LIV. Ier
argilo-ferrugineux, on est parvenu, malgré leur stérilité naturelle, à les transformer en champs fertiles par l'adoption de l'assolement suivant : aux bruyères défrichées succèdent les pommes-de-terre, puis l'avoine et le trèfle, du seigle, de la spergule, des navets, assez souvent pâturés sur place, ou du sarrazin enterré eu vert; et enfin une seconde récolte de seigle, qui fait parfois place à un bois taillis. — Dans le Hanovre, sur un défrichement fait à la pioche par des colons pauvres auxquels le terrain était concédé à peu près gratuitement pour de longues années, un assolement analogue a produit des effets aussi satisfaisans. — Bien d'autres preuves attestent que les landes les plus maigres sont susceptibles de devenir d'une culture productive. Si l'on en tire communément un si mauvais parti, il ne faut pas pourtant toujours en accuser l'incurie des propriétaires; car, quelque facile que soit théoriquement leur amélioration, en pratique elle est souvent rendue impossible par les frais qu'elle occasionerait dans des pays d'autant moins peuplés qu'ils sont naturellement plus improdaclifs.
Lorsque les terres de bruyères ont une certaine profondeur, elles se prêtent à la culture du bois. — Les Bouleaux, les Chênes rouvre et tauzin, le Châtaignier même , si les eaux ont de l'écoulement, y réussissent assez bien. — Le Pin maritime procure dans les landes de Bordeaux de riches produits par la résine, le goudron qu'on en extrait, et par son bois. — Le Pin sylvestre contribue à l'amélioration des bruyères de la Campine presque aussi puissamment qu'à celle des craies de la Champagne. — Le Pin du lord ou Weimouth réussit de préférence dans des sables un peu frais. Grâce à M. de Morogues, il commence, je crois, à être cultivé avec sucrés dans la Sologne. — Enfin le Pin rigida, qui vient également dans les graviers arides et dans les terres marécageuses, s'accommode surtout de ces dermères, et pourrait ainsi couvrir certaines landes d'une végétation productive.
VIL Sols de sable pur. — Ils se présentent tantôt en imniticules qui bordent, les rivages de la mer sous le nom de dunes; — tantôt en masses plus ou moins régulièrement planes et mouvantes, que les vents poussent de proche en proche dans l'intérieur des terres;
— tantôt enfin eu plaines dont la surface mieux abritée se couvre de quelques plantes d'une végétation chélive, qui donnent ausol un premier degré de stabilité.
Conquérir à la culture de semblables terrains, c'est une opération difficile, dont les résultats sont lents, parfois douteux, mais donl l'importance exige que j'entre ici dans quelques détails.
Des dunes. Presque partout, entre la laisse des hautes marées et la base des premières dunes , se trouve un espace assez vaste , à peu près plane, sur lequel les sables, entraînés par le vent, glissent sans s'arrêter.
— Tous les cultivateurs qui ont cherché à fixer les dunes sont à peu près d'accord sur ce point, que c'est par cette partie qu'il faut commencer. — On fera bien de ne pas opérer à la fois sur une trop grande étendue.
