‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 306 sur 329 · M. DE DOMBASLE , M · texte numérisé non relu

M. DE DOMBASLE , M

Vilmorin et plusieurs autres, il ne paraît pas qu'en puisse en obtenir des produits satisfaisans pendant plus de 2 ans , du moins comme prairie fauchable.

On a "prétendu que cette plante cultivée depuis un .certain temps, avec un succès fort remarquable dans le pays qui lui a donné

son nom, par sa propriété de croître dans les localités arides, devait être au sud ce que la précédente est au nord de l'Europe; et il est de fait que je l'ai vue sur des sables où je doute que l'autre eût réussi pareillement. Toutefois, je ne pense pas qu'année commune on trouve grand avantage à la cultiver, sans le concours des irrigations, sur les terrains secs et médiocres pour lesquels on l'a si fort préconisée. — Dans les sols frais et substantiels, VIvraie d'Italie végète avec une vigueur des plus remarquables; sa croissance est si rapide qu'on peut obtenir, même au centre de la France, la première année d'un semis différé jusqu'en mai, trois fortes coupes d'un excellent fourrage. On citerait peu d'exemples d'une pareille abondance sur d'autres graminées.— L'ensemencement d'un hectare exige de 40 à 50 kilogrammes de graines.

Elyme ( Elymus ). Chaque glume renferme de deux à quatre fleurs; est à deux valves unilatérales; — les épillets sont géminés ou ternes sur chaque dent de l'axe.

U Elyme des Sables {Elymus arenarius, Lin.) {fig. 681), est dans toutes ses parties d'une couleur blan- Fig. 681.

châtre; ses feuilles sont nombreuses , longues; — ses tiges, qui ne sont pas beaucoup plus hautes, se terminent par un long épi pubescent. Elle croît naturellement sur les dunes dont elle contribue puissamment à fixer les sables. — L'aptitude avec laquelle cette plante et quelques-unes de ses congénères supportent les sécheresses les plus continues, et peuvent prospérer dans les sols les moins

substantiels, ont fait désirer de la voiressayer comme fourrage. A la vérité, les bestiaux refusent delà mangersèche,mais ses fanes vertes leur procurent une nourriture saine, et qui, d'après les expériences des chimistes, abonde en parties assimilables. Ces réflexions me semblent de nature à être méditées par les habitans des bords de la mer, et les propriétaires des terrains ensablés. Malheureusement, pour qui voudrait faire des essais sur la culture de cette élyme ou de toute autre, il faudrait trouver d'abord le moyen de s'en procurer des graines. Quelque petite qu'en fut la quantité, en peu de temps on pourrait, grâce aux racines traçantes de la plante, et à ses féconds épis, étendre l'expérience à une plus grande étendue de terrain.

CIIAP. 18e.

Orge {Hordcitm).{ïoy. page 386).

Orge escourgeon { Voy. page 387), l'une des espèces d'hiver les plus hâtives et les plus productives en tiges et en feuilles, est aussi celle que Ton cultive le plus ordinairement comme fourrage, pour le donner en vert aux chevaux , aux jeunes poulains , surtout aux vaches laitières et à tous les animaux fatigués ou malades. Voici ce qu'en dit Olivier de Serres : «Avec le seul orge chevalin ou d'hiver, fait-on aussi de bon larrage. On sème cestorge quand et en semblable terre que l'autre ferrage; et de mêsme, le bestail le paist en campagne durant l'hiver. Si de ce l'on se veut abstenir, gardé jusques au printems, cest orge est fauché ou moissonné en herbe ; mais petit-à-petit

pour de jour à autre le faire manger aux chevaux, dont probablement ils se purgent, de là prenans le commencement de leur graisse. Tout autre bestail gros et menu s'en porte aussi très bien, si on le paist modérément de ceste herbe : car, de leur en donner à discrétion seraient en danger de s'en trouver mal, par trop de repleciion, tant abondante est elle en substance. Couppé à la fois, cestorge en herbe, séché et serré au grenier comme autre foin, est aussi bonne viande pour tout bestail en hiver, et, avenant que la coupe en soit tost faicte, comme sur la fin d'avril ou commencement de may, le reject de ses racines conservé, produira gaillardement nouvelle herbe et grain avecque, le tems n'estant exlraordinairement chaud. »

