CHAPITRE XXII.— Dbs pecduits bAsineux
On désigne sous Tacception générale de produits résineux différentes substances commerciales extraites de certaines plantes et qui comprennent notamment les térébenthines, ré^ sines^ huiles essentielles^ goudrons ^poix, brais, huile derésine, noirs de fumée^ «te., tous ces produits acquièrent chaaue jour un plus grand intérêt, soit en raison aes applications nouvelles qu'ils reçoivent, soit par suite des importantes plantations en arbres qui les fournissent, qui, du moins, donnent directement les térébenthines, matière 1» de leurs diverses préparations.
SscnoN I**. —Dm iéribenthines.
5 !•'. — Dei divenes espèces de tërëbeothiset.
Les térébenthines doivent leur consistance pâteuse ou demi -fluide à une proportion variable d'huile volatile; elles découlent spontanément et par incisions d'arbres appartenans pour la plupart à la famille des conifères et aux genres jitfi, sapin et mélèze.
Il existe un assez grand nombre de variétés de térébenthines, mais nous ne nous occuperons ici que de celles qui, ayant des applications dans les arts industriels, donnent lieu à des opérations de quelaue importance, et en particulier de celles qu on recueille dans notre pays.
1» Térébenthine de Bordeaux ou térébenthine des pins. Cette térébenthine découle du pinus maritima et du vinus silvestris de Lin., oui croissent en grande abondance dans les landes entre Bordeaux et Bavonne ; on la recueille par le procédé suivant : lorsque l'arbre a atteint rage ae 25 à 35 ans, c'est-à-dire environ 2 1/2 à 4 pi. de circonférence, on fait, vers la fin ae février, une entaille à sa partie inférieure, et dans toute Tépaisseur de sou écorce, d'environ 5 à 6 po. de largeur sur une hauteu** de 15 à 18 po. ; on entaille ensuite dans le bois, à une profondeur de 3 lignes, une cavité rectangulaire de 4 po. de large sur 3 po. de haut ; au bout de 8 jours on ravive la plaie en augmentant de i po. ou de 1 1/2 po. la hauteur dans le bois et l'on continue ainsi toutes les semaines, jusqu'au mois d'octobre, de sorte
qu'après 8 ans l'entaille se trouve avoir de 12 à 14 pi. de hauteur, alors on recommence une semblable entaille à côté de la première et ainsi de suite sur toutes les faces de l'arbre. Pour atteindre jusqu'à la hauteur maxime des entailles, l'ouvrier résinier se munit d'une échelle légère à l'aide de laquelle il acquiert l'adresse aese cramponner tellement an tronc de l'arbre, qu'il peut tenir à deux mains la petite hache bien affûtée^ dont la lame a une forme de gouge, et pratiquer les entailles su-
Êérieures aussi proniptcmeul que celles du as de l'arbre. La térébenthine qui découle de ces incisions est reçue dans un trou fait au pied de l'arbre, et dans la substance d'une grosse racine, ou dans des augettes en bois; elle prend dans le pays le nom de gomme molle.
En opérant ainsi, un arbre peut donner de la térébenthine pendant plus de soixante ans. On doit apporter tous les soins possibles à la récolte de la térébenthine pour éviter qu'elle ne se salisse trop par des corps étrangers.
Lorsque, pour ménager des éclairdes^ ouvrir des routes, etc., on veut abattre les pins dans un délai moins 'long, on les taille d pin perdu; à cet effet on pratique des entailles sur les quatre faces à la fois et on les fait trois fois plus grandes ; la plus grande proportion de térébenthine ainsi obtenue dans le même temps, est une circonstance favorable à la pureté du produit.
Les parties latérales des entailles se recouvrent peu à peu de térébenthine concrélée journellement sous l'influence de l'air; à la fin de chaque saison on enlève par un grattage ces sortes de concrétions que l'on met à part et que Ton vend sous le nom de barras ou gahpot; c'est une sorte de térébenthine coubistante que rendent impure les divers corps étrangers y adhérant et surtout les débris lieneux entraînés dans ces grattures. On vend a meilleur marché le galipot et on l'emploie aux usages indiqués plus loin, pour lesquels les impuretés en question ne sont pas nuisibles.
