‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 31 sur 329 · LIV. lw · texte numérisé non relu

LIV. lw

Les graminées qui y croissent spontanément arrêtent, lors des grandes eaux, le limon fertilisant; elles augmentent ainsi peu-à-peu l'élévation du sol et résistent aux efforts désastreux des forts courans. C'est pourquoi on laisse enpâturesou en prés les parties les plus exposées des rivages que l'on défend en outre par des plantations d'osiers et par le couchage périodique de celles de leurs branches âui se trouvent directement sur les bords du euve.— Les frênes, les ormeaux cultivés en têtards, donnent de trois en trois ans des coupes superbes, et produisent chaque été par leurs feuillages un riche supplément de fourrage. — Les peupliers croissent avec une rapidité remarquable. — Les arbres fruitiers, à pépins surtout, se couvrent d'abondans et d'excellent fruits. Les noyers, les châtaigniers, les mûriers blancs, etc., etc., ne prennent nulle part un développement plus grand et plus rapide. — Enfin, les légumes d'été et les racines alimentaires que chaque habitant cultive avec parcimonie dans son petit jardin, acquièrent un volume considérable sans rien perdre de leur goût: privilège particulier à ces sortes de terrains, dans lesquels l'humidité féconde qui développe, est combinée en de justes proportions avec la chaleur qui mûrit et qui donne la saveur.

Toutes les terres de nature s ablo- argileuse sont faciles à travailler. Celles dont je parle actuellement sont tellement divisées entre les petits propriétaires ou leurs fermiers, que chacun cultive sa parcelle sans le secours de la charrue. — Les labours se font au moyen d'une large houe {Jîg. 22 ). — On dirait un

Fig. 22.

vaste jardin entretenu avec le plus grand soin.

Tant que les sables sont mélangés à une certaine quantité de terre végétale, on peut leur demander d'utiles produits. — Nous venons de voir que leur fertilité augmente à mesure qu'ils prennent plus de consistance, jusqu'à former sans nul doute les meilleures terres connues. — Elle diminue au contraire à mesure qu'ils perdent trop de leur adhérence.— Le premier degré de cette progression décroissante, est le passage des terres à froment aux terres à seigle. — En pratique une telle modification en résume une foule d'autres.

Dans ces sortes de terres, les végétaux qui font la base des assolemens sont le seigle, l'orge, l'épeautre et le sarrasin, parmi les plantes panaires; — le sainfoin, la lupuline, le mélilot, les cicers, les lenlillons et quelques autres, parmi les fourrages verts; — les raves ou turneps, et les navets, parmi les racines alimentaires ; - enfin la navette, la ca-

meline, la gaude, etc., etc. , parmi les plantes propres aux arts.

Au nombre des arbres qui y croissent le mieux, on peut citer, après le saule marsault, l'osier des sables, le peuplier blanc et le bouleau, les chênes et particulièrement le rouvre et le tauzin, l'orme, le charme, l'érable commun et celui de Montpellier, le frêne à fleur, le hêtre et la plupart des pins.

IL Terres quartzeuses et graveleuses. — Le quartz, pierre à base de silice,se rencontre dans une foule de roches, et par suite dans un grand nombre de terrains. — On donne le nom de quartzeux, non pas à tous ceux qui en contiennent , même en proportion assez considérable, des fragmensplus ou moins volumineux, mais à ceux qui en sont composés en majeure partie. Us ne se distinguent pas alors sensiblement, sous le point de vue de la culture, des sols graveleux; seulement les petites pierres roulées de la grosseur moyenne d'une noisette, qui composent ces derniers, ne sont pas toutes de même nature; selon la formatiou géologique des montagnes dont elles ont été détachées, elles sont tantôt siliceuses, tantôt alumiueuses, et tantôt calcaires. Cependant presque toujours lesgravierssiliceuxprédominentdans la niasse, et presque toujours aussi ils y sont mêlés à une certaine quantité d'argile, produite, soit par la propre décomposition des roches, soit par les sédimens entraînés parle cours des eaux. Les terrains graveleux doivent donc être considérés dans la plupart des cas, comme des sols sabîo-argileux. Lorsque les cailloux qui les caractérisent sont volumineux, et qu'ils ne sont pas unis par une quantité suffisante de terre végétale, on ne peut guère les utiliser autrement que par des plantations. Les bouleaux, le saule marsault et quelques autres, l'orme, et, quand ils offrent un peu plus de consistance à une certaine profondeur, les chênes y réussissent communément. — A leur défaut, les conifères y croissent parfaitement. — Les arbres fruitiers y donnent des produits exquis. — La vigne à bonne exposition y procure en petite quantité un vin d excellente qualité.

