ES EN AGRICULTURE
qu'elle leur cause n'est pas considérable, et, suivant Bayle Barelle, une pluie qui lave les feuilles suffit pour les remettre en bon état; mais il devient plus grand lorsqu'elle apparaît après la formation de l'épi et avec abondance; dans ce cas, les grains restent légers et rabougris.
La paille rouillée a peu de valeur; elle est une mauvaise nourriture pour les bestiaux, et le fumier dans la composition duquel elle entre est de mauvaise qualité.
Le cultivateur n'a en sa puissance aucun moyen de guérir de la rouille les blés qui en sont infestés ; il est réduit à laisser faire la nature qui les en débarrasse quelquefois, soit par de copieuses ondées, soit de quelque autre manière que nous ignorons ; ou à les faucher, si l'épi n'est pas encore formé, comme on le fait dans la Toscane et à Bologne. En prenant ce dernierparti, il aassezdechances de voir se développer une nouvelle génération de feuilles exemples de rouille, et, dans tous les cas, il a moins à redouter le mal pour les récoltes suivantes, puisque les sporules du parasite n'ont pu se répandre encore.
Quant aux moyens préservatifs, les seuls qu'indique M. de Candolle, outre les soins généraux d'une bonne culture, c'est de ne pas semer les céréales dans les lieux bas et numides, et de ne pas faire succéder dans les assolemens une céréale à une autre qui aurait déjà été attaquée de la même maladie. OU pourra se conduire aussi d'après la connaissance des autres circonstances indiquées comme favorables ou contraires à la naissance de là rouille, eh se tenant toutefois pour averti que leur influence n'est pas parfaitement avérée. On fera bien de ne pas couper les blés rouilles les premiers, afin que, s'il vient à pleuvoir pendant la moisson, la paille soit lavée, et que les grains attendris deviennent plus ronds.
La maladie que Re appelle carolo, ruggine ou brusone, paraît n'être que la roui/le du riz. Elle consiste en taches roussâtres qui se montrent sur les feuilles, et ensuite quel- Fois sur les tiges, et d'où s'échappe une poussière jaunâtre, d'abord insipide et inodore* puis un peu acide et dune odeur argileuse. Elle se jette sur les plantes vigoureuses, qui trahissent sa présence par un vert plus foncé) et quiy sont sujettesdans leur jeunesse,comme dans un âge plus avancé. Elle paraît due à l'excès d'engrais; elle ne se manifeste jamais, dans les vieilles rizières. Faucher le riz, faire écouler l'eau de la rizière, voilà les seuls moyens qu'indique Re pour la combattre.
ll.DuCharbon.— Le parasite qui constituele Charbon (Mugbrarïd, RussbrandyNagelbrand% allem.; Carbone ou Fuliggine ,\l2i[.;Loose smut, angl.) est YÎJredo Carbo, DC (U. segetum, Pers.; Cœoma seget., Link.; Ustilago seget., Dittm.) {fig. 705, A) qui attaque l'axe de l'épi, les gl unies et la surface des graines, ou, selon M. Ad. Bïiongniart, le petit pédicule qui supporte les organes floraux B d. A la fin de sa vie, il les recouvre d'une poudre très-abondante, noire ou d'un brun verdâtre, toujours visible à l'extérieur, très-légère, inodore et quelque peu visqueuse quand elle est fraicka
AGRICULTURE : VÉGÉTAUX NUISIBLES
mais se laissant facilement emporter par les vents quand elle est sèche; enfin composée de capsules parfaitement sphériques, extrêmement petites et à demi transparentes.
M. Ad. Bi\ONGi\iART,qui en a suivi tous lesdévdoppemens dans l'orge, depuis le moment où il se forme au sein des épis à peine longs d'un centimètre, a vu dès l'origine les globules dont il se compose légèrement adhérens les uns aux autres et réunis en masses compactes, de couleurverdâlre, dans des cavités quadrilatères C c,qne présentait le tissu cellulaire et que séparait une couche ou deux de cellules très-petites b cl. Mais, par les progrès de la végétation, les cloisonscelluleuses finissaient par disparaître; les globules s'isolaient complètement, et leur couleur devenait noire. Leur développement avait causé Pavnrlement des organes de la fructification Be, dont on ne retrouvait plus que des rudimens sur le pédicelle tuméfié, et avait détruit une partie des enveloppes de ces organes b c.
E'i général, il sort fort peu de tiges d'un pied frappé de charbon, et ces tiges sont grêles. On les distingue dans le froment, non seulement à ce signe et à la couleur noirâtre des épis, mais encore, avant même que l'épi ait paru, à leur feuille supérieure qui est tachée de jaune et sèche à son extrémité. M. Tessier a rencontré le charbon sur des fromens faibles comme sur des fromens vigoureux, dans différens terrains et à diverses expositions, mais plus particulièrement sur le blé de mars; il soupçonne que les espèces barbues y sont moins sujettes que les espèces dépourvues d'arêtes. Suivant le même auteur, toutes les variétés d'orge en sont également attaquées, quels que soient le sol et l'exposition où elles se trouvent placées. Dans une expérience faite sur la même céréale, il s'est assuré que plus le grain était enterré profondément, plus il fournissait de pieds charbonnés.