Les végétaux qui conviennent particulière-
ment sont ceux qui , non seulement peuvent croître dans les sables les plus arides et vivre dans une atmosphère imprégnée d'émanations salines, même d'eau de mer dans les temps de tourmente, mais encore dont les racines ont la propriété de tracer de proche en proche jusqu'à de grandes distances, et les tiges, lorsqu'elles appartiennent à des plantes vivaces , de présenter une consistance coriace qui les maintient et les conserve le plus long-temps possible à leur place. — Je crois devoir citer particulièrement :
1° Pour le nord de la France, — parmi les plantes vivaces : Les Eryngium maritime et champêtre, les Elymus gigantesque et des sables, l'Arundo ou Oya des Côtes du Nord, le Ray-grass, le Crambé ou chou marin et le Topinambour ; — parmi les arbrisseaux : Le Rhamnoïde ou liciet d'Europe, lEphèdre ou raisin de mer, l'Ajonc et le Saule des dunes; Parmi les arbres de diverses hauteurs : Le Pin laricio, le Pin d'Ecosse, le PinWeimouth, l'Epicéa , le Sapin argenté, le Genévrier de Virginie, les Peupliers blanc et noir, leTremble, le Saule mai sauli, le Saule à feuilles d'amandier, le Saule hélix ou bleuâtre;
2° Pour le midi du même pays, — parmi les plantes vivaces : Le Sparte d'Espagne, l'Echiuo,;hora maritime, la Christe-marine ou perce-pierre, le Panicum Pied-de-poule, l'Asperge maritime, et le Jonc marin;— parmi les arbrisseaux : Le Chalef à feuilles étroites, le Genêt épineux, le Genêt d'Espagne, l'Arroche ou pourpier de mer, l'Asperge à feuilles aiguës;— enfin, parmi les arbres verts , outre les espèces déjà désignées pour le nord : Le Pin d'Alep, le Pin maritime, et même le Cyprès commun, et parmi les arbres à feuilles caduques , le Tamarix de Narbonne , le Chêne yeuse ou chêne vert, etc.
On multiplie ces divers végétaux degraines, de boutures au moyen de leurs tiges, ou d'éclats de leurs racines.— On peut donc, selon les circonstances, les semer ou les bouturer en place, ou les planter après les avoir élevés en pépinière.
Je parlerai d'abord des semis. Quelles que soient les graines qu'on aura pu se procurer, ondevramêler,àun tiers de celles des arbres et des arbrisseaux, deux tiers, non pas en poids et en volume, mais en nombre, des semences de plantes vivaces, dont les tiges, d'une croissance, autautque possible, rapide, abriteront pendant leurs premières années lesjeunes végétaux ligneux, et empêcheront le sable d'être entraîné de manière à mettre leurs faibles racines à nu. — Les semis se font épais et à la volée; on enterre les graines par un léger hersage. Puis, pour diminuer la mobilité du terrain, on étend et on fixe à sa surface, au moyen de piquets, des branchages d'arbres verts, ou, à leur défaut, de genêts, d'ajoncs, etc., etc., qui produisent en même temps un obstacle efficace contre les vents, et uu abri favorable contre les rayons et la réverbération du soleil. — Ce mode est préférable à tout autre. — Mais si l'on ne peut pas se procurer ces branchages en suffisante quantité, pour suppléer le mieux possible à leurs bous effets, on réunit en cordons des fascines de quelque épaisseur, qu'on dispose ensuite comme les cases d'un damier
0nAP. 2a. SOLS SABLEUX
{fig. 23), et entre lesquelles on fait les semis
Fig. 23.
— Enfin, lorsque ces cases présentent une trop grande étendue, on peut augmenter les chances de réussite en substituant, par moitié dans le mélange de graines dont j'ai parlé ci-dessus, aux semences des plantes vivaces, d'autres semences de plantes annuelles d'une croissance plus rapide , telles, par exemple, que diverses soudes, des arroches, des anserines ou Chenopodium, la glaciale (Mesembrianthemum cristallin um), quelques amaranthes, etc., etc. Toutes ces
f)lantes, et beaucoup d'autres qu'il serait trop ong de citer, croissent de préférence dans les sables marins, et peuvent y donner quelques produits, au moyen de la soude qu'on en extrait par la combustion.
Par de semblables moyens, en peu d'années, on doit obtenir une première ligne de plantation, à l'abri de laquelle d'autres semis réussissent bien plus facilement que les premiers. — Toutefois, sans attendre des années, rien n'empêche de continuer progressivement sur toute la surface du terrain l'opération que je viens de décrire, et qui, à de légères modifications près, peut fort bien s'étendre aux dunes elles-mêmes.
