I.IV. i
Dans le département du Gers, on supplée à ces instrumens par un autre outil {fig. 68) Fig. 68.
composé de deux fortes dents de fer de 2 centimètres ou 6 lignes d'épaisseur, et de 5 centimètres ou 1 pouce de largeur, et d'une longueur de 20 centimètres ou 10 pouces; un manche en bois de 90 centimètres ou 3 pieds y est adapté ; il permet à l'ouvrier de travailler presque droil. Il peut enfoncer cet instrument dans le sol à une profondeur d'environ 20 centim. ou 10 po., et le travail se fait plus rapidement qu'avec le pic ; aussi, dans les terrains qui ont besoin d'un défonçage moins profond, peut-il être employé de préférence. Parfois, pour déraciner des arbrisseaux, on se sert d'un levier armé à l'une de ses extrémités d'un très-fort trident de fer dont les pointe sont ordinairement 20 po.de longueur (fig- 72). Fig. 69.
« Comme elles doivent pouvoir supporter un grand effort, il faut que la partie de la fourche par laquelle elles tiennent à la douille, et cette douille elle-même , soient aussi trèssolides. C'est dans cette douille qu'on introduit la perche servant de levier, qui doit être épais, de bois dur, si cela est possible de frêne, et avoir 15 à 20 pieds de long. A l'extrémité postérieure de ce manche on attache une corde longue de 8 à 10 pieds, à laquelle est suspendue une traverse, au moyen de laquelle plusieurs hommes peuvent employer à la fois leur force sur le levier. Apres que les plus fortes racines latérales ont été coupées, on chasse le trident sous la souche dans une position inclinée, puis on place au-dessous du manche ou levier, un bloc que l'on rapproche de la souche jusqu'à ce que l'extrémité postérieure de ce manche soit élevée de 10 ou 12 pieds; alors, par le moyen de la traverse attachée à la corde, les ouvriers abaissent la partie postérieure du manche jusqu'à ce que la souche cède à leurs efforts. A l'aide de cet instrument, tout simple qu'il soit, on peut souvent opérer des choses surprenantes, et lorsque ce moyen est insuffisant, des machines plus compli-
quées courraient grand risque de se rompre. » (Thaer, Principes raisonnes d'agriculture. )
Enfin , lorsque ce sont des arbres qui occupent le terrain, on est bien obligé ou d'entourer chacun d'eux de tranchées profondes et de couper leurs principales racines, à mesure qu'on les découvre, pour ensuite entraîner l'arbre entier au moyen d'une corde attachée le plus près possible de la sommité, ou de les abattre rez terre, abandonnant comme salaire toute la partie qui reste dans le sol, et même les menus branchages, aux ouvriers chargés de l'extraction des racines.
La présence de grosses pierres rend souvent la mise en culture des friches beaucoup plus difficile. Dans quelques cas, on trouve économique de les enfouir dans le champ même, à une profondeur assez grande pour ne gêner en rien la marche de la charrue. En d'autres circonstances, si ce moyen n'est pas praticable, si l'on trouve à utiliser les pierres dans le voisinage pour l'entretien des chemins ou pour des constructions rurales, on peut recourir, selon la nature du rocher, soit au pic et au coin du mineur, soit à la
f>oudre à canon, dont l'emploi, qui exige d'aileurs des frais assez considérables, n'est pas malheureusement sans danger en des mains inexpérimentées. Enfin , sans encourir le même inconvénient, on réussit encore parfois assez bien en faisant chauffer fortement la pierre sur un seul point, au moyen d'un feu aussi ardent que possible; et, lorsque cette vive chaleur a produit une dilatation inusitée, en arrosant subitement le bloc avec de l'eau froide, et en le frappant en même temps de lourds marteaux ou de maillets métalliques à manches de bois durs et élastiques comme le houx.
Quant aux obstacles nue peut présenter Veau, en traiter ici serait faire double emploi avec l'article Dessèchement auquel nous devons renvoyer le lecteur.
Vicomte Débonnaire de Gif.
Section \\.—DeTécobuagc.
D'après l'étymologie que M. Desvaux donne du mot écobuage, ce mot dérive du latin scopula, petit balai, ou du celtique scod, bâton, morceau de bois, dont on a fait plus tard écot, écobues. Ecobuer ne s'appliquerait ainsi proprement qu'à l'extraction des fragmens de végétaux qui se trouvent à la surface et dans l'épaisseur des friches qu'on veut mettre en culture. Cependant, on réunit sous la même dénomination non seulement l'incinération de ces fragmens, tiges et racines, encore adhérens à une partie de la terre qui les portait, mais aussi le brûlis de la terre dépouillée de toute végétation.