ha grosse Orge nue {Voy. page 388) est aussi cultivée fréquemment comme fourrage. Elle se sème au printemps; ses produits sont regardés par la plupart des nourrisseurs de Paris comme préférables à tous autres pour rafraîchir les vaches ou les ânesses laitières, renouveler leur lait et. augmenter à la fois sa qualité et sa quantité.

UOrge noire {Voy. page 387), par suite de la propriété singulière qu'on lui a reconnue de ne pas monter, si on attend, pour la semer, le mois de mai ou seulement la fin d'avril, paraîtrait très-propre à remplir la double destination de plante fourragère et à grain. Il est probable qu'on pourrait la faucher plusieurs fois la première année, sans nul inconvénient pour l'année suivante.— Elle occuperait ainsi deux ans de l'assolement et donnerait double produit sans exiger double culture.

L'Orge des prés { Horde uni secalinum, Schreb.), Orge faux .5e/g-/e,etc.,estunedes espècessauvagesque l'on rencontre le plus souvent dans les prairies basses; — ses tiges sont grêles , ses feuilles assez rares; — ses épis diffèrent de ceux de l'Orge queue de souris ou de murailles, parce qu'ils sont plus courts et garnis de barbes moins longues et beaucoup plus fines. ( Voy.fig. 682.)

Fauchée de bonne heure, celte espèce produit un foin tin et de fort bonne qualité. Si on la laissait approcher de la maturité, ses barbes acquerraient une rudesse désagréable aux bestiaux, el ses feuilles radicales jauniraient promptement. En résumé, comme fourrage annuel fauché ou pâturé, elle est loin de valoir celles de ses congénères que je viens de citer. Tout au plus peut-elle une

DES|PRAIRIES

première année, mélangée en petite quantité à d'autres fourrages plus durables qu'elle,augmenter leurs produits sans nuire à leur succès futur, puisqu'elle laisse le terrain entièrement libre dès la seconde année.

Pour cela il est clair qu'il faut qu'elle soit coupée avant la formation de ses graines.

Mais ( 7.eamaïs), Voy. pag.

396 et suivantes.

— Plante monoïque à fleurs mâles rameuses et terminales, dont chaque glume est bi-

flore. — Les fleurs femelles sont serrées en épis axillaires cachés sous des spathesetdont ies styles sortent en houppes soyeuses; — leur glume est uniflore. —La tige est haute de 1 à

longues, succulentes et larges.

Non seulement dans beaucoup de lieux le maïs en grains fait une partie essentielle de la nourriture des hommes et des animaux de travail et d'engrais, mais ses fanes vertes et ses feuilles même desséchées produisent un fourrage dont on ne connaît pas assez généralement l'importance. — Quand on commence à le couper avant la sortie des fleurs mâles, aucune plante des prairies n'est autant du goût des bestiaux et ne les nourrit mieux à dose égale. Aussi évite-t-on de leur en donner à discrétion dans la crainte d'accidens assez graves qui se renouvelleraient d'autant plus fréquemment qu'on ne prendrait pas la précaution de le laisser se faner, après l'avoir coupé, pendant assez de temps pour lui enlever parî'évaporation une partie de ses sucs aqueux.

L'usage modéré du maïs verl est également profitable à tous les herbivores ; il les rafraîchit, les maintient frais et luisans au milieu des chaleurs de l'été. Les bœufs et les vaches en sont particulièrement avides; il augmente la quantité du lait de ces dernières et lui donne un goût exquis.