Epuration de la térébenthine. Cette opération est d'autant plus importante à bien faire, qu elle augmente la valeur non-seulement de
]atërëbeDtUiiie,mais encore de la résine et de V huile eismtielU (essence de térébenthine) que Ton en tire; elle consiste dans une fiJtration qui sépare plus ou moins complètement les corps étrangers ( matière terreuse, débris ligneux, etc. ) qui salissent la matière. Voici comment on s y prend : sur un double fond troué d'un tonneau (fig. 438 )« on dispose des
Fig.4W.
ARTS AGRICOLES : DES PRODUITS RESINEUX. tiv. w.
8*" TerébmiMne de Chio. Cettesorte commerciale est fournie par le térébenthe, mstacia terebenthue^ Lin., arbre de la famille des térébenthacées qui croit en abondance dans TArchipelgrec et notamment à Cbio.
4^ Térébenihine de la Mecque^ boum àa la Mecque^ baume de Judée, baunie de GUead. Elle est produite par Vamyrii opobaliamum de Lin., balêamodendron opùbaUamum de KuNT, petit arbre de la familie des térébenthacées qui croit en Arable, en Judée et en Egypte.
6" Térébenthine de Straibourg, térébenihiM i» «aptn. Cette térébenthine est fournie par le pinus piceay Lin., arbre oui croit abondamment dans les Vosges, le Jura, la Suisse, l'Allemagne et les contrées du nord de TEqrope. On la recueille à peu près de la même manière que la térébenthine de Bordeaux, mais elle est plus estimée. Voici ses principaux caractères: elle est assez fluide^ transparente on un peu laiteuse, d'une odeur forte et pénétrante, d'une saveur Acre et très amère; elle est plus riche en huile volatile que la térébenthme de Bordeaux et sert aui mêmes usages décrits plus loin.
6* Térébenthine de Venise ou térébenihine A» mélèze. Cette sorte provient du pinui Utrix, Lin., larix Europaa de De Cand., arbre très commun dans les Alpes, la Suisse, ainsi que dans le nord de l'Europe. Autrefois elle était mise dans le commerce par Venise, mais maintenant la plus grande partie nous arrive des environs de Briançon.
La térébenthine dite de Venise est liauide, transparente, d'une couleur un peu veraâtre, d'une odeur forte sans être désagréable, d'une saveur chaude, acre et amère ; les usaees sont les mêmes que ceux des térébenthines die Strasbourg, de Bordeaux et de l'Amérique septentrionale; on en obtient les mêmes produits à l'aide de moyens ci-après décrits.
nattes en paille maintenues par un cercle intérieur, la résine molle est versée sur ces nattes et la température des rayons solaires suffit pour la fluidifier au point de filtrer; on recueille le produit dans un vase inférieur recouvert; il faut pouvoir recouvrir aussi le tonneau lorsque le soleil est caché ou que la pluie menace.
On se sert en plusieurs localités d'un autre filtre: c'est une caisse (/i^. 439) de 7 à 8 pi.
Fig. 489«
en carré formée de madriers en sapin hermétiquement joints ; le fond est incliné et déborde dans un récipient inférieur; un 2* fond horizontal reçoit la résine molle que le soleil fluidifie au point de la faire couler par les joints des planches étroites de ce faux fond.
La térébenihine fUtrée est mise en tonneaux que l'on empile dans des magasins bien dallés en pente et très propres ; le temps de l'emmagasmement et la température de l'air déterminent des fuites au travers des joints des douves, et opèrent ainsi une2«filtration spontanée. La térébenthine recueillie dans un réservoir od aboutissent les pentes du dallage est plus pure et se vend plus cher que celle obtenue de la 1"* filtration ; il serait sans doute possible d'opérer du 1*' coup une meilleure épuration en perfectionnant les moyens employés.
La térébenthine de Bordeaux est ordinairement blanchâtre, trouble et consistante, d'une odeur forte, peu agréable et d'une saveur ftcre ; on peut retirer de 30 à 24 p. 0/0 d'huile volatile du traitement ultérieur de cette substance. Nous donnerons quelques détails sur plusieurs produits commerciaux analogaes.
r Térébenthine du Canada. Elle porte plus ordinairement le nom de baume au Canada et de faux baume de GéUad; on l'obtient par incisions du pinus balsamea^ Lin., arbre de TAmérique septentrionale, qui appartient À la finnille des conifères.
g II. — Diatillâtion de la térâ)enthine i
Cette opération a pour but de séparer d'une part la résine, et de Tautre l'huile essentielle qui est volatile à une température où la résine peut rester fixe, quoique fluide et sans altération.
