‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 84 sur 329 · OPÉRATIONS AGRICOLES · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS AGRICOLES

Fig. 95.

JLIV.

comble successivement les intervalles ae •&> épis, et donne chaque jour à ceux-ci plus de consistance.

Les épis et la partie du talus en clayonnage furent exécutés par des ouvriers hollandais, sous la direction de M. Plantier, sur un banc d'argile d'un mètre de hauteur. Une couche de paille, épaisse de 5 centimètres, fut consolidée en travers par des cours parallèles de saucissons en paille. Ces liens, distans de 20 centimètres de Centre en centre, furent confectionnés etenfoncés de 20 centim. dans l'argile, au moyen d'instrumens particuliers

{fig. 94 ), et à chaque intervalle de 30 centimètres, comme cela est indiqué dans le plan et la coupe figurés du revêtement en paille (y^.95 et 96). Audsssus de la paille, on posa 2 rangées de fascines {fig. 97 et 98 ), dans le sens de la ligne

Fig. 96.

Fig. 98.

Fig. 97.

de plus grande pente. Ce lit de fascines et de paille fut traversé par des piquets à crochets, distans entre eux de 25 à 33 centim. dans le sens du talus et de 40 centimètres sur l'horizontale. On dépassa ainsi les fascines de 30 cent., et on affleura le revêtement en maçonnerie du bec de mer; un clayonnage, haut de 30 centimètres, relia les piquets d'une même horizontale, et ils furent tenus par leurs crochets de Vête; une grosse biocaille remplit les intervalles des tunages. Les 50 premiers mètres d'épi sont à tunes serrées, distantes de 20 centimètres; le reste est en tunage biocaillé décrit ci-dessus.

L'officier supérieur qui nous fournit ces détails regarde cet ouvrage comme unique en France, et peut-être en Europe : commencé en 1825 et terminé en 1828, il a coûté 500,000 francs ; toute l'île de Noirmoutiers se trouve préservée d'une inondation qui paraissait imminente.

J.-C.-F. Ladoucette.

Un autre travail qui mérite également d'être cité pour exemple, c'est Vendiguage de la baie de Kurnic. La digue est longue d'environ

DESSECHEMENT DES MARAIS.

1340 pieds et haute de 20 pieds. Sa largeur varie de 50 à 120 pieds. Hors de toute atteinte désormais, elle préserve d'une manière certaine le territoire qu'elle domine. Moins d'un an a suffi au propriétaire actuel du Rurnic, M. Derrien, pour construire ce môle; il est formé sur ses deux flancs d'amas de pierres grossières rangées sur deux files; l'intervalle compris entre ces deux lignes de défense, a été comblé par un double mur de gazon et de sable blanc. Les parois extérieures ont ensuite été garanties par une maçonnerie sèche. Maintenant la mer apporte contre le pied de la digue des sables dont l'entassement s'accroît tous les jours et qui formeront un bouclier indestructible. Les varecs commencent aussi à lier entre elles les pierres du môle. Au total l'état de celui-ci est parfait et ne laisse prise à aucune inquiétude.

Nos côtes fourmillent d'anses et de baies susceptibles d'être enlevées aux flots , et dont l'endiguement présenterait assez peu de difficultés. Les terres ainsi arrachées à la mer sont toutes, comme on le sait , dune admirable fertilité, et les essais multipliés qui ont été faits ne laissent plus aucun doute sur la possibilité d'en obtenir la plus riche production. On peut donc affirmer sans crainte que les plus Délies affaires agricoles de notre pays sont dans le dessèchement des baies susceptibles d'être fermées. Malheureusement les lais de mer, si propres à la fondation de vastes fermes modèles, n'ont été obtenus jusqu'à présent que difficilement, et le gouvernemeut a toujours été fort avare de concessions de ce genre. Espérons mieux des ministres actuels qui ont promis de mettre désormais en adjudication les terrains de cette espèce que l'industrie pourrait réclamer. C. B. de M.

Section iv. — Du dessèchement des marais et des terres marécageuses , et de leur mise en valeur.

