TOME I
AGRICULTURE : VÉGÉTAUX NUISIBLES
feuilles d'un vert foncé comme celui de la feuille de chêne, et les tiges ternes; l'odeur infecte et les globules se font apercevoir dans l'épi, même avant qu'il soit sorti de ses enveloppes. Quand lesépis cariés se montrent, ils sontbleuâtres et élroits, maisensuile ils deviennent plus larges que les épis sains; leur maturité est plus hâtive, et ils se chargent d'une plus grande quantité de grains; leur légèreté fait qu'ils restent droits. Les étamines ne s'alongent pas et les anthères ne contiennent pas de pollen. M. Tessier a trouvé fréquemment des épis sains sur des pieds qui en offraient de viciés; des grains sains mêles avec des grains cariés dans le même épi; enfin quelquefois des grains à moitié sains et à moitié cariés.
Entre toutes les céréales, le froment est le plus sujet à la carie, peut-être même y estil seul exposé; mais toutes les espèces et variétés de froment n'y sont pas également exposées. Les blés du nord la contractent plus facilement que ceux du midi; les blés durs, qui en général appartiennent au midi, n'en offrent point naturellement ; il en est de même des barbus, excepté celui dont les épis sont roux ou blancs et les barbes divergentes. Les épeautres en sont quelquefois perdus. Le froment de mars y est plus sujet que les blés d'automne.
TtLLEtet M. Tessier ont reconnu, par des expériences réitérées, que différens engrais, la nature du sol et les brouillards ne sont pas la cause de la carie; cela n'empêche pas de croire que l'humidité de l'atmosphère et du sol ne puisse contribuera sa production. Les mêmes observateurs l'ont fait naître mainte et mainte fois en infestant de noir, nom sous lequel on la désigne quelquefois, des grains sains, et surtout en l'inoculant près du germe. On a pu obtenir ainsi une quantité d'épis cariés quatre fois plus grande que celle des épis sains ; mais on n'a pu faire naître la maladie dans les grains d'épis formés, en les saupoudrant de carie à différentes époques. Plus la carie est vieille, moins elle a d'action sur le blé nouveau ou vieux; plus le blé est vieux, moins la carie nouvelle ou vieille l'infecte facilement ou abondamment. Elle retarde la germination et la pousse des grains qui en sont tachés. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que l'huile qu'on retire de la carie par la distillation à feu nu, ayant été mise en contact avec du blé sain, lui a fait produire près d'un tiers d'épis cariés.
Touteschoseségalesdailleurs,plusle grain était enterré profondément, plus M. Tessier, dans ses expériences, récoltait de carie. On a aussi remarqué que les ensemencemens par un temps hàleux ou sur des labours récens favorisent sa production; peut-être le mal> dans ce dernier cas, vient-il de cequela herse enfonce le grain plus avant. Un observateur, M. Thomassin, assure que les fromens coupés avant leur maturité ne reproduisent pas la carie; une expérience de M. Girou de Buzareingues tend à faire croire le contraire. Elsner lait observer que le fumier non encore élaboré par un repos prolongé l'amène très-souvent, sans doute parce que la fermentation n'y a pas détruit les sporules de l'Urédo qu'on y a jetés avec
les pailles et les criblures aes blés cariés.
Quand la poussière de la carie est abondante, comme elle sort de son enveloppe dans l'opération du battage, elle cause des démangeaisons aux yeux des batteurs, et les fait tousser ; en s'attachant au blé sain, elle lui donne cette apparence défavorable qu'on désigne dans le Commerce par les expressions de blé moucheté, blé bouté ; elle nuit aussi à sa qualité, car les blés mouchetés empâtent les meules, graissent les bluteaux, et rendent défectueuse la mouture du blé sain qui leur succède; de plus ils fournissent une farine terne et onctueuse qui n'est pas de garde ; enfin, le pain fait avec de la farine de blé moucheté a une teinte violette et un peu d'âcrelé; on soupçonne que ce pain est malsain. Sous ces différens rapports, la carie cause un tort réel aux cultivateurs, mais peu important comparativement à la diminution qu'elle occasione dans le produit de la récolte. Cette diminution consiste non seulement dans le nombre des épis cariés, nombre qui est assez souvent le quart de celui des épis sains, mais encore, quand la maladie est intense, dans l'infériorité du poids de ceux-ci.