Les divers àiaimbics en tôle épaisse, de fer ou de cuivre ou en fonte, peuvent servir a cette opération ; toutefois, pourla facilité delà manœuvre, l'économie des combustibles et la durée de l'appareil , nous croyons devoir recommander les dispositions indiquées plus loin , fig. 440 à 442 , qui s'appliquent avec succès à cette opération depuis quelques années, et qui servent très bien aussi à la transformation de la résine sèche en huile, industrie nouvelle pour laquelle elles ont été employées d'abord.
Quel que soit l'alambic employé, on y mtroduit la térébenthine au commencement de chaque opération, soit directement en inclinant les barils au-dessus d'une larigc ouverture de la cucurbite. soit et bien mieux encore après l'avoir fait liquéfier et déposer dans un vase préparatoire, chauffé par » fumée du foyer de la chaudière principale et indiqué fig. 442. On échauffe graduellement après avoir fermé l'ouverture par
GHAP. 99*«
laquelle la lérAenlhine a ^të introduite; ai cette dernière n'a pas été préalablement fondue, elle dégage d'abord de la Tapeur d'eau, puis des quantités de plus en plus grandes d*buile essentielle, qui se condense dans le réfrigérant et coule dans le récipient ou réservoir intérieur. Peu à peu Técoulement de ce produit liquide de la distillation diminue, en* fin il cesse complètement; alors la distilla* tien est finie* On couvre le feu ou on l'enlèTe, puis 9 en onntuit le robinet du tuyau adapté au fond de la chaudière ^ on foit couler la résine liquide dans un réapient en boîs mouillé . où elle ne tarde pas à se figer et à te prendre en masse.
Après le refroidissement , on renverse le Tase et le pain de rémne s'en détache, on le concasse pour remballer dans des tonneaux i et l'expédier.
I Cest ainsi oue l'on obtient la réâine de Uri* hmiihinê ou réaine commune du commerce»
appelée aussi Itrai ue, ureanton et eolophane; c est, comme on le voit, le résidu de la distillation de la térébenthine dépouillée de presque toute l'huile Tolatile ou essence de térébenthine, que l'on recueille dans le récipient et dont le prix est plus élevé. Cette résine est d'autant plus belle, que l'on a plus soigneusement filtré la térébenthine et que surtout on en a plus complètement exclu tous débris de matière ligneuse : en effet , celle-ci en se carbonisant communiquerait par ses produits goudronneux une nuance brune à la résine et diminuerait sa valeur commer» dale.
On appelle encore réekie^ un mélange préparé à dessein , de 8 parties de brai sec, et d'une partie de galipot fondus ensemble, après que ce dernier a été passé an travers de nattes de paille. Dans cette opération, le galipot qui contient 10 k 15 p. 0/0 d'huile essentielle, rend le mélange plus fluide à chaud.
Larifted, ainsi préparée, est reçue dans un baquet ou moule humecté ; on projette dedans «nviron 15 p. 0/0 d'eau , aue 1 on brasse for» tement ; la prompte solidincationdela matière renferme oe l'eau interposée; on expédie en pains jaunâtres opaques le produit ainsi obtenu. Cette manipulation a été recommandée comme un moyen de décolorer la réifn«, qui en effet , vue en masse, paraîtrait brune si on la laissait figer dans le moule sans addition d'eau ; dans cet état, moins estimée des comtnerçans et des consommateurs, elle se vendrait moins cher. Cette préférence est fondée sur un faux préjugé , ia l'apparence est évidemment trompeuse.
On peut d'ailleurs reconnaître cette vérité eu faisant fondre la résine blonde opaque ; l'eau est éliminée, la couleur brune reparaît et le poids de la substance a diminué de plusieurs centièmes.
Cest doublement à tort oue l'on préfère la résine blonde opaque. En effet, les 4 à 6 centièmes d'eau qu'elle renferme , non-seulement diminuent d'autant sa valeur réelle, mais encorela présencede l'eau est nuisible dans quelques emplois. I.orsque, par exemple, on saupoudre de résine des surfaces métalliques fortement chauffées pour les décaper, on conçoit que l'eau agisse comme oxidant et nuise
FABAICATION DE L'HUILE DE HÉSINE.