L'eau, si nécessaire à la végétation, est quelquefois , par sa surabondance, un obstacle à la culture, et il existe en France près d'un million d'hectares de terres incultes et improductives par la présence constante, ou à de certaines époques de l'année, d'eaux qui en forment des marais. La grande quantité de plantes aquatiques qui vivent dans les terrains marécageux et dont les débris enrichissent le sol, l'activité de végétation que procure une humidité modérée, les avantages des arrosemens dont il est facile de se réserver la possibilité, font du dessèchement des marais une des améliorations agricoles les plus fructueuses , lorsque les résultats en ont été bien conçus et que l'exécution en est bien dirigée ; sans parler encore du bu* pliilantropique de ces entreprises qui assainissent le pays et transforment en fertiles guérets des foyers d'exhalaisons insalubres et de fièvres intermittentes toujours perfides pour la population.

Le dessèchement des grands marais nécessite des travaux d'art et un ensemble d'opérations pour lesquels l'intervention du gouvernement est obligatoire : ces difficultés, jointes aux capitaux considérables que ces

belles entreprises exigent, expliquent pourquoi un si petit nombre ont été mises à exécution. Nous ne nous occuperons ici de ces grands travaux que pour les parties qui ont besoin du concours et des lumières des agriculteurs; le surplus dépasse les limites ordinaires de leur capacité, et exige tout à la fois la réunion de puissans capitalistes et de très-habiles ingénieurs. C.B. de M.

Art. Ier. — Observations générales sur les causes de l'existence des marais et sur les moyens de les assainir.

Le choix des moyens qu'on doit employer pour assainir et livrer à la culture les terrains marécageux doit varier suivant les dispositions locales. Nous allons considérer successivement ceux dont l'expérience a le plus éminemment constaté l'utilité.

Quand il y a déclivité quelconque du terrain , on doit en profiter pour diriger les eaux vers le cours d'eau qu'il est le plus facile d'aborder; mais les terrains creux ou sans pente, exposés à subir des inondations ou à recevoir des sources, et dont le sol est de nature à conserver l'eau, peuvent éprouver, de sa stagnation, des préjudices d'autant plus importans et redoutables qu'outre les pertes qui en rejaillissent immédiatement sur l'agriculture, il en résulte une insalubrité qui a souvent les suites les plus déplorables pour la santé et. même pour l'existence des hommes et des animaux.

Lorsque le terrain présente de telles dispositions, il faut tâcher de reconnaître le soussol et la nature des couches inférieures, en recourant à cet effet à des sondages qu'on peut faire aisément au moyen des sondes employées ordinairement dans ce but.

Si on reconnaît que les couches imperméables du sous - sol peuvent être traversées jusqu'à ce qu'on arrive à une couche inférieure dont la perméabilité promet de donner l'issue qu'on veut obtenir, il faut pratiquer des/oragesque l'expérience a rendus faciles,et si le terrain présente une certaine étendue, on doit recourir à de bons nivellemens pour reconnaître l'inclinaison des couches afin de se régler sur ces inclinaisons.

Si la nature ou l'épaisseur des couches imperméables s'oppose à l'assainissement au moyen du forage de ces couches, on peut, par suite de bons nivellemens, pratiquer des tranchées à/onds de pierres, dirigées vers une déclivité plus ou moins éloignée,et recouvertes ensuite de terres, de sorte que le sol ne perde rien de ce que sa superficie peut offrir à la culture. Quand la pierre est rare, on peut remplir ces tranchées de Jascines de mauvais bois, ou même de paille si le bois est trop cher.

Dans les pays où la brique est à bas prix] on en fait qui sont propres à recouvrir les tranchées.

Mais lorsque les marais sont au-dessous des cours d'eau voisins , qu'ils forment ainsi des espèces de lacs, et cjue le forage ne peut être employé avec succès, il faut recourir à des épuisemens qui ne s'opèrent généralement qu'avec desouvrages d'art, lesquels exigent souvent de grands moyens et des dépenses doot on doit se rendre préalablement compte, tels

AGRICULTURE : OPÉRATIONS AGRICOLES

liv. îf

que des moulins h vent qui mettent en mouvement des roues a pot ou des vis d'Archimède, placées quelquefois à divers étages superposés pour atteindre le niveau du seuil que les eaux doivent franchir pour trouver 'leur écoulement.