S'il est vrai que la carie se propage, surtout en s'attachant dans les bâtimens de la ferme aux substances qui doivent servir d'engrais et principalement aux grains de semence, il est clair qu'il faut non seulement s'abstenir de porter sur les champs des fumiers qui n'ont pas encore subi une fermentation convenable, mais encore mettre une grande attention dans le choix de la semence et la dépouiller par tous les moyens possibles des germes dont elle peut être infestée. Pour les qualités delà semence, nous renvoyons à l'article Froment où il en est question. Quant aux procédés de purification, ils sont physiques ou chimiques. Les moyens physiques consistent essentiellement dans les frictions, la ventilation et les lavages; les moyens chimiques se réduisent à l'emploi de substances assezeaustiqueset assez corrosives pour altérer la poudre de la carie, sans désorganiser le grain ; les premiers éloignent, emportent avec eux les germes du mal, et les autres le détruisent.
On sépare quelquefois les épis cariés des épis sains par le triage à la main. Dans une année où les premiers ne sont pas très-nombreux, une femme épluche par jour environ 60 gerbes, donnant 1 1/4 setier de blé. Dautres fois, sachant que les tiges cariées sont plus courtes que les autres, on se contente de couper les épis les plus saillans des gerbes, ou de frapper les tiges soitsurles
Earois d'un tonneau, soit sur une perche à auteur d'appui. On a proposé de déterger le grain battu en le roulant dans de l'argile sèche, du sable, des cendres, etc. Mais les moyens mécaniques les plus employés sont le criblage et le vannage. ( Voyez ce Voi., p. 342.)
En suivant l'ordre des opérations et la gradation des effets, on passe des procédés qui viennent d'être indiqués aux lavages. L'eau pure exerce deux genres d'effets: l°elle agit par le frottement quand on la fait couler sur le blé, ou qu'on y plonge celui-ci en Ty
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remuant; 2° les grains cariés étant plus légers que les grains sains, restent ou s'élèvent plus facilement à sa surface, d'où il est facile de les enlever. Pour être plus sûr qu'ils surnagent tous, on fera bien de remuer là masse de temps en temps et d'augmenter la densité de l'eau par l'addition de sel commun,comme c'est la coutume en Angleterre où l'on rend la dissolution assez forte pour qu'elle puisse supporter un œuf. L'eau de lavage doit être plusieurs fois renouvelée.
Comme tous ces moyens sont le plus souvent insuffisans,on les complète et même on y supplée par l'emploi des substances caustiques et corrosives. Les plus énergiques parmi celles dont l'usage estplus général, sont, outre lès substances vénéneuses dont nous ne parlerons pas, le sulfate de cuivre ou vitriol bleu, la chaux, le sel commun, l'urine, l'eau de fumier, les fientes d'animaux. Le sulfate de cuivre, qui ne donne pas lieu à de graves accideUs, a été employé d'abord parBénédict Prévost : c'est le plus efficace de tous les remèdes contre la carie. Supposons qu'on ait 100 mesures de blé à traiter, on met dans une citve 14 mesures égales d'une eau contenant en dissolution 1/150 de son poids de vitriol; dans un autre vase de la capacité de 2 ou 3 hectolitres, on jette du blé et l'on verse dessus la dissolution, de manière qu'elle le recouvre de la hauteur de la main ; puis on remue, on enlève les grains qui surnagent, et au bout d'une demi-heure on verse le blé dans un autre vase de même capacité où l'on répète le traitement. Enfin on le place sur une corbeille ou un filtre quelconque pour le débarrasser de l'eau saturée de vitriol. La chaux, dont il a déjà été question à l'article du froment {Voy.\>. 377 ), est un peu moins efficace que le vitriol bleu.
