‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 80 sur 329 · C. B. de M · texte numérisé non relu

C. B. de M

Section Ire. — Des déjrichemens.

Les défrichemens qu'on a quelquefois considérés comme l'ensemble de toutes les opérations propres à transformer les terrains incultes en terres labourables, ou des cultures permanentes en cultures d'une autre sorte, et qui embrassent dans ce sens tout ce qui se rattache aux des sèche mens, aux nivellemens , au défonçage, à l'écobuage, aux amendemens , aux semis divers, et même à la pratique des assolemens , dans un ouvrage de la nature de celui-ci, où chacun de ces importans sujets devra être traité séparément avec tous les détails qu'il comporte, ne peuvent avoir une aussi grande importance. Pour nous, défricher un terrain, ce sera donc simplement le débarrasser de tous les végétaux ou autres obstacles qui se rencontrentalasurj 'ace, pour le mettre en état de recevoir selon sa nature, soit des céréales, soit des plantes fourragères, légumineuses ou industrielles, soit des végétaux ligneux; et notre tâche sera remplie, quand nous aurons fait voir les difficultés et donné les moyens ■d'arriver à ce 1er but.

§ Ier.— Conditions avantageuses ou désavantageuses aux défrichemens.

Depuis un certain nombre d'années, à mesure que notre population s'est augmentée, que le prix des terres et avec lui le taux des fermages se sont progressivement élevés, les défrichemens sont devenus assez fréquens en France. Cependant, d'après des documens officiels, résultant d'opérations effectuées sur les lieux mêmes par les agens des contributions directes, contradictoirement avec les délégués des communes, on voit dans l'excellent travail deM.HUERNEDE POMMEUSE (1),

que sur une superficie de 52,874,614 hectares que présentent ensemble les quatre-vingtsix départemens, il en existe encore d'incultes au moins 7 ,185,475 hectares, c'est-à-dire environ la septième partie du territoire.

des pentes trop escarpées, il n'est, à vrai dire, aucun sohlont on ne puisse tirer parti toute fois, les dépenses diverses qu'entrain rai dans bien des cas sa mise en culture sont telles qu'il serait plus qu'imprudent de les faire avant d'avoir bien calculé préalablement toutela portée de l'opération et les résultats profitables qu'on est raisonablemeut en droit d'en attendre, eu égard non seulement à la nature de chaque terrain, mais à la position topographique de chaque localité, et aux moyens d'exécution dont on peut disposer.

Lors même que les défrichemens doivent s'opérer dans le voisinage et pour ainsi dire à la suite d'une ancienne exploitation, à l'aide d'attelages, d'ouvriers, de tout un matériel enfin déjà existant, ce sont encore^owvent des entreprises coûteuses, peu à la portée des petits cultivateurs si elles sont laites sur une certaine échelle, et qui ne peuvent devenir profitables qu'autant qu'elles sont convenablement dirigées. Ce serait un fort mauvais calcul de croire qu'on pourra cultiver des étendues plus grandes, sans autres déboursés qu'un surcroît de main-d'œuvre. A la vérité, sur dis défriches de genêts, d'ajoncs ou de bruyères, à l'aide de simples brûlis, presque sausengrais et souvent même sans engrais, on peut bien de loin en loin obtenir une ou deux chétives récoltes de seigle ou de sarrasin et de pommes-de terre, qui paient tant bien que mal les frais de labours. A la vérité encore, sur remplacement de bois nouvellement déraciné*, d'anciens marais desséches, de vieilles prairies retournées, on peut quelque temps se fier è la fécondité surnaturelle du sol; mais, dans le premier cas, 1j terrain épuisé par une si faible production, se refuserait à en donner aucune autre sans une nouvelle ja hère de 8 à 10 ans; dans le second, il ne faut voir qu'une exception momentanée à la règle; dans l'un et l'autre, on arriverait à coup sûr à la stérilité, sans le concours des engrais.

Dans les terres de médiocre qualité, les défrichemens qui auraient pour but d'ajouter à la quantité des terres assolées d'une ferme ou à plus forte raison d'en créer une nouvelle, seraient généralement de fort mauvaises opérations, si elles n'étaient exécutées partiellement ou par des personnes en état de faire grandement les avances nécessaires. En pareil cas, bien souvent, \essemis d'essences ligneuses, particulièrement ceux de Pins qui se montrent généralement si peu difficiles sur le choix des terrains, offrent le meilleur et le plus sûr moyen d'amélioration.

Pour les sols de meilleure qualité, les chances de succès augmentent en raison inverse de la difficulté de maintenir leur fécondité; mais, là encore, loin de sacrifier l'avenir au présent, il faut au contraire savoir ne demander à la terre que ce qu'elle peut produire sans épuisement, et songer, avant tout, à augmenter la masse des fourrages pour obtenir plus d'engrais. Tel est en résumé le

(t) Des colonies agricoles et de leurs avantages. Un vol. in-8°, 1832. Chez Mme Huzard.

