DU SUINT DES LAINES
S 1**. — Du suint.
Le snint est une sabstance grasse, onctueuse et odorante, dont la source ne parait pas encore avoir été dëterniinée d*une manière précise parles physiologistes. Cette substaucea été analysée par Vauqubun qui l'a trouvée composée: 1* d*un savon à base de potasse qui en constitue la plus grande partie; !r d^une petite quantité de carbonate de potasse; 3* d'une ouantité notable d^acétate de potasse; 4* de chaux dans un état de combinaison Inconnu ; 5* d*une trace de chlorure de potassium ( muriate de potasse); 6° eufln « d'une matière odorante d'origine animale.
Tontes ces matières, selon ce chimiste, sont essentielles à la nature du suint, et ne s*y trouvent pas par accideut, puisqu'il les a ooostauiment rencontrées dans un grand nombre de laines d'Espagne et de France; mais il y a aussi trouvé d'autres matièresinsolubles, telles que du sous-carbonate dechaux, du sable, de Vargile, des ordures de toute espèce qui y sont évidemment accidentelles.
Le suint étant, comme on vient de le voir, un véritable savon à base de potasse , il semble qu'il n'y a rien de mieux à faire pour dessuinter les laines que de les laver dans l'eau courante ; mais^ ajoute VAUQUCUif , il y a dans les laines une matière grasse qui n'est pas en combinaison avec l'alcali, et qui, restant attachée à la laine, lui conserve quelque chose de poisseux, malgré les lavages à l'eau les mieux soignés.
Cette matière grasse, qui peut en grande partie être enlevée par des lotions savonneuses ou alcalines, n'a pas été examinée par ce chimiste; mais M. Chkvrbul, dans un travail subséquent, est parvenu, en soumettant, dans un digesteurdistillatoire,dela laine d'a- Çneau mérinos dessuintée à l'eau pure, à l'action de Falcool et de l'éther, à en débarrasser complètement cette laine. Il a ainsi séparé 17 p. o/o en poids delà laine dessuintée d une matière grasse qui, elle-même, a été réduite en 2 autres substances grasses dont l'une ressemble, à la température ordinaire, à la cire par sa consistance, et l'autre est filante comme de la térébenthine.
D'après ces travaux, le but du lavaffe à froid parait donc élre de débarrasser la laine de son suintetde l'excès de la matière grasse qui la rend poisseuse ei moins propre aux usages auxquels on la destine. Les agronomes allemands, qui ont fait une étude toute particulière de l'éducation des moutons et de la laine,ont depuis long-temps distingué le suint de la matière grasse qui nous occupe. « Le suint, dit M. 6. PaTai, se compose de 2 substances bien distinctes, le suint proprement dit ( die schweiss), et la matière grasse ( iiie fette ). Le f est une sécrétion de la peau de l'animal dont on peut,dans la plupart des cas, débarrasser la laine par un lavage à froid; la 2*, au contraire, est une excrétion du brin lui-même, et ne peut être enlevée que par l'eau chaude mêlée à du savon , à de l'unne putréfiée ou de l'eau de suint Le 1'' est une substance inorganique attachée à la laine, l'autre en est une partie organique. La matière grasse se montre sous plusieiurs cou*
leurs, telles que le blanc, le jaune paille, le jaune foncé, parfois le brun et le ronge. Toutes ces nuances disparaissent en grande partie par le lavage, et la laine parait uniformément blanche après cette opéralion. On la rencontre encore sous plusieurs états ; tantôt elle est molle, gluante, poisseuse ; tantôt elle ressemble à du beurre et à de l'huile, tantôt enfin elle a un aspect qui la rapproche de l'un ou de l'autre de ces 2 états. A l'état poisseux^ elle a le désavantage de ne pas pouvoir être enlevée par le lavage à Teau froide, qu'elle rend très-difficile en retenant avec force les impuretés. Il est même rare qu'avec une graisse poisseuse on trouve dans la laine une grande finesse, de la douceur, de la légèreté et du moelleux. Avec la consistance d'une huile, au contraire, la matière grasse a l'avantage de ne pas retenir les impuretés au lavage, d'être en grande partie enlevée par Feau froide, et d'annoncer et d*accoaipagner souvent daus la laine la finesse, la douceur, le moelleux et Télaslicité. v
« La matière grasse, sur un même animal» est surtout abondante dans les endroits où croit la plus t^elle laine, tels que les côtés, le cou et le dos, tandis que dans les autres parties du corps, comme l'intérieur des cuisses, les pieds, le jarret et la nuque, où Ton ne récolte qu*une laine de moindre valeur, elle est peu abondante. Cette graisse parait être propre à la race des mérinos, car la laine des moutons communs en est exempte. Sa quantité parait augmenter ou diminuer suivant Tétat de santé de l'animal. La laine des métis ne l'acquiert que par suite du croisement des brebis indigènes avec les mérinos. Quant à sa couleur, elle parait être, suivant les apparences, le résultat du régime
Su'on fait suivre à ces animaux, puisque en spagne, chez les moutons transhumans ou voyageurs, de race léonaise, elle est généralement blanche, ce qui n'a pas lieu chez les moulons sédentaires ou estantes ûa la même famille. » —On remarque aussi que les moutons de la Crau et de la Camargue, qui voyagent tous lesans des plaines d'Arles aux montagnes du Dauphiné, présenlent également un suint blanc.
S ll.~ Opérations qui précèdent le lavage.
Les laines ayant été triées avec soin, il ne reste qu'à les éplucher et à les battre avant de procéder au lavage.