Dans le midi, quelques cultivateurs font macérer les feuilles sèches de maïs en versant dessus de l'eau bouillante tantôt pure, tantôt légèrement salée, ce qui ajoute beau-

coup à la qualité du fourrai

Après la

récolte des grains, les tiges écrasées, hachées et humectées sont encore du goût des bestiaux; et, si l'on ajoute foi aux analyses curieuses de Sprengel,ellescontiennenten cet état 74pourcentde parties nutritives, c'est-à-dire presque autant que les tiges sèches du millet et beaucoup plus que la paille de froment.

On sème le maïs-fourrage épais, à la volée, depuis la fin d'avril jusqu'à celle de juin et même le milieu de juillet, cependant, quoique cette méthode soit la plus ordinaire, d'habités cultivateurs préfèrent les semis en lignes. Ils fument le terrain au printemps et le sèment par petites parties de 15 en 15 jours, se ménageant ainsi pendant 3 ou 4 mois une ample récolte de l'un des meilleurs fourrages verts connus, tout en disposant leur sol, par les binages, à recevoir l'automne suivante une belle culture de froment.

§11. — Des plantes légumineuses (1).

Lupin ( Lupinus). Calice à deux divisions ; — carène bipétale; — étamines soudées à la base et à anthères, les unes rondes, les autres oblongues; — gousses coriaces, oblongues, à plusieurs grains;— fleurs en épis;— feuilles digitées et à stipules adhérentes au pétiole.

Le Lupin blanc {Lupinus albus , Lin.), annuel, se distingue suffisamment du lupin bigarré, dont il se rapproche le plus, par la couleur blanchâtre de ses fleurs alternes, disposées en grappes droites et dépourvues de bractées ; par la lèvre supérieure de son calice qui est entière, etc.; il s élève à plus de 2 pieds (0m650/). — Cette plante, qui a l'avantage incontestable de croître fort bien sur les sols de très-médiocre qualité, dans les graviers et les sables ferrugineux, comme sur les argiles les plus maigres, et de résister partout à la chaleur, vient au contraire assez mal à l'humidité et dans les terrains calcaires à l'excès; elle craint les froids du nord et du centre de la France; aussi ne peut-on l'y semer que vers la mi-avril, à raison de 10 à 12 décalitres par hectare.

Le lu pin en vert est un assez bon pâturage pour les moutons; lorsqu'on le cultive sur une terre de la nature de celles dont je viens de parler, c'est ordinairement ou pour le faire pâturer sur place par ces animaux, ou pour l'enfouir au moment de la floraison. Dans l'un et l'autre cas, il présente un moyen puissant et peu coûteux d'amélioration. — On a quelquefois donné les tiges sèches de lupin aux bœufs, qui mangent les sommités en cas de pénurie d'autres fourrages, mais qui rejettent toujours la partie inférieure, à moins qu'elle n'ait été préalablement pilée ou hachée. — Les grains macérés dans t'eau sont un excellent aliment pour lesruminans.

Dans quelques parties du midi, notamment aux environs de Bordeaux, on cultive aussi le Lupin àjeuiUcs étroites {Lupinus angustijolius, Lin.).

A.NTHYLLIDE {Anthjllis). Calice à cinq divisions, renflé à partir de sa base, et rétréci vers son orifice, velu, persistant; — étendard plus long que les ailes et la carène; — gousse petite, renfermée dans Je caiiee, et à une ou deux graines seulement; — feuilles ternées ou ailées, avec impaire plus grande

TES FOURRAGÈRES. liv. ifr.

que les autres folioles, et à stipules adhérentes au pétiole.

« V AnthjLLide vulnéraire (Jnthyllis vulneraria, Lin.), vivace (fîg. 683), est une plante

indigène que Fig. 683.

nous avons souvent rencontrée dans les prés et

les pâturages secs; que les bêtes à laine, les

chevaux, les chèvres et les bœufs mangent, et qui nous paraît propre à utiliser les sols les plus ingrats.

Ses racines, vivacesetpivotantes, fournissent des tiges herbacées, un peu velues, couchées dans l'état de nature, et formant une touffe étalée d'environ 34 centimètres.

