‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 90 sur 329 · OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

Les desséchemens tentés en France depuis 30 ou 40 ans ont presque tous complètement réussi sous le rapport de l'art, mais la plupart ont donné peu de bénéfices aux compagnies qui les ont effectués, quelques-uns les ont ruiné. Dans les Pays-Bas, an contraire, où ces opérations sont généralement plus dispendieuses que la plupart de celles qu'on a tentées en France, le bénéfice est à peu près assuré , et bien souvent pourrait être escompté d'avance. C'est qu'en Hollande on sait, avant d'opérer, ce que sera le sol après l'opération, et comment on devra l'administrer pour en tirer parti. On détermine le système de dessèchement d'après cette connaissance, tandis qu'en France on dessèche à tort et à travers, sans calculer comment on pourvoira économiquement à l'entretien des travaux, quel usage on fera du sol, quels moyens on emploiera pour maintenir la fertilité, quels débouchés on aura pour les produits. Nos ingénieurs sont les plus habiles de l'Europe, mais non les plus économes ; nos spéculateurs et nos capitalistes sont, tout à la fois, les plus timides et les plus imprevoyans, les plus défians et les plus faciles à se laisser duper par leurs propres illusions ou celles des intrigans qui les obsèdent.

Je ne puis qu'effleurer ici les importantes considérations qui se rattachent à ces questions; je me propose de les traiter dans un ouvrage spécial; cependant, ce que je vais dire pourra mettre sur la voie de mes idées les dessiccateurs à venir.

L'effet utile de toute opération de ce genre est l'assainissement de la contrée où elle a lieu et l'augmentation des produits du sol. Selon qu'on vise plus particulièrement à l'un ou l'autre but, l'opération doit se modifier.

Le devoir de l'administration publique est de faire prévaloir à tout prix l'intérêt sanitaire, et s'il en résulte un accroissement de dépense ou une diminution de bénéfice pour le dessiccateur, il doit être indemnisé. Je supposerai donc dans ee qui suit que l'entrepreneur de dessèchement vise surtout à l'augmentation de son revenu.

Avant d'opérer, il a dû déterminer, d'après le nivellement de la surface, les portions de terrain qui seront tout-à-fait desséchées, celles qui ne subiront qu'un demi- j

dessèchement et celles qui seront complètement abandonnées aux eaux. Il a dû calculer ensuite la manière la plus économique d'exécuter les travaux, les moyens de pourvoir à leur entretien, et le parti le plus convenable à tirer du sol après l'opération. L'exécution des travaux de dessèchement étant l'objet des articles qui précèdent, nous allons nous occuper des deux autres points.

Entretien des travaux de dessèchement.

I. Réparation et conservation des travaux. A. Envasement et atté ris sèment des canaux.

Pour réduire au minimum les frais d'entretien des canaux d'écoulement, de navigation ou d'irrigation, il faut prévoir et empêcher autant qu'on le peut l'envasement de leur lit et l'éboulement de leurs talus.

\2 envasement a lieu par deux causes principales : le dépôt que laissent les eaux limoneuses affluentes, et le détritus des végétaux aquatiques. Pour atténuer l'effet de la première cause , il faut donner aux eaux la plus grande rapidité possible, si ce n'est constamment, au moins par intervalles, pour enlever par le courant les dépôts formés à eau dormante. Dans certains cas, on peut aussi ne laisser entrer dans les canaux que les eaux déjà clarifiées; lorsque, par exemple, on possède en amont des terrains tourbeux ou graveleux qui ont besoin pour être fertilisés d'être recouverts d'une couche de limon, il est alors doublement avantageux d'y faire séjourner les eaux avant de les laisser entrer dans les canaux d'écoulement. Si l'on n'a pu empêcher les envasemens limoneux, il faudra faire des curages, soit à bras d'homme en mettant les canaux à sec, soit, si l'assèchement est impossible, à l'aide des dragues mues à la main ou par un manège, ou même par une machine à vapeur, selon l'importance des repurgemens. Dans beaucoup de cas, la curure de ces canaux , employée comme engrais, indemnisera d'une partie notable des frais; mais, quoiqu'il en coûte, on ne doit jamais négliger cette opération pour les canaux non plus que pour les rigoles.

Lorsque Vattéris sèment a lieu par la végétation des plantes aquatiques, rien de plus facile que de l'empêcher; il suffit d'extirper ces plantes, une ou deux fois par an, à l'aide du râteau hollandais, dont nous donnons la figure {fig. 125), ou de tout instrument analo-

Fig. 125 et 126.

