on le met sécher sous des hangars ou au soleil, et des ouvriers le remuent avec des râteaux jusqu'à ce qu'il soit parfaitement sec, ce que l'on reconnaît en mettant quelques grains sous la dent; ils doivent être alors aussi durs que ceux qu'on livre à la consommation. Ou passe ensuite le grain dans trois dijjérens cribles, pour l'épurer parfaitement. — Dans cet état, le riz est enveloppé de sa balle jaunâtre, qui est très-adhérente; il porte le nom de riz en paille, et de rizon en Piémont, celui de riz étant réservé pour le riz préparé et blanchi. — Quant à cette dernière opération, elle s'exécute en Italie au moyen de mortiers et de pilons eu bois dur ou en pierres, mis en action par l'eau ou par un cheval, et en Espagne par des moulins dans le genre de ceux à farine, qui pourraient facilement être appliqués à cette destination, notamment en gar-
chap. 15*. DE QUELQUES PLANTES DE l nissant de liège la meule d'en bas, par dedans, c'est-à-dire entre les deux meules, afin quelles n'écrasent point les grains. On trouve nn moulin fort simple, décrit et ligure dans la Collection d'instrumens et de machines de M. de Lasteyrie.— Celui que nous représentons (fig. 673), d'après l'ouvrage de Borgims, Fig.573
nous paraît préférable. Agissant par frottement, et non par percussion, il ne peut que dépouiller le riz de son écorce sans le pulvériser. On voit que cette machine très-simple est composée d'un cône de bois a, de 5 à 7 pieds de long sur 3 à 5 de diamètre à la base, et 12 à 15 pouces au sommet. Ce cône est fail d'un assemblage de pièces de bois collées et réunies par de fortes chevilles ; il est soutenu fixement par une mèche 6, scellée dans une plate-forme eu maçonnerie ce. Ce cône est entaillé sur toute sa surface convexe par des cannelures d'une forte ligne de profondeur, de 4 à 5 d'empâtement, tirées parallèlement et en ligne oblique. Une cape dd, conique, exactement correspondante à celle du cône a, le recouvre entièrement; sa surface concave est entaillée de cannelures semblables à celles du noyau a, mais inclinées en sens inverse. Cette cape, construite de madriers rapprochés comme les douves d'une futaille, est liée par 3 ou 4 cercles en fer; elle est soutenue en équilibre par un boulon en fer encastré dans la partie supérieure du cône a. L'extrémité de ce boulou entre dans une calotte de bronze hémisphérique, soudée au centre de 2 petites barres de fer assujetties au fond de la trémie .r. Ce tond est percé de plusieurs trous pour laisser passer peu-à-peu les grains qui, en descendant entre le noyau et la cape, sont dépouillés de leur capsule par le frottement que produit la rotation de cette dernière, laquelle esj, mise, au moyen des 2 leviers, en un mouvement circulaire alternatif de droite à gauche. Cette machine, mue par 2 hommes, blanchit, en une journée de travail, 4 quintaux de riz.
Au sortir des moulins, le riz passe encore au crible, mms on ne le nettoie pas davantage dans les rizières, et ce sont les marchands qui achèvent de V épurer, eu en formant plusieurs qualités. La plus inférieure se nomme rizot; elle sert à la nourriture du peuple, à la préparation d'un amidon inférieurà celuide blé, et aussi à l'engraissement de la volaille. — Le déchet du rizon au riz blanchi est communément dans le rapport de 38 à 25.
L'un des grands avantages du riz est sa/«-
A FAMILLE DES GRAMINEES. 409
cile conservation, qui le rend, par suite, trèsprécieux pour les voyages de long cours, pour les approvisionneurs des villes de guerre et pour les cas de disette.
Les produits du riz sont considérables, comparés au froment. Quand le grain du riz est beau, bien nourri, bien plein, 100 livres en gerbes donnent jusqu'à 75 livres de riz blanc ou pilé; le plus communément, on en obtient de 40 à 50 livres. Le prix du riz de Piémont blanchi est d'environ 25 centimes le kilog. (2 sous 1/2 la livre). — Dans les Carolines, on compte que le produit d'un acre est de 50 à 80 boisseaux de riz, selon la qualité du sol; 20 boisseaux de grains, revêtus de l'écorce, pèsent environ 500 livres; ces 20 boisseaux se réduisent à 8 quand le riz est dépouillé de son enveloppe, mais il y a peu de perte sur le poids.
Matthieu Bonnafous.
Section ix. — De quelques autres plantes de lajamille des graminées.
Le PATURIN flottant {Poa fluitans\ plus vulgairement connu sous le nom de Fétuque flottante, manne de Pologne ou de Prusse, a été rangé parmi les paturins parles botanistes modernes, parce que, comme dans toutes ies espèces de ce genre, il a des balles dépourvues d'arêtes. — Sa panicule est fort longue, resserrée en forme d'épis, et composée d'épillets cylindriques et alongés. — Ses graines sont petites et nombreuses. C'est une niante vivace qui croît abondamment dans les fossés et les marais vaseux; elle sera figurée au chap. des Fourrages.
Dans le nord de l'Europe, et notamment en Pologne, on récolte, dit-on, soigneusement les graines de ce pâturin, que l'on fait cuire à la manière du riz et des millets, et auxquelles on trouve un goût délicat et sucré. — On en nourrit aussi les volailles et les oiseaux. Parmi les personnes qui en ont goûté en France, à ma connaissance, les unes les ont trouvées fort bonnes, les autres leur ont reconnu une saveur marécageuse presque repoussante. — Quoiqu'il en soit, en des années de pénurie, et dans les pays à marais comme la triste Sologne, il ne peut être indifférent d'appehr l'attention des habitans de la campagne sur la propriété alimentaire de cette plante, dont il serait facile de peupler, par les semis, la plupart des terrains aquatiques, et d'employer les produits herbacés, comme l'un des meilleurs fourrages verts de ces sortes de localités, lorsqu'on ne jugerait pas à propos d utiliser ses semences; on pourrait même profiler de ses fanes et de ses graines en fauchant après la maturité de ces dernières.
Toutes les graines ne mûris sent pas en même temps sur le même pied : on les obtient ordinairement, dit Bosc, en plaçant un tamis sous les épis, et en frappant sur eux avec des bâtons. On répète cette opération toutes les semaines jusqu'à la fin de la récolle.
Le PATURIN dAbyssinie {Poa abyssinien} est annuel. Sa panicule est lâche, penchée» composée d'épillets linéaires de 4 fleurs. C'est dans le pays qui lui a donné son nom qu'on