Ses feuilles ailées ont peu de folioles, et ses fleurs jaunes sont ramassées en têtes géminées. » Yvart ( Cours complet d'agriculture théorique et pratique ).

Trèfle {Iri/oltum). Calice tubuleux,àcînq divisions; — carène d'une seule pièce, plus courte que les ailes et jrjg. 684.

l'étendard ; —

gousse

petite, renfermée dans le calice, et de deux à quatre graines; — feuilles ternées; — fleurs réunies en tête ou en épis serrés.

Le Trèjle commun ( Trifolium pratense , Lin. ), grand Trèfle rouge, Trèjle de Hollande, etc., en anglais, Clover ( fig. 684 ) , vivace , a ' des lige-£ plus ou moins rameuses, longues de 1 pied à 1 p. 1/2 ( 0 m 325 a 0,n 487 j, redressées, peu ou point velues dans l'état de culture ; ses 3 folioles sont elliptiques, glabres ou trèspeu velues, à peine dentées ; ses fleurs sont d'un rouge pourpre , disposées en tête serrée, portant à sa base

(l)La fleur dcslégumineuses est composée de deux parties : un calice qui correspond a la glume des céréales, c'est-à-dire qui forme l'enveloppe extérieure delà seconde partie ou de la corolle Pour l'intelligence de ce qui va suivre, il est nécessaire de savoir que cette dernière est formée de 4 divisions ou pétales, savoir : un à la partie supérieure appelée étendard: c'est ordinairement le plus long; — 2 opposés «ut les côtés, appelés les uUes> et un en bas recourbé et parfois divisé, designé sous le nom de carène. O. L.T.

chap. 18e. DES PRAIRIES,

deux feuilles formant une sorte d'involucre; la division inférieure du calice est presque double des autres eu longueur. ( Voj. les détails de la figure. )

De toutes les légumineuses fourragères, celle-ci est la plus répandue dans la grande culture. Ses avantages nombreux ont à peine besoin d'être rappelés.

La culture du trèfle paraît avoir été complètement inconnue d'Olivier de Serres, et, longtemps après cet écrivain, elle était encore fort peu répandue en France, si l'on en juge à la manière dont en parle Duhamel. Ce fut, je crois, l'Allemand Sciioubart qui enseigna l'un des premiers à le semer parmi les céréales de printemps, afin de le récolter pendant l'année de jachère. Ses efforts durant une partie du siècle dernier furent couronnés d'un succès si national, qu'ils lui valurent le titre de noble de Kléefeld (champ de trèfle) chez nos voisins, peu de temps avant que Parmextier s'immortalisât chez nous en y répandant la culture de la pommede-terre. — On peut juger par la lecture des auteurs allemandsqu' à cette époque de l'apparition du trèfle dans les assolemens triennaux, on ne tarissait pas sur ses éloges. Ce végétal précieux, disait-on, n'épuisait nullement le sol, il l'améliorait au contraire par ses racines et par ses feuilles pleines de sucs, que la troisième coupe rendait à la terre, et d'ailleurs il lui aidait à absorber les sucs nourriciers de l'atmosphère. — Il tenait le terrain tellement meuble et propre, qu'un seul labour y assurait aussi bien, si ce n'était mieux que ne l'eût fait une jachère, la réussite d'une récolte de blé. — Le fourrage abondant et succulent qu'on obtenait ainsi de la jachère procurait par la nourriture à retable et l'excédant de foin qu'on avait à sa disposition, une rente du bétail beaucoup plus élevée, et une véritable surabondance d'engrais. — On croyait pouvoir, à l'avenir, se passer de prés, de pâturages et de tous autres moyens de nourrir les herbivores. — Le trèfle était enfin considéré comme le tout de l'agriculture; sur lui et sur l'abolition du pacage et de la jachère, reposait le bonheur du

genre humain!...