Aujourd'hui, on emploie même à un but si important la force motrice des machines à vapeur. Pour élever les eaux, ces machines à vapeur mettent en action des roues d'un grand diamètre pourvues d'aubes qui prennent l'eau dans le niveau à dessécher et la font monter et déverser au-dessus du niveau du seuil qu'il faut franchir.

Il est digne d'un gouvernement de s'occuper de tels travaux pour assainir et vivifier des contrées entières, et la Hollande présente des exemples de ces moyens d'amélioration, non moins admirables par la grandeur de leur conception et la perfection de leur exécution, que par l'étendue des avantages et même des bénéfices qui en résultent, malgré les dépenses qu'ils exigent.

Nous avons vu sur les lieux mêmes, et notamment près le beau canal d'Amsterdam au Helder, qui reçoit des vaisseaux de ligne, de vastes lacs convertis ainsi en beaux pâturages, et nous citerons entre autres le lac Burmster dont la superficie était d'environ 10,000 hectares et dont le fond était de 5 mètres audessous de la basse mer.

Du reste, ces grands travaux nécessitent des capitaux et des connaissances epe nous ne devons pas supposer aux propriétaires et aux cultivateurs auxquels nous parlons, et par cette raison nous n'entrerons pas à cet égard dans plus de détails.Lorsque ces vastes et belles entreprises ne sont pas exécutées par le gouvernement, elles doivent l'être par de puissantes compagnies de capitalistes, qui s'adressent à des ingénieurs habiles pour dresser les plans et projets et diriger l'exécution des travaux jusqu'à leur perfection ; pour ces entreprises, souvent longues et fort dispendieuses, il faut ordinairement le con cours d'un grand nombre de propriétaires, et lorsqu'on ne peut l'obtenir amiablement, il faut se prévaloir des dispositions de la loi du 16septembre 1807, qui ré^le lemoded'exécution des travaux, celui d'acquittement des indemnités dues, et des expropriations dans le cas où elles sont indispensables. On voit

encore que ces spéculations sortent du domaine de l'agriculture. Quoi qu'il en soit , lorsque les travaux de dessèchement sont

achevés et les terrains rendus cultivables une nouvelle série de travaux véritablement agricoles commence, et nous devrons parce motif nous y arrêter; ce sera l'objet de l'art. III.

:. — Desséchemens par remblaiement et par colmates.

Il est un moyen d'assainissement applicable à certaines localités et auquel on donne généralement la dénomination de colmate.

Avant de nous en occuper plus particulièrement, nous ferons observer que quelquefois certaines localités indiquent comme

moyen d'assainissement le remblaiement du sol par des terres rapportées, qu'on répand sur la surface en quantité et jusqu'à une hauteur telles que le dessus du remblai soit suffisamment élevé pour l'écoulement des eaux pluviales, et supérieur aux eaux courantes qui peuvent le traverser. Ce moyen, toujours très-dispendieux , est souvent impraticable , soit par la grande étendue du sol marécageux, soit par le manque de terres nécessaires pour le comblement : nous l'avons cependant vu employé, en grand et avec succès, à Lyon, près du confluent du Rhône et de la Saône , sur l'emplacement où l'on établit actuellement le beau quartier Perra< hr.

Le moyen connu plus part iculièrement sous la dénomination de colmates, consiste à diriger des eaux troubles dans les fonds où elles peuvent déposer , au moyen de dispositions convenables , les terres qu'elles tiennent en dissolution. Il est très-répandu en Italie, où l'on s'en est servi depuis long-temps, et où l'on continue d'en faire usage avec beaucoup d'avantage et de profit. Plusieurs auteurs estimés ont donné des préceptes généraux sur la méthode des colmates (1), et nous renvoyons à leurs ouvrages, car il sérail difficile d'analyser ce qu'ils ont dit sur cette matière.