Le sel marin, les lessives de cendres, les urines putréfiées, l'eau de fumier, la fiente de pigeon, sont souvent mêlés avec la chaux dans le chaulage: toutes ces substances ajoutent à l'action de la chaux celle des alcalis qui forment la base des sels inhérens à leur composition. Tel est en particulier lecas du sel marin et des urines; on a même des exemples de blés dont la faculté germinative a été détruite par l'ammoniaque qu'ont dégagée les urines dans le chaulage. Cependant, d'un autre côté, ces substances, surtout si elles sontsolides, doivent aussi, excepté le sel, exercer une action en sens inverse, parce qu'elles interposent entre les matières actives d'autres matières inutiles pour l'objet qu'on se propose. Après avoir été soumis à 1 action quelconque del'undeces ingrédiens, le blé doit être écarté de tout ce qui peut receler la poussière de carie; il ne faut ni le laver ni le laisser s'échauffer en tas.
On peut suivre des procédés très-divers pour le lavage et l'immersion dans une des dissolutions indiquées.— Au sud de l'Ecosse, on trempe successivement dans deux cuves, contenant l'une de l'eau, l'autre des urines d'étable, deux vases d'une moindre capacité, dont le fond est en fil-de-fer, et qui contiennent le blé à purifier; on plonge plusieurs fois, on remue, on écume, et l'on renouvelle l'eau aussi souvent qu'on le juge nécessaire, jusqu'à ce qu'elle sorte à peu près complète- I
ment claire. Ailleurs, on place le blé sur des corbeilles pour le descendre dans le bain, ou bien on l'y verse peu-à-peu, en enlevant au fur et à mesure les grains surnageans,etc.
Les huiles essayées par M. Tessier contre la carie en ont empêché le développement sans retarder la germination.
On n'a pas encore songé à fixer par des expériences les limites de quantité, de concentration et de durée d'action, en dehors desquelles les préparations employées contre la carie n'exercent pas une action assez marquée, ou deviennent funestes à la germination de la graine.
IV. De l'Ergot. — L'ergot est une des maladies les plus singulières des graminées; il en attaque un grand nombre, mais particulièrement le seigle, la seule céréale qui, outre le maïs, y soit sujette. C'est une excroissance (Jîg.~07) dure,compacte,cassante, cylindrique ou un peu an- Fig. 707 guleuse, présentant à peu près la forme d'une corne obtuse, ordinairement blanche ou grise à l'intérieur, d'un noir tirant sur le violet à l'extérieur. Elle occupe la place du grain et sort d'entre les glumes; sa longueur est très -variable, mais ne dépasse pas 18 lignes. Son poids, d'après M. Tessier , est à celui dû seigle à peu près comme 9 à 14, ou comme 5 à 8, suivant qu'on les compare l'un à l'autre sous leur forme entière ou à l'état pulvévérulent. Suivant le même agronome, on l'observe plus particulièrement parmi les seigles semés sur des terres récemment défrichées, parmi ceux qui sont mélangés de vesce, dans les saisons et les terres humides, dans les parties basses des lieux en pente, sur les bords des chemins, dans les terres maigres et sablonneuses. Suivant Baume, les seigles cultivés plusieurs années de suite sur le même terrain, sont fort exposés à ses atteintes.
M. de Candolle regarde l'Ergot comme une végétation cryptogamique, qu'il appelle Sclerotium clavus. Il est inutile de dire ici les raisons sur lesquelles il fonde sa manière de voir, que d'autres botanistes ne partagent pas; elles ne nous paraissent pas sans réplique, mais du moins son opinion est bien aussi satisfaisante que le vague où nous laissent les partisans du système opposé. Il vaut tout autant regarder l'ergot comme un champignon que de le définir, avec M. UngeR, un embryon qui se dévore lui-même.
Vauquelin a trouvé dans le seigle ergoté, comme substances immédiates, deux matières colorantes, l'une jaune, l'autre violette qui peut être employée dans la teinture, une matière huileuse, douceâtre et très-abondante, un acide indéterminé, de l'ammoniaque libre, enfin une substance végéto-ani-
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maie très-abondante et très-disposée à la putréfaction; par conséquent, ni amidon, ni sucre, ni mucilage, ni albumine, matières dont est presque entièrement composée la farine de seigle à l'état ordinaire.