AGRICULTURE, TOME I. — l5

grand secret de la réussite ; car il est bien reconnu qu'avecmoins de frais, la somme des fumiers restant la même, on peut tirer davantage de produits sur un champ de moyenne que de grande étendue, et qu'il est infiniment préférable de bien cultiver l'un que de cultiver l'autre en entier.

§11. — Des divers procédés de défrichement.

Trois obstacles matériels peuvent rendre les défrichemens d'une exécution parfois fort difficile et toujours assez dispendieuse. Ce sont : les racines qui occupent le sol , les pierres qui en pénètrent la masse de manière a entraver les labours , ou enfin les eaux stagnantes qui en recouvrent la surface.

Lorsqu'ils ont lieu sur d'anciennes pâtures ou des landes couvertes de sous-arbrisseaux d'une faible consistance, on connaît plusieurs moyens de les effectuer. Un des plus en usage, et dans beaucoup de cas des meilleurs, est d'écroûter d'abord le sol et de brûler ensuite les produits végéto-terreux ainsi enlevés, comme on le dira ci-après en traitant de Xécobuage.

Un second moyen, recommandé avec raison par Thaer, consiste également à enlever, jusqu'à une faible profondeur, la surface du terrain , comme pour l'écobuage ; à diviser les gazons en morceaux irréguliers, et à les mettre en tas avec des fumiers d'étable ou de la chaux, puis à les laisser en cet état jusqu'à ce que leur décomposition soit accomplie. Pendant ce temps, on donne plusieurs labours au champ écroùté, on y répand ensuite le compost, et on l'enterre en semant sous raie ou par un fort hersage. Cette méthode, d'après le même auteur qui l'a éprouvée plusieurs fois, procure des récoltes très-abondantes, et met le sol dans un état de prospérité admirable, parce qu'il en résulte la décomposition absolue du gazon, sa transformation en humus, et une aération plus complète que cela n'aurait lieu de toute autre manière. Mais il est évident qu1 un tel moyen est très-coûteux et ne peut être mis en pratique que sur des espaces peu étendus.

§ IIl. — Défrichemens à la charrue.

D'autres fois on se borne à donner, pendant un an et même deux ans, plusieurs labours successifs, combinés de manière à détruire aussi complètement que possible la végétation des plantes adventices. Le premier de ces labours doit être assez profond seulement pour ramener à la surface la majeure partie des racines, et mettre les au ires dans l'impossibilité de repousser. On le donne dans le courant des mois de décembre, janvier, février et mars, lorsqu'il ne gèle pas trop fort, et que la terre est suffisamment pénétrée et amollie par les eaux pluviales, ce qui contribue à diminuer la résistance qu'offre le labour.

Le défrichement se fait par larges planches et dans la direction la plus convenable à l'écoulement des eaux vers des fossés dont, presque toujours, il convient d'entourer le terrain avant de commencer le travail.

Dès que les gazons renversés sont suffisais neiu desséchés ou pourris, vers le mois

de juillet, on donne un second labour dans le même sens, mais un peu plus profondément, afin de recouvrir les tranches, précédemment soulevées, d'une certaine quantité de terre de la couche inférieure.

D'autres cultivateurs remplacent ce labour par un simple hersage au moyen de la herse roulante (fig. 62 ) qu'ils promènent sur le

Fig. 62.

défrichement dans la direction de la charrue et non en travers, car les mottes n'offriraient dans ce sens que peu de résistance aux dents de la herse sous lesquelles elles rouleraient sans se briser, tandis que, suivant la direction des traits de la charrue, les dents éprouvent une résistance qui favorise leur effet. Un troisième labour, exécuté en travers et suivi d'un hersage vers le mois de mars suivant, contribue encore à ameublir le sol et à détruire de plus en plus les mauvaises her,bes. Il est le plus souvent suivi immédiatement des semailles de printemps; cependant, comme à cette époque la terre n'est pas toujours assez nettoyée, il peut, dans certains cas, paraître préférable de donner encore quelques labours pendant une nouvelle jachère d'été. Dans notre opinion, il est généralement tout aussi convenable pour achever de nettoyer le sol, et beaucoup plus productif, de recourir dèslors à des cultures qui exigent des sarclages, des binages ou des butages.

Toutes les défriches ne peuvent être destinées à produire des céréales ou à être converties en prairies. Il est des sols qu'il serait difficile d'utiliser autrement qu'en les plantant en bois. C'est pour ceux-là surtout ( et dans cette catégorie on doit comprendre une grande partie des landes immenses de la Bretagne, de Bordeaux, etc., etc.), c'est pour ceux-là, dis-je, qu'il convient surtout d'employer la charrue. Cet instrument présente une économie telle, que deux hommes et un bon attelage de 4 ou 6 chevaux, suivant la nature du terrain, défrichent autant de landes en unjour queôOhomn ?s en pourraient faire au pic ou à la pioche en travaillant avec assiduité.