Nous nous bornerons à observer que le succès de l'emploi de la méthode des colmates tient principalement à la promptitude avec laquelle on expulse, du terrain qu'on se propose d'exhausser par alluvion, les eaux limoneuses qui y ont été introduites, lorsque ces eaux, ayant déposé leur limon, sont devenues claires; c'est par la rapidité de cet écoulement qu'on se procure le double avantage et de renouveler le plus souvent qu'il est possible, pendant un temps donné, les eaux troubles sur la surface du sol à colmater, et de réduire à rien ou à très-peu de chose le mélange de ces eaux troubles avec les eaux déjà clarifiées.

Il est donc manifeste que l'établissement d'un système de colmates suppose l'établissement préliminaire d'un système d'écoulement, et que la réussite du premier dépend absolument de la perfection du second; bien entendu que les eaux destinées à former les alluvions satisfont encore à d'autres conditions indispensables.

D'un autre côté, on concevra aisément, avec quelques réflexions, que, lorsqu'un système d'écoulement est établi conformément aux principes exposés ci-dessus, rien n'est plus aisé, si on le juge convenable, que de s'en servir pour faire des colmates, soit sur la surface entière du sol à bonifier, soit sur quelques parties de cette surface, l'introduction et l'expulsion des eaux troubles n'exigeant que la construction de quelques ouvrages faciles et bien connus , qu'on exécute sans rien changer d'ailleurs au système des canaux et des fossés d'écoulement.

Nous avons vu sur les lieux mêmes de beaux exemples de résultats obtenus en France par l'emploi des colmates, surtout dans le midi; nous citerons entre autres l'attérissement progressif de Y étang de Capes tang (caput

fj) Les traités de Guglielmïni, Nutura de'fiumi; deZENDRiNi, Leggi e fenomeni dell'acque correnti: Fossombroni , Memnriv idraulicQ-storico sopra la Val-di-Chiana, ete.

CHAP. 5e.

DESSÈCHEMENT DES MARAIS

stagni), dont la superficie était de près de 2,000 hectares et qui est situé à environ 12,000 mètres de la ville de Narbonne et 1200 du canal du Midi. Par suite de mesures prises relativement à ce beau canal et au dessèchement de cet étang qui était d'une grande insalubrité, on dérive à volonté les eaux de l'Aude, lorsque ses crues lui font charrier des troubles considérables et rendraient l'approche de cette rivière dangereuse pour le canal , et on introduit alors les eaux de l'Aude dans l'étang de Capestaug , avec des moyens combinés de manière à effectuer le plus efficacement possible le dépôt des troubles que charrie cette rivière clans ses crues.

Nous citerons, dans le prolongement de la même ligne navigable, l'attérissement progressif de Y étang de Mauguio, autrefois traversé par le canal des Etangs qu'on en a séparé , et qui s'attérit par le dépôt des eaux du Vidourle; cette rivière torrentielle, lors de ses crues, charrie et dépose dans cet étang les troubles qu'elle reçoit dans son cours à partir des montagnes des Cevennes, et le comble ainsi progressivement. — Nous citerons encore les beaux attérissemens qui se font par des moyens analogues et des colmates, à l' embouchure du canal de Beaucaire a Aigues- Mortes y ancien port où s'embarqua saint Louis pour la Terre-Sainte, et maintenant séparé de la mer par un espace de 12,000 mètres d'attérissemens déposés par les torrens dont les crues se dirigent sur ce point.

Nous devons citer pour exemple de dessèchement par un moyen opposé, par celui de l'écoulement, l'étang de iMarseillette dont la superficie était de plus de 2,000 hectares, et qui, entièrement assaini maintenant , voit prospérer dix-huit fermes ou métairies sur son sol autrefois entièrement sous l'eau (l).Nous pourrions citer de nombreux exemples de ce genre , pratiqués en France depuis redit d'Henri IV et les mesures prises par ce bon roi pour les desséchemens; mais, comme ce qu'il y a de plus important ici est d'exposer les systèmes ou moyens reconnus les plus avantageux, nous allons en donner les principales idées.

§ II. — Dessèchement par un système de. canaux.