Lorsque l'Ergot se trouve mélangé en quantité notable dans les farines de seigle ou de froment, il donne lieu à des vertiges, à des étourdissemens, à la gangrène des extrémités, et même à la mort. On lui attribue aussi la propriété d'exciter les contractions de la matrice et de faciliter les accouchemens.
Il est facile de séparer l'ergot du bon grain par le crible et le van, ou même l'épluchage à la main. Dans les pays où il est très-commun, comme, par exemple, dans la Sologne, on ferait bien de le récolter pour le détruire. Si les circonstances indiquées comme favorables à sa propagation sont vraies, on devra chercher à y soustraire le seigle.
§ II. — Des plantes qui nuisent aux céréales par leur voisinage.
Il a déjà été question ailleurs (t. I, p. 231 et suiv.) des mauvaises herbes, qui ne font ne tort aux cultivateurs qu'en envahissant spontanément et occupant inutilement le sol destiné aux céréales; nous ne parlerons donc ici que de quelques autres plantes qui, non seulement sont inutiles, mais encore directement nuisibles, soit aux moissons elles-mêmes, soit à l'homme.
En général, tous les grands végétaux nuisent aux blés, non seulement parce qu'ils les privent, en l'absorbant eux-mêmes, d'une nourriture qui aurait pu leur profiter, mais encore parce qu'ils leur ravissent en partie les bienfaits de la chaleur et de la lumière solaire; il est vraisemblable aussi qu'ils les contrarient par la concurrence et l'entrecroisement de leurs racines. On s'accorde à dire que les ormes plantés le long des routes exercent une influence défavorable sur les céréales situées dans leur voisinage. Duhamel a même reconnu que la sphère de cette influence s'agrandit à mesure qu'ils avancent en âge, de telle sorte que restreinte d'abord à quelques pieds autour de leur tronc, elle s'étend ensuite à une distance considérable. Aussi, dans les pays à blé, proscrit-on des champs les plantations d'arbres et même les haies.
A ces effets généraux, quelques végétaux Joignent une action spéciale. Ainsi, l'effet un peu pernicieux que produit le noyer sur les blés qui croissent sous son feuillage, paraît venir de ce que les pluies dissolvent quelques portions de la matière astringente contenue dans les feuilles, et la portent sur le blé et dans le sol. Le Coquelicot et la Crète de coq {Rhinanthus crista-galli) effritent la terre, parce que, renfermant dessucsâcres, ils laissent transsuder quelque matière qui l'altère. Vraisemblablement le Cirse des champs, qu'on regarde comme nuisible à l'avoine, YErigeron acre et Ylvraie{Lolium temulentum), qui passent pour nuire au froment, excrètent quelque matière contraire à la végétation de ces céréales. Cependant aucune de ces plan-
liv. rT.
tes n'agit comme cause réellement moroifique.
On adresse à V Epine-Vinette un reproche plus grave; on l'accuse de faire naître la rouille ou même la carie et le charbon sur les céréales. Malgré la généralité de cette croyance quiaen sa faveur les recherches nombreuses et quelques expériences faites par Yvart, les botanistes doutent encore qu'elle soit fondée. Ils admettent bien que l'épine-vinetle peut exercer quelque action pour la production de la rouille dans les céréales, mais c'est au même titre que les autres buissons, c'est-à-dire en raison de son ombrage. On a cru que l'épine-vinetteétantsouvent chargée d'un jEcidium {JE. Berberidis), la poussière de cet œcidium tombait sur le blé, et lui communiquait la rouille dont il a la couleur. Mais, comme il est fort différent de l'urédo, il faut, dans cette hypothèse, admettre qu'il y a transformation d'espèces, ce oui est contre toutes les analogies. On fait d'ailleurs remarquer que, dans certaines provinces où l'épine -vinette abonde, par exemple dans les environs de Dijon, on ne lui attribue point d'action fâcheuse, et que des effets assez semblables à ceux de l'épine-vinette se rencontrent dans une foule de localités où cet arbuste n'existe pas. Il n'est donc pas démontré que l'épi ne-vinette soit une cause spéciale de rouille, de charbon ou de carie pourles céréales; mais, d'un autre côté, il est vraisemblable que sa floraison coïncidant pour l'ordinaire avec celle du blé, le principe qui fait la base de l'odeur désagréable qu'elle répand alors, ou des effluves quelconques sorties de ses fleurs, ou même son pollen, contrarient la fécondation du blé.