Toutes les céréales sont sujettes au charbon : il cause peu de dommage au froment, parce qu'il ne 1 attaque ni fréquemment ni violemment, et parce que sa poussière se disperse, avant la moisson, de sorte qu'il n'en arrive à la grange que la petite quantité que peuvent receler les épis restés dans le fourreau ;
mais il est plus funeste à l'orge et à l'avoine qui en reçoivent des atteintes plus souvent réitérées et plus rudes, et qui en propagent davantage les germes, toutes les deux les entraînant avec elles à la grange, soit parce que leurs glumes se décomposent moins et ne leur livrent pas aussi facilement passage avant la récolte, soit, ce qui est particulièrement le cas de l'avoine, parce qu'elles se charbonnent plus inégalement, les épis ou même les grains étant ordinairement en partie sains, en partie malades, tandis que chez le froment l'ordinaire est de voir les épis affectés en entier. Cette persistance de la poudre charbonneuse sur les épis d'orge et d'avoine a été bien constatée par M. Vilmorin, qui, après la moisson faite et rentrée, ayant besoin de cette poudre pour des expériences, a pu trouver dans les gerbes une quantité de panicules ou d'épis tout-à-fait ou en partie intacts, quoique charbonnés, et qui ayant examiné à la loupe, après le battage, le grain de masses d'orge et d'avoine plus infestées que les autres, a reconnu sur sa surface une quantité de globules de charbon.
De même que la poudre de la carie, celle du charbon noircit souvent le visage des personnes qui battent de l'orge ou de l'avoine, mais elle les fait moins tousser. Elle ne paraît pas communiquer de qualité déiétère à la farine, avec laquelle au surplus elle n'est jamais mêlée qu'en très-petite quantité dans le froment. Le tort quelle cause aux cultivateurs consiste essentiellement dans la diminution de la quantité de la récolte. Cette diminution doit se mesurer non seulement au nombre des épis charbonnés qui paraissent hors de leur gaîne, mais encore à la quantité de ceux que leur état de faiblesse y tient renfermés. La paille de froment, d'orge et d'avoine charbonnée déplaît aux bestiaux ; on ne sait si elle les incommode.
Il résulte des expériences de M. Tessier que le charbon peut se communiquer par contagion, et qu'on peut empêcher sa reproduction par les mêmes moyens employés contre la carie. Cependant il paraîtlbeaucoup moins contagieux que cette dernière, et moins susceptible d'être prévenu par le chaulage ou par le sulfatage. Il est arrivé à M. Vilmorin d'avoir plus de charbon dans la moitié d'une pièce semée avec de l'avoine chaulée que dans l'autre moitié dont la semence n'avait pas reçu de préparation, tout étant égal d'ailleurs ;*d'autres fois le résultat a été en sens inverse ; d'autres fois enfin il y a eu parité. Le sulfatage a produit, en général, des effets plus prononcés que le chaulage, mais les exceptions ont encore été saillantes : il est vrai que lorsque le chaulage et le sulfatage ont montré le moins d'efficacité, ils avaient eu lieu par aspersion, méthode quelquefois à peine suffisante pour le froment et peu convenable pour l'avoine et l'orge qui sont beaucoup moins propres que le grain detroment à s'imprégner d'une dissolution quelconque, et pour lesquelles on devrait par conséquent augmenter non seulement l'énergie de la préparation délersive, mais encore la durée du bain, ce qui augmenterait les dépenses. C'est probablement la crainte de cette augmentation de frais qui a en -pêche
chap. 19V DES PLANTES NUISIBLES EN AGRICULTURE
les culti\aleurs d'appliquer au charbon de l'orge et de l'avoine les moyens que main
tenant ils emploient généralement contre la carie du froment. Toutefois la chose vaut la peine d'être essayée, le sulfatage surtout qui a parfaitement réussi à M. Le Blanc dans le dép. de la Haute-Garonne. Tiiaeu, prétendant que la maladie ne se transmet point par les Semences, qu'elle se reproduit d'ellemême sur les terrains mouilleux et excessivement gras sous l'influence d'une température humide et chaude , enfin qu'elle affecte non seulement l'épi, mais la plante entière, ne voit d'autres moyens de la prévenir que de semer avec tous les soins convenables, sur un sol bien choisi et bien égoutté, des grains accomplis; il croit aussi que la nature de L'engrais peut exercer une influence sur la production du charbon. M. de Candolle, dans l'idée que la poussière charbonneuse qui se répand sur la terre est absorbée par les jeunes plantes, pense qu'une rotation de culture telle que les céréales ne reviennent pas à des intervalles trop rapprochés sur un même champ, peut seule diminuer l'effet dû à cette cause,
Sous le nom $ Uredo destruens, M. Durv, auteur du Botanicon gallicum, a fait une espèce à pari du Charbon du millet, à cause de l'irrégularité et de la forme oblongue des sporules dont se compose ce champignon parasite. Suivant M. Tessier, l'épi, serré étroitement entre les feuilles supérieures de la tige, ne les écarte qu'avec peine ; il paraît communément au dehors sous la forme d'un cône almigé recouvert d'une peau grise qui se déchire et laisse apercevoir un corps composé de filets et dune malière noire dans toute sa longueur, excepté à la partie inférieure où elle est grise, plus ferme et plus compacte. Ce charbon n'exerce pas de grands ravages sur le millet.