Pour les desséchemens des grands marais qui se trouvent généralement dans des vallées ayant peu de pente , où affluent des rivières , des torrens et des ruisseaux qui n'ont pas de lit , ou qui en ont d'insuffisans pour le débit de leurs eaux, le problème à résoudre consiste à ouvrir un canal principal et des canaux secondaires qui soient capables d'écouler les plus grandes eaux, et de les maintenir au-dessous des terrains les plus bas à dessécher.

Ce problème peut avoir un grand nombre de solutions : la meilleure est celle qui atteint le but désiré avec la moindre dépense possible , et qui lègue à l'avenir des ouvrages stables et d'un entretien peu dispendieux.

Pour arrivera ces résultats, il faut commencer par reconnaître , niveler et jauger les différens cours d'eau dans toutes les saisons de l'année; il faut en étudier avec soin le régime* examiner les surfaces inondées et la nature du sol , et dresser un plan général de nivelle » ment et de sondes de tout l'ensemble des marais. Cela fait, il faut s'occuper d'écouler les affluens principaux en les isolant autant que possible des eaux locales, et en débouchant celles-ci dans les premières le plus en avaî possible, ou assez loin pour que les accrues ou remous ne se fassent pas sentir jusque sur les parties basses à assainir. C'est par le même motif que l'on a éloigné , à Lyon , l'embouchure de la Saône dans le Rhône, à Grenoble, l'embouchure duDrac dans l'Isère, et à Avignon, l'embouchure de laDurance dans le Rhône.

On doit diriger les canaux des affluens le plus directement que faire se peut, vers le débouché général des marais , et éloigner ces affluens des parties basses pour les établir au contraire sur les faîles ou parties hautes. Par ces dispositions importantes , les canaux principaux ont une pente plus forte et mieux soutenue, les eaux ont plus de vitesse et moins de section, les déblais sont diminués et rendus plus faciles : on se crée la faculté de pouvoir le plus souvent établir des prises d'eau pour des usines, des arrosages , et des chasses sur les canaux secondaires; l'on évite enfin les changemens trop brusques de pente où il se forme des attérissemens qui exigent des curages difficiles et continuels.

L idée qui se présente d'abord d'ouvrir un canal principal à travers les parties les plus basses des marais à dessécher , est donc généralement la plus mauvaise, puisqu'elle aurait pour résultat de porter sur ces parties basses des eaux étrangères qu'il faut au contraire en éloigner, et que l'on ne pourrait ensuite évacuer convenablement qu'en donnant au canal , ayant alors naturellement peu de pente, une grande section très-profonde , et en baissant considérablement le seuil du débouché des marais ; ce qui amènerait des difficultés immenses en pure perte, puisqu'on peut les éviter en se pénétrant bien de l'idée principale, que nous avons exprimée ci-dessus, qui est d'isoler autant que possible des marais les eaux affluentes qui les inondent. Cette idée capitale, qui n'a pas malheureusement toujours été mise en pratique , a été très-bien sentie en 1642 par Jean de Van- Ens, Hollandais, conseiller de Louis XIII, et auteur du dessèchement des marais d'Arles. Il a conduit, à travers les marais, jusqu'à l'étang du Galéjon , communiquant avec la mer, le cours d'eau considérable appelé Vigueirat, débitant environ 25 mètres cubes d'eau par seconde dans le Crau, et a créé à cet effet un grand canal en remblai de 39,000 mètres de longueur , ayant 0m 10 de pente par 1,000 mètres; il a fait passer sous ce canal, de la rive droite à la rive gauche , par des aqueducs à syphon appelés nocs en hollandais , et bottes en italien , différens

0)On peut consulter, pour de plus amples détails sur les desséchemens qu'on vient de citer, ce <iui< dit dans notre ouvrage sur les canaux navigables, publie en 1822, in-4° de 600 paces, accompagne d' tlas, chez Mme Huzard.