Enfin, il est quelques plantes dont les graines étant récoltées avec celles des céréales, communiquent au pain des propriétés désagréables ou délétères. Ainsi, les graines du Muscari, introduites parla mouture dans la farine du blé, donnent au pain de l'âcreté, une amertume excessive et permanente, et le pointillent de noir : celles de la Nielle (Lychnis Gythago) lui communiquent une couleur noirâtre et un arrière-goût amer, mais innocent ; celles de V Ivraie, une amertume et une âcreté sensibles, et, lorsqu'elles sont en quantité considérable, elles le rendent capable de produire un assoupissement ou une ivresse accompagnée quelquefois de symptômes très-fâcheux.
Pour détruire ces herbes importunes ou nuisibles, il faut les arracher dans leur jeunesse, ou les couper, en imprégnant, s'il se peut, de quelque dissolution corrosive, par exemple de sulfate de fer, les instrumensqui servent à les détruire. Pour en prévenir l'invasion, on doit semer des graines pures de tout mélange, et tenir la terre dans un état continu d'assolement et de culture. J.Yuivg. Art. ii. — Plantes nuisibles aux herbages. § 1er. — Des mauvaises herbes.
En jetant un coup-d'œil sur la Flore française, nous voyons qu'aucune plante In-embryonée (l) ne peut être considérée comme
(1) Ce sont celles dont on ne connaît qu'imparfaitement les organes delà fructification et dans lesquelles on ne distingue, lors de la germination, aucun embryon proprement dit
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fourragère; plusieurs au contraire sont nuisibles aux herbages. De ce nombre sont surtout les Mousses (Musci, Juss.), dans les prairies moyennes et élevées; les Fougères (Filices, Juss.), dont les espèces communes font sur les sols profonds el frais le désespoir du cultivateur, parce qu'elles s'y multiplient en dépit de tous ses efforts ; enfin les Prêles (Equisetaceœ, DC.) qui abondent dans les lieux humides et n'y donnent cependantaucun ou presque aucun produit.
Au nombre des Embuyonées, dans la grande division des Monocotylédones et dans la famille des Cyperoïdes (Cypcraceœ, Juss.), presque tous les Carex ou Laiches(Carex) doivent être rejetés à cause de la dureté de leurs fanes sèches et la disposition tranclianle de leurs feuilles qui les rendent dangereuses pour les animaux; — Les Scœnus (Scœni) répugnent aux herbivores; — les Scirpes (Scirpi) présentent à la vérité quelques espèces qui ne leur déplaisent pas autant, mais tous pourraient être remplacés par de meilleurs fourrages;— les Souchets (Cyperi) sont dans le même cas.
Viennent ensuite les Graminées, parmi lesquelles on ne trouve au contraire, à vrai dire, dans nos climats, aucune espèce qui ne convienne plus ou moins aux bestiaux, bien qu'il soit avantageux d'en écarter plusieurs, soit à cause de leur dureté, soit par suite du peu d'élévation ou d'abondance de leurs fanes, etc.
Dans la famille des Joncs (Jonceœ), diverses espèces qui se multiplient abondamment sur les fonds humides occupent inutilement beaucoup d'espace.
Dans celle aes Alismacées (Alismaceœ), il est aussi plusieurs herbes inutiles, d'autres nuisibles. — Au nombre des premières il faut ranger le Butome en ombelle (Butomus umbellatus, Lin.) et le Plantain d'eau (Alisma plantago, Lin.); — parmi les secondes, le Feratre blanc (Veratrum album.lÀu.), plante acre et vénéneuse, même après la dessiccation, et la Colchique d'automne (Colchicum automnale, Lin.), dont toutes les parties ont une odeur forte, nauséabonde, et dont les feuilles, par leur abondance, nuisent essentiellement à la récolte et à la qualité du foin.