Cette pratique, dans le sens général que nous devons lui donner ici, comprend donc trois opérations distinctes dont nous nous occuperons séparément, et dont la figure 70 représente l'ensemble.
Le but de l'écobuage, but dont nous verrons plus loin qu'il approche évidemment , dans beaucoup de cas, sans cependant l'atteindre complètement ou toujours, est de débarrasser la couche labourable des plantes
DE L'ÉCOBUAGE.
Fig. 70.
qui en sont en possession; de détruire, autant que possible, jusqu'à leurs germes par l'action du feu; de diminuer directement, en détruisant leurs larves, ou indirectement, en les éloignant par une odeur particulière, la multiplication ou les ravages des insectes nuisibles; de modifier favorablement la disposition moléculaire et les propriétés physiques du sol ; d'ajouter enfin à la puissance fécondante des engrais, de les suppléer même parfois presque entièrement en pratique.
L'usage de Técobuage est fort ancien. On peut juger, d'après les écrits de Virgile, que les bons effets qu'il produit étaient connus et justement appréciés.des Romains du temps d'Auguste. Il s'est conservé en Italie, particulièrement sur les Apennins, d'où il se répandit de proche en proche, d'abord en France, vers le commencement du 17e siècle, et, une 50e d'années plus tard, en Angleterre. De nos jours il n'est pas une contrée d'Europe où il ne soit plus ou moins connu. On écobue principalement les friches couvertes d'arbrisseaux et d'arbustes ligneux ou sous-ligneux, tels que les genêts, les ajoncs, les bruyères; les terres depuis plus ou moins long-temps cultivées en fourrages artificiels vivaces, comme la luzerne, le sainfoin ; les vieilles prairies, les pâtures, les tourbières et les marais nouvellement desséchés.
Eu égard à ces diverses circonstances, les moyens d'opérer ne sont pas tout-à-fait les mêmes.
Art. Ie
Du découpage du sol.
Si ce sont des végétaux de consistance ligneuse qui occupent le sol, quels que soient les moyens dont on aura fait choix pour les déraciner (voy. la sec t. Défriche mens), si l'on ne juge pas plus profitable de les utiliser comme chauffage, on les laisse sécher en partie, et on les réunit ensuite en petits tas équidistans sur toute la surface du champ, pour
les brûler en place, ainsi que je le dirai plus
°l Si l'on doit opérer sur des friches en pâture ou sur de vieilles prairies, la première chose à faire est de détacher le gazon en plaques aussi régulières que possible.- Dans beaucoup de localités on emploie exclusivement pour cela une simple bêche aceree et terminée en pointe triangulaire {fig. 71).
En Angle- Fîff. 72# TpjR. 71,
terre, on fait
fréquemment usage /T\ Il d'un instru- //^ j ment à peu
Eres semblale, auquel on donne le nomdebreast spade y et ,
assez improprement,
celui de breastplough {fig. 72), dont le manche est
légèrement convexe , et
dont un des côtés du fer est parfois relevé en lame tranchante pour couper le gazon latéralement. Après avoir fait pénétrer cette bêche à la profondeur de 1 à 2 po. (0 m. 0,27 à 0 m. 0,54), l'ouvrier la dirige avec force devant lui, et soulève ainsi des espèces de la- , nières plus ou moins longues, qu'il retourne? ensuite sens-dessus-dessous.
D'autres fois, comme un pareil travail est excessif pour un seul homme, on divise d'abord régulièrement le terrain au moyen du tranche-gazon (fig.7Z), et on détache les plaques avec le lève - gazon {fig. 74), soit qu'un ouvrier seul le fasse mouvoir, soit que, au moyen d'un anneau fixé près de la base du manche et d'une corde qu'on y attache , un
118 AGRICULTURE : OPÉRATIONS AGRICOLES
second ouvrier puisse le tirer, ainsi que nous l'avons représenté (Jjg. 70 et 75), tandis que le premier le dirige à peu près à la manière d'une charrue.
Fig. 75.