est un

Eetits canaux d'écoulement qu'il a fait déoucher plus ou moins loin , suivant les cas, dans un second grand canal nommé Vidange, ayant 38,000 mètres de longueur, une pente beaucoup plus faible que celle du Vigueirat, se développant sur la ligne du Thalweg, débouchant aussi dans l'étang du Galéjon , et débitant dans les plus grandes eaux jusqu'à 35 mètres cubes par seconde à sa partie inférieure. Il s'est aussi ménagé la faculté de jeter en plusieurs points à sa volonté , tout ou partie des eaux du Vigueirat dans le Rhône ou dans la Vidange, et celles de la Vidange dans le Rhône; enfin, pour mieux abaisser les eaux de plusieurs petits lacs et autres parties basses, il a ouvert différens petits canaux qu'il n'apointévacués immédiatement sur la Vidange , mais bien à quatre ou cinq mille mètres en aval, en se réservant de les y verser à volonté en chemin au moyen de marteillères, ou petites écluses à vannes. Si tous ces travaux ne produisent plus aujourd'hui leur effet , il ne faut point en accuser le génie de Van-Ens , mais la négligence qu'on a mise à entretenir son œuvre admirable.

Dans la recherche du volume des eaux à débiter par les différens canaux, et surtout par le canal principal, lorsque les localités le demandent,ilf iiitavoirattentionque les grandes eaux des affluens qui viennent de très-loin, n'arrivent dans les canaux de dessèchement que lorsque les crues des cours d'eau plus rap -roches se sont écoulées, et que, par conséquent, le canal principal ne doit pas débiter toutes les eaux en masse, mais les évacuer successivement. Un fait qui vient à l'appui de notre observation , c'est qu'avant le dessèchement des marais de Bourgoin, les crues de la rivière de Bourbr , qui traverse ces ma rais, s'élevaient, en aval de leur débouché , considérablement plus haut qu'après l'exécution des travaux; ce que l'on explique en faisant remarquer qu'avant le dessèchement tous les petits affluens s'accumulaient dans les marais, et n'arrivaient à 1 issue générale qu'après avoir donné aux grands cours d'eau le temps de les y joindre, tandis que maintenant les eaux locales s'écoulent successivement et sont déjà évacuées lorsque les eaux éloignées arrivent. La Bourbre débite à son entrée dans les marais, lors des crues, 50 mètres cubes par seconde, et environ 60 mètres cubes à sa sortie. La pente du grand canal, réunissant toutes les eaux, est de 0m 45 par 1,000 mètres.

Tous les principes exposés ci-dessus ne sont pas également susceptibles d'application sur les différens marais; il suffit d'en avoir signalé l'esprit pour que l'on puisse en tirer le meilleur parti possible dans l'occasion.

Les canaux principaux doivent être ouverts les premiers, en tout ou en partie, suivant les cas. La marche des travaux n'est pas non plus indifférente : elle doit être étudiée et prescrite avec soin. Il ne faut s'occuper des canaux secondaires et autres que lorsque les eaux courantes sont dans les grands canaux, pour qu'elles puissent entraîner alors les vases qui s'accumuleraient sans cette attention au débouché des canaux latéraux.

Pour activer aussi V évacuation de ces vases,

il est important que le canal principal soit plus profond sur son axe qu'au pied des berges. Cette disposition a encore l'avantage de rendre le curage plus facile. Il faut également se ménager la faculté, autant que faire se peut, de détourner les eaux d'un canal dans un autre , afin de faire des chasses dans ce dernier, et de pouvoir curer le premier plus commodément. On doit enfin choisir, par motif de salubrité, l'hiver ou les temps pluvieux pour déboucher les eaux des plages inondées et marécageuses.

On doit encore éviter de faire passer les canaux sur les parties tremblantes ayant une grande profondeur de vase: lorsqu'on ne peut faire mieux, il faut s'attendre à de grandes difficultés d'exécution , parce que les rives des tranchées se rapprochent, que la croûte flottante s'affaisse et se crevasse à une grande distance > et que l'on ne parvient à dessiner l'ouvrage qu'en l'ouvrant à plusieurs reprises au milieu (les éboulis, et à travers les remblais en bonne terre que l'on est obligé d'y faire. Le parti de rapporter ainsi des terres dans les ouvertures des canaux éboulés, réussit aussi très-bien sur les marais qui sont formés d'une couche de gazon reposant sur un fond indéfini de sable. Si le terrain, sans être sablonneux, n'a cependant point assez de consistance pour résister au courant des eaux, on consolide les berges avec des fascines et clayons, en laissant libres et oscillantes du côté de l'eau les extrémités des branches, lesquelles divisent alors le courant, lui font abandonner les matières en suspension, et occasionent des dépôts là où il y aurait eu des affouillemens; si, enfin, le cours d'eau est trop rapide, on diminue sa pente au moyen de chutes convenablement disposées. Au marais de Bourgoin, la rivière de Bourbre entrait dans les marais avec une pente de cinq mètres par 1,000 mètres. On a réduit cette pente à moitié au moyen de plusieurs chutes.