Les boutures se détachent des arbres à la fin de l'automne, après la chute complète des feuilles. — On choisit des scions de 3 à 5 et 6 décimètres (de 1 à 2 pieds) de long, qu'on réunit en petites bottes. — Si le lieu où elles doivent être plantées est éloigné de
filusieurs journées, il est utile de les envcopper de mousse fraîche, et de les empailler à la manière des arbres qu'on fait voyager au loin. — Arrivées à leur destination, elles seront déballées et enterrées par leur gros bout à l'exposition du nord, sans délier les paquets qui peuvent rester dans cette position jusqu'au moment de la plantation.
— Lorsque les pluies ont pénétré et affermi les sables à une profondeur assez considérable, on transporte sur le terrain autant de paquets de boutures qu'on croit pouvoir en planter dans la journée* on les
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couvre provisoirement d'une toile humectée ou d'un paillasson, pour les abriter, si besoin est, de la sécheresse de l'air. — Enfin, on les fixe au plantoir à 2, 3 ou 4 décimètres de profondeur (6 po. à un pi. et plus) aux endroits où l'on juge convenable de les planter, de manière à ne laisser hors de terre que les 2 ou 3 derniers yeux. — Les arbres, les arbrisseaux et les arbustes qui se prêtent le mieux à ce mode de multiplication sont, parmi ceux que j'ai précédemment indiqués, les divers peupliers, les saules, le tamarix, le rhamnoïde, le chalef, l'éphèdre, et les arroches ligneuses.
Les plaines de sable mouvant, plus encore que les dunes, sont désastreuses pour les cultures voisines. L'agent qui les a formées, par son action continue, les transporte de proche en proche dans l'intérieur du pays ; elles stérilisent chaque année une étendue toujours croissante de terres labourables. — Les moyens de les fixer et de les féconder sont en tout les mêmes que ceux que je viens d'indiquer.
Quant aux sables qui se trouvent entre ces cultures nouvelles et l'intérieur des terres , leur étendue est parfois si grande, surtout sur les côtes méridionales de l'Océan, et les frais de plantation seraient par conséquent si considérables, que l'on ne peut guère recourir qu'aux semis. Ceux de graines de plantes maritimes annuelles et vivaces, mêlées à d'autres arbres, d'arbrisseaux et d'arbustes d'une germination prompte et d'une croissance rapide , offrent le plus de chances de succès, surtout lorsque la nature du climat ou celle des végétaux permet de les faire en automne.
Si l'on pouvait les couvrir en partie, comme précédemment, par des ramilles, il y a lieu de croire qu'en effectuant ces semis par lignes parallèles et croisées, qui formeraient plus tard des brise-vents et des abris contre l'excessive chaleur, on rendrait infiniment plus facile pour l'avenir le boisement complet.
Les sables des bords des fleuves, ou les grèves, lorsqu'on a le droit de se les approprier, sont d'une amélioration facile. — On peut les fixer et les accroître rapidement au moyen du marcottage' des luisettes d'osier qui bordent le rivage {fig. 24), ou de boutures
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faites a peu près de la manière que j'ai indiquée. Pour paralyser les efforts du courant pendant les grandes eaux, on dispose de distance en distance, dans une direction oblique, des haies d'arçons en saule {fig. 25 ), derrière lesquelles les" sables et le limon ne manquent jamais de s'amonceler. La portion inférieure des deux figures 24 et 25 fait concevoir le détail de l'opération.
Fig. 25.
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§ III. — Des sols calcaires.
Il est bien peu de terrains dans lesquels on ne rencontre pas une certaine quantité de calcaire, tantôt en graviers plus ou moins gros, détachés par les cours d'eau des montagnes primitives et secondaires , et auxquels on a donné le nom de sables calcaires, tantôt sous forme pulvérulente.
I. Sables calcaires. — Presque toujours mêlés aux sables siliceux dont, à cause de l'homogénéité de leur composition et de leur dureté, ils partagent à peu près les propriélés physiques, ces sols ne sont ni assez nombreux ni assez différens des sols graveleux pour nous occuper ici bien longuement.