En Bretagne, sur les landes, on préfère l'étrapa {\oy. fig. 67, page 116), très-commode pour couper entre deux terres les racines d'une certaine ténacité.
Ailleurs on choisit Vécobue (voy. fig. 66, •ag^llô), avec laquelle il est facile de lever des plaques de 2 à 5 po. (0 m. 054 à 0 m. 135) de long sur 6 à 8 po. (0, 162 à 0, 217) de large.
Loudon nous apprend que dans les contrées marécageuses de l'Ecosse, où l'écobuage se pratique sur une grande échelle, on a généralement recours aune charrue {fig. 7 '6) Fig. 76.
dont le coutre est remplacé par un disque métallique tranchant, tournant sur son axe, dont le soc large et plat est relevé en arête acérée, disposée de manière à diviser le gazon en lanières d'une largeur voulue à mesure qu'il est soulevé par le soc, et dont l'entrure est réglée, comme dans Ja charrue belge, par une roulette ou un sabot.
Dans le département du Tarn, M. de Villeneuve a introduit une autre charrue, dont il a donné le dessin {fig, 77), et la description
suivante : «A, deux roues, dont l'une a été enlevée, afin de mieux laisser voir tous les détails de l'arrière-train; B, soc en fer, ayant 1 pi. 2 po. de long sur 10 po. de large, terminé en pointe; C, fort couteau en fer, destiné à
couper le gazon sur le côté opposé au versoir; D, pièce servant à diriger la charrue; E, réunion par une charnière en fer des deux parties de la charrue; elle donne non seulement la facilité de mieux diriger la charrue, mais en même temps celle de replier le train de derrière sur le train de devant porlé par les roues; ce qui rend le transport très-facile; F est le versoir de la charrue ; il a 1 pi. 8 pol de long. »
Une autre machine au moyen de laquelle on peut obtenir des résultats d'une régularité remarquable, est celle de Rey de Planazu. Elle se compose {fig. 78), : 1° d'une partie A armée de 3 à 6 coutres équidistans,
Fig. 78.
e 8 a er trop
droits ou même recourbés en arrière afin de présenter moins de résistance dans le sol, et assez finement acérés pour couper le gazon en bandes parallèles, ordinairement dt 10 po. (0m. 217 à 0 m. 271), sans exi d'efforts de la part du conducteur; — 2° d'une partie B, espèce de soc plat, en forme de bêche à deux ou trois comparlimens,de largeur égale à l'écartement des coutres, destinée à pénétrer le sol à la profondeur voulue, et à détacher les bandes de gazon dont je viens de parler en plaques régulières, par un travail à angle droit du premier, comme on a cherché à l'indiquer {fig. 70); — 3° et enfin, d'un avant-train propre à recevoir indistinctement et lour-à-tour les deux parties A et B. Mais, malgré l'économie de temps et de main-d'œuvre que peuvent présenter les machines perfectionnées dont je viens de parler, elles ne sont guère connues que sur de grandes exploitations et dans les contrées où la pratique de l'écobuage est fréquente. La charrue a versoir ordinaire, nonobstant l'irrégularité de ses résultats , attendu qu'elle se trouve partout, est assez communément employée. Entre des mains exercées, si on remplaçait le coutre par un disque coupant et tournant, et si, comme cela se pratique en Angleterre, au dire de sir John Sinclair, on adaptait seulement un soc à écobuer, elle deviendrait, à peu de frais, d'un usage infiniment plus commode. — Au reste , quoique l'emploi desinstrumensmus à bras d'homme soit certainement plus dispendieux, il est cependant assez commun, non seulement
DE L'ÉCOBUAGE.
parce qu'il ne nécessite aucune for le dépense d'acquisition première, mais aussi parce que tous les terrains ne se prêtent pas également, par leur régularité, à i'écobuage aux charrues.
On ne donne pas toujours aux plaques de gazon la même épaisseur. Ordinairement on écroûte seulement le sol à la profondeur de un ou deux pouces ( 0 m. 0,27 à 0 m. 0,54 ). Il est des circonstances où, pour augmenter la masse des cendres végétales et de la terre brûlée, il ne peut y avoir que de l'avantage à pénétrer plus avant.
Lorsque les plaques ont été détachées d'une manière ou d'une autre, pour les faire sécher, on les laisse quelques jours sens-dessus-dessous, et on les retourne ensuite, afin d'exposer la face gazon née au soleil. Enfin, s'il en est besoin, on les oppose deux-à-deux, par leur sommet, en forme de petites tentes, comme nous l'avons représenté figure 70.