£iie. On fait précéder cette opération ^'m>

£HAP. 5e.

fauchage à rez du sol, s'il se trouve dans le canal des végétaux implantés dans le plafond ou sur le talus. On se sert pour ce fauchage dans l'eau d'une faucille emmanchée d'une perche suffisamment longue, qui fait avec son croissant un angle d'environ 60 degrés (fig.l2Q). La litière que fournissent ces plantes extraites de l'eau paiera presque toujours les 2/3 de la dépense, qui, du reste, est bien peu de chose si l'on emploie des ouvriers avant l'habitude de ce travail. Elle est d'autant moindre qu'elle est plus souvent répétée. Les autres instrumens le plus généralement employés pour les divers travaux d'entretien des desséchemens sont les suivans: les écopes {fig. 127 et 128), qui servent a nettoyer le fond des fossés des branchages, herbes, pierres , boues ou autres objets qui les obstruent; le coupe-gazon {fig. 129), très-commode pour tailler et couper le gazon daus la confection des fossés; différentes bêches en fer {fig. 130) ou en \>o\^{Jig. 131), pour travailler dans des terrains plus ou moins difficiles; la bêche ou louche des pionniers {Jig. 132), instrument un peu concave , que ces ouvriers préfèrent , en général, pour creuser les étangs et canaux, afin de jeter la terre à de grandes distances

DESSECHEMENT DES MARAIS-

\ A. TWEIAVUT.

B. Conservation des talus. Gazonnement.

La rapidité du courant que nous venons de recommander pour empêcher les envasemens a l'inconvénient d'attaquer les talus, d'occasioner des éboulemens, et par suite, bien souvent, des engorgemens qui empêchent la circulation de l'eau et causent des désastres.

Quand le sol a peu de consistance ou qu'il est très-sablonneux , les éboulemens ont lieu même à eau dormante. Si l'on n'a pas donné un talus très-doux aux berges, il faut le rendre tel , quand on peut, à l'aide d'un recoupement; sinon il faut gazon ner ce talus, le complanter en osiers ou tamarix, et même le revêtir d'un pierre, si l'action du courant est trop forte.

Nous ne dirons rien ici des recoupemens non plus que des pierres, il en est question autre part. Nous renverrons aussi au Tome IV ce qui concerne les plantations. Nous allons seulement dire deux mots sur le gazonnement. La première chose à faire , c'est de chercher un tapis de verdure formé par des espèces de plantes en harmonie avec le sol où l'on veut établir son gazonnement, de manière à ne pas placer des végétaux qui exigent un fond 5::!>ionneux sur un ter-

rain argileux, ceux qui redoutent l'humidité» dans l'eau, etc. On sent par conséquent qu'il faudra en outre, pour réussir complètement , considérer dans ce talus trois zones, chacune demandant trois espèces de gazon différentes. La première, constamment sous l'eau, ne devra être garnie que de joncs ou autres plantes aquatiques ; la seconde, tantôt sous l'eau , tantôt à sec, comportera des plantes analogues et, de plus, quelques graminées, quelques légumineuses; la troisième enfin ne devra être gazonnée qu'avec des végétaux qui ne craignent pas trop la sécheresse tels que ceux qui croissent le long des fossés qui longent les routes dans les prairies sèches, etc. — Le choix des gazons fait, il faudra commencer par régaler parfaitement les talus , afin de pouvoir y placer régulièrement les mottes par assises parallèles, comme un m?çon place les pierres de taille ; on coupera ensuite des gazons égaux en longueur, largeur et épaisseur; on les placera de manière que le supérieur porte sur deux inférieurs , et qu'il y ait le moins d'intervalle possiHe entre les joints; on garnira même ces joints avec de la terre meuble , on battra le tout et l'on arrosera , si l'on peut. (On sent combien il importe de placer les gazons aussi fraîchement arrachés que possible, et point endommagés par le transport. ) — D'habiles ouvriers acquièrent promptement l'habitude défaire des mottes sensiblement égales, à l'aide des instrumens ordinaires des terrassiers, mais il serait bien plus avantageux d'employer le double instrument inventé pour cet usage dans les Pays-Bas nommé zoden-mes. L'instrument ( fig. 133 ) a la forme d'une lame courbe munie d'un anneau pour attacher une corde ; il est emmanché dans un bâton : il tranche par sa partie convexe ; l'instrument {fig- 134) est en forme de croissant, muni comme l'autre d'un anneau, mais emmanché dans une douille. Ce croissant a de 28 à 30 centimètres de largeur.

Fig. 134. Fig. 133.

Avec le premier instrument, on divise en petits carrés égaux d'environ 30centimètres le terrain à dégazonner; avec l'autre on détache ces carrés du sol en leur donnant l'épaisseur qu'on juge convenable (ordinairement de7 à 8centim.). Un homme tire l'instrument fig. 133, tandis qu'un autre le dirige , le maintient en terre et le fait trancher.Un autre homme vient ensuite, tirant par saccades l'instrument fig. 134; à chaque saccade il détache un gazon (comme on le voit en action dans la fig. 70, T. I, p. 117), que l'ouvrier placé par -derrière soulève et met de côte pour recommencer. J'ignore si cet instrument est connu en France; il mériterait d'ê*

tre propagé partout. Deux hommes coupent ainsi 400 mètres carrés de gazon par jour.

Un moyen qui me parait avantageux pour conserver les digues dans les canaux à large dimension et à eau dormante, c'est celui qui a été employé sur le canal du Languedoc: une sorte de brise-lame en mottes de jonc {Jitncus acutus), placé de 50 centimètres à 1 mètre en avant du talus. On dirait une bordure de jardin, tant elle est régulière et bien entretenue dans ce beau canal.

Nous ne parlerons pas ici des clayonnages et autres ouvrages analogues, quoique l'on soit obligé quelquefois d'y recourir pour la conservation des talus. Il en a été traité dans la section des Endiguages.

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