Parmi les charrues qu'on a surtout préconisées pour les défrichemens, il en est certainement fort peu qui donnent des résultats plus saiisfaisans que celle de M. Mathieu

DES DÈFRICHEMENS.

de Dombasle sur les terres enherbées, telles que les trèfles, les luzernes et les vieilles pâtures, même lorsqu'elles exigent un fort tirage. Toutefois, lorsque les terrains sont surchargés de racines ligueuses, la charrue simple ne convient plus autant, parce qu'alors elle devient très-difficile à conduire, et que le système de coutre et de soc de cette charrue n'est pas approprié à un travail qui exige une force aussi extraordinaire. En pareil cas , nous pensons qu'on devra tâcher de se procurer la charrue de M. Trochu {fig. 63 ).

Fig

Son soc est plat, ayant la forme d'une demilangue de carpe bien acérée et aiguisée de son côté oblique. Un large coutre, d'une forme demi-circulaire, tient au soc, étant forgé de la même pièce de fer ; il se termine par une pointe qui dépasse de 10 ou 15 centimètres, ou 4 pouces , l'extrémité du soc à laquelle il fait suite. Trois autres coutres, de longueurs inégalement progressives, suivent le premier. Chacun de ces derniers est denté à sa partie basse, ce qui donne à l'instrument la forme et l'effet d'une scie. Le 1er coutre ,

du côté de l'attelage, s'enfonce en terre d'environ 2 pouces; il entame par deux secousses successives la pierre ou la racine qu'il rencontre. Le 2e coutre, un peu plus long, prend aussitôt la place du premier, et entame comme lui la pierre ou la racine par deux secousses, mais à une plus grande profondeur; le 3e fait le même effet, si ce n'est qu'étant encore plus long que le précédent, il augmente encore de près d'un pouce l'incision faite à la pierre ou à la racine par les 2 autres coutres, qui sont venus avant lui; et il est difficile que l'obstacle résiste à ce 3e choc. Si cependant il n'était pas totalement détruit, le 4e coutre attenant au soc le reprend en dessous , du côté opposé à l'entaille que lui ont faite les coutres précédens, et il ne peut plus offrir, par ce moyen, qu'une dernière et bien faible résistance.

Avec cet instrument très-facile à mouvoir et parfaitement approprié à sa destination , M. Trochu a pu, en attelant au besoin jusqu'à 10 forts chevaux, défricher de certaines landes à grand ajonc.

Terme moyen, le prix de défrichement d'un hectare ne lui coûtait pas cependant au-delà de 100 fr.

M. Lemasne, ayant fait une entreprise de défrichement de landes en Bretagne, a cherché à avoir un instrument à la fois solide , simple et économique, et surtout peu dispendieux. Persuade que , pour assurer l'assiette de la charrue de manière à ce qu'elle pût résister aux plus grands assauts de tirage avec le moins de frottement possible, il parviendrait à ce résultat en renforçant la charrue nantaise déjà forte de sa nature, il y a fait quelques modifications. Il a changé le soc qu'il a rendu plat et tranchant , a ajouté un second coutre au premier, et il a consolidé la flèche et le sep par un boulon de fer transversal qui empêche l'écartement.

Cet instrument n'exige l'emploi que de deux paires de bœufs médiocres. Employé dans des landes prises d'ajoncs et de bruyères, mêlées de pierres, il les a levés facile-

ment. La raie qu'il trace est droite , et les bandes de friche qu'il soulève sont retournées entièrement et avec uniformité.

Dans un défrichement exécuté à la charrue, l'action de cet iustrument a moins pour objet d'effectuer des raies droites et de retourner complète ^ ent le sol, que de le dégager aussi profondément que possible des racines et des pierres qu'il renferme, en les amenant à sa surface. Aussi , la charrue de M. Trochu paraît -elle avoir sur celle de M. Lemasne un avantage qui doit en faire recommander de préférence l'usage, bien qu'elle exige un plus grand nombre de bêtes de trait, et que le prix de sa construction soit plus élevé.

§ IV. — Défricheraens à la main.

Pour opérer sur de petites portions de terrains des défrichemens à la main, on emploie, selon les localités, le pic à pointe et à taillant {fig. 64 ), propre à remplacer en quelque sorte la pioche et la coignée; la tournée ordinaire {fig. 65 ) , ordinairement pré- Fig. 65. Fig. 64.

férée pour ouvrir des tranchées, arracher les arbres, et extraire les pierres d'une moyenne dimension.

On se sert encore de fortes houes, telles que Vécobue {fig. 66 ), fort en usage pour les défriches de gazons, de bruyères ou de genêts, et Yétrapa de Bretagne { fig. 67 ) , également recherchée pour le même usage dans une partie de l'ouest de la France, etc.

Fig. 67.

AGRICULTURE : OPERATIONS AGRICOLES

Fig. 66.

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