Les canaux de ceinture que l'on recommande ordinairement dans les projets, sont rarement exécutables, parce que le périmètre qu'ils devraient parcourir est presque toujours trop irrégulier, et composé de contre-pentes plusoumoinsrapides.il faut donc renoncer à ces canaux et se contenter de ceindre les marais par de simples fossés.

Vies francs-bords doivent accompagner tous les canaux; aux marais de Bourgoin , déjà cités, ils ont été fixés sur chaque rive, ainsi qu'il suit : une berme de deux mètres pour les grands canaux, une berme d'un mètre et demi pour tous les autres; et généralement pour tous nue levée ayant à sa base la largeur du canal à sa superficie.

§ III. — Observations sur les travaux d'art nécessaires dans les desséchemens.

L'exécution d'un grand dessèchement exige souvent des ouvrages d'art assez difficiles, tels que digues, aqueducs, chutes, barrages, ponts, canaux d'irrigation, etc., etc., qui nécessitent presque toujours les connaissances de l'ingénieur, et sur lesquels par conséquent nous ne croyons pas devoir nous étendre dans cet ouvrage. Cependant, à cette occasion, nous

DESSECHEMENT DES MARAIS.

allons consigner ici quelques faits qui peuvent attirer l'attention des ingénieurs aussi bien que des agriculteurs.

Si l'on est dans le cas de battre des pieux dans des lits de rivière à fond de gravier , comme sont, par exemple, ceux de l'Isère , du Drac et de la Durance, il est bon d'être prévenu qu'on ne peut les y faire entrer que d'environ 4 mètres, et que lorsqu'ils doivent prendre une fiche plus grande, il faut draguer l'emplacement de manière à ce que les pieux n'aient plus à entrer dans le gravier que de 4 mètres en contre-bas du fond de la fouille. Pour n'avoir pas connu ce fait d'expérience, l'auteur du pont de Bon-Pas, sur la Durance, n'a pu donner aux pieux des palées une fiche suffisante en contre-bas de la superficie du gravier, en sorte que plusieurs de ces palées ont été emportées , et que l'on n'a sauvé les autres, déjà plus ou moins affaissées , qu'en défendant leur pied par de solides enrochemens en fortes dalles perdues d'environ 2 mètres de longueur, de 0m 66 de largeur et de 0 m 33 d'épaisseur, qui sont capables de résister à une vitesse de 15 mètres par seconde (voyez Gauthey, page 272, tome II). Ainsi dans les enrochemens exposés à l'action d'un courant destructeur, il ne faut point employer des masses rondes et informes , mais des blocs minces et longs (1).

Quelquefois, sous le gravier, les pieux atteignent un banc de roche i si l'on continue alors à battre , le bout des pieux s'émousse , sort du sabot, se barbelle comme un champignon; l'on compte sur une fiche que l'on n'a pas, et l'ouvrage est emporté à la première grande crue qui remue le gravier jusqu'au fond solide. C'est ce qui est arrivé, le 26 mai 1818, au pont deFuran,à peine terminé, dans le département de l'Isère.