Art. il. — Du brûlis des terres contenant des
végétaux.
On n'emploie pas les produits de l'écobuage exclusivement en les soumettant à l'action du feu; on les utilise encore, quelques-uns du moins, comme engrais et comme amendemens, soit en les enterrant à la charrue sur le sol même dont on vient de les arracher, soit en les déposant au fond de chaque tranchée de défoncement, soit enfin de toute autre manière. Je n'ai à m'ocuper ici que des brûlis.
Quelquefois on fait brûler à la surface du terrain tous les -végétaux frute s cens et suffrutescens qu'il a produits; plus communément on ne brûle que leurs racines, après les avoir réunies, comme je l'ai indiqué au commencement de l'article précédent, en petils morceaux, auxquels on met le feu avant leur entière dessiccation. De celte sorte, on enrichit le sol de stiinulans favorables à un surcroît de ferliliie, sans diminuer sensiblement la proportion des matières fermentescibles qui sont reslées dans la couche de terre labourable, mais aussi en ne soumettant qu'une faible partie de celle-ci à l'action du feu.
On brûle assez souvent les chaumes, et parfois même, dit-on, dans le Lincoln, de la paille, qu'on répand à cet effet à la surface du sol dans la proportion d'environ 5 tons par acre, ou 1250 kilog. par hectare. Aux en Niions de Bayonne et ailleurs, dans le midi et l'ouest de la France, en Espagne, etc., la première de ces pratiques s'est continuée sans interruption.
Pour les résidus tourbeux et les plaques gazonnées qui retiennent fort peu de terre, les ouvriers les amoncèlent à la dislance de 10 à 12 pi. (3 à 4 mètres). Il est facile de les enflammer au moyen d'une petite quantité de cendres incandescentes prises sur les tas dont la combustion s'achève.
Il arrive fréquemment dans les marais, dit John Sinclair, au lieu d'amasser les gazons en tas de les brûler incomplètement en les laissant répandus à la surface dans l'état où
les a laissés la bêche à écobuer, et cette pratique est suivie d'excellens effets.
Mais, lorsque les plaques contiennent une plus grande quantité de matières terreuses, tous ces procédés deviennent insuffisans. Voilà celui qui a été recommandé le plus communément, d'après notre célèbre Duhamel. — On construit avec les plaques, enles superposant à plat, la face gazonnée la première, de petits fours (Voy. fig. 70) d'un à deux pieds de diamètre dans œuvre, au bas desquels on a soin de ménager, sous le vent, une ouverture carrée de 8 à 10 pouc. (0m 217 à 0m 271), et qui se terminent à la partie supérieure par une autre ouverture destinée à activer, au premier moment, la combustion des broussailles diverses dont on a rempli complètement la cavité du four avant de l'achever.— Dès que le bois est allumé convenablement, on ferme, avec de nouvelles plaques, la porte et la cheminée; on bouche même les fentes par lesquelles la fumée pourrait s'échapper trop abondamment, précisément comme les charbonniers le font à leurs fourneaux. — Dans cet état, la combustion continue lentement jusqu'à ce que la masse entière ait subi ses effets.
Un tel moyen est incontestablement fort bon; toutefois, par sa régularité même, il entraîne des frais de main-d'œuvre considérables. Il est un autre procédé plus simple, fort en u^age dans la Catalogne frauçaise et espagnole, dans une grande partie de la Provence, el, d'après M.Gaston de La Beaume, dans toute la belle vallée du Grésivaudant. Voici la description qu'en a donnée mon vénérable collègue M. de Lasteyrie: «Comme les plaines de la Catalogne sont dépourvues de bois, les cultivateurs vont chercher sur les coteaux ou montagnes voisines des broussailles, des racines de lavande, de romarin, etc., pour la combustion de leurs terres (1). Après avoir labouré une ou deux fois le champ qu'ils veulent brûler, ils placent sur toute la superficie, à des distances convenables, de petits fagots pour l'ordinaire de forme presque ronde et quelquefois plus alongée : un ouvrier forme les monceaux, que les Espagnols nomment formigas , par allusion à l'habitation des fourmis; on leur donne 1 mètre de base sur 3 ou 4 d'élévation, et on ramène avec un râteau la terre qu'on range autour des fagots jusqu'à ce qu'il s'en trouve une suffisante quantité pour la formation du monceau. On recouvre le fagot des mottes de terre les plus grosses, ayant soin de laisser au sommet une petite ouverture pour le passage de la fumée et de l'air. C'est par cette ouverture qu'on met le feu, après avoir recouvert le fagot de quelques poignées de chaume, de paille ou autres combustibles facilement inflammables.... Ceux qui construisent lesformigas se contentent de laisser,dans la partie supérieure, de petits interstices entre les mottes pour donner accès à l'air. Après avoir entassé sur le fagot de petites mottes, on recouvre celles-ci avec la terre fine que l'on enlève au moyen d'une houe
(t) Cette méthode décrite ici pour la combustion des terres dépouillées de végétation dont nous nous occuperons plus spécialement dans la section suivante, est cependant applicable et souvent appliquée aux brûlis des plaques engazonnées. C'est sous ce point de vue que je la reproduis ici.