Les Liliacées ne donnent aucun produit fourrager, mais rarement elles sont assez abondantes pour nuire beaucoup aux herbages par leur végétation. J'ai cependant vu des prés entièrement envahis par la Fritillaire (Fritillaria meleagris, Lin.), comme on en trouve parfois d'occupés en grande partie, sur les hauteurs et dans les lieux plus secs qu'humides, par diverses espèces a Ail (Allium vinéale, oleraceum, etc.) qui communiquent au laitage, au beurre et même au fromage une saveur à laquelle il est difficile de s'habituer.
Ailleurs, les Orchidées dominent, et, dans cette belle famille, les Orchis mâle et panaché ^Orchis masculaetvariegata, Lin.), parfois V Orchis mil/ taire (Orchis militaris, Lin.) sont si abondans que les herbes disparaissent presque en entier à l'ombre de leurs fleurs. Dans la division des Dicotylédones, les Aristoloches (Aristolochiœ) .communiquent
au foin une odeur repoussante. Celle qui porte le nom de clématite (Aristolochia clematitis, Lin.) trace beaucoup dans les lieux humides, et doit être particulièrement détruite avec soin. Cependant on a exagéré ses dangers, et je dois dire que j'ai vu souvent des vaches en manger, à la vérité en petite quantité, sans en être incommodées.
Au nombre des Polygonées (Polygoneœ), les Patiences (Patientiœ , Lin.), dont les larges feuilles et les tiges coriaces occupent inutilement de grands espaces, telles que la Patelle (Rumex aquaticus, Lin.), et même la grande Oseille (Rumex acutus, Lin.), auxquelles les ruminans ne touchent jamais en vert lorsqu'on les laisse libres du choix, et qui ne sont pas susceptibles d'être transformées en foin, sont par conséquent des plantes nuisibles. Nous ajouterons que le Poivre d'eau (Polygonum hydropiper, Lin.) est considéré comme dangereux pour les animaux.
Dans la famille des Lysimachies ou des Primulacées (Lys imac h iœ, Juss.), on doit proscrire la Lysimache commune (Lysimachia vulgaris, Lin.), qui se propage avec rapidité le long des cours d'eau, et la Primevère (Primula veris, Lin.), qui envahit souvent une grande partie du terrain, et qui ne peuvent être converties en foin, la première , à cause de la dureté de ses tiges presque ligneuses , la seconde, parce qu'elle est trop peu élevée; la Globulaire commune (G. vulgaris, Lin.), qui déplaît aux animaux, etc. Parmi les Pédiculaires (Pediculare^) , la P. des marais (Pedicularis palus tris, Lin.) est regardée comme nuisible aux moutons ; la Cocrète (Rhinanthus crista-galli, Lin.) donne un très-mauvais foin.
Les Labiées (Labiatœ) et les Personnées ou Scrophulaires (Scrophulariœ et Pediculares, Juss.) sont généralement repoussées par le gros bétail, quoique plusieurs espèces soient du goût des bêles à laine. Dans les prairies basses, la Germandrée (Teucrium scordium, Lin.), lorsque les vaches sont forcées d'en manger, communique à leur lait une saveur fort désagréable ; la Menthe aquatique (Mentha aquatica. Lin.) empêche, dit-on, la coagulation du beurre; le Stachys des marais (Stachys palustris, Lin.) se multiplie beaucoup sans utilité par le moyen de ses traces. Il en est de même de la Scrophulaire aquatique (Scrophularia aquatica, Lin.). Toutes les Linaires, surtout la commune (Linaria vulgaris, Lin.) , qui abondent dans les localités plus sèches qu'humides, doivent être détruites. Sur les terrains plus élevés, ou a recommandé avec raison de détruire aussi les Sauges (Salviœ), et notamment les espèces suivantes : la Sauge officinale, S. officinalis Lin.), et celle des prés (S. pratensis, Lin.), la S. sauvage (S. sylvestris, Lin.), la sclarée (S. sciarea, Lin.), la Cataire (Nepeta cataria, Lin.), la Bétoine (Betonica officinales. Lin.), la Ballote noire (Ballota nigra, Lin.), et le Marrube commun (Marrubiumvulgare , Lin.), qui répugnent généralement aux bestiaux; le Lierre terrestre ( Glecoma hederacea, Lin.), la Cardiaque officinale (Leaurus cardiaca, Lin.), qui tracent ou s'élèvent beaucoup au détriment des bonnes herbes; la Métisse
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calament (Métissa calamenta, JJn.), dont l'odeur repousse Jes animaux et se communique aux foins, etc., etc.