Si les marais étaient longés par un cours d'eau contre lequel il fallût les défendre , comme les marais d'Arles qui sont voisins et en contre-bas du Rhône, ou s'ils étaient traversés par un torrent considérable ou une rivière torrentielle, il faudrait diguer ou encaisser ces cours d'eau. Le meilleur mode, selon nous, serait d'imiter en partie celui qui est en usage dans le Midi, sur la Durance et le Rhône, lequel consiste, suivant que les localités s'y présentent, à former un lit mineur propre à écouler les eaux ordinaires et les petites crues, au moyen de berges solides submersibles en enrochemens ou en fascinages; à border ce lit par deux ségonneaux ou bandes de terrain également submersibles, et à terminer le tout par deux fortes levées en terre surmontant les plus hautes eaux et formant le lit majeur. Les ségonneaux ne sont point pour eela enlevés à l'agriculture , ils sont seulement exposés aux inondations. Dans les ségonneaux de laDurance, il y a des terrains plantés en vignes et cultivés en céréales, et dans ceux du Rhône ou trouve même des bàtimens d'exploitation.

L'aspect effrayant du lit des torrens ne doit point faire préjuger un volume d'eau trop considérable en rapport avec la vaste étendue

des terrains submergés; il faut jauger le volume d'eau aussi bien que possible, et ne pas craindre ensuite de réduire le nouveau lit, s'il doit être encaissé, à la faible largeur nécessaire pour le débit des plus grandes eaux. La détermination de cette largeur demande de longs détails que les bornes de cet article ne nous permettent pas de développer ici ; il nous suffira de dire, comme résultats d'une grande expérience, qu'une trop grande largeur a les plus graves inconvéniens, et que l'endiguement des torrens est soumis à de nombreuses considérations importantes et délicates qui méritent toute l'attention des ingénieurs.

Comme exemples frappans du peu de largeur que l'on peut donner aux lits encaissés des grands cours d'eau, nous citerons : 1° le Drac, torrent considérable qui a son embouchure dans l'Isère, un peu en aval de Grenoble, et débite jusqu'à 4,000 mètres cubes d'eau par seconde. En aval du pont de Claix, d'une seule arche de 47 mètres d'ouverture, il a 3 mètres de pente par 1000 mètres, et un lit de 130 mètres de largeur entre les digues insubmersibles ; tandis qu'en amont dudit pont où sa pente est de 4 à 5 mètres par 1000 mètres, il occupe une largeur de 2,000 à 3,000 mètres.

2° L'Isère, qui, avant d'enlreren France, sillonne et inonde une grande surface, débite dans Grenoble 2,000 mètres cubes au moyen d'un lit de 90 mètres de largeur et d'une pente d'un mètre par 1,000 mètres, et avec la même penle, après avoir reçu le Drac, écoule ses eaux, ayant alors un débit de près de 6,000 mètres, au moyen d'un canal de 240 mètres de largeur , formé par des digues insubmersibles.

3° Le Rhône, dont le lit vague et très-large en amont de Lyon, débitant environ 4,000 mètres cubes, passe sous le pont Morand, de 200 mètres d'ouverture, conserve cette même largeur au pont de Sainte-Colombe, à Vienne, quoiqu'ayant reçu la Saône fournissant 2,000 mètres, et a enco're la même largeur au pont de Valence, après avoir reçu l'Isère;

4°Eniiu, la Durance, à laquelle nous avons reconnu qu'en avant du pont de Bon-Pas, ayant 546 mètres d'ouverture, un lit encaissé de 300 mètres de largeur serait suffisant, avec une pente de 2 m 50 par 1,000 mètres pour écouler les plus grandes eaux évaluées au maximum à 6,000 mètres cubes; tandis que le lit actuel entre Mirabeau et le Rhône a une largeur variable de 1,000 à 2,000 mètres.

Les digues doivent être assez larges à leur couronnement pour recevoir des approvisionnemens de prévoyance destinés à leur entretien et à la réparation des avaries ; po ir permettre en outre le passage dune ou deux voitures, et pour recevoir sur le talus extérieur une ou deux lignes de plantations d'arbres qui sont d'un grand secours en cas de rupture des levées.

(1) Voir, pour plus de développement, l'ouvrage de M. de Prony, sur les marais Pontins; l'extrait qui en a été fait par M. Navier dans les Annales de physique et de chimie, tome XI, an 1819 ; et le çbapjtre VI11 .des canaux de dessèchement, tome des Principes hydrauliques, par Duruax

§IV

AGRICULTURE : OPÉRATIONS AGRICOLES

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