ordinaire. Les monceaux ainsi disposés, on y met le feu et l'on a soin, durant la combustion, de jeter de la terre dans les endroits où la fumée sort en trop grande abondance; on bouche pareillement le trou par lequel on a mis le feu. Lorsque le monceau s'affaisse par l'effet de la combustion, on y jette un peu de terre afin d'en exposer la plus grande quantité possible à l'effet de la chaleur et de la fumée. »
Dès que les résidus de l'écobuage sont suffisamment refroidis > on répand les cendres le plus également possible à la surface du champ, par un temps humide et calme, afin d'éviter les effets du vent, et sans attendreque des pluies fortes ou continues aient pu entraîner, au profit d'une partie du sol seulement, les substances solubles qu'elles contiennent. —Il est avantageux de ne différer cette opération que le moins possible, et, par la même raison, de la faire suivre promptement d'un premier labour, auquel il importe toutefois de ne donner que peu de profondeur.
Le moment le plus convenable pour les brûlis est donc celui qui précède immédiatement l'époque des semailles.
Presque toujours on établit les fourneaux ou les monceaux qui les remplacent à des dislances égales de manière à employer, sur la surface du terrain, tous les produits qu'on lui a enlevés ; or, comme la nature et la quantité de ces produits sont essentiellement variables, il serait aussi difficile, en théorie qu'en pratique, d'indiquer des proportions hxfs.
Quant aux frais de main-d'œuvre, ils varient aussi d'une manière impossible à préciser, selon la ténacité du sol, l'espèce des herbes qui le recouvrent, les instrumens qu'on emploie, et le prix des journées dans chaque localité. Le dégazonnement étant l'opération la plus longue et la plus pénible, entraîne une assez forte dépense que l'usage des charrues peut réduire considérablement.
Art. iii.-
-Du brûlis de la terre dépouillée de toute végétation.
Jusqu'à présent nous ne nous sommes occupés que du brûlis des végétaux eux-mêmes, ou de la terre qui contenait en plus ou moins grande quantité diverses parties végétales. Avant de parler des effets de l'écobuage, il me reste à traiter du brûlis de la terre seule, c'est-à-dire dépouillée de toute végétation.
Cette pratique , qui semble de nos jours acquérir une nouvelle importance , est déjà ancienne. Dans son Country Gentlemann's companion, imprimé à Londres en 1732, Stephe\ Switzer cite le comte de Halifax comme l'inventeur de cet utile procédé, qui était dès-lors fort répandu dans le Sussex. Il donne deux dessins de fourneaux employés, l'un en Angleterre, l'autre en Ecosse, pour brûler l'argile. Il affirme que des terres appauvries par la culture peuvent produire une excellente récolte de turneps, si, après avoir été labourées plusieurs fois, elles sont amendées avec des cendres argileuses. Il rapporte enfin diverses lettres écrites en 1730 et 1731, qui établissent que sur plusieurs points des
OPERATIONS AGRICOLES. liv. ier.
des effets supérieurs à ceux de la chaux et du fumier. — Ellis, dans son P radical farmer, fit connaître tout au long, la même année, la manière de conduire cette sorte de brûlis. En 1786, James Arruthnot, de Peterhead, tenta sur le même sujet plusieurs expériences heureuses qui furent répétées dans divers comtés. — En 1814, Craig chercha à faire revivre la même pratique, qui paraissait avoir été abandonnée à cause des frais qu'elle entraînait, et peu de temps après lui, le général Beatson, Curwen , Burrows, Cartwright et plusieurs autres, attirèrent de plus-en-plus sur elle l'attention des cultivateurs.