Pour éplucher les laines, on jette sur le plancher d[un atelier bien propre, une des qualités qui ont été formées au triage, puis on en prend une certaine quantité ou poignée, qu'on pose sur une claie en bois élevée sur deux tréteaux; on l'étend, on l'ouvre et éparpille au moyen de la fourchette de fer, puis on enlève à la main les mèches vrillées ou feutrées, les pailles, le crottin et toutes les grosses impuretés.
Cela fait, on procède au battage^ qui a pour but de faire sortir la poussière et de séparer toutes les petites ordures que la main n\i pas détachées. Ce battage s'opère sur la claie au moven de 2 baguettes lisses de bois, dont on frappe alternativement la laine avec les 2 mainS; en ayant soin, pour dégager Iqs
ARTS AORICOLRS : L
bavettes de la laine, non pas de les relever perpendiculairement, ce oui enlèverait en même temps des flocons ae celle-ci et les projetterait au loin, mais de retirer les bras en arrière pour dégager du tas de laine la baguette avant de la relever.
On pourrait se servir pour ce battage des machines appelées loups dont on fait usage dans les fabriques de draperies; la laine en serait mieux ouverte et plus pure.
Quel que soit le mode de lavage qu*on adopte pour les laines, il faut, autant que possible, faire choix d^une eau pure, claire et courante. Une eau dormante qui est propre peut aussi très-bien servir à cet usage.
Les eaux qui cuisent bien les légumes, qui dissolvent facilement le savon, doivent obtenir la préférence. On doit éviter l'emploi des eaux dures, crues, calcaires, séléniteuses, non seulement parce que les sels calcaires qu'elles contiennent décomposent le suint, qui est un savon animal, mais parce que les nouveaux sels insolubles qui résultent de cette décomposition se précipitent et se fixent sur la laine, l'incrustent, altèrent son éclat, la rendent, quoique fine et douce, rude au toucher ou cassante, et nuisent sensiblement à ses bonnes qualités.
On remédie en partie à la dureté et à la crudité des eaux en les exposant pendant Sou 10 jours à l'avance au soleil et à Pair, en yjettant de l'urine humaine putréfiée ou bien des cendres de bois. Dans les eaux séléniteuses, c'est-à-dire qui contiennent du plâtre on gypse en dissolution, une très-petite Îiuantitede carbonate de soude suffit pour aire disparaître leur dureté. De même, en ajoutant un peu d'ammoniaque à celles qui sont crayeuses, on parvient à les rendre douces.
% III.— Des divers modes de lavage des laines.
Il y a deux modes distincts de lavages, celui qui se fait à l'eau froide et celui qu'on exécute à l'eau chaude.
1** Lavages à froid.
Le lavage à froid peut se faire sur le dos des montons, c'est ce qu'on nomme lavage h dos ou sur pied, ou bien avoir lieu après que leurs toisons ont été enlevées, classées, triées, épluchées et battues. Ce lavage, ainsi que nous l'avons dit en parlant du suint, est souvent suffisant pour les laines communes qu'il purifie complètement quand il est exécuté avec soin; mais, pour les laines fines de mérinos, il n'enlève la plupart du temps que le suint proprement dit, et laisse, au moins en très-grande partie, la matière grasse dont il faut ensuite se débarrasser en fabrique par l 'opération que nous avons nommée dégraissage.
A* Lavage à dos.
Nous ne discuterons pas ici les avantages ou les inconvéniens du lavage à dos, dont nous traitons autre part dans cet ouvrage, nous voulons faire connaître seulement les méthodes qui devraient être employées quand on adopte ce mode cle lavage.
AVAGE DES LAINES. m. ir.
Pour opérer le lav\jge »i dos^ on lait entrer chaque mouton, dit Daubbhtoh, dans nue eau courante jusqu'à ce qu'il en ait aunoios à mi-corps; le berger est aussi dans Teai jusqu'aux genoux; il passe la main surliiiioe et la presse à différentes fois pour Ubiea nettoyer. Dans les cantons où Ton n'a pas d'eau courante, ou quand on ne possède qu'un petit nombre de bêtes, on peut les laver dans des baquets ou auges dans lesquelles ils plongent, ou en versant l'eao avec un pot sur la laine des moutons en même temps qu'on la presse avec la main.
Dans tous les lieux où l'on a dans le voisinage soit une mare, un étang ou une rivière, on doit préférer d'y plonger presqu'en entier les animaux, en lesy frottant et nettoyant avec soin. Quand on est à portée d'une chute ou d'un moulin à eau, on peut placer successivement les moutons sous la vanne de décharge; la rapidité du courant suffit seole pour nettoyer leurs toisons.
Pour exécuter en Ecosse le lavage à dos {f§ 101),on faitchoixd'un ruisseau assez profond Fig. 101.
f>our qn UD hommeait de l'eau environ jusqu'à a moitié des cuisses. Trois laveurs au moins et cinq au plus sont placés à peu de distance les uns des autres dans l'eau, le l^' à la partie inférieure du courant ou aval, et le dernier à la partie supérieure ou amont. Ainsi disposés, on passe un mouton au 1*' laveur qui de la main gauche le saisit par la cuisse gauche, le retourne aussitôt, la main droite le tenant par la nuque. Alors ce laveur agite à plusieurs reprises l'animal dans l'eau, en le tournant, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et en lui imprimant en même temps et successivement un mouvement doux en avant et en arrière. Pendant ce mouvement composé, la laine battue par l'eau s'ouvre, se nettoie et se rabat, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Après un certain temps ce laveur passe l'animal au 2* laveur qui est au-dessus de lui et celui-ci, après avoir répété la même opération, le transmet au 3*, et ainsi de suite jusqu'au dernier qu i, après avoir examiné la peau et l'état de propreté de la laine, s'il les juge suffisamment nets, plonge le mouton dans l'eau jusque par-dessus la tête, le retourne et l'aide à gagner le rivage.
OIAP. 5*.