Or, à cette époque, un semblable engouement était tout naturel; car les inconvéniens inhérensà la culture du trèfle sont en grande partie la suite de son trop fréquent retour sur lesmêmes soles, et l'expérience seule pouvait les (aire connaître. On s'aperçut depuis qu'en effet, s'il n'épuisait pas le terrain sur lequel on voulait le ramener de 2 en 2 ou de 3 en 3 ans, il l'effritait au point de ne pouvoir plus s'y soutenir; — que par suite de cet inconvénient fort grave en lui-même, il cessait d'être une culture nettoyante, et qu'il ne pouvait plus en aucune façon remplacer en pareil cas la jachère, attendu qu'il était souillé de mauvaises herbes; — que son fourrage, consommé sur pied dans les lieux où l'on conservait l'usage des pâturages, offrait des dangers, à moins qu'on ne l'associât à quelque autre, et qu'il était assez difficiledele sécher convenablement. — Enfin, on trouva aussi que l'impossibilité de le conserver plus de 2 ou, à la rigueur, de 3 ans, était une chose fâcheuse; mais, sous ce point de vue, la laci-

lité que donne la rapidité de sa croissance de le faire entrer dans les assolemens à court terme, sans perdre pour ainsi dire un seul instant de la rente du sol, dut paraître dans tous les temps, comme elle l'est en effet, une compensation suffisante à sa courte durée. — Quoi qu'il en soit, en se défendant de l'abus, et en prenant les diverses précautions qui ont été indiquées à l'article Assolement, et dans le cours des premières sections de ce chapitre, les pompeux éloges de Schoubart et de ses contemporains sont bien près de la réalité.

Le trèfle se plaît de préférence dans les terrains frais et profonds de nature sablo-argïleuse; et, quoiqu'il soit parfois assez difficile d'en obtenir de beaux semis dans les terres fortes, une fois qu'il y a établi ses longues racines, il y vient bien. — Sur les sols dans lesquels le calcaire ne se trouve pas en proportion excessive, il réussit aussi, pourvu que le fonds en soit argileux. — Quant aux sols trèslégers, ils lui conviennent moins qu'à la lupuline. Celle-ci y pousse plus vigoureusement, et n'a pas au même point que lui l'inconvénient de soulever et de diviser à l'excès la couche végétale.

Le plus souvent ( Voy. p. 487 et suiv.) on sème le trèfle au printemps, avec les avoines, les orges, les blés de mars ou d'automne, le mais; — d'autres fois avec le lin, ce qui exige, comme je l'ai rappelé en parlant de cette plante, quelques précautions; — avec le colza, etc. — L'automne ne convient pas dans nos régions moyennes. Elle ne convient guère mieux dans les départemens méridionaux. Là, les hivers sans neige détruisent fréquemment le trèfle, ou, s'ils sont fort doux, ils lui permettent d'acquérir un développement tel, et sa précocité devient si grande au printemps suivant, qu'il peut fleurir avant la moisson, et causer un notable dommage à la céréale. Afin de parer autant que possible à ce double résultat, on choisit donc généralement le printemps, quoiqu'il soit rare que les pluies soient assez abondantes dans la France méridionale, à cette époque, pour assurer le succès des semis. — Cependant, divers cultivateurs, parmi lesquels je cite avec confiance M. Louis de Villeneuve, ont trouvé préférable de semer clair dans ies 15 premiers jours d'octobre, avec le blé, et, lorsque le froid acquiert plus tard une certaine intensité, de répandre de nouveau, à la fin de février, un tiers environ de semence en sus de la quantité ordinaire. Lorsque le trèfle d'automne nuit au blé par son rapide développement, chance du reste fort rare, on peut se procurer une sorte de dédommagement en coupant ce dernier très-haut, et en fauchant de suite le chaume. « On obtient ainsi un mélange de trèfle et de paille qui fait un excellent fourrage. Si ou doit avoir une assez grande quantité de terre en trèfle, il est prudent d'en semer une partie en automne, et l'autre au printemps. » {Essai d'un manuel d'agriculture, etc. Toulouse, 1825.)