Si les sols graveleux sont composés de fragmens moins gros et mélangés à une plus grande quantité de terre, on peut leur confier diverses plantes annuelles parmi lesquelles on devra choisir de préférence celles qui arrivent à maturité avant la grande sécheresse, comme le seigle, l'orge, etc., etc., Ou celles qui donnent des produits de jardinage d'un prix assez élevé pour indemniser des frais inévitables d'arrosement.— Du reste, les terres de graviers fins rentrent tout-à-fait, quant à leur culture, dans la classe des terres sablonneuses ou sableuses dont j'ai parlé au commencement de ce paragraphe avec des détails suffisans pour y renvoyer le lecteur.

III. Terres granitiques. — Elles sont encore à peu près dans le même cas.La décomposition dugranitedonnenaissance àunsableargileux très-aride par lui-même et assez peu susceptible d'amélioration , à moins d'amendemens ca lcaires ou argil o-calcaires, et d'abondans engrais.—Le seigle, Tépeautre font la base de la grande culture des pays granitiques.— Il faut, pour que les prairies, naturelles et artificielles

SOLS SABLEUX

y réussissent, qu'elles se trouvent dans les vallées, et par conséquent dans une position

3ui n'exclut pas toute humidité à l'époque es chaleurs estivales. Bosc, qui avait parcouru eu tous sens la plupart des contrées granitiques de la France , recommandait le turneps comme une des plantes les plus propres à y donner aux bestiaux une nourriture à la fois abondante et très-succulente. « Ce qui doit encore plus engager à le semer dans ces sortes de sols, oest, dit-il, que les bestiaux, quoiqu'en général de petite taille, y réussissent fort bien. Les chevaux y sont fins et vifs , voyez ceux du Limousin; les bœufs ardens au travail , voyez ceux de l'Auvergne; les moutons y ont la chair savoureuse, voyez ceux des Ardennes. Sous le double rapport de la production des engrais qui manquent surtout aux terres granitiques et de la valeur des animaux, les habitans de ces pays doivent donc se livrer de préférence aux spéculations qui ont pour but l'éducation des bestiaux, même des volailles, puisque, comme chacun sait, c'est du revers des Cévennes et du Limousin que sortent ces excellentes cuisses d'oies dont on fait un fort grand commerce. »

Presque toutes les montagnes granitiques de l'est de la France sont couvertes de beaux chênes et de châtaigniers dont les fruits font, pendant une partie de l'année, la base de la nourriture des hommes et de certains animaux, comme les cochons et la volaille, auxquels ils donnent en peu de temps une fort bonne graisse.

IV. Les terres volcaniques sont aussi plus communes dans l'est que dans toute autre partie de la France. C'est en Auvergne et en Languedoc , c'est-à-dire dans le Cantal, le Puy-de-Dôme,la Haute-Loire,rHérault,etc. qu'il faut aller les étudier. Généralement ce sont encore des terres légères, faciles à distinguer par leur couleur noire ou noirâtre, souvent pulvérulentes, et qui exigent les mêmes cultures que les terres sableuses ou sablo - argileuses. — Jusqu'ici, sans qu'on ait pu se rendre bien compte du pourquoi, elles sont, lorsqu'on peut leur procurer en été une humidité suffisante, d'une fertilité qui dépasse de beaucoup, non seulement celle des sols granitiques avec lesquels elles offrent cependant d'assez nombreux rapports, mais encore celle de la plupart des autres sols connus. — Les cendres de laves, pendant long-temps impropres à toute végétation, acquerraientelles, et conserveraient-elles après des siècles une propriété stimulante? —Quoi qu'il en soit, dans des circonstances ordinaires, les céréales, les plantes fourrageuses, et tous les végétaux économiques des terres légères, croissent avec plus de vigueur sur les débris des anciens volcans que partout ailleurs. — Il n'est personne qui n'ait entendu parler des châtaigniers monstrueux du mont Etna.