La méthode la plus ordinaire de brûler V argile en Angleterre , est , d'après Loudon, de former un carré long de 15 pieds sur 10, au moyen de plaques de gazon qu'on élève en petites murailles de 3 \ à 4 pieds. — A l'intérieur de cette construction, on dirige diagonalement des conduits d'air q^ui aboutissent à des ouvertures ménagées a chaque angle, et qui sont formés de plaques gazonnées , posées sur champ, à des distances telles les unes des autres, que d'autres plaques placées horizontalement puissent les recouvrir facilement. — Dans le quadruple intervalle qui se trouve entre ces conduits et les murs extérieurs, on allume d'abord un feu vif de bois et de gazons bien secs, puis on remplit en entier toute la cavité supérieure de ces derniers qui prennent feu très -promptement, et sur lesquels, dès qu'ils sont suffisamment incandescens, on jette l'argile en petite quantité chaaue fois, mais aussi souvent que le permet l'intensité de la combustion. — Les conduits d'air ne sont vraiment utiles que pour commencer l'opération, car les plaques qui les forment sont bientôt réduites en cendres. — L'ouverture qui se trouve sous le vent est seule laissée ouverte ; il serait nécessaire de la clore et d'en déboucher une autre si celui-ci venait à changer de direction. — A mesure que l'intérieur de la construction se remplit d'argile, on élève les murs extérieurs de manière qu'ils dépassent constamment au moins de 10 pouces les plus hautes mottes, dans le but d'empêcher l'action du vent sur le feu. Lorsque la flamme se fait jour sur quelque point d'un de ces murs, comme cela arrive assez souvent, surtout lorsque la sommité du brûlis est surchargée d'argile, la brèche doit être immédiatement réparée, ce qui ne peut parfois se faire qu'en élevant un nouveau mur apposé parallèlement à celui qui menace ruine et qui, dans cette nouvelle position, se consume rapidement.
La première condition de succès pendant l'opération, c'est que chaque mur soit assez hermétiquement clos, et la partie supérieure du monceau recouverte constamment d'une quantité d'argile suffisante pour que l'air extérieur ne puisse, en pénétrant tout-à-coup dans la masse, arrêter l'incandescence. — De tels fourneaux exigent presque les mêmes soins que ceux dont on fait usage pour la fabrication du charbon.
Une seconde condition, c'est que cette même argile soit brûlée humide; sèche , elle se dur-
îles Britanniques, l'argile brûlée a produit [ cirait au feu en forme de brique, et ne pra-
chap. 5. DE L'ÉCOBUAGE.
duirait plus tous les effets qu'on en attend. — Humide, au contraire, elle donne après la combustion des mottes poreuses que le moindre choc réduit facilement en poussière.
En suivant la méthode de Cartwright, au lieu d'élablir de simples conduits d'air et de recouvrir à plat le combustible par l'argile, après avoir creusé une tranchée de 3 pieds de profondeur et de largeur, sur une longueur de 20 pieds, on la recouvre d'une voûte en briques, grossièrement maçonnée, et percée de trous nombreux pour laisser passer la flamme. On élève ensuite à 2 pieds de chacun des côtés de ladite voûte, sous laquelle sont entassés les combustibles, des murs de plaques de gazon semblables à ceux dont il a déjà été parlé, et l'on conduit du reste l'opération a peu près de la même manière que dans le cas précédent, c'est-à-dire qu'on recouvre les mottes d'argile de nouvelles mottes, à mesure que les premières commencent à prendre la couleur rouge obscure, indice de leur vive chaleur. — D'après ce procédé, Cartwright a calculé que son argile brûlée lui revenait à 1 fr. le tombereau de 20 pieds cubes, c'est-à-dire un peu moins qu'au général Beatson, puisque ce dernier estime au même prix les 16 pieds cubes.
Mais il est des moyens plus économiques. — M. de Schiivdler, en Autriche, sans autre construction préalable, fait disposer les mottes de terre en monceaux volumineux, et en quelque sorte à claire-voie ; à leur base on ménage des conduits destinés à recevoir une quantité suffisante de bois refendu de trois pieds. — Il obtient ainsi, pour le prix de 8 fr., jusqu'à 24 chariots.