De la fin de février à celle de mars ou même d'avril, selon les localités et la température des saisons, on fume quelquefois le trèfle. Toutefois, cette précaution est rarement nécessaire dans un bon asso-

AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES

lement et sur des terres d'une fertilité moyenne.

Partout où les frais de transport n'ajoutent pas excessivement à la valeur du plâtre, c'est aussi après la cessation des gelées qu'on répand ce puissant stimulant, en choisissant un temps calme, et au moment où les feuilles sont humectées par la rosée ou par une pluie. Dans tous les lieux où le plâtrage a pénétré, on le regarde, en principe, comme indispensable à la culture du trèfle; il est certain qu'aucun engrais ne peut mieux assurer la réussite de cet excellent fourrage, et, par une conséquence désormais bien appréciée, le succès de l'assolement dont il fait partie.

Autrefois on laissait assez souvent le trèfle occniper le sol 3 années, y compris celle du semis; mais alors il était rare que la 3e il pût être employé autrement qu'au pâturage. On regarde aujourd'hui avec raison comme beaucoup plus profitable de le rompre à la fin de la seconde année, et même, quoiqu'il fût le plus souvent possible d'obtenir 3 coupes, on enfouit la dernière pour ajouter à la fécondité i\u sol. Il y a loin de cette pratique raisonnée à la coutume de quelques cantons de l'Allemagne, d'utiliser même les racines de cette légumineuse à la dépaissance du bétail :à la vérité, elles lui procurent une nourriture de bonne qualité; mais si l'on met en ligne de compte les frais d'extraction et le tort qu'on fait au sol, on se convaincra facilement qu'en définitive il y a plus de perte que de profit à agir de la sorte.

Dans beaucoup de contrées on ne cultive le trèfle que comme plante fourragère, — dans d'autres on le fauche une seule fois de bonne heure au printemps de la seconde année et on le laisse monter et fleurir pour en récolter la graine; — dans d'autres, enfin, on ne spécule que sur la production de celle-ci et, dans la persuasion qu'elle est infiniment plus belle et plus marchande lorsque la fructification n'a pas été retardée par une coupe, on ne fauche pas dutout cette seconde année. — Dans ces deux derniers cas, la culture du trèfle devient véritablement culture économique et ne peut plus être considérée comme améliorante, mais ses produits sont parfois considérables. «Il n'est pas rare, dit Bosc, qu'un arpent de trèfle en bon fonds donne 1500 kil. de graines nettoyées, qui, à 50 centimes le kilog., font 750 fi\, revenu énorme, vu que les tiges et les feuilles, quoique alors épuisées de matières nutritives, peuvent encore être employées à la nourriture des bestiaux.» J'ai vu rarement des récoltes qui approchassent de semblables produits. Cependant elles sont ordinairement assez lucratives pour indemniser richement le cultivateur des soins qu'elles nécessitent, des difficultés de l'égrainage et des frais d'acquisition de machines propres à l'effectuer. Je regrette de ne pouvoir entrer, dans ce chapitre dont je crains d'avoir déjà dépassé les bornes, en des détails suffisans sur cette importante matière qui se rattache bien plus à une question de culture économique et commerciale qu'à une simple question de culture fourragère. On trouvera sans doute occasion d'y revenir dans le 2e livre de cet ouvrage. -T -

uv.