V. Terres sablo-argilo- ferrugineuses.— Elles ont deux inconvéniens de plus que les terres simplement sablonneuses. —La couleur brunâtre ou yiolâtre qu'elles doivent à l'oxide de jer,etqui les caractérise autant au moins que leur là .lieuse disposition à s'agglomérer en

espèces de pouddingues plus ou moins compactes, les rend d'un accès plus facile encore a l'excessive chaleur, et la surabondance de cet oxide s'oppose parfois complètement à toute végétation. — Il est presque toujours préférable de les cultiver en bois que de toute autre manière. Les taillis de châtaigniers y donnent de lents, mais de bons produits. Les bouleaux y croissent bien, et divers autres arbres peuvent, sinon y prospérer, du moins y végéter avec assez de force pour acquérir de la valeur.

A force d'engrais peu chauds, on peut aussi risquer sur de semblables terrains laculture du seigle, mais on doit s'attendre à le voir manquer complètement, pour peu que les pluies ne soient pas fréquentes pendant la belle saison. — Au moyen d'arrosemens plus multipliés qu'abondans, on obtient généralement dans les sables ferrugineux, en fruits maraîchers et en racines légumineuses , des produits d'une excellente qualité.

VI. Terres de sable de bruyères. Ces terres, que je placerais au rang des meilleures et des plus utiles en jardinage , sont , au contraire, des moins fertiles pour la grande culture. — Elles contiennent cependant, uni à un sable ordinairement très-fin, à une petite quantité d'alumine et d'oxide de fer, une quantité de terreau considérable, dû à la décomposition successive des plantes qui les recouvrent. — Quand elles se trouvent dans des circonstances favorables, leur fertilité est très-grande, au moins pour beaucoup de plantes; mais, d'une part, comme il n'est que trop facile de s'en convaincre en parcourant les vastes landes de Bordeaux, celles de la Bretagne, de la Sologne, etc., elles offrent rarement assez de profondeur, ou elles reposent sur un sous-sol argileux qui retient l'eau de manière à ce qu'elles deviennent de véritables marais pendant l'hiver, tandis qu'elles se dessèchent complètement pendant l'été; de l'autre, elles ont trop peu de consistance. — Le seul moyen de remédier à ce double inconvénient, c'est de faciliter l'écoulement des pluies, et de défoncer.

Pour atteindre le premier but, on fait des fossés, ou, si le terrain ne présente pas une pente suffisante, on creuse, de distance en distance, aux endroits les plus bas, de petits étangs, qui n'ont pas d'ailleurs l'unique avantage d'assainir la surface du sol.— Lors même qu'ils ne sont pas susceptibles de recevoir du poisson, ils donnent naissance à des plantes aquatiques que les cultivateurs ont grand soin de retirer pour les transformer en engrais , et ils se couvrent sur leurs bords d'herbes, que leur mauvaise qualité n'empêche pas d'utiliser, faute de meilleurs ou de suffisans pâturages.— Quant aux moyens d'augmenter la masse de terre labourable , nous reviendrons nécessairement sur cet important sujet en traitant prochainement des défrichemens.

Dans la plupart des pays de landes, après avoir ensemencé deux ou trois ans de suite une petite partie du sol en seigle, en sarrazin, en pommes-de-terre, etc., on le laisse en jachères beaucoup plus long-temps.— Cependant, dans la Campine, où de vastes landes d'un sable très-maigre reposent sur un fond

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