Enfin, dans d'autres lieux, on imite \eprocédé espagnol, à cette seule différence près qu'on creuse une étroite tranchée, sur laquelle on dépose les fagots de manière à en former une espèce de voûte propre à recevoir les amasoblongs qui remplacent les/ormigas; ou bien encore, en élevant les monceaux de mottes, on les stratifié , pour ainsi dire, avec des branchages, des bûches; ou mieux, dans les localités où l'on peut s'en procurer, avec des plaques de tourbe, dont les cendres ajoutent puissamment à l'énergie de l'amendement.
Le général Beatson emploie V argile brûlée une fois par rotation, c'est-à-dire tous les quatre ou cinq ans, à raison de 20 charretées de 16 boisseaux par acre ou 800 pi. cubes par hectare.— Lorsqu'il sème du froment sur du froment, ce qu'il croit pouvoir faire sans inconvénient d'après sa nouvelle méthode, parce que le terrain se maintient propre, il augmente d'un tiers la dose ordinaire.— Cartwright s'est bien trouvé d'en répandre environ un cinquième de plus. — On conçoit que ces proportions puissent varier encore en plus avec avantage, lorsque le surcroît de dépense n'est pas. un obstacle.
L'application de cet amendement est, du reste, à peu près la même que celle de la chaux. — Lorsque, par suite de l'humidité atmosphérique ou d'une division mécanique, toujours facile quand l'opération a été bien faite, l'argile est réduite en cendre ou plutôt en poussière, on la répand, aussi également que possible, à la surface du sol, et on l'en-
terre par un léger labour avant ou en même temps que la semence. D'autres fois on la transporte et on l'étend sur les vieux trèfles avant de les enfouir.
On peut brûler de la même manière toutes les terres fortes et les diverses marnes argilo-calcaires. — Les résultats ne paraissent pas être sensiblement différens, quoique, dans ce dernier cas, il puisse cependant se produire une quantité plus notable de chaux.
Art. iv. — Des effets de l'écobuage.
§ Ier. — Effets chimiques et physiques.
L'écobuage exerce sur la végétation et sur le sol une double action. — Il agit chimiquement et physiquement.
Chimiquement , surtout lorsqu'on l'opère sur des végétaux dépouillés de terre ou sur des terres qui contiennent une quantité notable de racines ou d'autres parties végétales, en produisant divers sels dont la propriété stimulante a dû nous occuper ailleurs ; — peut-être, dans certains cas, conformément aux théories allemandes, en modifiant les particules terreuses de manière à les rendre plus solubles dans l'acide humique ; — en favorisant diverses combinaisons nouvelles favorables à la nutrition des plantes ; — enfin en pénétrant les terres soumises à son action de principes volatils, dont la présence se manifeste, pendant un temps fort long, au simple odorat, et dont j'ai lieu de croire que la puissance fécondante n'a pas été appréciée à sa valeur.
Physiquement , surtout lorsqu'on l'opère sur des terres dépouillées de végétaux ou qui n'en contiennent que des quantités inappréciables, en diminuant la consistance du sol. Ainsi que l'a déjà dit notre collaborateur Payen, la plupart des propriétés physiques changent par suite de la combustion. L'argile pure, qui formait la terre la plus compacte, devient friable, perd sa ténacité au point qu'il n'est plus possible de la lui rendre en l'humectant, et qu'elle ne revient qu'insensiblement, peut-être jamais, à son état primitif;—en détruisant, par suite de ce premier effet, la tendance des terres fortes à se sur-saturer d'eau, et en les rendant conséquemment plus accessibles à la chaleur solaire;—en augmentant leur porosité, ce qui les dispose à une absorption plus grande des gaz atmosphériques, tout en favorisant l'extension des chevelus. Si, en général, les terres recuites perdent, en partie, surtout lorsqu'elles ont été chauffées jusqu'à la calcination, la propriété chimique de se combiner à de nouvelles quantités d'oxigène,il est certain qu'elles acquièrent, par l'effet d'un feu moins vif, une disposilion plus grande à se pénétrer, par simple addition, de ce gaz et de tous ceux avec lesquels elles se trouvent en contact. — Telle est particulièrement la disposition des argiles.
§ II. — Terres qu'il convient d'écobuer.
D'après de tellesconsidérations, je n'aurai que peu de choses à ajouter pour indiquer quelles sont les terres qu'il est avantageux