On a fait de même une espèce particulière du Charbon du maïs (Uredo rnaydis, DC), qui attaque la tige à l'aisselle des feuilles, ou les fleurs mâles, ou les graines elles-mêmes. La partie attaquée grossit et devient une tumeur d'un blanc rougeâtre ou cendré, d'abord charnue, puis entièrement remplie d'une poussière noirâtre, presque inodore, très-abondante, légère et composée de globules semblables à ceux de la carie, si ce n'est qu'ils sont plus petits. Ces tumeurs ont depuis la grosseur d'un pois ou d'une noisette, qu'elles présentent sur les fleurs mâles, jusqu'à celle du poing qu'elles dépassent même quelquefois sur les tiges et sur les graines ; elles sont enveloppées par l'épiderme distendu, qui, lorsque l'Urédoest parvenu à sa maturité, se rompt au moindre choc, et laisse échapper la poussière qu'il renferme.
D'après les observations de M. Bonafous, celte production parasite du maïs se forme indifféremmentsous l'influence del'humidité et de la sécheresse. L'opinion commune est cependant qu'elle se développe préférablementdans les lieux et lesaniiéeshutnides;elle est devenue pi us fréquente dans lePiémont depuis qu'on y arrose le mais. Suivant le même auteur, elle ne paraît pas non plus dépendre de la nature des engrais ou du soi; enfinellen'é
pargne pas les pieds les plus vigoureux, èl* elle s'attache plus aux variétés tardives qu'aux variétés précoces. Sa poussière n'est pas plus malfaisante que celle de YUredo ( Carbo. Tillet et Imhof ont conclu de quelques expériences qu'elle n'est pas contagieuse; le fait aurait besoin d'être vérifié.
Dans le but de préserver le maïs de cette maladie, on a conseillé de chauler la semence, de ne pas arroser les champs, et surtout d'apporter une attention scrupuleuse dans le choix des graines : ces précautions ne suffisent pas toujours; un moyen efficace pour délivrer le maïs de ces tumeurs, c'est de les enlever quand elles apparaissent.
M. Dulong a trouvé dans l'Urédo du charbon une matière analogue à la fungine ; une matière azotée, soluble dans l'eau et dans l'alcool, analogue à l'osmazome végétal ; une matière (azotée?) soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool ; une matière grasse, une petite quantité de cire, une matière colorante brune, un acide organique libre ou en partie uni à la potasse et peutêtre à la magnésie, du phosphate de potasse, du chlorure de potassium, du sulfate de potasse, du sous-phosphate de chaux, un sel à base d'ammoniaque, de la magnésie et une très-petite quantité de chaux sans doute unies à un acide organique, enfin du fer.
III. De la Carie. — On désigne sous le nom deCarie (Golpe, Volpeoxx Fama, ital.; Schmier- Stein ou Faulbrand, ail.; Smut balls, angl.)une maladie qu'on a souvent confondue avec le charbon, parce que, comme celui-ci,elle affecte les parties de la fructification, mais qui cependant s'en distingue par des caractères bien \ranchés.U Uredo Caries, DC, quilaconstitu et que la fig. 706 représente à différens de
Fig. 706.
grés de maturité dans le grain entier ou coupé abc d, est logé dans l'intérieur même de lagraine; il forme une poussière grasse au toucher, d'un noir tirant sur le brun ou l'olivâtre, remarquable,quand elleest fraîche, par sa fétidité, et qui ne se répand pas au dehors du grain pendant la végétation de la plante; ses globules e,f sont opaques ou à demi transparens et un peu plus grands que ceux du charbon; leur diamètre varie de 1/140 à 1/280 de ligne, d'après M. Tessier. Les grains cariés sont légèrement ridés, un peu grisâtres, plus arrondis et plus petits qu'à l'ordinaire ; leur poids, par rapport à celui du froment sain, est à peu près comme 2 à 5. La poudre de carie analysée par Fourcroy a donné une huile verte, butireuse, acre et d'une odeur infecte, une matière végéto-animale, de l'acide phosphorique, et de l'ammoniaque libre; d'autres chimistes y ont trouvé de l'acide oxalique libre. Elle est inflammable et insoluble dans l'eau.
Les pieds qui doivent donner des grains cariés ont, dès le moment où ils lèvent, des