Le grand Trèfle normand, que M. de L.\quesnerie a fait connaître sous le nom de Trèfle du pays de Caax, est une variété du trèfle commun plus élevée et plus tardive qu'elle. « Les semis que j'en ai faits, ditM. Vilmorin, m'ont mis à même de reconnaître celte double vérité. Il ne donne ordinairement qu'une coupe, mais qui souvent équivaut aux deux coupes du trèfle ordinaire. Son fourrage est plus gros, et la plante m'a paru être plus durable. Ce trèfle doit-il être préféré à l'espèce ordinaire? Je ne prendrai pas sur moi de résoudre cette question qui, d'ailleurs, est probablement susceptible de solutions opposées dans des terrains et des circonstances différentes. Cette espèce est encore trop récemment connue pour qu'il soit possible d'en porter un jugement; mais j'ai cru devoir l'indiquer aux cultivateurs comme un sujet intéressant d'épreuve et d'observation. »

« Le Trèfle d'Argovie est une autre variété du trèfle rouge, cultivée depuis quelques années en Suisse, et qui paraît posséder des qualités importantes. On assure qu'il dure 4 à 5 ans, ce qui lui a fait donner le nom de trèfle perpétuel. Je n'ai pas encore été à même de vérifier ce point; mais ce que j'ai reconnu en lui et qui me paraît encore plus intéressant, c'est une disposition très-prononcée à monter en tiges et une précocité d'au moins 15 jours sur le trèfle ordinaire; il est d'ailleurs vigoureux et à larges feuilles. Si les caractères que présente en ce moment celte variété sont confirmés par des épreuves plus nombreuses, et s'ils se conservent sans altération sensible pendant une suite de générations, ce sera certainement une acquisition précieuse pour l'agriculture. » Vilmorin.

Le Trèfle intermédiaire ( Trifolium intermedium, Lin.), en anglais Mari cloverowCowgrass, se distingue du trèfle commun par la disposition moins serrée et plus alongée de ses fleurs ; par la longueur plus grande des 3 folioles de chaque feuille, la forme des divisions du calice dont les 2 supérieures sont courtes, les 2 moyennes plus longues et l'inférieure plus longue encore. — Dans le trèfle commun, les stipules sont glabres, ovales, terminées par un faisceau de poils; — dans le trèfle intermédiaire, elles sont étroites, longues et garnies de poils éparsdans toute leur longueur.

Cette espèce est beaucoup plusvivace que la précédente; on lui a reconnu l'avantage de croître sur des terrains de nature fort diverse et de résister, au moins aussi bien que le trèfle blanc dont je parlerai tout-à-1'heure, aux effets des fortes sécheresses. Le fait est qu'on la voit continuer de fleurir dans les herbages lorsque les graminées qui se trouvent près d'elle ont perdu toute leur fraîcheur, et qu'elle repousse encore sous la dent des animaux qui en sont avides. J'ai été souvent à même de faire ces remarques chez moi. — Quant à la somme de ses produits et à la qualité nutritive de ses fanes, le trèfle intermédiaire est de beaucoup inférieur à celui des prés. Aussi ne peut-il entrer en concurrence avec lui dans la culture alterne; mais, considéré comme plante de pâturage, il

cHap. 18e. DES PRAIRIES,

lui est au contraire incontestablement préférable, tant à cause de sa longévité que pai suite de sa rusticité et de la propriété qu'i possède à un haut degré, de végéter dans tes terrains arides de toute nature , une fois qu'il est parvenu à s'y bien établir.

Le Trèfle blanc (Trifolium repens, Lin.). petit Trèfle de Hollande {fig- 685 ), vivace, a Fig. 685. des fleurs blan-

ches portées

chacune sur un pédoncule particulier d'une très-grande longueur; ses trois folioles, dentées en scie , sont plus arrondies que dans les espèces précédentes ; ses tiges , presque ou entièrement glabres, sont ram pan tes à leur base et naturellement couchées sur la terre. Les pédicelles de chaque feuille sont , comme les pédoncules, d'une longueur remarquable.