Comme ils se modifient cependant à la longue par suite de l'effet des pluies, des gelées et du soleil, et comme le résultat de leur altération est la production d'une terre calcaire le plus ordinairement mêlée d'argile, ils se trouvent dans des circonstances agricoles plus favorables que les sables purement quartzeux.
La chaux carbonatée à l'état pulvérulent forme la base des terrains crayeux, marneux et de tuf.
II. Sols crayeux. — Cessols,tels qu'on les rencontre dès les environs de Troyes, d'où ils se répandent indéfiniment dans tout le nordouest et l'ouest du département de l'Aube et au-delà, sont composés, dans la plupart des cas, de deux tiers environ de calcaire et d'une quantité variable de sable fin, d'argile, et par lois probablement de magnésie, ou plutôt de carbonate de magnésie. — En cet état, ils sont à bien peu près stériles, à moins de frais considérables de culture. — Quel-
ques-unes des plantes des terrains sableux, telles que l'orge, le trèfle, le sarrasin, les topinambours, les pommes-de-terre, les turneps y donnent çà et'là de chétives récoltes. — Un petit nombre de fourrages, parmi lesquels il faut citer, en première ligne, le sainfoin, y végètent plus ou moins bien; enfin, ceux des arbres qu'on y fait croître avec le plus de succès sont les pins.
La craie absorbe et retient l'eau avec une force qui paraît plus nuisible qu'utile à la végétation , parce qu'elle ne s'en dessaisit que lorsqu'elle est sursaturée, c'est-à-dire qu'elle devient boueuse. — En séchant elle s'agglomère à la surface en une croûte, plus ou moins épaisse, qui, quoique très-friable, réunit au désavantage dese fendiller comme lesargiles, celui de ne se laisser traverser ni par l'air, ni par des pluies peu durables. — Ces dernières produisent d'autant moins d'effet sur les sols crétacés, que le tuf, qui se trouve communément à peu de profondeur, est doué d'une puissance d'absorption assez grande pour s'emparer en quelques heures de l'humidité des couches supérieures.
La craie , par sa couleur blanche, reflète. les rayons solaires; elle les empêche de pénétrer la masse du sol, et cause à sa surface une réverbération brûlante , double effet également nuisible à la végétation.
Les gelées ont aussi plus de prise sur les terres de cette nature que sur d'autres ; elles les soulèvent de manière à déchausser quelquefois complètement les racines peu profondes.
Mais un dernier inconvénient , de tou3 le plus grave, c'est que, soit que la chaux carbonatée , même à 1 état pulvérulent, absorbe moins facilement et moins abondamment l'oxigène de l'air, que les sols plus riches en argile et en terreau, — soit qu'elle jouisse de la propriété de hâter particulièrement la transformation des engrais, —soit enfin que, par suite de l'extrême mobilité de ses molécules, elle en soit plus facilement dépouillée par les pluies, toujours est-il que la craie a besoin de fumures plus fréquentes que toute autre terre. — Dans l'impossibilité où l'on se trouve trop généralement de lui donner les amendemens convenables, il faut donc chercher par tous les moyens possibles à y suppléer par le choix et la quantité des fumiers.
Une très-bonne pratique consiste à creuser au bas de chaque champ, le long des chemins d'exploitation, partout où se dirigent les eaux pluviales , des fossés ou des mares destinées à recevoir les terreaux et les bonnes terres entraînées pendant les temps d'averses et d'orages. — On fait de ces dépôts des amas plus oumoins considérables qu'on mêle ensuite avec des engrais liquides ou solides, de manière à les transformer en composts excellens pour toutes les cultures.
C'est surtout dans les sols crayeux que la multiplication des prairies artificielles devient la base de tout bon assolement. Malheureusement peu de plantes y prospèrent comme fourrages. Le sainfoin y donne d'assez bons produits, bien qu'il faille les attendre y '.,sieurs années. La pimprenelle s'y élève peu ; elle convient d'ailleurs plutôt aux moutons