Les Salariées (Solaneœ) sont assez souvent vénéneuses, du moins en vert. LaDouce-amère (Solarium dulcamara, Lin.), dont Ja propagation est très-rapide, gâte aussi le foin en lui communiquant son odeur nauséabonde
les Molènes (Verbascum nigrum, album, etc.) ne sont jamais touchées par le bétail ; — les Jusquiames (Hyosciami); — la Stramoine épineuse (Datura stramonium); — la Mandragore et la Belladone (Atropa mandragora et belladona, Lin) seraient très-nuisibles à sa santé, si la faim le forçait d'y toucher.
Les Borraginées ne sont pas non plus en géuéral de bonnes plantes fourragères. La Consoude (Symphitum officinale, Lin.), qui leur appartient, nuit beaucoup, par son développement, à celui des plantes voisines, à la quantité et à la qualité de leur foin. La Vipérine (Echium vulgare, Lin.) déplaît également aux herbivores.
|^a Lobelia brûlante, Lin., qui appartient aux Campanulqcees, leur est nuisible.
Parmj les Elosculeuses, il faut rechercher avec un soin particulier, jpour les arracher, le Cnicus des champs (Çnicus arvensis), l'un des plus communs et des plus nuisibles, à cause de ses racines traçantes et de ses graines nombreuses; — les Chardons marie et à feuilles d' acanthe (Carduus rnarianus et acanthoïdes, Wiid.); celui qu'on a t immé acaulis, parce qu'il n'a presque pas de tiges, mais dont les racines sont longues et traçantes; — YOnoporde à feuilles d'acanthe (Onopordium qcanthium, Lin.); — la Carline commune (Carlina vulgaris, Lin.), et la Bardane (Arctium lappa, Lin.), ci ni envahissent des espaces considérables; — la. Centaurée chaussetrape (Çentaurea calcitrqpa, Lin.), ainsi que les Tussilages (TussilagofarJ ara et petqsites, Lin.), trop connus par leur rapide propagation.
Dans l'ordre des Radiées, plusieurs espèces offrent à un degré plus ou moins marquant les mêmes inconvéniens : ce sont, diverses Aunées (Inulœ), principalement la britannique (Inula britannica, Lin.), et la dise n té rique (I. disenterica, Lin.) ; — la Cinéraire et le Séneçon des marais (Cineraria palustris et Senecio paludosus); — les AJd/e- Jeuilles eupatoire et sternutatoire (Achdlea agcratum etptarmica, Lim)> etc., etc.
Dans l'ordre des Rubiacées, les Caille-lait ou Galium sont à la vérité mangeables en vert, mais leur foin est à peu près nul; celui des marais (G. palustre, Lin.) est surtout nuisible par la rapidité avec laquelle il se répand et se substitue aux autres herbages.
Au nombre des Caprijoliacées, YHièble (Sambucus ebulus, Lin.) se propage avec une rapidité d'autant plus malheureuse que non seulement les bestiaux ne le mangent pas, mais qu'il communique aux autres herbages une odeur qui leur répugne fortement.
On a remarqué dans bien des cas que la plupart des plantes de la iamille des Ombellifères, qui croissent dans les pâturages secs et élevés, peuvent donner d'assez bons fourrages, tandis que celles des lieux humides sont généralement dangereuses ou tout au moins inutiles, parce qu'elles ne sont pas