Cette espèce serait peu propre à remplacer le trèfle rouge, comme prairie artificielle sans mélange; mais son mérite n'en est pas moins bien connu des cultivateurs; on le retrouve plus ou moins abondant dans presque tous les pâturages; à peine visible dans les terrains arides ou privés des élémcns calcaires qui lui conviennent à un si haut degré, il se développe et apparaît toutà-eonp au milieu des graminées à la suite cl'uoe fumure ou d'un simple amendement à basedechaux, ce qui, par parenthèse, a donné lieu plusieurs fois à d'étranges conjectures sur la croissance spontanée des végétaux. — Sa racine centrale pivote à une profondeur telle qu'il résiste ties-bien à la sécheresse, même sur les sols les plus légers; d'un autre côté, les tiges latérales se couvrent de distance en distance de racines fibreuses qui pompent leur nourriture à une beaucoup moindre profondeur. De là sans nul doute la propriété du trèfle blanc de croître dans les argiles commedans les sables, quelle que soit l'épaisseur de la couche végétale.

On emploie fort avantageusement cette plante pour former le fonds des prairies et des pâturages sur lesquels dominent les graminées. Dans quelques lieux on la sème seule à raison de 5 à 6 kil. au moment rie leur formation, et o • abandonnée la nature le soin de faire le reste On sait combien il est préférable de former en entier le mélange. — Le trèfle blanc est une des meilleures légumineuses couuues pour regarnir les herbages vieillis, d'après le procédé qui a été indiqué page 479 de c^ chapitre.

Le Trèfle incarnat ( Trifolium incarnatum ,

Lin.), Farouch,F<irouche,Trèflc de Roussillon {fig. t>8G), a des fleurs rosées ou purpurines, disposées en long épi Fig. 686.

conique, non accompagné de feuilles; son calice, dont les divisions sont égales, est très-velu et marqué de côtes ; les folioles sont arrondies, en forme de coin à la base , à pédicelles fort courts, surtout vers le haut.

«La culture de ce fourrage annuel , longtemps limitée à quelques-uns de nosdepartemens méridionaux, s'est étendue depuis dans plusieurs de ceux du nord, et deviendra probablement, d'ici à peu d'années, générale

en France. Quoique le trèfle incarnat ne donne qu'une coupe, et que son fourrage sec soit intérieur en qualité à celui du trèfle ordinaire, cependant il est peu d'espèces qui puissent rendre d'aussi grands services à l'agriculture, attendu que presque sans frais, sans soins et sans déranger l'ordre des cultures, on en peutobtenir d abondantes récoltes de fourrages. Ii a de plus le mérite d'être très-précoce, et, soit en pâturage, soit coupé en vert, d'offrir au printemps des ressources pour la nourriture du bétail, presqu'avant aucune autre plante. On sème ce trèfle en août ou au commencement de septembre, ordinairement sur les chaumes, après les avoir retournés par un très-léger labour à la charrue ou à l'extirpateur. Cette façon ou du moins rameublissement de la surface du sol par des hersages répétés, est nécessaire pour la graine mondée qui a besoin d'être recouverte à la herse; mais lorsque Ton a de la graine en gousse, il suffit de la répandre sur le chaume sansaucune préparation préalable, et de passer ensuite le rouleau ; elle réussit presque toujours très-bien ainsi, surtout lorsqu'on s'est pressé de semer aussitôt après l'enlèvement de la moisson. On voit par là avec quelle facilité les pavs dépourvus de fourrages, ceux surtout qui suivent l'assolement triennal, pourraient améliorer leur situation agricole. Qu'un fermier, par exemple, sème ainsi une portion de ses chaumes d'avoine, je supposerai le quart, dans les premiers jours de mai s il veut couper en vert, du 15 au 25 s'il récolte en sec, tout peut être débarrassé. Il est encore à temps de lever les gué rets sur cette portion de sa sole, et de lui donner toutes les façons de jach re. Ainsi, sans dérangement aucun, il aura obtenu de cette partie de ses chaumes une forte provision de fourrages, entre la récolte et l'époque où naturellement il y aurait mis la charrue. Le trèfle incarnat otite une ressource précieuse pour regarnir un trèfle manqué, en jetant simplement «le la graine en gousse sur les clairières, ou même, au moyen de hersages ou ratissages suffisans, de la graine mondée.

Presque toute terre à froment ou à seigle,

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